Paris poubelle (2).

Voies sur berges, Paris 2021
Anne Hidalgo a eu raison de supprimer la circulation automobile sur les voies sur berges.
On voit bien sur cette photo la baisse de la pollution !
>> Voir aussi Paris poubelle (1).
"Parisperdu" porte un "autre regard" sur Paris. En arpentant la ville depuis 30 ans, il nous montre que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit... et comme tout être vivant elle fait parfois des erreurs. Ainsi va la ville, ainsi va la vie... "Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." Pier Paolo Pasolini

Voies sur berges, Paris 2021
Anne Hidalgo a eu raison de supprimer la circulation automobile sur les voies sur berges.
On voit bien sur cette photo la baisse de la pollution !
>> Voir aussi Paris poubelle (1).

Bd des Batignolles Paris 17e ; © Parispieton
Aujourd'hui Paris c'est la saleté, les rats, partout des travaux inutiles qui n'en finissent pas entrainant de fâcheuses conséquences commerciales, une dette qui ne cesse de s'accroître, le saccage de l'esthétique parisienne, un vivre ensemble utopique dont personne ne veut … et elle prétend vouloir diriger le pays !

Tour Eiffel, Brassaï, entre 1930 et 1932 ©Centre Pompidou, MNAM-CCI
« Anne Hidalgo esquisse sous nos yeux sa ville du XXIe siècle : un bidonville hérissé de blocs de béton, sans bancs publics et plein de jardinets défraîchis aux pieds des arbres », estime l’écrivain Jonathan Siksou.
Dans son ouvrage : "Capitale" l'auteur donne en quatre chapitres – Voir détruire, Voir mourir, Ne plus voir et Ne plus savoir – la tonalité de son propos.
>> "Capitale" vient de paraître aux Editions du Cerf.

Sous le métro aérien, Paris, Boulevard de la Chapelle, 1951 Copyright : Henri Cartier-Bresson (photo recadrée)
Pour sa première exposition après sa réouverture, le Musée Carnavalet – Histoire de Paris s’associe avec la Fondation Henri Cartier-Bresson pour mettre en lumière l’importance de Paris dans la vie et l’œuvre de ce photographe, l’un des plus grands photographes français du 20e siècle.
L'exposition s'intitule sobrement "Revoir Paris", une ville qui l'a inspiré pendant près de 40 ans.
Dès 1931 et jusqu'en 1973, cet artiste français a constitué une œuvre monumentale avec des milliers de clichés qui ont marqué l'histoire. Il a posé les bases de la photographie de rue avec, notamment, de nombreuses photos prises à Paris car Cartier-Bresson voyageur au long cours, a toujours eu Paris comme port d’attache.
Dans cette ville, qu’il ne cesse de redécouvrir, son appareil photo ne le quitte pas. Photographier est une respiration, une affirmation, une protestation parfois. Ses images parisiennes qui figurent en bonne place dans son œuvre, témoignent de ses errances. Cette mosaïque d'images définit aussi un flâneur particulièrement attiré par les quais de la Seine et le Paris des marges.
>> A voir absolument jusqu'au 31 octobre 2021 au Musée Carnavalet : 23, rue de Sévigné 75003 Paris
>> La même image, non recadrée
>> Henri Cartier-Bresson sur Parisperdu :

La Commune de Paris est réprimée et écrasée durant la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871, pendant laquelle près de 20 000 Communards trouvent la mort. Les survivants sont souvent déportés. A la suite d’une campagne menée notamment par Victor Hugo, en mars 1879 des mesures d’amnistie très partielles sont prises et près de 1500 communards, de retour de déportation de Nouvelle Calédonie débarqueront à Port-Vendres en septembre de cette même année par différents bateaux.
Les 72 jours de la Commune de Paris et ses mesures ont profondément marqué l’histoire et la réalisation des conquêtes sociales dont ils ont été un précurseur, en témoigne l’accueil que la population de Port-Vendres fera aux déportés arrivés par les différents bateaux.
Pour commémorer les 150 ans de la Commune et l’arrivée des communards à Port-Vendres et l’association Port-Vendres des Paquebots organisent une exposition, gratuite, pendant une semaine du 11 au 18 septembre2021, dans la salle d’exposition du Fer à Cheval.

