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PARISPERDU

Démolition des murs ... démolition des vies (4/4)

30 Juin 2007, 10:45am

Publié par barreteau


Pourquoi toutes ces démolitions dans les quartiers de l'Est et du Nord de la capitale ?
Quelle en est la véritable signification ?

Pour certains, démolir est sûrement le moyen le plus rapide pour transformer et surtout pour rentabiliser un site. Pour d'autres il n'est pas acceptable de démolir un patrimoine encore utile dans un contexte de crise profonde du logement. Pour d'autres encore, il n'y a pas de possibilité d'évolution sociale positive sans "projet urbain" ambitieux.

Mais quelque soit le point de vue adopté face aux démolitions, leurs conséquences sur la vie des habitants sont souvent traumatisantes et ce, d'autant plus que l'opération sera faite "à la hussarde".

Ainsi, dans ce quartier de Ménilmontant (20ème), la projection à long terme de la cohérence des opérations de démolition n'a pas été suffisamment étudiée ... et surtout, l'on ne s'est pas donné les moyens pour que les partenaires - élus et habitants -  se retrouvent pour s'approprier les transformations urbaines réalisées - trop souvent - sans aucune concertation.

A méditer pour les opérations futures ...



>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ... (3/4)
 

 

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Portrait d'un monde disparu

25 Juin 2007, 08:54am

Publié par barreteau

 

En haut de la rue Piat, face à l'une des plus belles vue sur la capitale, les petits commerces ont fermé, les artisants ne sont plus là, tout cela n'existe plus ...

Mais il reste ce portrait étonnant d'un monde disparu, d'un bonheur vécu comme en sursis ...

Rien de ce qui est singulier ne devrait disparaître ...


>> Voir aussi : "Je me souviens du 20e arrondissement" par Clément LÉPIDIS.

 

 

 

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Paris devient intouchable.

20 Juin 2007, 14:22pm

Publié par barreteau

 

 


Belleville a toujours été un quartier multi ethnique et aussi, jusque dans les années 70, un quartier ouvrier ... avec ses usines et ses ateliers.

Aujourd'hui, les bobos envahissent Belleville et changent profondement la nature du quartier : ils privatisent ses ruelles lépreuses et les transforment en courettes, protégées par des portes cochères équipées de digicode, bien à l'écart des rues bruyantes du quartier. Ainsi les bobos auront un cadre de vie qui leur ressemble ... et ils vont vite se retrouver entre eux, car le marché de l'immobilier va rapidement faire le tri ... Ils pourront alors vivre et communiquer exclusivement avec leurs congénères ... pas question d'adresser la parole aux jeunes des HLM voisines ...

Certes, les bobos inscrivent leurs enfants dans la maternelle du coin classée en zone d'éducation prioritaire, mais à partir du collège, ils usent et abusent des dérogations pour échapper à la mixité sociale qu'ils défendent pourtant avec ardeur dans leur discours.

Mais pourquoi donc les bobos cherchent-ils à vivre dans ces quartiers populaires de l'Est parisien ?
Tous vous le diront : "c'est parce que c'est cool, parce qu'on peut y rencontrer les vrais gens, vivre parmi eux, et ainsi se sentir peuple et avoir du plaisir". Car, c'est bien connu, le peuple a la vie comme plaisir ... il n'a même que cela ... puisqu'il n'a pas la richesse ...
Et cette "vraie" vie  dans la ville, les bobos viennent la chercher ici ... puisqu'ils ne la trouvent pas dans les beaux quartiers.

Les bobos aimeraient donc le peuple mais cet amour étouffe le peuple, le tue ... Les gens de Belleville qui étaient propriétaires de leur petit appartement, devant la monté vertigineuse des prix, le vendent en se disant : "Je vais avoir plus grand ailleurs ...",  mais ailleurs, ce n'est souvent plus dans la ville ... mais dans ces banlieues ... dont les bobos ont horreur.

