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PARISPERDU

Sur la butte Bergeyre.

26 Janvier 2008, 10:39am

Publié par barreteau



Dans le 19ème arrondissement, sur la butte Bergeyre, la vision de Paris est toute autre : la lumière est partout, on se sent hors du bruit de la ville, l'air n'est plus le même ... le privilège des hauteurs ... peut-être.

Cinq rues seulement entourent, quadrillent ce petit périmètre.
La rue Georges-Lardennois
relie la "vraie ville" au village perché sur le sommet. Elle suit un long tracé jusqu'au point culminant qu'elle atteint après avoir enlacé l'ensemble de la butte qui s'élève tel un pain de sucre.
La rue Barrelet-de
-Ricou se termine par des escaliers où Willy Ronis a saisi dans son objectif un instant magique, "sur le fil du hasard", comme il se plait à le dire.
Au cœur de la butte, on trouvera la rue Rémy-de-Gourmont et la rue Philippe-Hecht, toutes deux avec leurs petits immeubles à deux étages bien sagement alignés.

Et puis, comme pour donner un relief encore plus fantastique à cette étrange butte, on découvre la rue Edgar-Poë. Avec des jardinets étroits comme des jardinières prises sur le trottoir, c'est là que nous croisons ces deux fillettes: les deux sœurs de la rue Edgard  Poë !

S'appellent-elles Eleonora et Virginia ? Oui peut-être, car sur la butte Bergeyre, nous ne serions pas étonnés de croiser .... les héroïnes de l'une de ses "Histoires extraordinaires" !
Car enfin, nous sommes bien ici dans un lieu extraordinaire, un endroit isolé et tout à la fois urbain, un quartier unique à l'environnement singulier, un espace à l'écart de la ville, tout en étant dans la ville.
Ici, nous sommes dans l'arrière-cour de Paris.

 

>> La tranquillité des sommets.

>> La rue Barrelet-de-Ricou et ses escaliers dévalant vers l'avenue Simon Bolivar (© Willy Ronis) 

>> Jean-Jacques Rousseau, un promeneur solitaire et rêveur sur la butte Bergeyre.



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Un passé idyllique ?

22 Janvier 2008, 11:08am

Publié par barreteau


Atelier de menuiserie, 33 rue des Montibœuf Paris 20ème.

On pourrait s'adonner à un exercice absurde et féroce, mais sans doute salutaire : comparer les clichés des guides touristiques de Paris aux images montrées ici, qui sont celles d'endroits reculés de Paris, de lieux souvent aujourd'hui disparus ... Devrait-on en déduire que "Parisperdu" doit se feuilleter comme un album de photographies anciennes où la nostalgie broderait des images trompeuses d'un passé idyllique ?
 
La nostalgie serait-elle une maladie comme son étymologie grecque nous le suggère (algos = souffrance) ... car, l'on me dit parfois : "par pitié, n'idéalisez pas le passé ..."
Alors, faut-il être nostalgique d'un Paris d'autrefois ?

Bien sûr que non, car il faut reconnaître que de
tout temps, les parisiens se sont servis de l'existant pour inventer quelque chose d'autre, ... et souvent en prenant ce qu'il y avait de bon dans l'air du temps, ils ont pu revivifier leur ville.
Je dois préciser que Parisperdu n'est pas dans la vénération du passé et se méfie comme de la peste des défenseurs d'une prétendue authenticité de Paris, des détenteurs d'un Paris historique qui s'estiment un peu les gardiens du temple.

Aussi,
faut-il plutôt voir "Parisperdu" comme un exercice de mémoire permettant un certain décryptage de l'évolution de la ville ...
Et si cela vous touche, alors le "pari est gagné",  car, comme l'écrivait Voltaire : "Ce qui touche le cœur, se grave dans la mémoire". 

Bonne visite ...