Affiche lacérée par Jacques Villeglé, Rue du Grenier-Saint-Lazare, 18 février 1975
(© 2021, ADAGP, Paris / Frac Bretagne (photographie Hervé Beurel))
La Fondation Dubuffet revient sur un aspect relativement méconnu du travail de l’artiste : Dubuffet affichiste. Cette exposition révèle également comment l'une des affiches de l'artiste va, en particulier, intervenir dans une série à part entière de Jacques Villeglé.
De 1944 à son décès en 1985, Dubuffet a imaginé une centaine d’affiches pour accompagner ses expositions personnelles tant en Europe qu’aux États-Unis. L'exposition montre combien elles reflètent fidèlement les préoccupations du moment, les différentes transformations survenues dans la chronologie de cette œuvre prolifique et dense où apparaissent des temps forts, tel le cycle de L’Hourloupe qui s’étend sur près de douze ans (1962-1974).
En 1975, Jacques Villeglé découvre les affiches de Dubuffet. Il en arrache une première pour l’incorporer dans ses travaux de « peinture dans la non-peinture ». Le bonhomme de Dubuffet devient alors le nouveau personnage d’une suite d’une quarantaine d’affiches lacérées réalisées entre février et décembre 1975 que Villeglé exposera dix ans plus tard, en 1985, à la Maison de la Culture de Rennes sous le titre Le Retour de L’Hourloupe.
>> Fondation Dubuffet
137 rue de Sèvres - 75006 Paris 6e
Du 7 septembre 2021 au 7 janvier 2022

Dans les transformations entreprises dans la capitale, au-delà des bonnes intentions, la Mairie montre souvent une profonde méconnaissance de Paris et un réel manque d'empathie envers le patrimoine et l'Histoire de la ville, considérés souvent comme des fardeaux de la culture bourgeoise.
Cela donne l'impression d'une vieille haine pour les aménagements urbains de la Belle Époque avec leur raffinement, leur élégance pratique, et surtout cette merveilleuse cohérence avec les immeubles haussmanniens.
Ainsi aujourd'hui, c'est toute la famille des "meubles urbains" créés sous Haussmann par l’architecte Gabriel Davioud qui sont en voie d'élimination. Il s'agit de kiosques à journaux, de lampadaires, de panneaux d’information, de grilles et de "corset-tuteur" des arbres auxquels s’ajoutent, dans le même style car de la même époque, les colonnes Morris et les fontaines Wallace.
Le mobilier urbain participe pourtant à la personnalité d’une ville. Celui de Paris - l’un des premiers au monde à être mis en place - se caractérise par son unité de conception. Il en découle une homogénéité urbaine qui fait son image de marque et son principal facteur d’attractivité parmi les capitales mondiales. Le modèle défini par Gabriel Davioud n’en est pas moins adaptable aux nécessités de notre époque, comme il l’a déjà démontré.
C'est pourquoi porter atteinte à l’un des éléments de ce mobilier compromet une logique d’ensemble. Les bancs de la capitale, également conçus par Davioud, sont d’ailleurs simultanément attaqués comme l’est, plus généralement, l'ensemble du mobilier urbain parisien. Cette attaque se fait par la multiplication de mobiliers conçus « en rupture » avec l’aval de la municipalité. Le fait que l’auteur du nouveau modèle de kiosques à journaux ait appartenu au comité de soutien pour l’élection de l’actuelle maire ajoute à l’incompréhension des Amis de Paris.
Et, comme l'écrivait Jean d'Ormesson : "Le passé et son Histoire empêchent l'avenir de relever du seul hasard et de devenir n'importe quoi". Alors si Paris ne s'est pas fait en un jour, il ne doit pas être défait en quelques mandats.

