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PARISPERDU

Yvette Troispoux, la "photocopine" de Doisneau.

28 Septembre 2015, 12:34pm

Publié par barreteau

Yvette Troispoux, la "photocopine" de Doisneau.

Yvette Troispoux, lors de l'hommage qui lui avait été rendu aux Rencontres d'Arles en 2004.

 

Moins connus que Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat, Izis ou Sabine Weiss, Yvette Troispoux est pourtant l’une des grandes figures de la photographie humaniste. Paris est le cadre privilégié de cette école de photographes. Dans la capitale, les photographes humanistes captent le quotidien des Parisiens aussi bien à leur travail que dans leurs loisirs.

C'est aussi vrai pour Yvette Troispoux, connue comme étant "La photographe des photographes" et surnommée tendrement par Doisneau, sa "photocopine". 

A Paris, elle parcourait les galeries photo et, à chaque vernissage, elle en profitait pour tirer le portrait du photographe exposé, d’où son surnom de "photographe des photographes". Yvette se fondait dans la foule et avant même que le sujet ne l'ait reconnue, elle déclenchait son appareil. Gisèle Freund, Robert Doisneau, Édouard Boubat, Brassaï, Helmut Newton, et tant d'autres se sont laissé immortaliser par Yvette Troispoux. "Je crois les avoir tous photographiés, excepté Niepce, l'inventeur de la Photo ! " aimait-elle dire en plaisantant.

En 2008, l'année suivant son décès, la BnF, a préempté, un fonds composé de l’intégralité de ses négatifs, de ses planches contacts et de ses archives personnelles. Car ces archives sont d’une importance considérable pour documenter la vie de la photographie à Paris sur la période 1950-2000, et sa dispersion aurait représenté une perte sévère pour l’histoire de cette période.

Et cela aurait gravement nui à la reconnaissance de son talent … trop longtemps caché au grand public.


>> L'expo de la BnF.

>> La seconde mort d'Yvette Troispoux par François-Marie d'Andrimont :

 

Le texte qui suit a été écrit pour la lettre hebdomadaire de Photographie.com. Il produit une bonne synthèse des multiples problèmes posés par cette vente.

Françoise Denoyelle, citée par l'auteur, est une collègue historienne de la photographie qui est à l'origine d'une association pour la défense des photographes et de leurs ayants droits, suite à la dissolution de la Mission du patrimoine photographique (ministère de la culture).
Vous pourrez trouver des informations complémentaires sur cette association en consultant son site :
http://www.adidaepp.org



Yvette Troispoux avait beaucoup d'amis. Depuis plus de 75 ans, c'Était carrément tout le monde de la photographie - qui ne la prenait pas vraiment au sérieux, mais « si Yvette n'était pas là, c'est que l'événement n'était pas important », se souvient François Hébel, le
directeur des Rencontres d'Arles. Elle est décédée le 11 septembre 2007. Elle était la "photocopine" des Doisneau, Ronis, Dieuzaide et de tant d'autres qu'elle photographiait avec la simplicité déroutante de son Leica, son cabas au bras. « C'était la seule qui aimait vraiment la photo, les autres ne pensent qu'à Beaubourg » estime, lapidaire, Jean-
François Bauret. Pourtant, une part de l'histoire de la photographie pourrait bien disparaître ce prochain dimanche, car tous les négatifs d'Yvette Troispoux seront dispersés à tous vents lors d'une vente aux enchères, transformant sa mémoire en cendres. « Ce sont les négatifs qui renferment toute l'histoire de la photo. On disperse à Coulommier une part de l'histoire de la photo » s'insurge l'historienne Françoise Denoyelle qui avait pourtant contacté toutes les institutions, et obtenu l'intérêt de la BnF afin que le fond soit protégé.

