"Parisperdu" porte un "autre regard" sur Paris. En arpentant la ville depuis 30 ans, il nous montre que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit... et comme tout être vivant elle fait parfois des erreurs. Ainsi va la ville, ainsi va la vie...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." Pier Paolo Pasolini
Toutes ces jeunes filles nous tournent le dos… elles semblent ne pas s'intéresser à nous, n'avoir rien à nous dire, comme accaparées par ce qu'elles voient, par ce qu'elles cherchent du regard ou fixent attentivement.
Chaque image est si différente qu'elle nous en dit beaucoup…sur le lieu où se trouvent ces jeunes filles, sur leur environnement, et surtout sur leur attitude qui semble à première vue identique mais qui se révèle finalement si différente.
1 : La fille de Bercy Sur les terrasses du palais omnisports de Paris-Bercy, actuellement parrainé sous le nom d'Accor Arena (Paris 12ème _juillet 1995)
2 : La fille de Paulilles Contre le mur anti-débarquement de la plage de l'usine_Site de Paulilles, Port-Vendres, Pyrénées-Orientales (août 2026)
Au printemps 1970, la Ville de Paris et la Fnac qui était encore alors la "Fédération Nationale d'Achats des Cadres", lancent un grand concours dans le but de constituer des archives photographiques de la capitale.
Pour l’occasion, Paris est divisé en 1755 carrés virtuels de 250 mètres sur 250 mètres ; chaque carré pouvant être tiré au sort par un photographe amateur en vue d’y effectuer un reportage. La Bibliothèque historique de la Ville est alors désignée pour recevoir la riche production du concours qui a fourni en quelques semaines, 30 000 diapositives couleur et 70 000 tirages noir et blanc, soit 100 000 photographies amateures : un chiffre impressionnant récolté en si peu de temps.
Et aujourd'hui, c’est tout le Paris de 1970, avec ses rues, ses monuments mais aussi ses habitants, qui reprend vie dans cette exposition organisée à l’occasion du Bicentenaire de la photographie.
Courrez voir cette formidable machine à remonter le temps : entre nostalgie et redécouverte de la ville.
Derrière la fenêtre d'un modeste atelier de couture de l'Est Parisien on aperçoit plusieurs mannequins. Mais attention : ici ce ne sont pas de quelconques mannequins, ce sont des Stockman, la marque "ultra-haut de gamme" que l'on retrouve chez Dior, Chanel, Prada et chez bien d'autres grandes marques internationales. Excusez du peu !
Et là, tels qu'ils sont disposés, les mannequins semblent converser entre-eux.
Mais que peuvent-ils se dirent ? Car j'imagine que des mannequins, immobiles toute la journée, peuvent avoir -dès que l’atelier se vide- une vie intérieure très active avec des conversations qui fussent immédiatement.
Ecoutons-les : le mannequin de droite dit à son voisin :
— Tu sais ce qui me manque le plus ?
— Une tête ?
— Ah Ah ! très original, non des vacances.
— C'est vrai on ne bouge jamais.
Le troisième mannequin dit alors :
— Et moi, j’aimerais surtout qu’on arrête de me piquer les fesses avec ces épingles.
— Parce que tu as des fesses, toi ?
— Non mais laisse-moi rêver.
C'est alors qu'au fond de l’atelier, le plus vieux mannequin Stockman soupire :
— Un jour, les enfants… vous comprendrez que nos silhouettes sans visage sont à jamais condamnées à porter les rêves des autres.
Samedi 6 décembre, le photographe britannique est décédé à l’âge de 73 ans, à Bristol.
Martin Parr est connu pour ses clichés kitsch, absurdes, colorés voire criardes. Ses photos sont souvent "too much"… exagérées mais l’image est trompeuse. Car après avoir étudié la photographie traditionnelle, il s’affranchit rapidement des codes pour des cadrages inhabituels. Il voit ce que d’autres ne veulent pas voir et ne regardent même pas. Pour Thomas Weski, son biographe, « Parr nous montre des choses qui nous semblent familières mais d’une manière complètement nouvelle ». Parr avait en effet énormément de talent pour saisir l'absurdité de la société de consommation, avec cynisme mais tout en restant humain.
