"Parisperdu" porte un "autre regard" sur Paris. En arpentant la ville depuis 30 ans, il nous montre que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit... et comme tout être vivant elle fait parfois des erreurs. Ainsi va la ville, ainsi va la vie...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." Pier Paolo Pasolini
Le passage du Prado est une galerie commerçante du 10ème arrondissement, situé à quelques pas de la station de métro "Strasbourg-Saint-Denis".
Ouvert dès 1785 - ce qui en fait le plus ancien des passages parisiens - il a longtemps été connu pour ses fréquentations interlopes… Mais le Passage du Prado a bénéficié en 2012 d’une rénovation totale y compris pour sa verrière qui a bénéficié d'une intervention artistique d’inspiration Art Déco, elle arbore désormais de belles gammes de couleurs vives.
Au fond du passage, dans un angle, on trouve une splendide rotonde également totalement rénovée.
Mais la surprise est que dans ce décor modernisé officient aujourd'hui une bonne dizaine de coiffeurs, tous originaires du sous-continent indien. Devant cette improbable succession de salons de coiffure - avec des cheveux éparpillés partout par terre - des gens sont là, patientant au milieu du passage car le travail du coiffeur n'est pas encore totalement terminé : ils ou elles patientent à la porte des salons avec leurs cheveux pleins de produits ou même avec des papillotes de papier alu plein la tête !
Exposition Sebastião Salgado, dans le Métro parisien, novembre 2015.
A Paris en 2015, la RATP invite Sebastião Salgado a exposer dans12 stations de métroune sélection de photographies tirées de son projet : "Genesis".
On peut alors retrouver et contempler ses images sur les quais des stations de métro :Place de Clichy ; Gare de l’Est ; Saint Augustin ; Bonne Nouvelle ; Strasbourg Saint Denis ; Trocadéro ; Cité ; Montparnasse ; Gare d’Austerlitz ; Porte de Vincennes mais aussi sur des grandes bâches suspendues sous le viaduc du métro aérien dans 2 stations : Jaurès et Bir Hakeim.
Salgado est un photographe exceptionnel - certainement l'un des plus grands. Pour ses deux œuvres magistrales : Genesis et Amazonia, il a sillonné la planète pendant huit ans pour finalement révéler au public, à travers ses photographies en noir et blanc, la nature dans toute sa splendeur et pour ainsi sensibiliser le grand public à la beauté et à la fragilité du monde.
Sebastião Salgado disait à propos de cette exposition si singulière : « les espaces du métro sont ouverts à tous, aussi ils représentent un lieu d’exposition idéal pour montrer à des millions de personnes notre héritage planétaire et les encourager à le préserver. Cette exposition témoigne d’une histoire humaine, une histoire qui nous concerne tous. »
Merci Monsieur, vous partez mais vos superbes images resteront avec nous pour toujours.
1. André Kertész, "Jeune-garçon" (1933) // 2.Willy Ronis,"Le petit parisien" (1952) 3. Robert Doisneau, "La baguette parisienne" (1953) // 4.Jean Ribière, "Petit garçon avec ses baguettes de pain" (1955)
La baguette parisienne a de tout temps inspiré les photographes et même les plus grands d'entre-eux : Kertész, Ronis, Doisneau… ont trouvé là un sujet d'inspiration.
Dans "Le Petit Parisien",(image 2) Willy Ronis évoque le Paris populaire, tout comme André Kertész (image 1) l'avait fait bien avant lui. Mais ce n'est plus le gamin d'avant-guerre qui marche car -on le sait- Ronis avait mise en scène la course de ce garçon rieur.
Robert Doisneau lui aussi s'est intéressé à la baguette de pain : avec ce garçon qui recompte soigneusement l'argent que vient de lui rendre la boulangère (image 3).
Quelques années plus tôt le même Doisneau avait saisi dans une rue ce qu'il a appelé "Un petit gang de Paris" où là aussi la fameuse baguette était fortement présente (voir l'image ci-dessous).