En vacances … Summer holidays …
Retrouverez Parisperdu dès le 30 août 2021.
Les "posts" sont suspendus durant cette période de vacances ... loin de Paris.
Mais la messagerie reste ouverte : 24/24, 7/7; aussi, pour me contacter, c'est ici

Les Jardins d'Éole et des consommateurs de crack dans le Jardin (juin 2021)
A Paris, Stalingrad a une lourde réputation à porter. Le quartier est, en effet, l'un des hauts lieux de la vente et de la consommation de drogues.
A Stalingrad, la came empoisonne la vie : celle des résidents comme celle des consommateurs. Elle est présente dans tous les lieux publics, en particulier dans les interstices laissés vacants dans la ville ; elle accapare l’espace, suscite de multiples scènes de violence entre les différents protagonistes – dealers, usagers, policiers – et produit une délinquance au quotidien.
Pourtant, dans un secteur qui constitue l’un des derniers îlots du nord-est parisien laissés à l’abandon et où l'ambiance est particulièrement pesante, une fenêtre de légèreté, une porte d'espoir s'était ouverte en mai 2007 avec la création des Jardins d’Éole.
Derrière cette étiquette bucolique se cache une opération qui pourrait sans doute à terme transfigurer le quartier. Car les jardins d’Éole, qui s’étalent tout de même sur 4 hectares, viennent combler l’absence quasi totale d’espace vert digne de ce nom dans le 18e arrondissement.
Certes, le lieu n’est pas forcément gâté, coincé entre les voies ferrées menant à la gare du Nord et la rue d’Aubervilliers, rue appelée à être redynamisée et remise en valeur, mais encore très fréquentée la nuit par les dealers. Une partie des jardins restant ouverte 24 heures sur 24, l’objectif non caché est de permettre aux riverains, par leur présence le soir et la nuit, d'inciter les dealers de la rue d’Aubervilliers à renoncer à leur trafic.
Pour ce qui est du jardin paysagé, il est certain que même si la proximité des voies ferrées peine à se faire oublier, malgré la présence d’une butte qui les occulte quelque peu, il aurait pu être beau mon jardin…
Mais il y a quelques mois patatras, invités par la Mairie de Paris, les dealers et les consommateurs de crack ont envahi le jardin H24, créant un lourd climat d'insécurité, agressant les passant et les familles voulant profiter du jardin. Des rixes ont éclaté, des poussettes d'enfants ont été malmenées… Puis le jardin a été évacué des vendeurs et des consommateurs de drogues, la police monte la garde. Mais cela conduit seulement déplacer le problème de quelques centaines de mètres, la drogue est retournée à Stalingrad…
Pour les jardins, il faudra être patient. La nature doit encore grandir et donnera, espérons-le, à ces Jardins d’Éole, un petit air de parc de la Villette...
Alors peut-être le secteur sera devenu plus respirable.
>> Sur Slate : un reportage sur les consommateurs de crack dans les jardins d'Éole.
>> Affiche apposée dans les Jardins d'Éole (Juin_2021)

C'est Nicolas Etienne d'Orves, l'auteur du "Dictionnaire amoureux de Paris" qui nous dit :
"Le mot Saccage est trop faible pour décrire ce que Paris subit avec Anne Hidalgo".
Il ajoute : "C'est du massacre, presque de la torture. S'employer avec tant d'ardeur, tant d'énergie, tant de paradoxale bonne fois à défigurer l'une des plus belles villes du monde est assez vertigineux".
On croyait que Paris avait connu le pire avec la bétonisation calamiteuse des années
gaullo-pompidoliennes, mais non. La génération Hidalgo semble prendre un malin plaisir à poser çà et là des verrues urbanistiquement incorrectes : les plots jaunes des voies cyclables, les nouveaux bancs publics, les nouvelles fontaines, les nouveaux kioskes, les nouveaux lampadaires, ces absurdes traverses de chemin de fer, ces rogatons de jardins soi-disant "participatifs" aussitôt pelés, puants et lépreux. Sans compter la saleté aberrante de ces poubelles non vidées, ces chaussées pas rincées, ces vélos jetés dans la Seine.