Une rétrospective du photographe britannique se tiendra à Paris au musée du Jeu de Paume à partir du 30 janvier 2026.
Sur l’image de gauche prise par Robert Doisneau en 1953 deux religieuses consultent attentivement le plan du métro apposé à l’entrée de la station "Sèvres-Babylone".
Ces sœurs ou ces « bonnes sœurs » comme on les nomme communément sont-elles là par hasard ? Vraisemblablement pas car à cette époque les Clarisses, une congrégation de sœurs créée par Saint François d'Assise, avaient leur monastère au 5 de la villa de Saxe dans le quartier de Sèvres-Babylone, Paris 7ème.
Après sept siècles de prières au cœur de la capitale les sœurs Clarisse ont quitté leur monastère en 2009. Un choix dicté par la nécessité : le monastère de 1800 m2 sur cinq étages, dont elles sont propriétaires, était devenu trop grand et trop cher à entretenir pour une congrégation qui ne comptait plus alors que dix sœurs. Mais bien qu'elles aient fait vœux de pauvreté, les Clarisses de Paris sont devenues millionnaires car au prix du marché en plein 7ème arrondissement, la vente de leur monastère a dépassé les onze millions d'euros !
Sur l'image de droite, c’est une autre congrégation de Sœurs parisiennes qui est évoquée, même si je reconnais que cela n’est pas évident au premier coup d’œil…
Nous sommes au nord-est de Paris, à la limite du 3e et du 11e arrondissement, tout proche de la place de la République. Là, une rue et une station de métro portent le même nom : les "Filles du Calvaire".
Mais pourquoi les "Filles du Calvaire", parce qu’à l’emplacement de cette rue se situait le Couvent des Filles-du-Calvaire un ordre de religieuses consacré aux pauvres et aux enfants.
Ce couvent n’existe plus car il fut supprimé à la Révolution et la propriété vendue comme bien national. Toutefois au printemps 1931 on ouvre ici une station de métro à laquelle on donne le nom de "Filles du Calvaire" pour sa proximité avec la rue éponyme.
Et aujourd’hui, les filles sortant du métro et captées sur cette image sont pourtant bien... deux sœurs !
Entre l'Avenue de la République à Bagnolet et l'Avenue Cartelier dans le 20ème arrondissement de Paris, le périphérique et son faisceau de bretelles de la porte de Bagnolet ne passe pas inaperçu ! Cet anneau routier bruyant et malodorant marque la limite entre Paris et sa banlieue. Une limite qui longtemps a été matérialisée par des panneaux d'entrée/sortie de ville.
Au Printemps 1971 le photographe Eugène KOSSAKOWSKI a le regard attiré par ces écriteaux indiquant la limite administrative de Paris. Il décide de les photographier tous: pancartes en tôle ou en ciment, peu importe…
Le reportage comptera 159 photos, dont l’objectivité repose sur la position identique adoptée à l’égard de chaque écriteau (une distance de 6 mètres), sur la neutralité générée par une prise de vue frontale et le cadrage : des données qui sont invariables.
En réalité, KOSSAKOWSKI n’a pas toujours pu, à cause d’impératifs propres aux sites, se placer à une distance de 6 mètres devant chaque panneau. C’est donc au moment de l’agrandissement des clichés, qu’il va pallier ces variations.
En 1977, quatre photos de la série sont exposées dans le cadre de l’exposition « Archéologie de la ville » au Centre Beaubourg, où les 155 autres photographies sont mises en dépôt… et où finalement elles vont toutes disparaitre : perdues ou subtilisées ?
Malgré les aléas que connurent les tirages originaux, cette œuvre originale de KOSSAKOWSKI lui permis de se faire connaître en France et d’y vivre durant le reste de son existence c'est à dire jusqu'en 2001.