On assiste alors à l'embourgeoisement ou "gentrification" du quartier. La "gentrification", c'est la captation de la ville par ceux qui peuvent se l'offrir ... et c'est vraisemblablement l'avenir des grandes métropoles européennes. Paris va-t-il finir comme Londres : une ville où le prix moyen du M2 est supérieur à 10 000 Euros, avec des caméras partout pour débusquer le moindre délit et ... un péage urbain pour les voitures ... ?

Oui, la ville est bien la valeur suprême ... et Paris devient "intouchable" !
Ainsi se fait et se défait la ville ... elle chasse les plus pauvres et dorlote les riches.


>>  Les bobos vus et chantés par Renaud
 

 

 

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Démolition des murs ... démolition des vies (3/4)

15 Juin 2007, 09:54am

Publié par barreteau


Démolir, c'est changer l'image de la ville ... Mais dans les quartiers de l'est parisien, c'est aussi en transformer toute la silhouette ... avec la disparition de ces petits immeubles modestes qui dessinaient un paysage urbain si paisible.

Démolir, c'est aussi gérer le temps : quel délai peut paraître acceptable entre décision et réalisation, entre démolition et reconstruction, entre perception du passé et réalité nouvelle ?

Mais démolir, c'est surtout changer l'environnement quotidien des habitants qui restent, et ainsi porter atteinte à la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes et de leurs proches, à travers ce qui était leur habitat.

Enfin démolir, c'est effacer les traces de leur enfance, de leurs souvenirs ... Et tout cela n'est pas rien.

A suivre ...



>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ... (2/4)

 

 

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Denise, ouvrière en voie de disparition

12 Juin 2007, 08:49am

Publié par barreteau


Depuis 15 ans, Denise passe ses journées ici, à l'Atelier de petite maroquinerie Fréjac, dans le 20ème. L'atelier est plein des couleurs et des odeurs des peausseries les plus exotiques : crocodile, lézard, python, autruche, buffle, et même ... éléphant, ou kangourou.

Pour réaliser un portefeuille, Denise va mettre environ une heure. Elle en assurera toutes les étapes : de la coupe au parage des bords, du collage à l'assemblage et la couture finale. A part cette dernière étape pour laquelle elle va s'asseoir devant la robuste PFAFF, Denise est constamment debout devant sa table de travail.
Elle ne se plaint pas, mais elle souhaiterait que ce métier - qu'elle exerce avec tant de talents - ait enfin une place reconnue parmi les métiers d'art, car aujourd'hui son travail est souvent galvaudé et assimilé à l'idée plutôt désuète que l'on se fait de l'artisanat.

Toutefois, pour son patron, Denise est une excellente professionnelle. Dotée d'un fin toucher, elle peut reconnaitre d'un geste rapide les diverses textures et ... sa grande dextérité lui permet d'assembler avec précision les cuirs découpés.

Mais les commandes se raréfient et Denise est inquiète pour son travail et pour son avenir. Elle regrette les nombreuses importations asiatiques bon marché et dont la qualité est à des années-lumière de celle qu'elle réalise.
Et par-dessus tout, elle craint que son patron délocalise l'atelier en Chine, au Vietnam ou ... ailleurs...

L'horizon de la fabrique de petite maroquinerie du 20ème ... est plutôt sombre.



>> L'atelier Fréjac en 1997.

 

 

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Bienvenue à Boboland !

10 Juin 2007, 09:52am

Publié par barreteau


Aujourd'hui à Belleville, des groupes de touristes visitent le quartier ... comme ils visiteraient un musée ou un parc d'attraction. Pourtant Belleville, n'a ni Sacré-Cœur, ni Moulin Rouge à exhiber, seulement un entrelacs de ruelles, négligées par Haussmann, et où 80 nationalités cohabitent
.
Il faut dire que depuis l'arrivée de nouveaux habitants, Belleville est devenu une sorte de Boboland ! 

Mais qui sont ces nouveaux arrivants qui transforment Belleville aussi profondément ?
Ce sont les "Bobo" ("Bo" comme bourgeois, "bo" comme bohème) : une catégorie socioprofessionnelle urbaine, aisée, et progressiste, qui délaisse les quartiers bourgeois pour s'installer dans les quartiers populaires, et ... comme Belleville est "le quartier populaire-type" de Paris, les bobos l'ont pris d'assaut !