À défaut d'une préemption, on ne peut que souhaiter que l'une des personnes qui accompagnaient la dame âgée grimper les 5 Étages menant à son petit appartement après un vernissage tardif, puisse acquérir ce fond pour le confier à une institution patrimoniale. Car il y a urgence, déjà la plupart des tirages offerts à la « photographe des
photographes » par de nombreux et célèbres confrères semblent avoir d'ores et déjà disparus. Hormis un tirage de Marc Riboud (le peintre de la tour Eiffel), aucun de ces cadeaux, comme les désignait Yvette Troispoux, ne figure à la vente nous a confirmé en début de semaine Maître Françoise Dapens-Bauwe, la commissaire-priseuse qui parait
totalement dépassée par la tournure de l'affaire. « Il y en avait très peu, cela m'a étonné. Je n'ai, par exemple, pas vu de photo signée Doisneau alors qu'ils étaient intimes » se souvient Alain Bacou qui avait aidé la commissaire-priseuse à préparer la vente. Où sont les tirages offerts à Yvette par Robert, Willy, Jean et les autres ? Nul ne sait. Mr. Beaujeu, le généalogiste qui représentait les héritiers à Paris, nous a précisé qu'il n'y ne reste pas d'autres tirages que ceux présentés
À cette vente. Restent bien d'autres questions : pourquoi cette vente qui ne devrait pas rapporter beaucoup, a-t-elle été décidé alors qu'une institution avait proposé d'accueillir - et d'acheter - le fond photographique d'Yvette ? Pourquoi est-elle organisée loin de Paris, et surtout sans inventaire sérieux empêchant du même coup la préemption ? Ce gâchis symbolise assurément l'absence de protection du patrimoine photographique éclaté aujourd'hui par les intérêts privés et marchands.

Dimanche 22 Juin 2008 à 14 heures, la vente du fonds photographique d'Yvette Troispoux est programmé à l'hôtel des ventes de Coulommiers, vente placée sous l'Égide du commissaire- priseur : Maître Dapsens-Bauve.

 

 

 

 

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Retour rue Gasnier-Guy.

23 Septembre 2015, 09:31am

Publié par barreteau

 

 Retour rue Gasnier-Guy.

Le 20, rue Gasnier-Guy_ Paris 20ème (1997)

 

A l'époque du grand bouleversement du quartier des Amandiers, pendant des années et des années, j'ai parcouru cette rue pentue et son prolongement, plus plat: la rue des Partants.

Etait-ce ce vaste champ de ruines, ces immeubles murés, ce secteur à l'abandon ou cette atmosphère de ville sinistrée qui invariablement m'attiraient ici comme un aimant … ?
Je ne saurais le dire mais la rue Gasnier-Guy est vite devenue la rue symbole de "Parisperdu". Car là, les démolitions étaient autrement plus expéditives que la reconstruction qui, d'année en année, trainait en longueur. Cela créait une ambiance de fin du monde ou d'après guerre dans une ville dont on avait du mal à se persuader qu'elle était bien Paris …

Quand l'heure de la reconstruction, de la résurrection du quartier sonna enfin, les architectes durent se rendre à l'évidence : ces fortes pentes et ces immeubles anciens créent ici un paysage de faubourg particulièrement pittoresque, et définissent d'étonnantes perspectives ascendantes ou descendantes, en particulier rue Robineau, rue des Partants et rue Gasnier-Guy. Pensez-donc, la dénivelée, le long de cette dernière, dépasse seize mètres sur une distance de cent cinquante !

Pour préserver cette ambiance, il était nécessaire de revoir le PAZ (le Plan d'Aménagement de Zone) qui prévoyait la démolition de la quasi-totalité des bâtiments des îlots délimités par les rues des Partants, Gasnier-Guy, Robineau, Désirée et des Mûriers. Il fallait d'autant plus revoir la copie d'origine que les démolitions et l'architecture des projets de reconstruction étaient vivement contestées par les riverains et les associations.

L'objectif fixé serait donc de maintenir l'identité du quartier, ce que ne permet pas la politique de la table rase. Alors il fallut bien se décider à conserver et à réhabiliter une douzaine de bâtiments dont le maintien paraissait important pour le paysage urbain. Des locaux d'activités et des commerces, en rez-de-chaussée de ces immeubles, seraient également maintenus.

Mais le 20, rue Gasnier-Guy; situé au point haut du relief et dont la silhouette formait un élément d'intérêt majeur dans le paysage, n'a pas pu, pour des raisons économiques (la fameuse rentabilité du bâti !), être conservé.

Si bien qu'aujourd'hui lorsque je retourne rue Gasnier-Guy, le charme, le magnétisme n'opère plus, … La rue n'est plus qu'une enfilade de blocs identiques et les commerces en rez-de-chaussée qui devaient être conservés se sont peu à peu transformés en locaux d'habitation, même s'ils ne sont pas vraiment faciles d'accès … sur ce relief particulièrement accentué.

Maintenant, c'est sûr, je le sais, on a assassiné la rue Gasnier-Guy …


>> La rue Gasnier-Guy sur Parisperdu.