 

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" Quelque part quelqu'un" (2/2)

18 Janvier 2008, 09:02am

Publié par barreteau

 

Paris, monstrueuse métropole où "le Nouveau" :de gigantesques buildings de métal et de verre, gagne inexorablement sur "l'Ancien", sur ses rues et ses immeubles traditionnels où ne survivent plus que des pauvres ou des vieux, comme ce couple, Germaine et Albert, que la rénovation de leur quartier va chasser vers la banlieue.

Paris, où débarquent chaque jour comme sur une planète étrangère, des provinciaux et des émigrés en quête d'un emploi, d'un rêve, d'une adresse introuvable. Bousculée, affolée, Christine trouvera-t-elle enfin la rue où son avenir, croit-elle, l'attend ?

Paris, ruche bourdonnante où beaucoup s'affairent, telle Raphaëlle, architecte revenue de l'illusion d'œuvrer pour le bien-être de ses semblables mais qui s'acharne à sortir du désespoir et de l'alcoolisme celui qu'elle aime, Vincent, écrivain à la recherche d'une identité perdue dans l'anonymat de la grande cité.

Paris, où l'on découvre encore des amoureux, Anne et Emmanuel par exemple, êtres jeunes, intacts et pleins d'enthousiasme, capables d'ignorer la froide cruauté qui les baigne tant leurs yeux sont emplis du visage de l'être aimé. Paris, qu'il faut sans doute fuir pour vivre enfin, même si, pour cela, Emmanuel doit quitter Anne.

Paris, inhumaine fourmilière où chacun, dans la foule bruissante et - pourquoi pas - chaleureuse, espère que "quelque part, quelqu'un"...

Ce film est une peinture du monde, surtout celui des grandes villes, telle Paris ; c'est aussi un regard résolument intemporel sur la solitude et la condition de l'être humain face à l'absurdité de l'existence.

Le film n'est cependant pas pessimiste. L'espoir demeure - à la fois dans le "quelque part" et dans le "quelqu'un".
Dans le "quelque part" car la ville peut être autre chose que l'amoncellement rentable de coquilles fonctionnelles. Et, dans ce Paris, il y a des "quelqu'uns" résolus à ne pas se laisser façonner en ... n'importe qui.


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Quelque part quelqu'un"  (1/2)


>> "Quelque part quelqu'un": l'affiche du film, par Michel Folon.

 

 

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Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.

14 Janvier 2008, 15:47pm

Publié par barreteau

 
Haut de La rue Laurence Savart Paris 20ème.
 

 

De Belleville, de Ménilmontant, et de Charonne, maintes représentations ont été données, mais toutes soulignent le côté typiquement "populaire" de ces hauts quartiers de l'Est parisien.

Des hommes aussi différents qu'Edgar Morin, Raoul Girardet ou Mouloudji ont vécu sur ces hauteurs ... et tous en ont en vanté l'esprit singulier. Tous ont attesté de cette personnalité radicale et indépendante qui s'exprime dans la "vue" que l'on prend ici de la capitale et de la société. Les gens de Belleville contemplent - en effet - la capitale de loin, depuis le "rebord" du plateau de la rue Piat. Edgar Morin parle même "d'une culture de la rue de Ménilmontant".

Henri Calet dans ses textes (Le tout sur le tout, Acteur et témoin, Les deux bouts) met en valeur la stabilité, la permanence des stéréotypes, des expressions employées pour caractériser l'Est parisien que l'on évoque volontiers par le panorama et par des lieux-souvenirs, comme le Mur des Fédérés.

Willy Ronis et René-Jacques contribuent par leurs images à mettre en valeur ces "traits urbains", tout comme le fait l'œuvre d'un autre photographe moins connu, Henri Guérard qui a réalisé - en cinquante ans - 24 000 photographies de Belleville !

Les années 1960 sont des années de mutation au terme desquelles se met en place la rénovation de ces quartiers. Une rénovation souvent brutale et qui introduit une rupture dans l'urbanisme. Des protestations - dans lesquelles la nostalgie n'est pas absente - s'élèvent contre la destruction de Belleville, voire même contre sa simple rénovation. Ainsi, en 1975, Christine Rochefort publie un "Requiem pour Belleville" et la même année, Georges Perec publie "W ou le souvenir d'enfance" où il évoque la mémoire douloureuse de la rue Vilin. Puis les récits, les souvenirs du passé se multiplient: ainsi, jusqu'à sa disparition en 1997, l'écrivain "local" Clément Lépidis dénoncera sans cesse la destruction du cadre de son enfance.