Pourquoi sommes-nous si pressés ? Pouvons-nous et voulons-nous aller moins vite ? Nous avons décidément tendance à privilégier la quantité des tâches à abattre à la qualité de nos actes quotidiens. A l'heure où la performance est requise sur tous les fronts de l'existence (travail, couple, famille, vie sociale et même... loisirs !), il est un courant d'opinion baptisé "Slow", qui propose de rééquilibrer rapidité et lenteur dans notre vie, et retrouver ce que les musiciens appellent le "tempo giusto". Et si un bon usage de la lenteur pouvait rendre nos existences plus riches ? Il ne faut pas culpabiliser de perdre son temps car "perdre" du temps c'est aussi très important, il est gagné sur la rentabilité et l'efficacité, et est donc propice aux rencontres, à l'aventure, aux imprévus qui changent une vie… Bienvenue à la lenteur !
Lors de mon récent séjour à Cape Town, après avoir admiré la montagne de la Table sous tous ses angles et sous toutes les lumières, le nom de l'une de ses banlieues ma suffisamment intrigué pour que j'aille y faire un tour … et aujourd'hui je peux vous dire : "Je reviens de Bellville".
Les plus parisiens d'entre vous penseront que ce lieu d'Afrique du Sud fait référence au quartier de l'Est de notre capitale mais les plus perspicaces auront sans doute décelé qu'il manque un "e" dans le patronyme de cette belle ville … ? Car Bellville est tout simplement la ville Bell, celle de Charles Davidson Bell qui donna son nom, dans les années 1880, à une bourgade fondée à partir d'une gare de chemin de fer anciennement désignée "12-Myl-Pos" en afrikaans car située à 12 miles du centre du Cap.
Mais cette Bellville, désormais intégrée dans la nouvelle métropole du Cap, n'est pas très belle, pas belle du tout même tant elle est gangrénée par les sharks et les townships proches de l'aéroport international.
Alors oui, je reviens de Bellville… mais croyez-moi, je préfère notre Belleville !
“Brouillard au Pont de Tolbiac”, dessin de Jacques Tardi (1982).
C'est une longue histoire qui a connu son épilogue au cours de l'année 2017. Le viaduc de Tolbiac, cher au détective Nestor Burma, décrit par Léo Malet, filmé par Jean-Pierre Melville et dessiné par Jacques Tardi a été "recyclé" en février 2017.
L'affaire débute en février 96, quand la Semapa, chargée de l'opération "Seine-Rive Gauche", commence le démantèlement du viaduc. A l'époque, explication alors toute poétique de la Semapa, : "Il y avait incompatibilité de l'ouvrage existant avec le parti pris architectural de la ZAC". Un "parti pris" qui consistera à déverser sous forme de dalle un vaste tapis de béton pour recouvrir l'ensemble des voies ferrées surplombées par le viaduc. Mais sa condamnation n'a provoqué ni l'émotion ni la mobilisation qui avaient par exemple sauvé de la casse l'hôtel du Nord. Car en effet, les aménageurs, échaudés par la contestation que suscite l'ensemble de leur ZAC, ont pris soin de ménager le "symbole" : le pont ne sera pas détruit, mais démonté. Une nuance qui permet à la Semapa de balayer les critiques et d'assurer que le pont sera un jour remonté. "Sa réinstallation sera d'autant plus emblématique qu'elle se fera à proximité de son implantation première et dans un délai rapide pour que sa mémoire ne s'efface pas", affirme alors sans coup férir la directrice générale de la Semapa.
La carcasse du viaduc est donc démontée, en trois morceaux, ripée en dehors du site ferroviaire et entreposée dans la petite gare d'Auneau, dans l'Eure-et-Loir !
Il faut bien dire que les aménageurs du XIIIe ont démontré une méconnaissance totale du patrimoine populaire de ce secteur. L'histoire du pont colle pourtant à celle de l'arrondissement. Construit en 1895 pour remplacer une passerelle en bois, il a été bâti à l'image du petit peuple de ces quartiers : pas beau, mais solide et utile.
