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PARISPERDU
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Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

16 Décembre 2022, 14:45pm

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Publié par barreteau

Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

Légendé :  Pont Royal, Paris, 1955 © Willy Ronis ; mais il s'agit plutôt du Pont du Carrousel.

 

La découverte des photographies en couleurs de Willy Ronis sera à coup sûr une surprise pour beaucoup. Elle le fût également pour moi. Mais alors que je suis un "fan" inconditionnel de Willy et de ses magnifiques images en noir et blanc, je dois dire que j'ai été déçu en feuilletant son ouvrage " Paris-couleurs".
Et je voudrais dire pourquoi.

Chez Ronis le charme du noir et blanc rend paradoxalement ses images intemporelles, elles font rarement datées alors qu'à l'opposé ses photos en couleurs font souvent très datées.

Il y a une explication toute simple à cela et c'est Willy lui-même qui nous la donne : "Fin 1954, j’avais commencé avec mon Rolleiflex… des essais avec la pellicule Kodachrome, cette merveille qui malheureusement n’affichait alors qu’une sensibilité de 10 Asa".
Ronis a donc photographié en couleurs dès 1955, dès l’apparition du Kodachrome, un film diapositive à la chromie si particulière, et surtout si peu sensible à la lumière.

La faible sensibilité du film entraine pour Ronis des contraintes lors de la prise de vue, par exemple : il doit attendre le feu rouge pour immobiliser les automobiles sur la pellicule ; les piétons doivent prioritairement être pris de face car de profil leur image sera floue s'ils marchent trop vite…
 
Toutes ces contraintes sont à l'extrême opposée de la spontanéité de son regard, de sa formidable capacité à saisir un sujet sur le vif.  De surcroît dès que la lumière du jour est faible, l'image issue de la pellicule Kodachrome devient brumeuse et c'est cela qui la rend très datée.

A la même époque ses photos en noir et blanc sont bien plus lumineuses, mieux contrastées… Bref le Kodachrome 10 Asa est techniquement très limité et le talent de Ronis a du mal à s'exprimer avec cette pellicule couleur. D'ailleurs plus tard il dira à propos de sa célèbre photo en noir et blanc "Au repos de la montagne", lorsque je lui demande s'il se souvient de la couleur de la façade de ce bistrot : "Non je ne m'en souviens pas car à l'époque ma vision était exclusivement en noir et blanc".

Plus tard, dans les années 80, Ronis reviendra à la couleur avec des films devenus plus sensibles mais il s'en sert surtout pour des reportages commandés, en couleur, par des agences liées à l'Aménagement du territoire et à d'autres organismes… mais jamais pour des photos de rues prises sur le vif. Peut-être avait-il gardé un souvenir mitigé des rues de Paris photographiées, dans les années 54-55, avec la très limitée Kodachrome 10 Asa.

C'est un lieu commun que de dire que l'on ne peut plus regarder la télé en noir et blanc quand on l'a vu en couleur ! Pour les photos de Willy Ronis, je dirais que l'on a du mal à apprécier ses photos en couleurs quand on connait celles en noir et blanc.

 

>> "Paris-couleurs" de Willy Ronis aux éditions "Le Temps qu’il fait". 80 photographies en couleurs, 120 pages - Préface de Michel Boujut. 

>> Question à Willy Ronis : "De quelle couleur était Belleville ?"

>> "Au repos de la Montagne" - Photo ©Willy Ronis

 

 

 

 

 

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Inspirations : en écho à Willy Ronis...

5 Décembre 2022, 11:42am

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Publié par barreteau

Inspirations : en écho à Willy Ronis...

Fundamente Nuovo,                                                                         La rivière Thu Bôn (vue du pont-pagode japonais),
Venise, 1959. ©Willy Ronis                                                             Hoi-an (Viêt-Nam), 2010.  ©Pierre Barreteau

 

Même hors de Paris, dans des lieux où Willy Ronis n'est jamais allé, n'importe où dans le monde, je m'étonne parfois de faire des photos qui - là encore - font écho à certaines images de Ronis.