L'évocation du passé rebelle bellevillois, de son modèle de métissage, de la tolérance, du bien-vivre devient finalement un argument politique.
Le 20ème arrondissement est celui qui, à Paris, compte en effet la plus forte densité d'associations (600). Les projets de rénovation du bas Belleville se sont toujours heurtés à la volonté conservatrice de ces associations qui cherchent à préserver la convivialité de ce "belvédère populaire".

Oui décidément, Belleville, Ménilmontant, et Charonne, ces hauts quartiers de l'Est sont bien les "conservatoires du Paris populaire".

Mais pourront-ils le rester encore longtemps ?

 

>> Evelyne Cohen, "Jean El Gammal, Les hauts quartiers de l'est parisien, Paris, Publisud, 1998" 

 


 

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"Quelque part quelqu'un" (1/2).

10 Janvier 2008, 12:32pm

Publié par barreteau

Démolitions dans le quartier de la Réunion- Paris 20ème.

"Quelque part quelqu'un", derrière ce titre emprunté à Henri Michaux se tient le premier long métrage de Yannick Bellon, réalisé en 1972. Une histoire qui mêle la fiction et le reportage. Une histoire lyrique. Une déchirante plongée dans les plis sinueux d'une ville, Paris.

 

La rue, les vieux immeubles que l'on détruit, les nouveaux qui se dressent fièrement, "immobilièrement". Et puis la foule. Le mouvement de la foule. La houle. Le ressac. Marée humaine. Le chant de la foule. Un opéra, porté par la musique unique, "expérimentale" de Georges Delerue, tout concourt à donner à cette fable sur la déshumanisation de la société contemporaine un aspect fantastique et étrange.

Paris se démolit, Paris se reconstruit. Entre les ruines des immeubles anciens et les constructions "flambant-neuf" se presse une foule partout présente, dans les gares, la rue, les magasins. A toutes les heures du jour et de la nuit.

 

Quelques personnages isolés dans cette ville de Paris, représentant chacun une génération, se croisent mais jamais ne se rencontrent. Pas d'histoires, pas de stars, ici, le thème de la ville revient comme un leitmotiv.

Si vous appréciez Parisperdu, vous aimez sûrement "Quelque part quelqu'un".

A suivre ...


>> La musique unique, "expérimentale" de Georges Delerue.

>> La photographe Denise Bellon, mère de Yannick (cinéaste) et de Loleh (comédienne). 


   

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Vilin, Couronnes et Pali-Kao ...

6 Janvier 2008, 17:51pm

Publié par barreteau

La rue Vilin, planche-contact par Pierre Getzler©, juin 1970

Nous sommes au début des années 70 et la rue Vilin, si chère à Georges Perec et à Willy Ronis est encore pleine de vie.
Mais, dès les années 80, des quartiers entiers de Belleville sont définitivement voués à la démolition. Ils se vident alors peu à peu de leurs occupants dont les baux arrivent à expiration, ... parfois même, leurs occupants seront expulsés sans délais.

Puis le secteur - désormais désert - attend la venue des bulldozers et autres pelles mécaniques, souvent plusieurs années durant ...
Longtemps la rue Vilin continuera à panser ses blessures de guerre car ... elle a été amputée de moitié et son animation a été réduite à néant !

Non loin de là, rue de Pali-Kao, des immeubles aux façades aseptisées côtoient encore quelques constructions vétustes dont la plupart des issues sont murées. En haut de la rue, sur un terrain vague du passage de Pékin, des engins mécaniques s'affairent à une nouvelle tâche ... Des pans de murs où s'accrochent encore des lambeaux de tapisserie semblent nous inviter à la résignation.
D'ici peu, Belleville sera tout à fait propre.

