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PARISPERDU

Les Maisons closes… rouvrent. (6/7) : Le One-Two-Two

3 Novembre 2025, 07:56am

Publié par pierre barreteau

Le 122, rue de Provence, Paris VIII e

C’est rue de Provence, à la limite des 8e et 9e arrondissements -à deux pas des Grands Magasins du Printemps- que se trouvait autrefois l’une des plus luxueuses maisons closes de la capitale.

Installée au 122 dans l’ancien hôtel du prince Murat, la "Maison" ouvre ses portes en 1924 lorsqu'un certain Marcel Jamet, un ancien julot, rachète l'immeuble grâce à une certaine somme ramenée d’un lucratif séjour en Argentine. De retour à Paris, il rencontre sa femme Fernande Alfrédine, une pensionnaire de la maison close "Le Chabanais", et qui devient alors la tenancière de la "Maison" en se faisant surnommer Doriane. Connu du Tout-Paris, l’immeuble de trois étages est finalement surélevé d’un étage en 1933, et garde ses volets blancs toujours clos pour accueillir ses clients en toute intimité.

Le couple responsable de cette nouvelle maison close décide alors de la nommer "Le One-Two-Two", une dénomination exotique faisant référence à son adresse située au numéro 122 de la rue de Provence. La maison compte alors 22 chambres, dans lesquelles travaillent, pour une clientèle fortunée, entre 40 à 65 femmes.
Ouvert de 16 heures à 4 heures du matin, elle accueille près de 300 hommes par jour, rigoureusement sélectionnés à l’entrée. L’établissement est aussi doté d’un bar, d'un réfectoire pour les filles, et d'un cabinet médical pour contrôler leur hygiène.

La particularité de cet Établissement de luxe et de luxure se trouve incontestablement dans la décoration souvent folklorique de ses chambres. En effet, chacune d’elles est aménagée selon une thématique différente. L'une d'entre-elle reproduit même une cabine de l’Orient-Express fidèlement reconstituée, animée par des bruitages de train et le surgissement d’un zélé contrôleur qui peut se mêler aux ébats ! Toutes les chambres sont aménagées avec le concours des meilleurs décorateurs de cinéma de l'époque : on trouve ainsi un tipi indien, une chambre en forme d’igloo, ou encore une chambre égyptienne… avec Cléopâtre à disposition.
Bref, tous les scénarios sont bons pour attirer la clientèle, et cela a du succès !
Et même si Doriane part avec un riche diplomate en 1939, l’établissement poursuit normalement son activité, car il est repris par une certaine Georgette Pélagie, dite Fabienne.
Le "One-Two-Two"continuera ainsi de fonctionner sous l’Occupation, jusqu’à la fermeture définitive de ses portes imposée en 1946 par la loi Marthe Richard.

Aujourd'hui le 122 de la rue de Provence est très sagement occupée par un Cabinet de conseil financier et par le très respectable Institut de Formation des élus locaux… on est loin, très loin des activités du One-Two-Two !


>> Marcel et Fabienne Jamet.

 

>> Image du film "One-Two-Two 122, rue de Provence", sortie en salles en 1978.

 

>> Animation au "One-Two-Two" : le chef Marcel Jamet et ses deux assistantes.

 

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Les 3 Magenta de Paris et l'impasse Pierre-Guérin.

24 Octobre 2025, 08:01am

Publié par pierre barreteau

1_Boulevard de Magenta (10e arrondissement) // 2_rue Magenta (19e arrondissement) // 3_rue de Magenta (16e arrondissement) alias rue Pierre-Guérin.

 

A Paris si vous dites "Magenta" pour localiser un lieu il faudra être plus précis car il y a "trois Magenta" dans la capitale :
Le Boulevard de Magenta dans le 10e arrondissement [1] ; la rue Magenta dans le 19e arrondissement [2] et enfin la rue de Magenta dans le 16e arrondissement [3].