Ainsi en novembre 2010, je suis à Hoi-An au centre du Viêt-Nam. Son célèbre pont-couvert Japonais du 17e siècle, richement décoré, est aujourd'hui envahi par les touristes du monde entier.
Tournant le dos à toute cette agitation bruyante et polyglotte, mon regard accroche l'autre rive de la rivière Thu Bôn. J'ai alors devant moi une passerelle où va s'engager un homme coiffé du traditionnel chapeau pointu Viet. Instantanément la scène me fait penser à la célébrissime photo de Willy Ronis prise à Venise sur le "Fondamente Nuove". Le déclic s'impose à moi car c'est alors comme si l'image de Willy, imprimée dans ma mémoire, latente dans mon inconscient me pousse vers l'instant décisif, celui qui va déclencher la prise de vue.

La modernité consiste souvent à faire du neuf avec du vieux, une adaptation en quelque sorte de la loi de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » aussi peut-être les correspondances entre ces deux photos participent-elles de cette évolution ? Et alors, même après la disparition de Willy, c’est comme dans la chanson de Trenet :

"Longtemps, longtemps, longtemps,
après que les poètes ont disparu,
leurs chansons, courent encore dans les rues..."

 

>> Le pont-pagode japonais, Hoi-an (Viêt-Nam)

 

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Willy Ronis et Edgar Degas : une certaine parenté.

24 Novembre 2022, 12:12pm

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Publié par barreteau

A gauche :

"Le Tub", Pastel d'Edgar Degas, (1886), © Paris, Musée d'Orsay                             

Au centre :        

"Après le bain femme s'essuyant",    
Photographie d'Edgar Degas, (1884).

A droite :

"Le Nu Provençal, Gordes",
 © Willy Ronis, (1949)                                               

     

Certaines photos de Ronis ont-elles une parenté avec des toiles de Degas ?
A priori cette parenté n'est pas évidente car quand on dit : "Degas", on pense petits rats de l’Opéra, tutus vaporeux et ballerines haut lacées. Il faut dire que pour Edgar Degas, la danse est la grande affaire de sa vie : il lui a consacré pas moins de 1 500 œuvres !

Pourtant Degas a exploré beaucoup d'autres sujets : les courses de chevaux, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne… Il s'intéresse à la photographie, aussi en 1895 il fait l’acquisition de matériel photographique. Fasciné par les possibilités offertes par ce nouvel outil, il abandonne ses pinceaux et son ciseau pendant deux ans : entre 1895 et 1896. L’appareil lui permet alors de figer l’instant pour le reproduire sur la toile mais aussi d’expérimenter la lumière comme jamais auparavant, tout en explorant un nouvel univers esthétique.

À l’aide de gestes interrompus, il parvient à créer dans l’esprit du spectateur une succession de photogrammes où la suite prévisible est immanquablement imaginée. L’exemple le plus poignant est celui de l’enjambement du rebord de la baignoire par des femmes nues : le pied suspendu dans le vide appelle inéluctablement le moment où il se posera au sol, puis celui où l’autre jambe fera de même.

Il a beaucoup été dit combien l’œuvre de Degas devait à la photographie, lui-même s’en étant abondamment servi pour réaliser certaines de ses œuvres : décentrage, compositions obliques, contre-jour… Ses cadrages ont une liberté de plongée et de contre-plongée qui les rendent contemporains des premiers clichés de la photographie. Ils témoignent aussi d’une vraie fascination pour le noir et blanc, Degas disait : "Mes noirs sont trop noirs, mes blancs pas assez blancs". Il est vrai qu’à l’époque les tirages ne sont pas noirs et blancs mais sépia… !

Sur les photographies de Degas, on retrouve les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes visages rêveurs qui peuvent être rencontrés sur ses toiles ; on ne se défait pas d’un style d’une vie aussi facilement… Ainsi sur "Le Tub", un pastel de format : 63 × 80 cm, il est aisé de voir que le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagère en premier plan révèlent l'influence de ses premiers clichés photographiques.