Certes, aujourd'hui, le nouveau parc de Belleville, avec sa vue surplombant Paris, peut se concevoir comme un lieu touristique qui "vaut le détour". En effet, il offre au regard la quasi-totalité des attractions urbanistiques parisiennes et, d'ouest en est, la Tour Eiffel, Beaubourg, la Tour Montparnasse, l'Opéra Bastille... zèbrent l'horizon.
Mais toutes les rues du quartier Couronnes forment maintenant un territoire sauvagement outragé par l'agression immobilière, par les "Plans de réhabilitation", les "Plans de restructuration" et autres projets de "Zone d'Aménagement concerté" dont on se demande qui prend part à la concertation et à qui doit profiter l'aménagement ?

Un vrai massacre qui a changé radicalement la physionomie et l'esprit de ce quartier.
Vilin, Couronnes, Pali-Kao... un village est mort.



>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "Au Repos de la Montagne" 1957- ©Photo Willy  Ronis

>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "L'escalier de la rue Vilin à l'angle de la rue Piat" 1959 - ©Photo Willy  Ronis 

>> Georges Perec dans la rue Vilin. 

>> Voir aussi : "Démolition des murs, démolition des vies"
.

 

 

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Bonne Année ... !

1 Janvier 2008, 10:26am

Publié par barreteau

 



Au cours de cette année 2008, Parisperdu vous souhaite de réaliser tous vos rêves ... les plus doux ... comme les plus fous. Merci pour votre fidélité, merci à vous.

>> Trafic record pour Parisperdu en ce début 2008 (11ème blog le plus visité sur Blogg.org)

 

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Rêveries du promeneur solitaire.

27 Décembre 2007, 16:48pm

Publié par barreteau

Rue Georges Lardennois 75019 Paris - Juin 1995


" Je gagnai les hauteurs de Ménilmontant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversai jusqu'à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages... "
Jean-Jacques Rousseau / "Les Rêveries du promeneur solitaire" (1782).

Disons-le tout net, aujourd'hui encore, se promener sur la butte Bergeyre, c'est découvrir un lieu hors du temps.

Plus de prairies et de riants paysages bien sûr, mais les vignes sont toujours là ... Tout ici peut encore conduire à la rêverie, le promeneur d'aujourd'hui qui s'aventure - en solitaire ou non - dans ce quartier isolé, quelque peu suranné ... et quasiment improbable ...

Serait-ce alors un privilège dû aux quelque 90 mètres d'altitude de la butte Bergeyre ? 
Peut-être, ... en tout cas ici, le rêve est à portée de main, ... A découvrir d'urgence !
 

 

 

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A Georges et à Léon-Paul

22 Décembre 2007, 09:45am

Publié par barreteau

Bar de la rue des Cascades, 1994

"J'aimerais qu'il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables...". C'est Georges Perec qui parle.

"Mais mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l'oubli s'infiltrera dans ma mémoire...", poursuit-il.

Pour garder en mémoire ce Paris au bord de la disparition, Parisperdu sillonne inlassablement la capitale, et ce, jusqu'à devenir un véritable ... "piéton de Paris" pour reprendre le titre du livre de Léon-Paul Fargue, un autre grand amoureux de Paris.
Dans son ouvrage, Léon-Paul dresse une suite de croquis, d'instantanés, de chroniques, de choses vues, d'images concrètes et vibrantes, accrochées au pouls de la métropole française.

Aujourd'hui Parisperdu rend hommage à ces deux écrivains, ô combien représentatifs d'une certaine vision, d'un certain regard sur la ville qu'ils aiment tant ... sur un Paris qui disparaît chaque jour un peu plus sous leurs yeux, sous nos yeux ...


>> En savoir plus sur Georges Perec.

>> En savoir plus sur Léon-Paul Fargue.

 

 

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Pali-Kao.