Mais quelle est donc cette rue de Magenta que l'on ne trouve ni sur les plans de Paris ni sur nos GPS ?
C'est l'ancienne « sente des Vignes », qui deviendra en 1859 «
rue de Magenta» et qui aujourd'hui correspond au rétrécissement de la rue Pierre-Guérin lorsqu'au niveau de la rue de la Source, elle finit en impasse.

Et ces derniers jours ce rétrécissement, cette petite et discrète impasse, a connu une exceptionnelle notoriété, filmée par les caméras des médias du monde entier. Mais pourquoi donc ?

C'est parce qu'au n° 44 de cette impasse la chanteuse Carla Bruni y est depuis longtemps locataire d'une maison des années 1930 et c'est à ce numéro qu'elle réside avec son époux, l'ex-président de la République française Nicolas Sarkozy. Et c'est de ce lieu qu'au matin du 21octobre 2025 l'ex-président est parti pour une résidence beaucoup moins enviable : la prison de la Santé !

 

>> La résidence du 44 rue Pierre-Guérin.

 

 

 

>> Carla Bruni chez elle.

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (5/7) : Le Chabanais

19 Octobre 2025, 08:48am

Publié par pierre barreteau

12, rue Chabanais, Paris IIe

A Paris, non loin du jardin du Palais-Royal, le 12 de la rue Chabanais est un immeuble de huit étages à la façade très discrète... et coincé entre deux restaurants asiatiques rien ne laisse aujourd'hui deviner qu'ici un véritable Temple de la luxure a fonctionné entre 1878 et 1946. Soixante-dix ans de fêtes et de parties fines dont il ne reste maintenant qu'une rampe d’escalier et deux portes en fer forgé. Car contrairement "Aux Belles Poules", à la Maison Souquet ou au "10 bis" dont nous avons parlé ici récemment, Le Chabannais lui… ne rouvre pas.

A la tête de cette célèbre maison close, la tenancière a longtemps été Mademoiselle Kelly, mystérieux pseudonyme d’Alexandrine Jouannet. Puis Mme Darcourt assura la suite jusqu'à la fermeture des "Maisons" en 1946.

A la Belle époque, le Chabanais est alors mondialement réputé. Dans de somptueux décors, Albert prince de Galles, fils aîné de la reine Victoria, et futur roi du Royaume-Uni au nom d'Edouard VII mais surnommé Bertie par ses favorites y avait sa baignoire à champagne en cuivre rouge et son fauteuil d’amour à trois places !

Le Chabanais est alors une telle institution qu’il est inscrit au programme des réjouissances d’État. La République laisse ainsi à ses prestigieux visiteurs le choix entre une soirée à l’Opéra, la visite privée d’un musée, ou une nuit inoubliable chez Mademoiselle Kelly.
Ainsi, inscrite au programme officiel du protocole, la visite au Chabanais devient même sur le cahier de réservation de "l’Établissement" : la « visite offerte par le Président du Sénat ».
Les passes sont chères, en moyenne l’équivalent de deux mille euros pour une nuit entière. Et même jusqu'à 3 000 ou 4 000 euros en fonction des "extras". Mais les prestations sont de qualité car les demoiselles Margot, Marthe, Irma, Camille, Nadia ou Mimi… et les 18 autres filles qui travaillent-là sont régulièrement soignées (avec une visite obligatoire hebdomadaire chez un médecin) et joliment apprêtées : on les emmène deux fois par an chez le tailleur Krebs pour recevoir guêpières et robes affriolantes.

S'il est aujourd'hui un lieu oublié : le 12, rue Chabanais a longtemps été "La" maison close d'une élite mondialisée.

 

>> L’entrée du Chabanais, dans les années 1920, photographie anonyme (courtoisie Galerie Au Bonheur du Jour, Paris).

 

>> Vue de l’exposition « Splendeurs et misères. Images de la prostitution. 1850-1910 » au Musée d’Orsay en 2016. Au premier plan, le fauteuil d’amour à trois places d’Edouard VII au Chabanais. Les tableaux montent aussi (à gauche), Valtesse de la Bigne, une célèbre horizontale et (à droite), Mademoiselle de Lancey.