 

>> Voir aussi :

> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

> Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

>
Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

 

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"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

13 Novembre 2022, 18:37pm

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Publié par barreteau

"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

Bistrot-Guinguette "Chez Victor", Impasse Compans Paris 19e (1956) © Photo Willy Ronis

 

En partant de la place des Fêtes j'arrive au point le plus haut de la rue Compans. Était-ce là, le lieu ? Était-ce là l'impasse où Willy Ronis a photographié en 1955-56 le bistrot guinguette "Chez Victor" ?
Cette impasse aujourd'hui disparue, engloutie sous cinq énormes gratte-ciels, prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne ces monstrueuses barres de béton surnommées dans le quartier : "Les Paquebots" ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle… ?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés : du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il m'est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrais-je peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot-guinguette devait bien se situer là, car sous mes pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est : la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré Saint Gervais... et, en me retournant, peut-être même verrais-je les pistes du Bourget ? Mais non car de nouveau, il est encore là..., mon regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton... et je ne suis plus autorisé à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin... Heureusement, il nous reste les clichés du maître : en noir et blanc et aussi en couleur. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une...

 


>> Le même lieu photographié en noir et blanc par Willy Ronis en 1955.

>> Ronis aime retourner sur les lieux de ses plus fortes émotions photographiques :
"Rue Eugénie Cotton, entre les immeubles neufs du haut de Belleville, Paris (1980) © Willy Ronis

>> "Chez Victor" déjà sur Parisperdu.

>> On a retrouvé Victor !

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

26 Octobre 2022, 14:36pm

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Publié par barreteau

 

Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

Photo du haut :

"Marthe au tub", photographie de Pierre Bonnard (1907) 

Photo du bas :      

"Modèle retirant sa blouse", photographie de Pierre Bonnard (vers 1916)

 

Willy Ronis ne pouvait pas ignorer le rôle que la photographie a joué dans l'œuvre peinte de Pierre Bonnard. Car, à la fin des années 1880 la technique photographique s'était considérablement simplifiée et nombreux furent les peintres qui s'y adonnèrent : Degas, Munch, Vuillard, et surtout Bonnard…
En 1905, Kodak va démocratiser la photographie en lançant le « Folding Pocket Kodak », premier appareil photo léger, maniable et peu coûteux, il intéresse ainsi de nombreux amateurs. Cet appareil avait la possibilité de saisir l’instantané au trentième de seconde, ce qui ne nécessitait pas que l’on pose, et gardait ainsi la spontanéité de la scène, si chère à Bonnard.

On retrouve alors dans les photographies de Bonnard outre la parenté des sujets, un cousinage de technicité très fort avec sa peinture :  la même audace, son penchant pour l'harmonie décorative, son goût du geste vif, du mouvement dansant et de la fantaisie, la même grâce mystérieuse qui transfigure les scènes quotidiennes. Tous ces éléments sont d'ailleurs très bien servis par la technique de l'instantané. Sans prétention artistique, ses images photographiques ont une certaine cohérence due à la compréhension des enjeux de l’instantané et du cadrage, facilitée sans doute par son expérience de la peinture et inversement… Ses photos montrent que le peintre a su instinctivement exploiter la liberté de cadrage pour obtenir des images abruptement coupées, et parfois floues, tel qu’on le trouve déjà dans sa peinture.
Il utilise la photographie comme un autre moyen de croquer le motif sur l’instant.
L'historienne de l'art France Borel dira que " Bonnard photographie toujours en peintre ; il peint souvent en photographe" car chez  Bonnard, la photographie est inséparable de son œuvre peinte.

Bonnard donne à Marthe, son modèle, une attitude beaucoup plus voluptueuse dans ses peintures que dans ses photographies pleines de retenue, dont Marthe au tub (1907) à qui il confère une présence sculpturale, et une proximité rasante. Le lien entre photos et peinture est ici très proche voire littéral.
A partir de 1916, Bonnard se désintéresse de la photographie, il se sait essentiellement peintre et ne pousse pas plus loin l’expérience d’une technique qui pratiquée autrement qu’en amateur, serait devenue trop exclusive.
Mais parmi les peintres, il est de ceux qui a le mieux perçu les possibilités expressives de l'appareil photo, en montrant que l’originalité de la vision prime sur la  maîtrise technique  dans la photographie amateur de l’époque.
Bonnard disait qu'"en peinture, la vérité est près de l'erreur". Ronis nous a dit que cela concerne aussi la photographie.

