Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
PARISPERDU

Sur les pas d'Eugène Atget

29 Novembre 2007, 10:10am

Publié par barreteau

Le regard des Cascades, 75020 Paris

Au tournant des années 1900, lorsqu'Eugène Atget photographie Paris, il porte un regard très personnel sur la ville. Il nous montre en effet, la capitale sans son architecture monumentale, ne s'intéressant qu'à des quartiers, aux marges de la ville, où sont (déjà) relégués les exclus du développement urbain.
Il réussit ainsi à traquer - dans une ville en perpétuelle démolition et reconstruction - une mémoire au bord de la disparition.

Le photoblog Parisperdu se réclame (modestement) de la démarche d'Atget, car aujourd'hui aussi, la ville, en ce début de XXIe siècle, connaît  ses mutations, ses mises à l'écart mais aussi ses évolutions porteuses de sens.

Un siècle s'est écoulé, mais à Paris, les problématiques d'hier sont toujours d'actualité ... et même à l'époque de l'image numérique, les clichés sur papier albuminé d'Atget sont riches d'enseignements.


>> Le regard des Cascades, ©Eugène Atget 1901

>> Atget, un regard sur la ville.

 

 

 

Voir les commentaires

Ségrégation urbaine

24 Novembre 2007, 10:21am

Publié par barreteau


Haut de la rue Gasnier-Guy, 1995

 

La "reconquête" immobilière des quartiers populaires de l'est parisien masque en fait un rapport de forces sociétales, déguisant ses desseins financiers sous les oripeaux du "cool" et du "sympa". Car les futurs habitants, détenteurs de capital intellectuel - et pas seulement de capital tout court - sauront habilement tirer un bénéfice concret de ces "rénovations".

 

Mais pour "bien vendre la ville" à la néo-bourgeoisie, il faut à la fois la délivrer de ses "défauts", la désencombrer, l'embellir, y réduire le bruit, la circulation, les mauvaises odeurs, les mauvaises rencontres, ... et aussi y ajouter certains "signes de prestige", synonymes de loisirs et de consommation chics.

 

Ici, on va bientôt accueillir des acteurs du "tertiaire", des professions libérales, ... Des sociétés et des prestataires de services veulent aussi s'implanter dans ces quartiers néo-branchés... On va donc, leur bâtir des résidences confortables ... ce sont des gens qui ont besoin de calme et aussi d'être bien logés. Comme si les autres n'avaient besoin ni de calme ni de logements confortables... C'est la citoyenneté à géométrie variable !

 

La ville et ceux qui la décident, ceux qui la dessinent, n'échappent décidément pas à l'idéologie de la ségrégation urbaine.

 

 

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Vers une nouvelle géographie urbaine"

 

>> Rue Gasnier Guy, la rue-symbole de Parisperdu

 

 

 

Voir les commentaires

Jean Ro. et les 100 vierges !

19 Novembre 2007, 10:48am

Publié par barreteau

Carrefour des rues des Envierges, des Couronnes, de la Mare et des Cascades (1997) 

Dans les années 50, pendant une dizaine d'années, j'ai habité au 31 de la rue des Envierges. A l'époque les gens disaient que cet immeuble - tout en longueur - était un ancien couvent ! En effet, n'était-il pas adossé aux locaux d'une communauté qui avait compté jusqu'à une centaine de nones et dont l'entrée se trouvait rue de la Mare ? De surcroît, le portail du passage situé entre le 29 et 31, n'appartenait-il pas à ces religieuses?

 Il se disait même que ce couvent était là, bien avant la création du quartier et qu'il aurait par la suite donné son nom à la rue, qui a l'époq ue se serait appelée LA RUE DES CENT VIERGES !....

C'était plausible ... mais pas prouvé. Etait-ce une pure invention ou une légende reposant sur un fond de vérité historique ... ? Mystère, mais en tout cas, moi je croyais assez à cette histoire...

Il faut dire que l'expression "Cent vierges" a bien souvent été porteuse d'inspirations plus ou moins délirantes.

Ainsi, à Carrion de los Conde, dans la province espagnole de Leon, on évoque la légende des Cent vierges qui devaient être livrées aux Maures en vertu d'un traité avec le Calife de Cordoue. Elles furent sauvées, après intervention de la Vierge Marie, par quatre taureaux furieux qui firent s'enfuir les Arabes.

Aujourd'hui encore, une certaine lecture du Coran, peut porter à penser que Dieu dédommagerait le martyr qui sacrifie sa vie pour sa foi, en lui accordant 70 (ou 72 ?) vierges, pour épouses, et pour son bonheur éternel !

Et enfin, pour terminer sur une note plus légère et plus réaliste, signalons que Charles Lecocq, un contemporain d'Offenbach, est le compositeur inspiré d'une opérette intitulée  ... "Les Cent Vierges".