 

>> La fameuse baignoire en cuivre d’Edouard VII au Chabanais, vendue aux enchères en 1951 par Maurice Rheims à la fermeture du bordel, (photographie anonyme).

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (4/7) : Le 10 bis.

12 Octobre 2025, 08:34am

Publié par pierre barreteau

10 bis, rue du Débarcadère, Paris XVIIe

 

Au 10 bis de la rue du Débarcadère, près de la porte Maillot, on pouvait trouver jusqu'en 2014, caché dans cette petite rue, une Maison galante communément appelée "Le 10bis".

La tenancière du lieu est Lucienne Goldfarb ou Lucienne Tell alias Katia la Rouquine, un personnage haut en couleurs et plutôt sulfureux car mêlé à moult scandales : dénonciations sous l’Occupation allemande, l'affaire Ben Barka, la célèbre affaire Elf… Elle a aussi côtoyé les plus grands (Roland Dumas, Placido Domingo...), et a régné en Dame sur les nuits parisiennes pendant 50 ans, sans jamais négliger son rôle d'indic n°1 auprès de la brigade des stupéfiants. 

La loi Marthe Richard ne bouleversa pas beaucoup la vie de la tenancière car, une fois la Maison close fermée, Katia transforma -dès les années 50- son bordel en un hôtel de rendez-vous puis en un club échangiste. Et Katia la Rouquine pilotera ce lieu de galanterie jusqu'en 2014… elle a alors 88 ans !

Mais à l’été 2016 Karim Massoud, multi-entrepreneur dans l’univers du voyage, désireux de diversifier ses activités et d’investir dans l’hôtellerie traditionnelle rachete le "10bis".

Massoud va investi 9 millions d'euros pour transformer le lieu en un luxueux hôtel 4 étoiles de 25 chambres et suites.
Et, après onze mois de travaux, même si la page Katia est alors tournée pour cibler une clientèle d’affaires et de tourisme, bien des objets marquants de l'hôtel de Rendez-vous sont conservés : ainsi les luminaires à trois ampoules, qui servaient auparavant à indiquer aux clients s'ils pouvaient rentrer, ont été réinstallés ; d'anciens miroirs ont été récupérés, nettoyés, tout comme les fauteuils qui ont été retapissés.


Jusqu'en 2014 Katia la Rouquine continua de vivre modestement das sa "Maison", recluse au dernier étage dans son deux-pièces cuisine qui sera transformé dans le nouvel hôtel en une suite de 30 m2.

Aujourd'hui définitivement retirée des affaires, elle vit dans une maison de retraite. Née le 30 octobre 1924, elle est âgée de 101 ans !

>> Le 10 bis, site officiel.

>> L'hôtel de Monaco, alias "Le 10bis" : Coupure de presse à l'époque Katia

>> Katia la Rouquine, une vie de balance.

>> Avant/après : une maison close mythique se mue en hôtel chic.

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (3/7) : La Maison Souquet.

29 Septembre 2025, 08:10am

Publié par pierre barreteau

10, rue de Bruxelles, Paris 9ème

 

Au 10 de la rue de Bruxelles, aux abords de Montmartre, se dresse un immeuble à la façade classique. Il a tout d'abord abrité une école communale de jeunes filles. Mais dès 1905 derrière son entrée relevée de deux lanternes rouges, Madame Souquet crée ici une maison de plaisirs discrète et raffinée. La "Maison" s’est vite forgée une légende festive et licencieuse dans la ville lumière mais l'aventure ne durera pas longtemps car, à partir de 1907, la Maison Souquet laisse place à un hôtel populaire.

En 2013, le Groupe Maisons Particulières achète l’hôtel et lance un important programme de rénovation qui dure deux ans, afin de créer un hôtel 5 étoiles. L'aménagement intérieur est confié au Maître décorateur Jacques Garcia. Celui-ci reprend le décor des maisons closes pour créer l'ambiance de l'hôtel : il reprend la configuration originale des maisons de plaisirs avec la succession des salons existant à l'époque : le salon des 1001 nuits, le salon des Petits Bonheurs et le Jardin d'Hiver.