Plus tard, c'est dans les rues de Grenoble que le photographe Jean Ribière (image 4) a trouvé cet autre garçon qui tient fermement ses baguettes comme s'il s'agissait d'un butin éminemment précieux.
Et en 2022, lors du classement de la si précieuse baguette française au patrimoine immatériel de l’UNESCO, c'est la photo de Willy Ronis qui a été utilisée pour la soumission du Dossier. Ce qui démontre que cette image reste toujours d’actualité : une image en quelque sorte éternelle !
Sur l’image de gauche prise par Robert Doisneau en 1953 deux religieuses consultent attentivement le plan du métro apposé à l’entrée de la station "Sèvres-Babylone".
Ces sœurs ou ces « bonnes sœurs » comme on les nomme communément sont-elles là par hasard ? Vraisemblablement pas car à cette époque les Clarisses, une congrégation de sœurs créée par Saint François d'Assise, avaient leur monastère au 5 de la villa de Saxe dans le quartier de Sèvres-Babylone, Paris 7ème.
Après sept siècles de prières au cœur de la capitale les sœurs Clarisse ont quitté leur monastère en 2009. Un choix dicté par la nécessité : le monastère de 1800 m2 sur cinq étages, dont elles sont propriétaires, était devenu trop grand et trop cher à entretenir pour une congrégation qui ne comptait plus alors que dix sœurs. Mais bien qu'elles aient fait vœux de pauvreté, les Clarisses de Paris sont devenues millionnaires car au prix du marché en plein 7ème arrondissement, la vente de leur monastère a dépassé les onze millions d'euros !
Sur l'image de droite, c’est une autre congrégation de Sœurs parisiennes qui est évoquée, même si je reconnais que cela n’est pas évident au premier coup d’œil…
Nous sommes au nord-est de Paris, à la limite du 3e et du 11e arrondissement, tout proche de la place de la République. Là, une rue et une station de métro portent le même nom : les "Filles du Calvaire".
Mais pourquoi les "Filles du Calvaire", parce qu’à l’emplacement de cette rue se situait le Couvent des Filles-du-Calvaire un ordre de religieuses consacré aux pauvres et aux enfants.
Ce couvent n’existe plus car il fut supprimé à la Révolution et la propriété vendue comme bien national. Toutefois au printemps 1931 on ouvre ici une station de métro à laquelle on donne le nom de "Filles du Calvaire" pour sa proximité avec la rue éponyme.
Et aujourd’hui, les filles sortant du métro et captées sur cette image sont pourtant bien... deux sœurs !
Le Musée Maillol présente actuellement une exposition consacrée au photographe français Robert Doisneau, l’expo est nommée : « Instants donnés ».
Plus de 350 photographies ont été choisies parmi les 450 000 que renferme la collection de l’Atelier Doisneau, pour une promenade à travers le monde de ce célèbre photographe, dans un univers poétique, tendre et profondément humaine. C’est aussi un témoignage unique sur une époque qui va des années 30 aux années 80.
Ainsi qu’en partant du réel le plus quotidien, Doisneau nous entraine dans sa vision amusée de l’enfance, de sa banlieue parisienne en noir et blanc mais parfois en couleur. On peut aussi bien y voir le constat d’une réalité mélancolique ou le témoignage d’une irrépressible joie de vivre.
Il se dégage de cette exposition un esprit entre légèreté et gravité ou entre rêve et réalité.
En 1925, il y a tout juste 100 ans, le premier appareil photo conçu et fabriqué par Leica (naturellement nommé Leica 1) était présenté à la Foire du printemps de Leipzig… la photographie entrait dans une nouvelle ère car il s’agissait du premier appareil photo de petit format fabriqué en série.
Depuis 100 ans les appareils Leica ont donné lieu à d'innombrables clichés époustouflants et, à l’occasion de cet anniversaire une sélection de ces images est exposée tout au long de cette année dans les galeries Leica à travers le monde : de Paris à Tokyo en passant par New York et Melbourne.
