"Parisperdu" porte un "autre regard" sur Paris. En arpentant la ville depuis 30 ans, il nous montre que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit... et comme tout être vivant elle fait parfois des erreurs. Ainsi va la ville, ainsi va la vie...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." Pier Paolo Pasolini
C'est Nicolas Etienne d'Orves, l'auteur du "Dictionnaire amoureux de Paris" qui nous dit : "Le mot Saccage est trop faible pour décrire ce que Paris subit avec Anne Hidalgo". Il ajoute : "C'est du massacre, presque de la torture. S'employer avec tant d'ardeur, tant d'énergie, tant de paradoxale bonne fois à défigurer l'une des plus belles villes du monde est assez vertigineux".
On croyait que Paris avait connu le pire avec la bétonisation calamiteuse des années gaullo-pompidoliennes, mais non. La génération Hidalgo semble prendre un malin plaisir à poser çà et là des verrues urbanistiquement incorrectes : les plots jaunes des voies cyclables, les nouveaux bancs publics, les nouvelles fontaines, les nouveaux kioskes, les nouveaux lampadaires, ces absurdes traverses de chemin de fer, ces rogatons de jardins soi-disant "participatifs" aussitôt pelés, puants et lépreux. Sans compter la saleté aberrante de ces poubelles non vidées, ces chaussées pas rincées, ces vélos jetés dans la Seine.
Paris, l'été semble se lever plus tard que de coutume.
Les odeurs, les bruits, la lumière qui change : tout annonce que la ville se prépare à prendre des vacances.
Pendant des heures le téléphone se refuse à sonner, dans la rue pas d'autos gênantes … des merveilles se proposent à chaque mètre. Le vide des gares est immense, mêmes les commerces des arrondissements lointains se vident ….
Extraits de "Refuge" un ouvrage de Léon-Paul Fargue (Chapitre "Sauver Paris" Page 155)
L’image nous est familière tant elle fait partie des icônes de la photographie.
On le sait, Ronis n'aime pas les photos mises en scène... Il y a pourtant une notable exception, pour cette photo connue dans monde entier et intitulée: "Le Petit Parisien", une photo prise en 1952, montant un gamin avec son pain presque plus grand que lui ! Et cette photo a eu un succès extraordinaire. On en a fait des posters, des cartes postales.
Ronis nous explique ce que nous ne savons pas de la photo :
"Dans la file d'attente d'une boulangerie, j'ai avisé un gamin qui avait l'air déluré. Il était avec sa grand-mère à laquelle j'ai demandé s'il pouvait sortir avec son pain et courir pour que je le photographie. Elle était d'accord.
Je me suis posté un peu plus loin, j’ai attendu. Il a acheté son pain et il a couru, de façon si gracieuse et si vivante. Je l’ai fait courir trois fois, sur quelques mètres pour avoir la meilleure photo.
Ce garçon-là, je l’ai retrouvé grâce à sa belle-mère qui, un jour, s’est manifestée et m’a téléphoné. Grâce à cette femme, j’ai pu aussi retrouver le nom de la rue où j’avais fait cette photo : la rue Péclet dans le 15ème.
Alors j'y suis retourné pour voir si j’allais retrouver la porte, si j’allais me souvenir. La maison n’avait pas été ravalée, c’était exactement le même décor, et j’ai eu la preuve que c’était bien là parce que sur le cliché complet il y avait en bas de ce mur un regard pour le gaz, comme une petite boîte en fonte, qui était resté à la même place. Le regard n’avait pas bougé pendant toutes ces années !"
Alors moi aussi je suis retourné récemment dans la rue Péclet… Aujourd'hui, il n'y a plus de boulangerie, plus de maisons ressemblant à celle du cliché de Ronis, plus de petit regard de gaz non plus. Mais il nous reste cette image lumineuse, gaie, vivante de ce petit Parisien. Merci Monsieur Ronis, vous qui savez si bien transformer ces moments éphémères en éternité.
L'album des Lieux retrouvésmontre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.
Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire.
En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs). C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.