  • Le salon des 1001 nuits portait autrefois le nom de « salon de discussion » ou « salon de sociabilité ». Ce premier salon était alors réservé aux hommes : Grands argentiers, capitaines d’industrie et politiques s’y retrouvaient comme dans un club privé pour parler du monde et des affaires.
  • Le salon des Petits Bonheurs servait de « salon de présentation ». Courtisanes et clients s’y retrouvaient avant de se rendre dans l'une des chambres de la maison.
    Aujourd'hui, Chaque chambre porte le nom de l'une des courtisanes de la "Maison" : La Castiglione, La Païva, Liane de Pougy, La Belle Otero…
  • Le Jardin d’Hiver était autrefois nommé pudiquement le "salon d'après"… tout est dit !

Aujourd'hui, l'hôtel totalement rénové comporte 14 chambres, 6 suites et 2 appartements. Les décors s’inspirent d’une palette de styles très diversifiés : Napoléon III, Indien, Chinois, Japonais, Empire et XVIIIe siècle français

Un quatrième salon a été ajouté aux salons historiques, cet espace est obligatoire pour un classement en palace 5 étoiles : c'est le salon d’Eau, orné d’une voûte céleste bleue cobalt dont les étoiles et autres constellations sont rehaussées à la feuille d'or. Il comprend un bassin de nage de 10 mètres, un hammam et une salle de soins.

>> Maison Souquet, site officiel.

>> L'escalier pour monter chez les dames…

>> Le salon de discussion, revisité par le décorateur Jacques Garcia.

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (2/7) : "Aux Belles Poules"

22 Septembre 2025, 08:20am

Publié par pierre barreteau

 32 rue Blondel, Paris 2ème.

 

Au début du XXème siècle, "Aux Belles Poules" est l’une des plus célèbres maisons closes de Paris. Cet établissement connaît ses heures de gloire et de débauche durant les années 1920, dans le Paris des années folles. Ce lupanar de luxe accueille alors la haute-société parisienne venue s’acoquiner entre ses murs où la fête, les filles de joie et le champagne ne manquent jamais.
Dans la rue Blondel il est facile de repérer son numéro car le "32" s'affiche avec une taille double des autres numéros de la rue. C'est de cette particularité que venait l'expression utilisée à l'époque des Maisons : "Rendez-vous au gros numéro". Et lorsque Georges Brassens chante : "S’il vous plaît de chanter les fleurs, qu’elles poussent au moins rue Blondel, dans un bordel », c'est bien "Aux Belles Poules" qu'il fait référence !

Contrairement aux autres maisons closes parisiennes "Aux Belles Poules" est le seul établissement dont le décor est aujourd'hui resté quasiment intact.  Ses murs sont recouverts de sublimes mosaïques érotiques, des fresques suggestives et d’immenses miroirs. La "Maison" est un véritable chef d’œuvre de l’Art Déco, ce qui lui vaut d’être inscrit au titre des monuments historiques depuis 1996.

Et aujourd’hui, avec son décor d’époque, "Aux Belles Poules" offre un lieu atypique et un espace idéal pour l’organisation d’évènements. On peut maintenant privatiser cette ancienne Maison close située au cœur de Paris : c'est -à coup sûr- une expérience insolite mais désormais ouverte à tous.

 

>> Aux Belles Poules, Site officiel.

>> Au plafond : des miroirs partout ; au sol et sur les murs : des mosaïques partout !

 

>> "Au Gros numéro"… : le 32 rue Blondel.

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (1/7)

12 Septembre 2025, 10:26am

Publié par pierre barreteau

"Aux Belles Poules" _ 32 rue Blondel Paris 2ème

 

Ces illustres habitations sont le royaume des courtisanes, cocottes, demi-mondaines et autres "horizontales" adonnées à la prostitution qui s'exerce alors dans une large gamme d’établissements appelés Maisons de Société ou plus couramment : "Maisons closes" et qui vont du plus glauque lupanar au plus luxueux bordel.