Square Jean Leclaire, Paris 17e
Paris, l'été semble se lever plus tard que de coutume.
Les odeurs, les bruits, la lumière qui change : tout annonce que la ville se prépare à prendre des vacances.
Pendant des heures le téléphone se refuse à sonner, dans la rue pas d'autos gênantes … des merveilles se proposent à chaque mètre. Le vide des gares est immense, mêmes les commerces des arrondissements lointains se vident ….
Extraits de "Refuge" un ouvrage de Léon-Paul Fargue (Chapitre "Sauver Paris" Page 155)

Photo : © Willy Ronis / Rapho, 1952
L’image nous est familière tant elle fait partie des icônes de la photographie.
On le sait, Ronis n'aime pas les photos mises en scène... Il y a pourtant une notable exception, pour cette photo connue dans monde entier et intitulée: "Le Petit Parisien", une photo prise en 1952, montant un gamin avec son pain presque plus grand que lui ! Et cette photo a eu un succès extraordinaire. On en a fait des posters, des cartes postales.
Ronis nous explique ce que nous ne savons pas de la photo :
"Dans la file d'attente d'une boulangerie, j'ai avisé un gamin qui avait l'air déluré. Il était avec sa grand-mère à laquelle j'ai demandé s'il pouvait sortir avec son pain et courir pour que je le photographie. Elle était d'accord.
Je me suis posté un peu plus loin, j’ai attendu. Il a acheté son pain et il a couru, de façon si gracieuse et si vivante. Je l’ai fait courir trois fois, sur quelques mètres pour avoir la meilleure photo.
Ce garçon-là, je l’ai retrouvé grâce à sa belle-mère qui, un jour, s’est manifestée et m’a téléphoné. Grâce à cette femme, j’ai pu aussi retrouver le nom de la rue où j’avais fait cette photo : la rue Péclet dans le 15ème.
Alors j'y suis retourné pour voir si j’allais retrouver la porte, si j’allais me souvenir. La maison n’avait pas été ravalée, c’était exactement le même décor, et j’ai eu la preuve que c’était bien là parce que sur le cliché complet il y avait en bas de ce mur un regard pour le gaz, comme une petite boîte en fonte, qui était resté à la même place. Le regard n’avait pas bougé pendant toutes ces années !"
Alors moi aussi je suis retourné récemment dans la rue Péclet… Aujourd'hui, il n'y a plus de boulangerie, plus de maisons ressemblant à celle du cliché de Ronis, plus de petit regard de gaz non plus. Mais il nous reste cette image lumineuse, gaie, vivante de ce petit Parisien.
Merci Monsieur Ronis, vous qui savez si bien transformer ces moments éphémères en éternité.
>> "Je l’ai fait courir trois fois, sur quelques mètres pour avoir la meilleure photo". Les contacts des photos © Willy Ronis / 1952
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Vincent Trémolet de Villers a récemment publié un éditorial bien enlevé et rédigé d'une plume qui fait mouche.
Je ne résiste pas à vous le livrer :
"Elle rêvait d’un autre monde. Une surréalité faite de mobilité douce, d’écriture inclusive, de potagers citoyens, d’urbanisme dégenré, de murs végétaux, de moutons résilients sur le bord du périphérique. Une utopie fluide comme le mouvement d’une trottinette entre les plots jaunes d’une coronapiste. Une ville-monde, capitale du « feel good » progressiste. Las ! Si la novlangue est précieuse pour les discours, elle ne ramasse pas les déchets, ne répare pas les nids-de-poule, ne nettoie pas la saleté. Une fois les mots envolés, reste sous nos yeux une ville défigurée.
Perspective bouchée, mobilier dissonant, patrimoine délabré, vélos désossés, rats qui sortent de terre, palettes de bois à l’abandon : Paris est une ZAD. Mais à la différence des autres zones alternatives, ce sont les pouvoirs publics qui organisent le désordre. Anne Hidalgo et son équipe s’en défendent et l’assurent, leur ville est propre comme un sou neuf. Les milliers de clichés qui alimentent le compte #SaccageParis seraient-ils une manipulation ou bien la vérité crue et mise à nue ?".
Personnellement, je peux témoigner avoir vu des amoncellements de détritus formant de quasi-décharges en plein centre de Paris. La saleté est partout et les rats pullulent dans les parcs, sous les arbustes.
Je m'attendrais à trouver ça plutôt dans un pays du tiers monde. Un choc total. Absolu. Inexcusable. Et c'est dans ce cloaque que l'on va recevoir les J.O !
Mais c'est l'honneur de la France qui est en cause.