 

 

>> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

19 Octobre 2022, 11:56am

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"Nu à contre-jour" par Pierre Bonnard (1908)                     "Le nu provençal" par Willy Ronis (1949)

 

La célèbre photographie du "Nu provençal" où Ronis nous montre son épouse Marie-Anne peut rappeler les toiles de Bonnard montrant sa femme Marthe Boursin (dite de Méligny).
Mais l’analogie va bien au-delà du sujet (le nu à la toilette) et du cadre (le contre-jour de la fenêtre). Par son caractère familier authentique et sa réelle intimité, l’image évoque ces moments à couper le souffle, nés d’un regard posé sur un être aimé, qui soudain comble le cœur.


Comme chez Bonnard, dont les peintures de Marthe la montrent toujours dans l’éclat de sa jeunesse, Ronis en photographiant son épouse Marie-Anne (elle a alors 39 ans) la maintient dans le temps et la garde dans son éternelle jeunesse.
Là est le vrai point commun avec Bonnard : l’acte de mémoire et d’amour.

"Le Nu provençal" est comme un Bonnard qui montrerait Marthe en noir et blanc dans une splendeur de lumière… Toutes deux nues, de dos, face à un lavabo que jouxte la fenêtre produisant le contre-jour.

Ne dirait-on pas la même image, passée en couleur et dont le sujet s'est redressé pour finir sa toilette ? Car il arrive parfois que l'on se retrouve face à une œuvre d'art qui fait écho à une autre œuvre d'art, qui fait elle-même écho à des choses auxquelles on est sensible ou même que l'on a vécues.

Mais quand on parle à Ronis de cette proximité avec le tableau de Bonnard, il répond :  "On me l'a souvent dit, en effet. Mais au moment où j'ai pris la photo, je n'y ai pas songé une seconde.
J'ai pensé : c'est un joli nu, c'est ma femme".

(A suivre…)

 

 

>>Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

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Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

11 Octobre 2022, 13:25pm

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Les joueurs de cartes

Images du haut :
Paul Cézanne, (1892-95),"Les joueurs de cartes" / Courtauld Institute of Art, London.

Paul Cézanne, (1890-92),"Les Joueurs de cartes", / Metropolitan Museum of Art, New-York City.

 

Images du bas :

Willy Ronis : "Café, rue des Cascades, Ménilmontant" - Paris, 1948

Willy Ronis : "La partie de Tarot, Joinville le Pont ", 1991.

 

 

Il existe cinq versions connues des "Joueurs de cartes" peintes par Cézanne et conservées à Paris au musée d'Orsay, à Londres au Courtauld Institute of Art, à New York au Metropolitan Museum of Art et à Philadelphie à la Barnes Foundation. La cinquième et dernière version a été acquise par la famille royale du Qatar en 2012, dans le cadre d'une transaction privée pour un montant de 191,5 millions d’euros !
Ronis connaissait-il ces œuvres où Cézanne met en scène quatre, puis trois et finalement seulement deux joueurs sur sa dernière toile ?
Oui vraisemblablement. Ronis avait au moins connaissance de certaines reproductions de ces toiles. Pour autant, avait-il en mémoire les tableaux de Cézanne au moment d'appuyer sur le déclic ? Là, cela est moins sûr…

Ce qui est sûr par contre c'est qu'il a souvent cherché à photographier des joueurs de cartes car ils entrent pleinement dans les scènes populaires qu'il affectionnait tant.

Dans sa moisson de photos récoltées dans les quartiers populaires, j'ai identifié cinq photos de Ronis montrant des joueurs de cartes, mais il en existe probablement d'autres.

On retrouve donc ce thème dans :
- "Café, rue des Cascades, Ménilmontant" - Paris, 1948
- "Café, place d'Aligre", Paris, 1952 
- "Partie de cartes en plein air, rue Botzaris", Paris 1952
- "La belote", Paris, 1954
- "La partie de Tarot, Joinville le Pont ", 1991.

 

>> Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

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Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

13 Septembre 2022, 11:15am

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Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

Photo du haut : "La danse de la mariée en plein air"   
Pieter Brueghel l'ancien (vers 1566)
     

Photo du bas : "Fête provençale La Crémade Vaucluse"
©Willy Ronis  (1964)

 

Ronis, très tôt nourri par les peintres flamands, a alors son style  en place : des noir et blanc à la lumière travaillée, une composition rigoureuse héritée de cette école flamande des XVIe-XVIIe siècles. Dès ses premiers clichés dans les années 1920 Ronis s’inspire de ces compositions, en particulier celles de Brueghel l'Ancien, qui va grandement déterminer la disposition de ses personnages dans le cadre.