Ces lieux d’exposition vont montrer un équilibre entre la photographie contemporaine et les icônes du passé. Car à l'occasion de son centenaire, Leica célèbre cet héritage au moyen d’un concept unique qui instaure un dialogue visuel entre le passé et l'avenir de la photographie. Tous les mois, une galerie Leica à travers le monde ouvrira une exposition qui réunira un talent contemporain reconnu et un lauréat ou une lauréate du Grand Prix Leica (Le « Hall of Fame »).
Douze duos hors du commun verront ainsi le jour. Leurs œuvres se complètent et jettent des ponts entre elles tout en étant des sources d’inspiration pour le public professionnel ou amateur.
À l’occasion des 50 ans de la fin de la guerre du Vietnam, l’association "Les amis de Marc Riboud" et le musée Guimet (qui conserve le fonds du grand photographe français) s’associent pour présenter les photographies et documents d’archives retraçant le travail de Marc Riboud au Vietnam entre 1966 et 1976.
Marc Riboud, comme beaucoup d’hommes et de femmes de sa génération, a été profondément marqué par le drame vietnamien. Entre 1966 et 1976, le photographe, alors membre de l’agence Magnum, ira, de sa propre initiative, près d’une dizaine de fois faire de longs reportages au Nord comme au Sud Vietnam.
On reconnaît la « méthode » de Marc Riboud dans ses reportages : il aimait revenir dans les pays qu’il avait visités ; il repérait les lieux et les habitudes, s’attachait aux gens, aimait les retrouver, comprendre leur pensée, voir comment évoluait leur vie. Il restait sur place autant qu’il le pouvait, interrogeant toutes sortes de personnes.
Marc Riboud n’était pas photographe de guerre. Au Vietnam, il admire le courage de la population se battant contre la plus grande armée du monde. Dans ses photographies, ce ne sont pas les combats que l’on voit, mais le quotidien dans les ruines, les corps qui tentent de se reposer dans les refuges de fortune, les amoureux qui se retrouvent près des abris anti-bombes, la vivacité des enfants, la grâce inchangée des femmes. On découvre aussi le désespoir des veuves dans les temples ou dans les églises, le courage de celles et ceux qui rebâtissent à mains nues, les digues ou des quartiers entiers en morceaux... C’est une vie bouleversée, blessée, dont le regard singulier de Marc Riboud témoigne, mais une vie qui continue, tenace, envers et contre tout.
"J'habite seul avec maman, dans un très vieil appartement, rue Sarasate..." : voici le début de "Comme ils disent", l'une des chansons les plus connues de Charles Aznavour.
En 1972, dans une France où les tabous sont encore tenaces, dans une société où les seuls homos visibles sont chez Michou, Aznavour pense à son décorateur à l'air efféminé. Ce décorateur est bien homosexuel, et s'il ne vit pas chez maman, il a bien une chatte qu'il a confiée à sa sœur. Alors voilà, Aznavour tient l'idée d'une nouvelle chanson, un hymne à la tolérance… et un succès mondial.
Mais pourquoi Aznavour a-t-il domicilié son personnage rue Sarasate, une rue perdue au fin fond du XVe arrondissement de Paris ? Au départ, il voulait faire habiter son héros rue Socrate, mais l'un de ses amis lui a fait remarquer que cette rue n'existait pas à Paris. Alors, un plan de Paris sous les yeux, Aznavour a cherché des heures durant un nom de rue en quatre syllabes finissant en -ate (la rime avec "chatte" oblige), jusqu'à ce qu'il tombe sur "Sarasate".
Une rue discrète, peu visitée, même par les fans du chanteur mais dont la notoriété est aujourd'hui totalement due à Charles Aznavour.