>> La rue Gasnier-Guy aujourd'hui.

>> Les lieux retrouvés de Parisperdu.

 

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Willy Ronis définitivement lié à Belleville.

18 Septembre 2015, 10:34am

Publié par barreteau

 

Willy Ronis définitivement lié à Belleville …

Carrefour rue Vilin - rue Piat - Belleville - 1959 © Willy RONIS

C’était un grand de la photo. Il a "mis en boîte" Paris comme nul autre. Alors six ans après sa mort, Paris rend un bel hommage à cet immense photographe.

Mardi dernier, la Ville de Paris a en effet donné le nom de Willy Ronis au belvédère qui surplombe le parc de Belleville. La dénomination “belvédère Willy Ronis” est ainsi attribuée à l’espace commençant au numéro 7 et finissant au numéro 33 de la rue Piat, à Paris 20ème.

Même si l'on peut considérer qu'elle est un peu tardive, il s'agit d'une juste reconnaissance, car le Belvédère de la rue Piat occupe exactement l'emplacement où Willy a capturé cette célèbre photo, publiée dans son album culte "Belleville-Ménilmontant" ... c'était en 1959 !

 

>> Le Belvédère de la rue Piat aujourd'hui.

 

 

 

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"Ground Control", du rêve à la réalité.

14 Septembre 2015, 11:17am

Publié par barreteau

"Ground Control", du rêve à la réalité …

Le Ground Control a pris ses quartiers à La Chapelle (Paris XVIIIe) jusqu'au 15 octobre 2015.

 

L'an dernier le bar éphémère "Ground Control" avait ouvert sous la Cité de la mode et du design dans le 13ème. Cette année, c'est le 26 ter rue Ordener dans le 18ème qui accueille ce concept hybride où se donne rendez-vous un public dit "décalé", underground, hypster et bobo en version postindustrielle.

Le mur de la rue Ordener totalement "graffé" et dont on ne voit pas la fin débouche sur une palissade grillagée et un portail surmonté de l'inscription Ground Control. Il vous faudra descendre un escalier pour avoir accès à un autre monde : l'ancien dépôt SNCF de la Chapelle, traversé de rails dans tous les sens. Ici, dans un passé pas si lointain, les trains et les locomotives venaient se faire réparer dans des ateliers centenaires aux volumes vertigineux.

Les anciennes voies de chemin de fer sont maintenant encombrées de sièges et de transats où l'on sirote des pintes. Aussi improbable que cela puisse paraître, on joue à la pétanque et au mölkky (jeu de quilles finlandais) entre les rails. La musique est forte mais curieusement n'incite pas à danser.

Un préau - aménagé avec du mobilier d'école rétro et de lampions de fête foraine - propose un atelier où l'on fabrique des bijoux, un "nail truck", des tatouages éphémères, un brocanteur où l'on chine des vinyles et une boutique de vêtements. Il y a aussi un coin restauration, où l'on peut manger des burgers, des hot-dogs ou encore des pizzas et des pâtes. On y sert aussi des planches de charcuterie.

Plus loin, c'est un simili-coin de campagne qui a été aménagé avec un poulailler et un potager d'agriculture urbaine, bio évidemment !

Mais, avec en point de mire une forêt de caténaires et de pylônes de lignes à haute tension, au bout d'un moment, à cette adresse tout de même très excentrée, on ne sait plus très bien où l'on est. Et c'est là que l'intitulé du lieu nous revient en écho: Ground Control ne se réfère-t-il pas à Ground Control to Major Tom, de David Bowie? Où l'on apprend que "Major Tom" est un surnom pour la cocaïne qui permet de perdre le contrôle de son corps et de ses sens …

Mais, en fixant l'arrière plan du site, vous êtes subitement ramené au monde réel lorsque passent RER, Thalys et autres TER …

 

 >> L'entrée du "Ground Control" au 26 ter rue Ordener Paris 18ème.

>> Ground Control, Site officiel.

>> "Ground control to Major Tom" de David Bowie.