D'ailleurs, en 1967, il dit : "Mes photographies réussies de scènes à épisodes multiples font penser, toutes proportions gardées, à ces tableaux de Brueghel dont on éprouve une si grande joie à explorer les différentes parties. Chacune de ces parties est un petit tableau, et pourtant chacun concourt merveilleusement à la composition générale. Même si certains peuvent trouver ridicule de faire un parallèle entre une œuvre de Brueghel et une photo de reportage".

Sa passion pour la peinture et le dessin se lit dans ses photos qui ont souvent des compositions picturales avec ses cadrages très recherchés. Formé « au goût de la composition », pour lui la photo est avant tout un équilibre. La composition est donc fondamentale, ainsi que l’équilibre des valeurs, des rapports entre ombres et lumières. L’importance des ombres dans ses images est primordiale : "Ce n’est pas la lumière qui m’a inspiré, c’est ce qu’elle éclaire" dit-il, aussi ses personnages émergent souvent du clair-obscur.

Par ailleurs il est obsédé par le rythme ternaire et son écho dans le temps : le nombre "3"  pose sa composition et l’équilibre autour d’un pivot central et en écho, ces situations ternaires se répètent, photographiées de façon répétitive au cours des décennies, inconsciemment.

Aussi contrairement à bien des photographes de son époque, Willy Ronis se dit artiste. "La photographie, je savais bien, moi, que je n'étais pas qu'un presse-bouton !"

Jeune, Willy Ronis est passionné de musique et il aurait voulu en faire son métier.
Faute d'avoir pu être compositeur de musique, il est compositeur d’images.


 

>> Willy Ronis et les peintres flamands. (2/3)

 

 

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Willy Ronis et les peintres flamands. (2/3)

4 Septembre 2022, 11:17am

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Publié par barreteau

 

Willy Ronis et les peintres flamands. (2/3)Willy Ronis et les peintres flamands. (2/3)

Photo du Haut : "Paysage d'hiver avec Patineurs".
Hendrick Avercamp (vers 1608)                                                     

Photo du bas : "Un dimanche sur le lac gelé du Bois de Boulogne",
 © Willy Ronis  (1954)

Dès sa tendre enfance, Willy fréquente les musées où sa mère l’emmène souvent pour l'éveiller aux arts plastiques. Plus tard, jeune homme timide, il continue à fréquenter régulièrement Rembrandt et les maîtres du Siècle d'or hollandais au Louvre. Lorsqu'il se met à pratiquer la photo il sera clairement influencé par la peinture flamande dans la manière de penser et de composer certaines photos.

Ces visites dans les musées lui ont - très tôt - permis d'exercer autrement son regard et de découvrir qu'en photographie aussi, il existe des règles de composition. Pour être bonne, une photo doit tenir debout, avoir une harmonie, exactement comme un tableau.

D'ailleurs il précise : "La première fois que j'ai pénétré dans les petits cabinets qui se trouvent de part et d'autre de la galerie des Rubens, au Louvre, je me suis senti chez moi : ces scènes ne représentaient pas des gens riches, nobles, laissant leur empreinte dans l'Histoire, mais des scènes de kermesse, de patinage sur des canaux gelés, la petite bourgeoisie, les bistrots, les artisans. Je me sentais en sympathie avec cette population-là".

 

>> Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)

>> Voir aussi : Scène de patinage à Kampen, oeuvre du peintre flamand Barend Avercamp 1625 / 1650

 

 

 

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Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)

26 Août 2022, 09:17am

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Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)

Photo du haut : Paysans jouant aux cartes dans une taverne 
David Teniers II (1610-1690)

Photo du bas : La partie de Tarots, Joinville le Pont (1991)
© Willy Ronis

 

Willy Ronis nous dit : "Je n’ai pas eu de maître à penser en photographie, ou plutôt certainement qu’ils sont nombreux à avoir plus ou moins influencé ma démarche"
Et il ajoute : "Mais ce que je sais, c’est que mes vrais maîtres, ce ne sont pas les photographes. Ce sont les musiciens, ou les peintres. Et en peinture ce sont les petits maîtres flamands du XVIIe siècle. C’est Brueghel et l'école des peintres flamands, par leur composition, par leur disposition des personnages dans le cadre".