Fin 2016, le quotidien régional Var-matin annonce : "L'enfant à la baguette de Willy Ronis, vit à Hyères, il s'appelle Jean Brosseron". Mais lorsque je prends connaissance de cet article, je vois tout de suite que quelque chose cloche.
En effet, sous la célèbre photo de Ronis la légende du journal régional dit : Le Petit Parisien, également nommé 'L’enfant à la baguette' a été photographié en 1952, boulevard Haussmann à Paris.
Boulevard Haussmann ! : voilà le problème, voilà pourquoi je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas car je le sais : cette célèbre image n'a pas été prise boulevard Haussmann… mais dans le 15ème arrondissement de Paris.
En effet dans"Willy Ronis par Willy Ronis / regard inédit d'un photographe sur son œuvre" (un ouvrage édité chez Flammarion en 2018) Ronis a rédigé pour chacune de ses meilleures photographies un commentaire fait de souvenirs et d'anecdotes et pour "Le petit parisien" il mentionne : "Ce garçon-là, je l'ai retrouvé grâce à sa belle-mère qui, un jour, s'est manifesté et m'a téléphoné. Grâce à cette femme, j'ai pu aussi retrouver le nom de la rue où j'avais fait cette photo : la rue Péclet dans le 15ème. D'ailleurs au dos du contact la localisation est confirmée : 2 rue Péclet, 20 mai 1952, j'avais même inscrit les initiales du gamin : P.B". Mais P.B ce ne sont pas les initiales du varois Jean Brosseron !
Et Ronis d'ajouter : "Je suis retourné rue Péclet pour voir si j’allais retrouver la porte, si j’allais me souvenir. La maison n’avait pas été ravalée, c’était exactement le même décor, et j’ai eu la preuve que c’était bien là parce que sur le cliché complet il y avait en bas de ce mur un regard pour le gaz, comme une petite boîte en fonte, qui était resté à la même place. Le regard n’avait pas bougé pendant toutes ces années!"
Personnellement je peux ajouter qu'en 2006, lorsque Willy Ronis m'avait invité chez lui -rue de Lagny- et il m'avait alors raconté l'histoire de cette photo et parlé de ce petit garçon, il m'avait aussi indiqué avoir mentionné les initiales du nom du garçonnet sur le verso de la planche-contact. Là, il avait en effet écrit "P.B".
Alors y-a-t-il tromperie sur la personne, une sorte d'usurpation d'identité ?
Et qui est le vrai petit parisien à la baguette ?
Le journal Le Monde a récemment mené l'enquête. Martin Fort, journaliste au Monde, a donc rencontré et interviewé les deux personnes -aujourd'hui septuagénaires- qui disent avoir été photographié par Willy Ronis, en 1952, avec une baguette sous le bras : le varois Jean Brosseron et le dijonnais Pierre Bariod.
Mais après lecture de l'article du Monde, je constate que sa conclusion ne donne pas de réponse à cette question : "Lequel de ces deux personnes est le garçonnet de la photo de Willy Ronis ?". Martin Fort laisse ses lecteurs dans l'incertitude, dans le doute.
Pour moi il n'y a pas de doute : le dijonnais Pierre Bariod (initiales P.B) est le gamin à la baguette. Willy Ronis l'ayant lui-même confirmé à plusieurs reprises.
A l'examen des photos des albums de famille des deux protagonistes, publiées par le journal Le Monde [montrant des clichés pris en 1950 (pour Jean Brosseron) et en1952 (pour Pierre Bariod)] la ressemblance du gamin va incontestablement vers Pierre Bariod. (Voir l'illustration en tête de ce billet).
Et aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux qui s'emparent du sujet. C'est le réseau Reedit qui donne le verdict le plus net : 90% des contributeurs "votent" pour Pierre Bariod (P.B). Certains sont même allés jusqu'à analyser en profondeur ces photos via des logiciels de reconnaissance faciale et corporelle et ils donnent leur conclusion : "L'ensemble des épaules/cou et de la forme du torse est identique à la photo d'enfance de Bariod. Ajoutez la coupe de cheveux rugueuse, les pommettes de joue et le sourire et je ne pense pas qu'il y ait le moindre doute. Malheureusement pour Brosseron, le petit Parisien ne ressemble en rien à ses photos d'enfance, le petit parisien de Ronis : c'est clairement Bariod."