Bien sûr, le pont ne sera jamais réinstallé. Comme la fameuse rue Watt, sacrifiée elle aussi sur l'autel de la ZAC, c'est encore un lieu identitaire fort du Paris populaire qui passe à la trappe.
Fin 2016, la Semapa passe un appel d'offre pour un "marché d'enlèvement et de valorisation de l'ancien viaduc de Tolbiac mis en dépôt à Auneau (28)". Courant 2017, les quelques 600 tonnes de l'ouvrage partent pour un site sidérurgique dont la destination exacte a été gardée confidentielle. Que voulait-on cacher ? Que craignait-on vraiment ? L'annonce de sa "valorisation" ne pouvait plus alors émouvoir personne … sauf peut-être quelques cheminots à la retraite …
Pendant des années je suis allé à l'autre bout de la France pour découvrir des villages abandonnés, dans l'Hérault, l'Aude, les Pyrénées Orientales … Mais cette année je n'ai pas eu à aller très loin pour en trouver un … à seulement une vingtaine de kilomètres de Paris !
A deux pas des pistes de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, se trouve en effet le village quasi-abandonné de "Goussainville-Vieux Pays". Dès 1973, le village qui est dans l'axe de l'une des pistes de l'aéroport, est progressivement abandonné car ses habitants ne supportent plus le bruit incessant des atterrissages et décollages des avions. La ville déplace alors son centre de quelques kilomètres et l'on assiste à un vaste mouvement de population vers ces nouveaux quartiers situés entre deux gares du RER D.
La plupart des maisons du Vieux Pays sont alors rachetées aux habitants qui le souhaitent par Aéroports de Paris (ADP). Elles sont ensuite murées, puis le temps fait son œuvre … Aujourd'hui, toutes apparaissent dégradées avec des toitures souvent effondrées, l'église elle-même, classée monument historique, est dans un état préoccupant.
Mais quelques irréductibles, refuseront de partir et y vivent encore aujourd'hui: un agriculteur, un menuisier, une petite entreprise industrielle, un libraire ou encore un garagiste ...
Finalement en 2009, le Vieux Pays sera racheté à ADP par la ville de Goussainville, pour un euro symbolique. Après de nombreuses années de discussions et de projets inaboutis, le vieux village de Goussainville - dit Vieux-Pays - serait sur le point de renaître tout en se métamorphosant. Mais encore aujourd'hui, le cœur historique de Goussainville, resté à l'écart de la ville moderne, est devenu en quarante ans un village fantôme … un village aux rues trop vides et au ciel trop plein.
« La France Heureuse », un hors série signé Historia et Paris Match, paru en septembre 2013.
Actuellement, les enquêtes d'opinion nous révèlent une France pessimiste et c'est encore plus vrai pour la jeunesse française. La nostalgie devient alors le sentiment dominant d'une société où, dans tous les domaines, le ringard a laissé la place au "vintage". Certes, subsistent encore dans les discours politiques les plus stéréotypés, des restes d'une vieille allergie au conservatisme, mais cette pensée magique ne peut pas résister longtemps à la vague nostalgique qui touche toute société inquiète d'elle-même et de son avenir.
Ce que nous regrettons dans le passé, ce n'est pas le passé en tant que tel, mais la vision de l'avenir qui prévalait alors, et l'idée que "demain sera meilleur qu'aujourd'hui". Ainsi lors des trente glorieuses souffle une envie de construire, de découvrir ensemble des chemins jamais explorés, de poursuivre des utopies. C'est ce que l'on appelle l'optimisme …
Alors qu'aujourd'hui, nous aurions tendance à nous raccrocher à une espérance passée, faute de croire suffisamment en l'avenir.