Chez Ronis, les fondamentaux de la photographie et de la peinture vont se mélanger et produire une œuvre artistiquement riche car il a parfaitement analysé les œuvres des maîtres de la peinture. Il applique alors certaines grandes lois de la composition picturale à la photographie : balance des valeurs claires et sombres, unité du sujet, rythme de l'image, clair-obscur, contre-jour, etc…

Il apprécie donc dans la peinture flamande les scènes de la vie quotidienne dont les personnages font écho à ce qu'il retrouve alors dans la rue à Paris ou ailleurs. Ses sujets, ce sont d'abord les gens : "Les rues vides ne m'intéressent pas." dira-t-il. Les petits métiers, les ouvriers à l'usine, les bistrots, les bords de Marne, les couples, la jeunesse... le tout sans spectaculaire, en se concentrant sur le quotidien et la "poésie de la rue".

 

>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

 

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Fermeture estivale : quand la tour Eiffel se reflète dans la mer …

30 Juillet 2022, 17:23pm

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Fermeture estivale : quand la tour Eiffel se reflète dans la mer …

      La tour Eiffel se reflète dans la mer

 

Comme chaque année, à l'occasion des vacances d'été, Parisperdu fait une pause.

Nous vous donnons rendez-vous, ici même, le 29 août 2022.

 

D'ici-là, Parisperdu vous souhaite de très bonnes vacances !

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De chaque côté de la rue de Crimée.

5 Juillet 2022, 17:52pm

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Publié par barreteau

 Rue de Crimée, Paris 19ème : Escaliers de de rue des Annelets et de la villa Albert de Robida

 

De chaque côté de la rue de Crimée, les deux escaliers monumentaux de la rue des Annelets et de la Villa Albert Robida sont presque face à face. Tous les grands photographes : d'Aget à Cartier-Bresson sont venus ici, et Ronis a photographié ces escaliers en 1948. Placé en haut de l'escalier Albert Robida, il a en arrière-plan seulement une partie de l'escalier de la rue des Annelets.

Soixante ans après Ronis, lorsque je me rends rue de Crimée je cadre mon image pour souligner le mieux possible le "Y" de l'escalier de la Rue des Annelets car c'est incontestablement la partie la plus remarquable de ce groupe d'escaliers.

 

>> La photo de Willy Ronis, au même endroit.

 

>> Les escaliers des rues de Paris.

 

 

 

 

 

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Les jambes des femmes sont des compas.

27 Juin 2022, 08:30am

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Publié par barreteau

Les jambes des femmes sont des compas.

 De haut en bas et de gauche à droite : © Lily Franey ; © Willy Ronis ; © Sabine Weiss

 

Le cinéaste François Truffaut disait : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens et lui donnent son équilibre et son harmonie. »

Et avec Willy Ronis, Sabine Weiss ou Lily Franey : chez ces trois photographes humanistes les « compas » sont bien là !

Willy Ronis et Sabine Weiss ont saisi des « compas » enjambant élégamment une flaque d’eau et dans ce miroir : la colonne Vendôme pour Willy et l’obélisque de la place de la Concorde pour Sabine rendent la ville immédiatement identifiable.

Quant à Lily Franey, « son compas » n’enjambe rien mais semble glisser sur la place entièrement couverte d’eau. Et là encore c’est un monument parisien qui permet de localiser la photo ; car sur la place de la République, la statue de Marianne est si colossale qu’elle se reflète en entier dans le « compas » et de surcroît le rameau d'olivier, symbole de paix, qu’elle tient dans sa main droite, devient l’embout du parapluie tenu par la jeune femme.

Même dans des lieux différents, l’on s'étonne parfois de faire des photos qui font écho à certaines images déjà vues. C'est alors comme si l'image d’un autre photographe, imprimée dans notre mémoire, latente dans notre inconscient, entre en résonnance avec notre nature profonde et nous pousse vers l'instant décisif, celui qui va déclencher la prise de vue.