Mais le 13 avril 1946, l'activité des Maisons closes est brutalement interrompue par la fermeture imposée par la loi Marthe Richard, celle qu’on surnomma "La veuve qui clôt".
Finie la tolérance… aussi dans la foulée, la quasi-totalité des Maisons ferment : 1.500 établissements disséminés à travers toute la France, dont plus de 200 à Paris où même les plus célèbres comme le One-Two-Two, le Chabanais ou le Sphinx tirent le rideau.

Mais plus de 70 ans après la loi Marthe Richard, plusieurs de ces maisons parisiennes ont été rouvertes après avoir été reconverties en hôtels de luxe ou en espaces privatisables.

Nous allons retrouver les principales d'entre-elles dans les prochains billets de Parisperdu.
A suivre donc…

 

>> Bordels de Paris (Document INA)

 

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Retour place des Fêtes.

3 Septembre 2025, 09:22am

Publié par pierre barreteau

La place des Fêtes, 19ème arrondissement de Paris (mai 2010).
Photo prise du 23ème étage de l'un des immeubles entourant la place.
La pyramide que l'on voit au centre de l'image a été retirée en août 2019.

 

Je vous propose de faire un petit retour en arrière pour revivre la grande transformation qu'a connu alors la Place des Fêtes.

Nous sommes dans les années 1960 et c'est Paul Adnot, un ancien résident du quartier, qui nous relate l'ambiance populaire, animée et chaleureuse d'un Belleville qu'il a vu se transformer drastiquement et qui aujourd'hui a complètement disparu.

"Flash-back" donc, avec Paul :

"J'ai été deux fois déraciné.
J'aimais la campagne, j'étais habitué au grand air, aux champs, et on m'a ramené à Paris, dans cette ville incroyable, j'étais perdu, affolé, on m'a mis à l’école avec des instituteurs qui étaient des peaux de vaches.
La deuxième fois que j'ai été déraciné, c'est quand ils ont foutu notre quartier en l'air. Tout le monde se connaissait avant : c'était un village, c'était notre campagne à nous. Ce n'est pas comme maintenant, on passe à côté des gens sans les voir, personne vous voit, vous voyez personne non plus.
Mon point central, c'était la Place des Fêtes quand j’étais gosse : il y avait des baraques foraines dans le "square Monseigneur Maillet", il y avait la fête, des parades foraines... Le dimanche, les cafés étaient pleins ; ils restaient ouverts jusqu'à près de minuit : bien sûr, il y avait quelques ivrognes… L'été, on sortait du boulot, on avait soif, on allait boire un pot chez Dupont, au coin de la rue Pré-Saint-Gervais et de la rue Compans.

Puis ça a commencé avec les types qui ont commencé à prendre les métrés, les géomètres, puis après, on a vu arriver les engins avec leurs grosses boules d’acier qui abattaient les murs. Les premiers bâtiments construits sont les "paquebots" de la rue de Bellevue. Après, ils ont foutu en l'air l’école de garçons : j'en ai bavé dans cette école, mais ça m’a fait mal au ventre quand ils l'ont démolie, c'était mon passé. Quant à moi, j'habite dans des HBM (habitations bon marché), les HLM d'autrefois qui ont été construits en 1921 et finis en 27. J'avais un oncle, peintre en bâtiment : quand il a vu mon appartement, il n'en revenait pas : vous vous rendez compte, les W-C. chez soi ! Or, on ne savait pas ce qu'ils allaient construire... Quand on a vu la hauteur des constructions alors là, ça nous a déchirés ! C'était affreux... Quand on sortait du métro, tous les gens s'arrêtaient, regardaient, et comptaient les étages en espérant chaque jour qu'ils s’arrêteraient. Par rapport à ce qui était prévu, ils ont changé quatre fois de plans, mais les tours y étaient toujours. Pas mal de gens sont partis en banlieue (ceux qui ont été expulsés) ; d’autres ont été relogés près des casernes entre la Porte des Lilas et de Bagnolet : c'est pas beau, je voudrais pas y habiter.