17 Décembre 2007, 09:32am

Publié par barreteau

Angle rue de Pali-Kao et rue Julien-Lacroix, Paris 20ème octobre 1998

 

Extraits de "Rebelles" par Rémi Pépin aux "Archives de la Zone Mondiale" :

"Ce soir, je suis de nouveau à Belleville. En face de moi s'étalent des immeubles carrelés de blanc, typiques des constructions de l'OPAC dans les années 90. Du logement social sans âme, sans caractère, vite fait ... mal fait. Juste histoire de faire propre, de "planquer la misère" qui, sinon, traîne dans la rue. Rien qui n'accroche l'œil en tout cas.

Il y a seulement quelques années s'affichait ici un Belleville crade, pauvre, avec des rues bordées de terrains vagues. A cette époque, il y avait aussi des bars kabyles, des restes de campagne à Paris, d'anciens entrepôts abandonnés, des usines même...

C'est sans doute pourquoi, ce soir, je n'ai même pas reconnu la rue de Pali-Kao. Elle avait été refaite à neuf, assainie, curetée, vidée de son histoire. On en avait même changé son tracé, comme si on avait voulu effacer la mémoire d'un quartier. Et pourtant, il s'en était passé des choses dans cette rue quelque vingt années auparavant ... Elle avait été, avec d'autres rues du quartier, le théâtre des opérations d'une belle bande d'agités, le lieu de naissance de l'une des dernières aventures musicales et contestataires du siècle.

Alors oui, ce soir, je suis choqué par l'idée qu'on puisse ainsi du passé faire "table rase". Et maintenant, je dois finalement passer cette impression par "pertes et profits".
Je dois, moi aussi, oublier la rue de Pali-Kao".


 >> Pali-Kao ou Baliqiao ? De toute façon, c'est du chinois ...

>> Pali-Kao et la scène alternative des années 80. 

>> La rue de Pali-Kao déja dans Parisperdu.

 

 

 

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Malaise à Belleville (2/2)

12 Décembre 2007, 09:55am

Publié par barreteau

Villa Hardy - Paris 20ème.

Dans le haut-Belleville, maisonnettes et petites épiceries ne sont pas rares, il y a aussi des ateliers d'artistes et un restaurant-musette qui figure dans les guides japonais ... ici, c'est encore le vieux Paris.

Depuis quelques années, les bobos arrivent en masse, vers les sources foncières de l'Est de la capitale où
l'immobilier est encore (un peu) moins cher. Ils chassent ainsi, un peu plus chaque jour, ouvriers, petits employés, vieux et jeunes sans le sou et autres artistes ... vers la première, la seconde, la troisième couronne... et la substitution des populations s'opère à un rythme soutenu.

Mais ici, il y a aussi une cité en béton, une grande, une vraie de 650 logements, dénommée "Piat-Faucheur-Envierges", enfermée derrière des grilles, dans un labyrinthe de rues tortueuses, à l'abri du regard.

Alors, c'est chacun sur sa planète, avec sa bonne foi, ses dogmes et ses langues...
Au conseil de quartier, beaucoup regrettent que les bobos n'aient pas fait un «petit effort» pour s'adapter aux «réalités» du cru.
S'adapter ou ne pas s'adapter, c'est la question qui tue. Qu'on le déplore ou non, les jeunes du haut Belleville n'ont pas le même décodeur mental que les nouveaux arrivants.


La pression foncière est une réalité qui s'impose ici avec brutalité. Rue des Envierges, la «mauvaise réputation» n'empêche pas les prix d'atteindre 6 à 7 000 euros le mètre carré ! Résultat : un titi du quartier ne peut pas se loger sur place, sauf à rester habiter à perpétuité chez ses parents, dans le HLM familial.

Reste que le conflit de classes n'explique pas tout. Lorsqu'en été des bandes de gamins - hauts comme trois pommes - caillassent les promeneurs du parc de Belleville, la rancœur sociale cède la place à une hostilité beaucoup plus primaire.