 

>> Lily Franey, site officiel.

 

 

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Sabine Weiss, 80 années de déclic.

12 Juin 2022, 09:18am

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Publié par barreteau

Sabine Weiss, 80 années de déclic.

A Paris en 2005, chez Sabine et Hugh Weiss lors du tournage du film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".
Photo : ©Lily FRANEY

 

Elle a été sans doute la dernière grande représentante de l’école humaniste de la photographie française d'après-guerre. Sabine Weiss, née Sabine Weber en 1924, nous a quittés fin décembre 2021, elle avait 97 ans… et 80 ans de prises de vue "derrière elle".
Et il faut croire que la photo humaniste assure à qui la pratique une belle longévité : Ronis a vécu jusqu'à 99 ans…

Sabine Weiss démarre la photographie très jeune, parce que la manipulation chimique du développement l'intéresse ; son père est ingénieur chimiste.

Genevoise d'origine, une peine de cœur la fait fuir à Paris en 1946. Elle y débarque au petit matin sans point de chute mais rapidement devient l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Trois ans plus tard, elle rencontre son mari – le peintre américain Hugh Weiss – et se lance comme photographe indépendante. Elle fait alors de tout : de la publicité, de la mode, du reportage et des portraits d’artistes.

En 1950, elle fait le portrait de Miro, ce qui lui vaut un rendez-vous avec le directeur de Vogue. Elle dira : « Je suis arrivée avec mes photos de clochards et de morveux. Un monsieur assis à côté de moi, hochait la tête en disant : "Bien, bien". C’était Robert Doisneau. Je ne connaissais même pas son nom à l’époque. Tout de suite, il m’a proposé de rejoindre l’agence Rapho. »

Le fondateur de Rapho, Charles Rado, exporte alors le travail de Sabine Weiss aux Etats-Unis, où elle devient alors plus connue qu’en France.

Sabine Weiss photographie beaucoup pour Vogue mais ce sont ses clichés en noir et blanc, des instantanés captés dans les rues de Paris, qui marqueront l’histoire de la photographie du XXe siècle.
Sens de la composition, maîtrise de la lumière et de l'instant décisif, elle s’inscrit dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Willy Ronis, les géants de la photographie française de l’après-guerre.  Plus tard, elle déclarera : « Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres. » 

Sabine a photographié surtout les gamins et les clochards des rues de Paris, les passants, les amoureux et les musiciens, avec une sensibilité et un talent formidable pour la composition.

Dans les années 1980, Sabine Weiss multiplie les voyages et se penche notamment sur la thématique des religions.
Elle arrête la prise de vue à la fin des années 90 car, avec une épaule cassée, elle dit ne plus pouvoir tenir convenablement l’appareil… Elle est naturalisée française en 1995.

Elle se consacre alors à la gestion de ses archives avant d'en faire le don au Musée de l’Elysée, à Lausanne : 200 000 négatifs, 7000 planches-contacts, quelque 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail et encore 2000 diapositives… eh oui, 80 années de déclic !
Merci Madame !


>> Sabine Weiss, site officiel.

>> Hugh Weiss, site officiel.

>> Le film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".

 

 

 

 

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Miss-Tic, la pionnière de l'art urbain en France nous a quittés.

23 Mai 2022, 16:01pm

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Publié par barreteau

Miss Tic, la pionnière de l'art urbain en France nous a quitté…

Pochoir et aphorisme de Miss-Tic : "C'est la vie, ça va passer ..."

 

Miss-Tic vient de nous quitter.
C'était l'une des grandes figures du street art.
Plasticienne et grapheuse elle était surtout connue pour ses pochoirs parisiens de femmes monochromes, toujours assortie d'aphorismes piquants.

Tous ceux qui ont parcouru les quartiers excentrés de la capitale ont, un jour ou l'autre, croisé une œuvre de Miss-Tic. Son dessin épuré est immédiatement reconnaissable et ses textes d'accompagnement, volontairement ambigus, sont toujours bien vus.

Miss-Tic a subtilement orné les vilains murs de la ville pour nous la rende supportable ...
On est loin des graffs tapageurs qui défigurent souvent les murs de Paris.

Bon voyage la Miss...

 

>> Miss-Tic sur Parisperdu

 

 

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