Vous voyez que je ne suis pas le seul à être intéressé par ce thème fantasmatique de cette multitude de vierges !


>>  "Les Cent Vierges" de Charles Lecocq ...

>>  Y a-t-il 70 vierges qui attendent les terroristes-martyrs au "paradis d'Allah"?

 

  

Voir les commentaires

Paris vu par Parisperdu ...

14 Novembre 2007, 08:23am

Publié par barreteau


C'est a
ujourd'hui le deuxième anniversaire de Parisperdu.

A l'instar de Julien Green, qui rêvait d'écrire "un livre sur Paris qui fût comme une grande promenade sans but, où l'on ne trouve rien de ce qu'on cherche, mais bien des choses qu'on ne cherchait pas"; ce blog est le résultat de mes déambulations dans Paris.

Un Paris bien connu peut parfois ici être visité, mais le plus souvent, il s'agit d'incursions dans une "ville plus secrète", plus intime, souvent méconnue voire ignorée et qui aujourd'hui - par endroits - éclate, agonise, et même parfois a déjà disparu ou bien ... résiste encore.

C'est ce Paris, que de grands écrivains : Henri Calet, Eugène Dabit, René Fallet, Léon-Paul Fargue, Jacques Audiberti, Jean Follain, Jacques Réda ... et bien d'autres... ont décrit bien mieux que moi ...

A ceux qui évoqueront une vision nostalgique, une tonalité trop passéiste, et qui mettront en avant le fait que la modernité a aussi ses bons côtés, à ceux-là, je me contenterai de leur citer Pier Paolo Pasolini qui écrivait : "Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."

Parisperdu  cherchera donc toujours à restituer une image fidèle de la capitale, à la fois classique et insolite, ancienne et moderne, poétique et réaliste, ... à traquer une mémoire au bord de la disparition sans vouloir instituer un culte du souvenir ...

Mais, ce photoblog est avant tout une invitation à la flânerie, un apprentissage à porter un certain regard sur la ville.
Et, regarder la ville, n'est-ce pas aussi, d'abord, apprendre à regarder ses habitants,... au hasard des rencontres et dans les coins les plus reculés de la capitale.

Aussi, à l'occasion de son deuxième anniversaire, Parisperdu vous souhaite de bonnes promenades et surtout d'agréables rencontres dans ce Paris dont on est forcement amoureux ... pour peu qu'on apprenne à le regarder ... vraiment.

Bonnes ballades !


>> Voir aussi : Parisperdu, un an déjà !



>> Voir le premier billet publié par Parisperdu, il y a tout juste deux ans. 

Voir les commentaires

Le petit miracle de Belleville.

10 Novembre 2007, 10:26am

Publié par barreteau

38 rue de Belleville, enfilade de cours.

Chanté et photographié à l'envie, les quartiers de Belleville mais aussi ceux de Ménilmontant, du Père-Lachaise, de Charonne, et de Bagnolet occupent une place à part dans l'imaginaire parisien.

Mille réminiscences du passé et autant de figures - de Casque d'Or à la môme Piaf et à Maurice Chevalier - nourrissent une légende que les amateurs de poésie urbaine peuvent cultiver ici, sans se forcer. Ce sont ces figures qui vous accompagneront dans vos ballades sur les pentes de la colline inspirée!

Reste que le promeneur, empruntant les rues escarpées ou s'aventurant dans des villas secrètes à jamais endormies, n'a jamais le sentiment de pénétrer dans un sanctuaire.

Et c'est bien cela, la séduction du petit miracle bellevillois que de nous inviter à découvrir un territoire intime, tout à la fois ... hérissé de souvenirs, mais aussi ... encore bien vivant.


>> Voir aussi dans Parisperdu : Position dominante.

>> Voir aussi : Portrait d'un monde disparu

>> Voir aussi : Mélange de couleurs

>> Voir aussi : Jours tranquilles à Belleville

>> Voir aussi : Visages d'une planète

>> Voir aussi : Rue des Cascades

 

 

Voir les commentaires

Celles, le village sauvé des eaux.

6 Novembre 2007, 14:24pm

Publié par barreteau

Dans ses billets intitulés "Démolition des murs ... démolition des vies", Parisperdu a montré comment la volonté de certains avait eu raison de quartiers entiers de Paris.

Parfois cette "rage de destruction" n'est pas le fait des hommes mais celui d'un tragique destin qui s'acharne sur certains lieux de vie, comme à Perillos , un village des Corbières que vous avez pu découvrir récemment sur Parisperdu.
Dans d'autres cas, comme à Celles, un village au cœur d'un paysage remarquable associant la terre rougeâtre et les eaux bleues d'un lac ... le village a été ruiné et dévitalisé au terme d'une longue épopée ... 