Certains îlots anciennement vétustes, de Belleville et de Ménilmontant, ont déjà été réhabilités par les bobos. Ces transformations produisent un effet de mode et renvoient l'image d'un quartier "branché" ... et surtout entraînent une forte montée des prix du foncier ... empêchant les habitants plus modestes d'y rester. De surcroît, malgré leur désir de "se sentir peuple", les bobos ont plutôt tendance à vivre entre eux, formant une tribu très codifiée qui rejette la population originelle du quartier.

Alors, va-t-on finalement vers à un découpage tripartite de l'espace : une ville réservée aux plus favorisés, des banlieues abandonnées aux "minorités visibles" et des zones pavillonnaires pour classes moyennes ... ?
Et comme ces trois univers se replient naturellement sur eux-mêmes, ces nouvelles fractures urbaines, deviennent le reflet des fractures de notre société.

Alors Bienvenue à Boboland ! ...


>> Belleville se visite le dimanche ... 

 

 

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Démolition des murs ... démolition des vies ... (2/4)

6 Juin 2007, 09:54am

Publié par barreteau

 

 


La démolition de quartiers entiers de l'est parisien a pu être perçue tantôt comme une solution radicale face à l'obsolescence du bâti ou parfois plutôt comme une action positive de recomposition sociale ...  ou peut-être même ... les deux à la fois. Le vocabulaire de la politique de la ville montre d'ailleurs ces basculements. Selon les périodes, les notions de quartiers, de zones, de ghettos seront mises en avant ou au contraire l'insistance portera sur l'insalubrité et l'hygiène urbaine...

Mais pour concevoir un quartier rénové, faut-il nécessairement penser "démolition" ?
Ne faudrait-il pas laisser une place aux œuvres architecturales des années 50 à 90 ? Sans exiger vouloir tout conserver, il conviendrait de garder des traces, des fragments, une trame des éléments de cette époque ... mais cela a rarement été fait car ce point de vue est difficile à défendre face à l'implacable logique économique des investisseurs et des aménageurs.

Et les habitants ? Bien sûr ils existent dans les statistiques sociales et dans les analyses des urbanistes, mais ils semblent peu présents dans les choix liés aux démolitions. Certes ils sont pris en compte quand ils sont encore occupants d'un immeuble qui va être détruit, mais qui les prend en compte - en amont - dans le processus de décision ?
Il n'est jamais tenu compte des images qu'ils ont de leur immeuble, de leur quartier et de l'importance que ces images peuvent avoir dans la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes. Cette absence de considération conduit alors à une incompréhension de l'attitude des habitants et de leurs réactions organisées - parfois avec une réelle violence - contre ces destructions.
 
Les populations qui habitent ces quartiers voués à la démolition peuvent-ils en sortir gagnants ? Vu le nombre de questions non résolues - en particulier celles liées au relogement des habitants - il est sérieusement permis d'en douter... A suivre ...

 

 


 

>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ... (1/4)

  

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Jean Ro. dit merci à Madame Polet ... !

2 Juin 2007, 09:24am

Publié par barreteau

 


Madame Polet, était une concierge plutôt autoritaire ... elle sortait de sa loge à chaque fois que quelqu'un entrait dans l'immeuble : c'était systématique!

"Et n'oubliez pas d'essuyer vos pieds ...C'est moi qui balaye !" vociférait-elle sans cesse.

Un jour, en rentrant de l'école, Madame Polet me dit: "Tiens, voilà une lettre pour ta mère!". Et, comme j'attaque "la grimpette" pour le troisième étage, elle me lance : "Merci  !!" Je rétorque : "Merci". Et j'entends alors : "Merci qui ?... Merci mon chien ?"

Je ne comprenais pas très bien ce que son chien, un roquet pelé et puant, venait faire dans l'histoire ... mais ne voulant pas la contrarier, et, alors que j'atteins déjà le deuxième étage, je lui crie ..." Merci mon chien !"

Heureusement que j'étais déjà loin car j'aurais certainement eu droit à des coups de balai.

 

 

 

 

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