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Visa pour l'image 2015

9 Septembre 2015, 11:19am

Publié par barreteau

Visa pour l'image 2015

27 février 2015. Cette opération de démolition à Madrid a entraîné l'arrestation de 11 militants pour le droit au logement qui avaient aspergé d'essence les forces de police. (Photo© ANDRES KUDACKI/AP/SIPA)

Depuis 1989, "Visa pour l'Image" réunit à Perpignan le meilleur du photojournalisme mondial. Chaque année j'y fais une visite pour découvrir ce que les photoreporters les plus talentueux ont dernièrement ramené de leurs périples, parfois hélas au péril de leur vie. Bien souvent il s'agit surtout d'images des guerres qui continuellement ensanglantent la planète. On en ressort invariablement secoué, bouleversé, révolté …

Mais cette année, j'ai fait la découverte d'un thème différent … mais tout aussi poignant.
Il s'agit d'un sujet souvent abordé dans ce blog, celui des expulsions et des démolitions urbaines. Et les recoupements entre les images exposées dans l'église des Dominicains et certains billets de Parisperdu sont manifestes.

C'est le photographe argentin Andres Kudacki qui présente ce reportage, réalisé au cours des trois dernières années, en Espagne.

Durant cette période, l'Espagne est sans doute le pays où la crise immobilière a été la plus rude: avec la précarité - un taux de chômage à 26 % et des baisses de salaires généralisées - des milliers de personnes n’arrivent plus à payer leur loyer ou leur crédit immobilier et sont menacées d’expulsion. D’autres sont victimes d’expropriation à la suite de spéculations immobilières entre les pouvoirs publics et des sociétés privées qui, une fois l'immeuble vidé, vont souvent procéder à sa démolition pour faire "du neuf" plus rentable.

"Je souhaitais parler de l’intimité de ces familles pour montrer leur attachement à leur maison et la gravité de la perte de leur logement" nous dit Kudacki qui a travaillé sur la détresse de nombreuses familles madrilènes et nous en délivre des images bouleversantes.

A voir absolument, jusqu'au 13 septembre 2015 à Visa pour l'Image à Perpignan.


>> Le photographe Andres Kudacki - site officiel

>> L'une des images les plus poignantes: Carmen Martinez Ayudo, expulsée à 85 ans !

>> Démolitions des murs, démolitions des vies.

 

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Au col de la Chapelle

5 Septembre 2015, 10:13am

Publié par barreteau

Au col de la Chapelle
Ateliers ferroviaires de la rue Pajol, 75018_Paris (juin 1994)

 

Géographiquement parlant, un col est un passage étroit entre deux montagnes, et il permet la communication entre deux versants.

A Paris, entre le mont Martre et les Buttes Chaumont, se trouve le col de la Chapelle. Depuis toujours, ce passage a été une voie de communication majeure entre le Nord et la capitale. Dans cette coulée, on fit passer les tranchées des trains des Gares du Nord et de l'Est, les débouchés des routes Nationales 1, 2 et 3 … et aussi le Canal St Martin.

"Au col de la Chapelle" est également le nom de l'essai que Joël Cornuault vient de publier. Il nous y relate son enfance et son adolescence dans le dix-huitième arrondissement de Paris et plus particulièrement ses errances dans ce quartier de La Chapelle.

Je ne résiste pas à vous livrer un des extraits parmi les nombreux passages qui bien souvent se trouvent en parfaite résonance avec Parisperdu :
" La vie sociale n'étant plus en mesure de se régénérer de son propre mouvement, le capital familial n'étant plus à la hauteur des investissements nécessaires, toujours plus élevés, le conseil municipal du dix-huitième se promet d'entrer en action à l'emplacement des anciennes rotondes à locomotives et des secteurs de triage. Un de ses énormes combinats culturels, dont le Centre Beaubourg a fourni la matrice et qui la voit se reproduire en divers endroits où des "restructurations" sont déclarées nécessaires, va se dresser en lieu et place des ateliers et des quais de transbordement de la rue Pajol. Cet implant sera géré par la mairie de Paris depuis ses bureaux des bords de Seine - depuis la lune, autant dire."

Avec Joël Cornuault, au-delà de l'évocation d'un Paris populaire et ouvrier, aujourd'hui disparu, nous sommes invités à la flânerie urbaine, à l'errance quotidienne, à atteindre ce qu'il appelle le "sentiment des rues". Désormais aux côtés de Follain, de Fargue, d'Hardellet, de Réda et d'Aragon … il faudra ajouter un autre piéton de Paris: Joël Cornuault.


>> "Au col de la Chapelle" de Joël Cornuault, aux Editions Isolato.

>> La ZAC Pajol, sur Parisperdu.

>> La halle Pajol aujourd'hui …

 

 

 

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