Quant à Jean Brosseron, le varois, il est sans doute de bonne foi. Lorsqu'il était enfant il a vraisemblablement été photographié par quelqu'un sur le boulevard Haussmann, près du lieu où il résidait, mais la personne qui l'a pris en photo n'était pas Willy Ronis. Et si la scène de sa photo aurait pu ressembler au "Petit parisien", ce n'était pas cette photo.
Alors récemment -moi aussi- je suis retourné rue Péclet (un physicien, fondateur de l'École Centrale des Arts et Manufactures). Le n°2-2 bis, mentionné par Willy Ronis, est devenu le n°2-4 de la rue Péclet et la boulangerie a été remplacé par l’enseigne NICE DAY une société de Production de films et de programmes pour la télévision.
Mais le mur qui a servi d'arrière-plan pour la photo de Ronis est toujours là, intact. Seul le petit regard de gaz qui apparaissait sur le cliché complet de Ronis a été retiré. (Voir l'illustration à la fin de ce billet).
Les temps changent, la mémoire s'efface…mais rue Péclet, finalement pas tant que cela !
Finalement, comme disent les musiciens de l'orchestre : "rendez-vous au Point d'orgue".
Et pour la ville lumière, le point d'orgue sera le monument le plus prestigieux de la capitale : la Tour Eiffel.
Pour la robe dorée de la tour Eiffel, les chiffres donnent le tournis car on dénombre :
20 000 lampes à éclat,
40 km de guirlandes lumineuses et de câbles d'alimentation,
230 armoires et coffrets d'alimentation,
Une puissance totale de 120 kW,
L'illumination nocturne de la tour ne représente que 4 % environ de la facture énergétique annuelle du monument. Car chaque année, la tour Eiffel consomme 6,7 GW, soit l'équivalent d'une ville de 3 000 habitants. Mais Paris le vaut bien…
Le Louvre la nuit : Esplanade de la Pyramide de Pei.
Aujourd'hui le temps est aux économies pour l'éclairage des bâtiments publics et l'heure n'est plus aux mises en scène lumineuses fastueuses et parfois onéreuses. Et puis, les mentalités ont évolué et les citoyens préfèrent des illuminations destinées à améliorer leur confort quotidien plutôt que celles dévolues aux seuls bâtiments publics pour mettre en valeur le patrimoine architectural. Autant de facteurs qui expliquent qu'en novembre 2022, la mairie a pu demander aux bureaux et commerces parisiens d'éteindre les lumières le soir et, pour donner l'exemple, a plongé la tour Eiffel dans le noir à 23h45 au lieu de 1 h du matin : à la clé, 10 millions d'euros d'économies.
Il faut dire que, comparés aux autres mégalopoles, Paris est souvent pionnière en matière de transition écologique.
Il y a plus de dix ans maintenant que la pyramide du Louvre mais aussi les façades du palais du Louvre brillent dans la nuit grâce à quelque 4 500 LED ! Et dès l'année prochaine tous les luminaires publics vont passer en éclairage LED, permettant ainsi de consommer deux fois moins d'énergie qu'auparavant.
Paris est donc sur la bonne voie mais le chemin est long. Ainsi l'Inventaire National du Patrimoine Naturel relève dans l'une de ses publications que : « Ces dernières décennies, l'éclairage nocturne s'est fortement développé, impactant la faune et la flore. Cette pollution lumineuse modifie les comportements des animaux et fragmente les paysages nocturnes. » La question à laquelle Paris va devoir répondre n'est donc peut-être plus celle de la lumière, mais celle de la nuit retrouvée avec, par exemple, la création d’îlots d'obscurité à côté de certains espaces publics baignés de lumières plus douces.