C'est bien plus qu'une confrontation "bobos-prolos" qui se joue. Ce sont deux mondes qui se superposent sur le même espace avec des règles parfaitement antagoniques. L'univers de la ville, où l'anonymat garantit la liberté de chacun, côtoie le monde de la cité, avec son omerta, son système d'entraides entre "frères", et où tout le monde se connaît. Pour avoir la paix ici, il faut connaître tout les gens du quartier, ... même ceux qui sont morts ou ... qui sont en prison !
Gare en revanche aux nouveaux venus, surtout quand ils se confrontent frontalement aux valeurs du quartier. Ainsi, des patrons de bars branchés sont arrivés la fleur au fusil ! Savent-ils vraiment où ils sont ...  ? "On n'a pas pensé qu'on pouvait avoir des ennuis." avouent-ils.

Alors, rupture ?

Pas forcément. Des passerelles et des échappatoires existent. Parler de relégation sociale n'a pas grand sens quand on est à cinq minutes du métro et au cœur d'un marché de l'emploi gigantesque. Vivre à Belleville n'est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s'en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l'autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias et certains sont très ouverts sur les diverses communautés de Belleville.
La persistance du malaise n'est donc pas si sûre ...


>> Voir aussi : Malaise à Belleville (1/2)

 

>> L'affaire des caricatures de Belleville.

 

 

 

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Paris est un véritable océan ...

8 Décembre 2007, 10:55am

Publié par barreteau


Vous souhaitez découvrir la ville hors des sentiers battus ? Vous voulez visiter Paris autrement ... ?
Alors aujourd'hui, vous n'avez plus d'excuses pour ne pas vous y lancer car ... vous avez un formidable allié : le vélib'.

Avec ce nouveau moyen de déplacement, les parisiens prennent maintenant plaisir à se réapproprier leur ville en empruntant des rues dont ils ne soupçonnaient même pas l'existence, et en s'arrêtant devant certaines façades devant lesquelles ils n'auraient, auparavant, prêté aucune attention.

Mais à Paris, la découverte de la ville est une tâche immense ...
Car si l'on en croit  Honoré de BALZAC: "Paris est un véritable océan. Parcourez-le, décrivez-le ... il s'y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu ... quelque chose d'inouï, d'oublié ... "

Alors à vous les ruelles secrètes, les façades et les cours cachées ...
Plus que jamais, la capitale s'offre à vous ...ludique, originale... captivante.


>> Paris, tout sur le Vélib'.

>> Vélib' : trouvez votre station.

 

 

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Malaise à Belleville (1/2)

4 Décembre 2007, 09:43am

Publié par barreteau

 

Angle des rues Ramponeau et Dénoyez, Paris 20ème


Menaces, intrusions, jets de pierres... à Belleville, un malaise profond s’établit entre nouveaux arrivés et anciens habitants. Avec d'un côté, une masse de républicains bon teint. De l'autre, quelques jeunes blacks ou beurs, et une triste situation, qui révèle le méchant climat d'insécurité régnant dans le quartier et l'exaspération qu'il suscite chez les nouveaux installés: commerces et artistes branchés en tête.

Au centre de tout cela, un océan de fantasmes dont la principale chimère s'appelle le "bourgeois-bohème" !

Le fameux bobo, les jeunes le voient partout, ils en parlent tout le temps, et ils ne l'aiment guère. Ecoutons Sélassié, un ado de Belleville: "Ici, on se mélange, on se supporte. Mais les bobos, eux, ils nous prennent de haut. Ils viennent avec leurs soi-disant Lumières, mais leur arrivée annonce des choses. Leur but, en fait, c'est de nettoyer le quartier et de nous envoyer en banlieue."

Cette haine un peu confuse du bourgeois étonne. Mais elle s'appuie sur une sourde réalité. Belleville est en effet, un territoire à part dans la métropole parisienne. On y retrouve des populations situées aux deux extrêmes de la pyramide sociale. D'un côté donc, les fameux bourgeois-bohèmes, qui investissent les anciens immeubles ouvriers remis à neuf. De l'autre, des familles maghrébines ou noires-africaines, regroupées dans les grands ensembles HLM. D'un côté, la constellation des bars «tendance» et des lofts pour bienheureux. De l'autre, des isolats comme la cité "Piat-Faucheur-Envierges", où se concentrent tous les stigmates de la précarité sociale : 17% de chômage, 22% de familles bénéficiaires d'aides sociales et une petite délinquance suffisamment ancrée pour que le quotidien des habitants soit rythmé par les descentes musclées de la police.