Alors une nouvelle époque est née, et sont apparus les frigidaires, les télévisions, tout le confort, quoi ! J'avais un copain d’enfance, on allait le voir tous les vendredis soir. On arrive : Oh !... Il s'était acheté un frigidaire ! Le lendemain, on achetait un frigidaire. Un soir on arrive, il avait acheté la télé : c'est pas vrai ! Moi, je l'ai acheté un ou deux ans plus tard. Mais çà a été dommage : on était collé dessus ! Vous vous rendez compte : le cinéma à domicile, on se dérange plus !... Maintenant, je suis plus sélectif, je ne regarde pas n’importe quoi ".
 

Paul Adnot nous livre-là le témoignage authentique d'une époque. Il a connu les taudis de Belleville, les miséreux, la face sombre de la condition ouvrière d'alors, contre laquelle luttait quotidiennement cette belle convivialité, faite de solidarité, d'entraide et dont il faut bien voir, derrière son aspect plaisant, qu'elle constituait une technique collective de survie, difficile à retrouver aujourd'hui malgré notre "crise" actuelle qui n'est pas comparable, même de loin, sinon peut-être au plan psychologique.

Si cette ambiance Bellevilloise, désormais mythifiée, nous apparaît comme un passé irrémédiablement perdu; il est heureusement des gens qui, aujourd'hui encore, continuent à créer du lien entre les habitants de ce 19ème arrondissement, si vivant, si attachant … Alors merci à eux et, merci aussi à "La Maison de la Place des Fêtes".

 

>> Article déjà publié en mai 2010.

>> La Maison de la Place des Fêtes.

 

 

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Le petit triangle rouge.

25 Août 2025, 09:10am

Publié par pierre barreteau

Carrer dels Mercaders, Girona Espagne (août 2025)

 

En ce mois d'août il fait chaud, très chaud dans le centre-ville de cette cité catalane.
La Carrer dels Mercaders est une large rue piétonne bordée sur toute sa longueur de cafés, de restaurants et de commerces divers… Le centre de cette artère piétonne est ponctué çà et là, de confortables bans mixant harmonieusement le bois et le métal.  

Sur la partie ombragée de la "Carrer" ces bans affichent souvent complet alors que sur la partie ensoleillée ils ne sont que rarement occupés, à l’exception de quelques ados qui osent braver un soleil de plomb !
Et c’est justement là que j’aperçois ce petit triangle rouge…

>> String

ou

>> Queue de baleine.

 

 

 

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Fermeture estivale.

4 Août 2025, 08:33am

Publié par pierre barreteau

Comme chaque année, à l'occasion des vacances d'été,
Parisperdu fait une pause.

Mais nous vous donnons rendez-vous ici, dès le 25 août 2025.

D'ici-là Parisperdu vous souhaite un bel été.

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Recyclage de statues.

26 Juillet 2025, 08:15am

Publié par pierre barreteau

Installation des statues de deux des « dix femmes illustres » des Jeux olympiques,
rue de la Chapelle (Paris 18e).

 

C'est aujourd'hui que 10 statues dorées et recyclées des Jeux Olympiques sont inaugurées rue de la Chapelle, dans le 18e arrondissement. Les statues, qui mesurent près de quatre mètres de hauteur, ont finalement trouvé leur place définitive dans la capitale.
Pour rappel, ces statues représentent « dix françaises illustres »
Christine de Pizan, Jeanne Barret, Olympe de Gouges, Louise Michel, Alice Guy, Alice Milliat, Paulette Nardal, Simone de Beauvoir, Simone Veil et Gisèle Halimi.

Mais il faudrait en finir avec tout ce bazar ! Installer ces statues de pacotille à La Chapelle est au moins la garantie qu'elles ne passeront pas l'hiver... nous n'en pouvons plus de ces jeux qui servent à cacher la misère de la ville. Les parisiens veulent des perspectives d’avenir pas un retour en arrière.