Une façon de réenchanter la nuit parisienne, tout en restant la Ville lumière ?
Illuminations du pont Alexandre III et la Tour Eiffel
Paris, la Ville lumière, ce surnom est encore bien mérité aujourd'hui car force est de constater que Paris et ses lumières font toujours rêver. En effet, on ne compte plus les tours et guides qui proposent des formules de découvertes « by night », en bus, à pied voire en vélo et bien sûr en péniche avec notamment les fameux bateaux-mouches. C'est qu’il y en des choses à voir lors de ces balades nocturnes : outre l'éclairage des voies publiques, celui des bâtiments parisiens concerne près de 340 sites dont la tour Eiffel, le Louvre, l'Opéra et bien sûr tous les ponts de Paris.
Et s’il s’agit d’un éclairage public de qualité qui fonctionne bien et qui est bien entretenu, ce qui est plus remarquable c’est qu’il est réparti de façon équitable sur tout le territoire parisien. Autrement dit, tous les quartiers de la capitale sont éclairés et il y a peu de chance qu'un passant heurte un candélabre en panne !
Un bémol cependant : on a parfois une impression de paysage nocturne en désordre. Sur les Champs-Élysées, par exemple, longtemps, à cause d'un arrêté de 1910, seules les lumières blanches étaient autorisées ; ce qui donnait son unité à l'avenue. Désormais, des enseignes commerciales de toutes les couleurs se côtoient et font un peu désordre.
Ailleurs cette unité de couleur est malgré tout respectée : c'est le cas pour les ponts parisiens, illuminés de blanc toute la nuit, même en période d'économies d'énergie, afin d'assurer la sécurité de la navigation fluviale. Mais ce qui frappe sans doute le plus les amoureux de la nuit parisienne, c'est l'incroyable richesse dumobilier urbain d'éclairage : comme les lampadaires Art nouveau en forme de brins de muguet conçus par Hector Guimard pour éclairer les encarts de signalisation du métro, ou les cariatides (ou femmes lampadaires) sur la place de !'Opéra ou encore les réverbères coniques entourant la colonne Vendôme, et il existe encore bien d'autres exemples.
Mais pour rester la Ville lumière, Paris doit rénover sans cesse son éclairage public, comme cela a été récemment le cas aux abords du Louvre où les candélabres et les lanternes de la Placedu Carrousel, de la cour Napoléon, de la cour Carrée et du passage Richelieu ont subi untoilettage complet, qui va du nettoyage ou de la peinture de quelque 181 fûts de bronze à la modernisation des armoires électriques ou au remplacement de certaines lanternes abîmées.
Candélabre mixte associant une lampe à arc et des lanternes à gaz
Avenue de l’Opéra, Paris. année 1910_Copyright photo : MEGE
Paris « Ville lumière » : une appellation dont l'origine continue de déchirer les historiens. Car pour certains, la capitale française doit ce surnom aux visiteurs de passage… sous le règne de Louis XIV ! En effet, en créant le premier Établissement de lanternes en 1665, le Roi-Soleil donne naissance à l'éclairage public et c'est le lieutenant général de la police Gabriel Nicolas de la Reynie qui installe lanternes et flambeaux, et incite les Parisiens à placer une bougie ou une lampe à huile sur les rebords de leurs fenêtres pour chasser voyous et voleurs. Les visiteurs de cette époque repartent alors de Paris fascinés par cette pluie de lucioles brillante dans la nuit.
Mais pour d’autres historiens, c'est plutôt la "Fée électricité" qui est à l'origine de cette appellation. Car en effet, lors de l'Exposition universelle de 1900, Paris s’autoproclame « Ville lumière ».
Un véritable "coup marketing" qui permet à Paris de se mettre en avant et d'affirmer ainsi qu'elle a rattrapé son retard sur New York ou Londres. Ce coup de génie frappe d'autant plus les esprits, que cette année-là, 5 000 ampoules électriques remplacent les 10 000 becs de gaz qui servaient à illuminer la tour Eiffel depuis son inauguration, onze ans plus tôt.