Entre ces deux mondes, les passerelles se sont peu à peu effondrées et on voit le quartier se «refermer» année après année. L'espace est devenu à la fois plus cher et plus restrictif. Auparavant, les logements étaient insalubres et la rue servait de salon. Maintenant, les nouveaux venus imposent leurs mœurs et leur argent. On ferme les passages, on pose des digicodes, on «protège» ses enfants en les envoyant à l'école privée.


Les petits délinquants ne cassent pas par hasard, même si leur révolte n'est pas formulée, ils sentent très bien qu'ils sont "persona non grata" et que la logique économique ne tardera pas à les chasser. Car, si les bourgeois-bohèmes sont souvent les premiers à se réjouir de la mixité colorée du quartier, leur arrivée massive se solde paradoxalement par l'éviction des classes populaires.

A suivre...

 

 

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Sur les pas d'Eugène Atget

29 Novembre 2007, 10:10am

Publié par barreteau

Le regard des Cascades, 75020 Paris

Au tournant des années 1900, lorsqu'Eugène Atget photographie Paris, il porte un regard très personnel sur la ville. Il nous montre en effet, la capitale sans son architecture monumentale, ne s'intéressant qu'à des quartiers, aux marges de la ville, où sont (déjà) relégués les exclus du développement urbain.
Il réussit ainsi à traquer - dans une ville en perpétuelle démolition et reconstruction - une mémoire au bord de la disparition.

Le photoblog Parisperdu se réclame (modestement) de la démarche d'Atget, car aujourd'hui aussi, la ville, en ce début de XXIe siècle, connaît  ses mutations, ses mises à l'écart mais aussi ses évolutions porteuses de sens.

Un siècle s'est écoulé, mais à Paris, les problématiques d'hier sont toujours d'actualité ... et même à l'époque de l'image numérique, les clichés sur papier albuminé d'Atget sont riches d'enseignements.


>> Le regard des Cascades, ©Eugène Atget 1901

>> Atget, un regard sur la ville.

 

 

 

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Ségrégation urbaine

24 Novembre 2007, 10:21am

Publié par barreteau


Haut de la rue Gasnier-Guy, 1995

 

La "reconquête" immobilière des quartiers populaires de l'est parisien masque en fait un rapport de forces sociétales, déguisant ses desseins financiers sous les oripeaux du "cool" et du "sympa". Car les futurs habitants, détenteurs de capital intellectuel - et pas seulement de capital tout court - sauront habilement tirer un bénéfice concret de ces "rénovations".

 

Mais pour "bien vendre la ville" à la néo-bourgeoisie, il faut à la fois la délivrer de ses "défauts", la désencombrer, l'embellir, y réduire le bruit, la circulation, les mauvaises odeurs, les mauvaises rencontres, ... et aussi y ajouter certains "signes de prestige", synonymes de loisirs et de consommation chics.

 

Ici, on va bientôt accueillir des acteurs du "tertiaire", des professions libérales, ... Des sociétés et des prestataires de services veulent aussi s'implanter dans ces quartiers néo-branchés... On va donc, leur bâtir des résidences confortables ... ce sont des gens qui ont besoin de calme et aussi d'être bien logés. Comme si les autres n'avaient besoin ni de calme ni de logements confortables... C'est la citoyenneté à géométrie variable !

 

La ville et ceux qui la décident, ceux qui la dessinent, n'échappent décidément pas à l'idéologie de la ségrégation urbaine.

 

 

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Vers une nouvelle géographie urbaine"

 

>> Rue Gasnier Guy, la rue-symbole de Parisperdu

 

 

 

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