Et étant donnée la situation désastreuse du pays qui peut croire que les français vont encore se contenter longtemps de symboles ?

 

 

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Passage des Fours-à-Chaux.

15 Juillet 2025, 09:48am

Publié par pierre barreteau

Le passage des Fours-à-Chaux, Paris 19e arrondissement.
(Photo du haut : en 1913 ; Photo du bas : en juillet 2021)

 

Au 117, avenue Simon-Bolivar, dans le 19ème arrondissement débute le passage des Fours-à-Chaux qui va se se terminer en impasse. 

Mais d'où lui vient ce nom étrange ?  C'est tout simplement parce que cette voie conduisait, il y a fort longtemps, à des fours à chaux.

En effet dès le 13ème siècle débute l'exploitation à ciel ouvert de la pierre de plâtre, le gypse, dans ce secteur de Paris. Puis elle se développe et se transforme en carrières souterraines sur les flancs des collines des Buttes-Chaumont et de Beauregard (appelées alors "Les carrières d'Amérique").
Pourquoi "Carrières d'Amérique" ? Il a souvent été dit que ce nom était dû à l'exportation du plâtre de Paris vers l'Amérique mais il s’agirait en vérité du fait que le propriétaire des lieux, un Irlandais nommé Fitz-Merald, avait fait fortune en Amérique.

Dans ces excavations, ou à leur proximité immédiate, les fours à plâtre se multiplient. On en comptera jusqu'à 200.
Là, les chaufourniers surveillent la cuisson du gypse, et tirent des fours des blocs de plâtre que les batteurs sont chargés d'écraser et de réduire en poussière.

Les fours à chaux ont disparu en 1875 avec la fermeture des carrières d'Amérique.

Un siècle plus tard - en 1972 - le tronçon nord de la rue qui débouchait rue de Meaux a été supprimé lors de la reconstruction de l'îlot "Fours-à-Chaux". La rue des Fours-à-Chaux est alors devenue le passage des Fours-à-Chaux que l'on connait aujourd'hui.

 

 

>> Carrières d'Amérique, vue prise des fortifications vers les Buttes Chaumont, Paris 19ème arrondissement –- Photo Charles Marville (entre 1872 et 1879).
(source : © Musée Carnavalet – Histoire de Paris)

 

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Les Rencontres d'Arles 2025.

7 Juillet 2025, 14:19pm

Publié par pierre barreteau

Ménage, Paris. Vers 1947-1950.© Louis Stettner
(Avec l’aimable autorisation des Archives Stettner, Saint-Ouen).

Parmi la multitude d'expositions que nous offre chaque année "Les Rencontres Internationales de la Photographie" à Arles, la Mecque de la photographie, il en est toujours une qui rend hommage à un "grand" de l'image.
Ainsi après Lee Miller en 2022, Diane Arbus en 2023, Sophie Calle en 2024, pour cette année 2025 c'est Louis Stettner qui a été choisi. Et l'on pourra admirer ses clichés dès l'ouverture des "Rencontres" le 7 juillet et jusqu'à la fermeture, le 5 octobre 2025.

Louis Stettner est l’auteur d’une œuvre majeure réalisée des deux côtés de l’Atlantique. Véritable trait d'union entre la "Street photography" américaine et la "photographie humaniste" française.

Presque dix ans après son décès, cette exposition présente quelque 150 photographies d’époque et modernes tirées par le photographe lui-même, dont certaines inédites, et de nombreux documents originaux reflétant la complexité d’une personnalité hors norme.

Né à Brooklyn en 1922, Louis Stettner se forme auprès de la Photo League puis sur le front du Pacifique où il photographie notamment les ruines d’Hiroshima.

Sa série dans le métro de New York de 1946, lui vaut d’intégrer l’école de la Photo League, où il est mis en relation avec Willy Ronis en vue d’organiser une exposition de photographie française à New York.