Le surnom de « Ville lumière » est donc ancien, même si certains ne s’accordent pas vraiment sur l’origine réelle du nom.
Et quoi qu’il en soit, aujourd’hui Paris est bel et bien la "Ville lumière" et le restera toujours !
Paris a inventé l'éclairage public au 17è siècle, puis les lampadaires au 18ème. Au tournant du 19ème, la fée électricité inspire les créateurs, comme Hector Guimard qui imagine de lascifs lampadaires urbains en forme de brins de muguet pour orner les bouches de métro. Et aujourd'hui l'enjeu est d'innover pour concilier sobriété énergétique et valorisation du patrimoine urbain.
Parisperdu va développer dans 4 billets à suivre… la grande aventure de "Paris ville lumière". Et tout d'abord en se posant la question fondamentale : d’où vient ce nom de "Ville lumière" ?
Puis l'on montrera que la "ville lumière" n'est pas réservée à quelques sites ou monuments mais qu'elle est partout dans la capitale. Et aussi l'on verra qu'aujourd'hui "La ville lumière" est en grande mutation, à cause de la nécessaire sobriété énergétique qui s'impose à tout le monde.
Enfin le point d'orgue sera posé sur le monument le plus prestigieux de la capitale : la tour Eiffel et sa robe dorée.
Paris été 1972 : la nuit a été blanche. Avec mon petit groupe d'amis nous avons discuté toute la nuit, mangé un peu mais bu sans trop de modération. Passées quatre heures, la fatigue commence à faire son effet : les conversations sont moins enflammées, les bouteilles sont presque vides... Certains parlent maintenant de rentrer. Ceux qui habitent le quartier vont rentrer à pied. Pour les autres, impossible de prendre le métro, il n'est pas encore en service à cette heure très matinale. Pour ceux-là un ami qui a une voiture propose de les conduire chez eux… Conduire, est-ce bien raisonnable après cette longue soirée ? Mais l'insouciance inhérente à la vingtaine de nos années fait que personne ne se pose la question.
La voiture est une sportive rouge vif, une Alfa Romeo. De surcroît elle est décapotable : on retire donc sa toile pour voir la nuit étoilée et nous montons à cinq dans le bolide.
Sur la route, dès les premiers mètres, c'est une sensation incroyable, inédite et très forte : Paris est à nous, à nous tout seul car les avenues sont vides… complètement vides : pas d'autres voitures, même pas d'autres humains. Avec l'air qui nous fouette le visage nous avons l'impression de nous engouffrer dans la ville, une ville complètement déserte… et à allure folle car dans Paris à cette heure, rien ne vient nous ralentir.
Mais justement quelle heure est-il ? L'un de mes amis regardant sa montre nous crie : "Il est cinq heures" et il enchaine en s'adressant au chauffeur : "Mets la K7, mets la K7…"
Le pilote s'exécute et, poussant le volume à fond, la voix de Jacques Dutronc retentit : "Il est cinq heures Paris se lève".
C'est un émerveillement car la chanson est en parfaite adéquation avec ce que nous vivons : c'est la bande-son idéale pour le film qui se déroule à grande vitesse sous nos yeux, où toutes ces avenues, tous ces monuments se ruent vers nous !
Et l'air aigrelet de la flûte traversière qui se fait entendre en arrière-plan de la voix de Dutronc vient magnifier le panorama qui file devant mes yeux quelque peu ébahis, le panorama d'un Paris vierge, vide de tout et qui se donne à nous… à nous seuls.
Maintenant le jour peut bien se lever car je sais que j'ai vécu jusqu'au point du jour une expérience extraordinaire...inoubliable.
Merci la nuit, merci Paris.
L'album des Lieux retrouvésmontre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.
Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire.
En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs). C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.