Dans les années 50, le village de Celles (Hérault) compte 80 habitants, pour la plupart viticulteurs. Ici, en 1959, la crise viticole amène les pouvoirs publics à envisager la reconversion du vignoble en verger, ce qui nécessite la création d'une réserve d'eau pour l'irrigation. Les études s'orientent vers l'édification d'un barrage sur le ruisseau du Salagou dont les crues sont souvent spectaculaires.
Pendant dix ans, jusqu'en 1968, se succèdent alors rachats et expropriations des propriétés concernées par la mise en eau de la vallée, prévue en deux temps : tout d'abord à la cote (altitude) 139 puis à la cote 150. Le village de Celles (altitude 143 mètres) est donc condamné à être englouti lors de la seconde étape de la réalisation de la retenue.
Mais, bien qu'indemnisés, les habitants restent pour la plupart attachés à leurs terres et à leur village.
 
Le département de l'Hérault devient donc, suite aux expropriations, propriétaire de la quasi-totalité du village, hors les bâtiments communaux (mairie, ancienne école, église, logement du curé et de l'institutrice) qui sont  juridiquement non-expropriables.
La mise en eau du barrage a lieu en Octobre 1969. Les anciens propriétaires quittent alors le village devant la montée des eaux, mais le statut de commune perdure.
Dès 1970, on assiste au pillage des maisons par ceux qu'on dénommera "les bricoleurs du dimanche". Puis c'est une communauté hippie qui s'installe à Celles; elle y restera 3 ans.
En 1980, Joseph Envenido, surnommé "Bichette", occupe les locaux municipaux d'où - sans eau, ni électricité, ni téléphone - il assure le gardiennage du village. Les vols deviennent moins intensifs mais les maisons déjà dépouillées de leurs tuiles, fenêtres, carrelages ... se délabrent rapidement.
Entre 1985 et 1989, on assiste à la réhabilitation du secrétariat de mairie, de l'église puis à l'aménagement de deux appartements dans des bâtiments communaux. On procède également à leurs raccordements électrique et téléphonique.
En 1990, suite la  décision du Conseil d'Etat en faveur du maintient du statut de commune, le conseil municipal de Celles, espérant faire "bouger" le département pour revitaliser le village, met en demeure le conseil général, propriétaire des ruines, de les sécuriser au titre de la sécurité publique. Le résultat escompté- la remise en état des maisons - débouche en fait sur une action de cristallisation du village avec le bétonnage des crêtes, des murs et la pose de grillages autour des maisons, rendant l'ensemble encore plus sinistre qu'auparavant ...
Aussi, lorsque vous parcourez le village vous pensez invariablement ...  à Oradour-sur-Glane, ... à un village martyr, victime de la folie humaine !
 
En février 1996, c'est le coup de théâtre, le conseil Général de l'Hérault fixe la "cote maximale définitive" des eaux du lac à 139 mètres, libérant ainsi officiellement le village de Celles de la menace de submersion entretenue depuis 30 ans.
Depuis lors, la municipalité de Celles ne cesse de batailler pour briser les barrières et les rigidités administratives, pour résoudre les nombreuses difficultés techniques, juridiques et financières et pour finalement faire aboutir la réhabilitation du village.  
 Le dur parcours de cette petite commune en ruines se poursuit donc ... sans savoir encore si un jour le village, qui finalement fut "sauvé des eaux", pourra revivre normalement ?


>> Celles, un village au cœur d'un paysage remarquable.

>> Mesnager, un grand de l'art urbain : de Paris à Celles, le même combat.



  
 

Voir les commentaires

Apartheid résidentiel.

2 Novembre 2007, 10:01am

Publié par barreteau


Rue Charles Friedel -Paris 20ème. 

Avec ses hôtels et ses meublés minables, ses bouis-bouis vietnamiens, ses couscous à toute heure ... Belleville aura longtemps constitué un quartier populaire et dans certains logements, plus que vétustes, "on aurait dit du Zola" ... tant la "condition urbaine" était dure !

Aujourd'hui, beaucoup de ces immeubles sont réhabilités par une clientèle "bobo", des gens travaillant dans les médias, des graphistes, des designers ...
Et, maintenant ici,  les intérieurs sont "ouverts", "lumineux", avec peu de cloisons et du "volume". Des parquets en chêne ou en merbau, une baignoire en fonte "comme autrefois", ... tout cela justifie sûrement les 7 000 à 8 000 euros le mètre carré. Soit des duplex souvent proches du million d'euros.

Voilà comment on écrème la clientèle et comment l'on crée une sorte d'apartheid résidentiel ....
Car une fois nettoyée, ripolinée, enrichie, sécurisée, valorisée par de nouveaux lieux culturels, la grande ville redevient désirable mais ne peut plus être peuplée par des habitants en manque d'argent et de culture.
Alors, elle s'en débarrasse...


 
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Une ville fantôme aux mains des dévitaliseurs"
 

        

Voir les commentaires