Devenu proche d’Édouard Boubat et de Brassaï, il s’installe à Paris de 1947 à 1952 : une période qu’il dépeint comme l’une des plus heureuses de sa vie et qui le conduira à s’y installer définitivement en 1990. Mais c’est à New York, dans les années 1950, qu’il réalise deux de ses plus magistrales séries : Penn Station et Nancy.
Très engagé politiquement dans les années 1970, il participe aux combats pour le féminisme, contre le racisme et la pauvreté, ce qui lui vaut d’être surveillé par le FBI.
Jusqu’aux années 2000, il poursuit ses explorations urbaines à New York et Paris.

Enfin, réalisée à plus de 90 ans, sa dernière série sur les arbres des Alpilles résonne comme le point d’orgue d’un parcours guidé par la soif de liberté, la résistance aux vents contraires et l’émerveillement d’être en vie.
 


>> Hommage dans Parisperdu : Bye, bye Louis Stettner.

Louis Stettner, lors d’une exposition à Paris, en 2012. Photo : PMG/SIPA

 

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Le business des souvenirs de pacotille se porte bien.

27 Juin 2025, 18:43pm

Publié par pierre barreteau

 

Alignés sur le trottoir en face de la basilique de Montmartre, un des hauts lieux du tourisme parisien, une dizaine de vendeurs à la sauvette proposent des souvenirs de pacotille sur des étals de fortune : des carrés de tissus étendus sur le bitume.
Curieusement ils proposent-là à des hordes asiatiques des souvenirs parisiens fabriqués dans leurs pays.

La tour Eiffel miniature est évidement le produit phare : c'est 1€ pour trois tours Eiffel porte-clés "made in China", mais d'autres babioles sont aussi proposées comme des contrefaçons de produits dérivés des récents JO de Paris 2024.

Et comme toujours, ces petits réseaux de vendeurs tentent de résister à la pression mise par la préfecture de police de Paris qui cherche à faire place nette sur les sites touristiques. Ainsi l’année dernière, plus de 12 tonnes de marchandises ont été saisies à Paris, essentiellement au Champ-de-Mars et au Trocadéro,

Mais le business reprend de plus belle dès que la police suspend un peu sa présence sur ces sites touristiques.
Dans ce jeu de chat et de souris une chose est certaine : le business des souvenirs de pacotille se porte bien.

 

>> La multinationale des vendeurs à la sauvette.

 

 

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Et à ses pieds était la ville…

16 Juin 2025, 07:40am

Publié par pierre barreteau

Le parc de la Butte du Chapeau Rouge, quartier d'Amérique, Paris 19ᵉ arrondissement.


Coincé entre la porte de Pantin et celle du Pré Saint-Gervais, le parc de la Butte du Chapeau Rouge, accroché à sa colline, offre une vue magnifique sur l'Est parisien, contredisant ceux qui affirment qu'à l'Est, il n'y a pas grand-chose à voir... et pourtant à ses pieds s'étale la ville.

La butte porterait le nom d'une guinguette, qui animait autrefois ce secteur du Pré-Saint-Gervais et, c'est grâce à son sous-sol miné par d'anciennes carrières de gypse qu’elle échappe aux vastes travaux d'aménagement qui ont fait suite à la démolition des fortifications au cours des années 1920.

Injustement méconnu, ce parc est souvent délaissé par les promeneurs au profit de celui des Buttes Chaumont. Incontestablement ce célèbre voisin, situé seulement à quelques centaines mètres, lui fait de l'ombre...

Peu fréquenté, l'endroit est très calme et la Butte du Chapeau Rouge a un petit air de parc anglais. Il dégage indéniablement quelque chose de rare à Paris.

A voir particulièrement aux beaux jours et de toute façon de jour car malheureusement la nuit les abords du parc ne sont désormais pas très sûrs…

>> La Butte du Chapeau Rouge, c'est où ?

>> L'entrée du parc: 29 boulevard d'Algérie - 75019 Paris

>>Atget, avait déjà posé sa chambre noire ici, vers 1913.

 

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