Nu © Willy Ronis
Willy Ronis n'est pas un spécialiste du nu. S'il en a photographié quelques-uns entre 1949 et 2002, seul un petit nombre a été publié. Dans ceux-ci on découvre des corps toujours sculptés par une douce lumière naturelle.
Cette part de son œuvre restera peu connue jusqu'en 2008 et la parution de l'album de nus préfacé par Philipe Sollers, qui écrit :
" D'où vient cette étrange beauté ? De la retenue, de la discrétion, du silence".
Il est vrai qu'à l'opposé des nus bavards, voire vulgaires, de la grande diffusion, les formes magnifiquement soulignées par une lumière naturelle d'une exceptionnelle légèreté, témoignent dans les photographies de Ronis, du respect et de l'élégance de son regard.
Parmi ces nus, celui de son épouse Marie-Anne à Gordes - dit Le nu provençal - est devenu une icône. Et pour cause : cette composition magistrale dans son jeu des lignes et des formes, baigne dans une lumière transparente. Cette image connaîtra un immense succès de diffusion, qu'a confirmé Willy Ronis, ému par son succès : " C'est une photo fétiche, parue depuis lors sans discontinuer ici et partout. Le miracle existe. Je l'ai rencontré".
En 2002, Willy Ronis, frappé par l'arthrite, cesse de prendre des photographies. Son dernier cliché est un nu qui figure dans le livre Nues sorti en 2008.

“La vieille dame dans un parc, Nogent-sur-Marne », 1988©Willy Ronis
L'Intime de Willy Ronis c'est toutes ces photos qui dévoilent des facettes de sa vie familiale avec sa femme Marie-Anne et son fils Vincent.
Cette photo que Ronis a intitulé : “La vieille dame dans un parc, Nogent-sur-Marne" a été prise en 1988.
Ecoutons Ronis nous parler de cette image où l'on devine plus qu'on ne voit Marie-Anne, alors atteinte par la maladie d’Alzheimer, c'est très émouvant :
« Ce jour-là, justement, j’étais dans son petit appartement qui donnait sur le parc de la maison de retraite. La vue était très belle.
Marie-Anne donnait des signes de fatigue et, en regardant par la fenêtre, je m’étais dit que j’aurais aimé la photographier dans ce parc, assise sur le petit banc de pierre qu’on voyait de la chambre. Cette réflexion, je me l’étais faite pendant l’été, et je me disais : « Non, ayons de la patience, ce sera beaucoup mieux en novembre ». Je préférais prendre cette photo en automne, je voulais voir les feuilles mortes par terre, je savais que ma photographie serait plus symbolique. Elle dirait le retour à la terre, imminent. Alors, j’ai attendu. Et j’ai eu raison.
Marie-Anne a d’ailleurs vécu encore trois ans, et nous la voyons, toute petite, sur le banc de pierre, au milieu des feuilles mortes. Cette photo, naturellement, m’est très chère, je ne peux pas en dire davantage. Marie-Anne fait partie de la nature, du feuillage, comme un petit insecte, dans l’herbe. Nous avons vécu ensemble quarante-six ans. »
Y a-t-il une différence d'attitude entre l'amateur et le professionnel lorsqu'ils photographient leurs proches ? Je ne le crois pas. Dans les deux cas, en effet, il s'agit d'une activité foncièrement sentimentale, puisqu'elle se manifeste chez soi ou ailleurs en un moment de détente en week-end, en vacances. Se trouvent par là-même associés, quel que soit celui qui photographie, le désir de conserver, au fil du temps, la mémoire des lieux et des images des êtres qui leurs sont chers.
>> Willy Ronis et Marie-Anne à Gordes (Vaucluse), 1949
>> Marie-Anne lors de ses dernières années.