C'est pourquoi il me paraît vital de repenser le progrès comme une exigence sociétale, tout en étant lucide sur ce qui s'est dégradé: le travail et les loisirs, l'environnement, la "décence commune"... mais aussi en retrouvant une forme d'innocence sur notre capacité à "reprendre la main". Bref ne nous cachons pas les errances de la modernité, la dégradation des relations sociales, l'apparition de nouvelles formes de barbarie; soyons lucides aussi sur les risques que font peser sur l'avenir les nouvelles donnes démographiques, industrielles, scientifiques... mais n'oublions pas que rien de grand ne s'est accompli sans une certaine naïveté. Le progrès se fait quasiment toujours au détriment de certains avantages du passé. Il faut donc le juger "globalement", c'est-à-dire si "au total" notre vie s'en est retrouvé améliorée - même si cela n’empêche pas que certains aspects de celle-ci se soient détériorés. C'est ce que l'on oublie fréquemment de faire : on voudrait le beurre et l'argent du beurre, ne revenir en arrière que pour certains points. Aimer le présent et le passé ne sont pas à opposer systématiquement …
Alors, à cette condition, oui c'était mieux avant ! A moins que ce ne soit le contraire ! C'est ce que nous verrons dans notre prochain billet ….
"C’était mieux avant, beaucoup plus décadent", chante Miossec. Lui aussi s’est mis à la rengaine nostalgique. Ce refrain veut nous dire que les choses allaient forcément mieux autrefois. Mais autrefois, c'est quand ? Chacun, en fonction de son âge et de son vécu, est libre de déplacer la frontière entre l’avant et l’après. Une ligne qui semble délimiter un passé heureux d’un quotidien gris et déprimant. Et si les personnes âgées sont particulièrement touchées, le "c’était mieux avant" n’épargne pas les plus jeunes.
Alors, était-ce vraiment mieux avant ?
S'il s'agit d'un questionnement qui paraît simple, … la réalité est néanmoins complexe.
Car nos sociétés évoluent à une vitesse considérable, et cette évolution entraine une forte difficulté identitaire. Et cette même évolution a rompu le lien avec d'anciens principes, des habitudes de vie et de pensée, qui me semble-t-il, aurait dû être conservé.
Je n'affirme pas que cette évolution soit purement négative mais elle n'est pas nécessairement bénéfique, et j’échangerai parfois volontiers l’utopie d’hier contre la nostalgie d’aujourd’hui !
Je ne suis pourtant pas passéiste, et si bien sûr, je dis oui au progrès, il faut néanmoins savoir raison garder car le jour où le fric arrêtera de guider le monde par le bout du nez, je saluerai alors sans retenu le progrès….
Je me suis toujours méfié de la nostalgie comme de la peste car elle favorise une totale paresse de l'esprit et n'encourage ni le dialogue, ni le sens critique.
Toutefois mes goûts semblent plutôt se cristalliser vers une période située entre 1966 et 1975, pour la musique, le cinéma, et aussi la littérature …quoiqu'un peu moins exclusivement.
L'esprit d'une époque je pense, une époque d’expérimentations et de luttes, où l'espoir semblait encore possible. Il me semble aussi que le temps accordé alors aux choses et aux gens était complètement différent, voire plus authentique, plus sincère ... moins égocentré.
Les conditions de vie depuis cette période, semblent s'être considérablement dégradées, hormis le confort immédiat apporté par nos "machines"... Mais tout cela est une question d'appréciation personnelle.
Alors était-ce vraiment mieux avant ? Nous tenterons de répondre à cette question dans nos prochains billets …
Dans le 10ème arrondissement, à proximité de la mairie, exactement au n°39 de la rue du Château-d'Eau, se trouve la plus petite maison de Paris.
Un peu plus d'un mètre de large pour 5 mètres de haut, une boutique au rez-de-chaussée et une pièce pour vivre à l'étage, … voilà une bien étrange résidence !
Autrefois, à cet emplacement, il y aurait eu un passage entre la rue du Château-d'Eau et la rue du Faubourg-Saint-Martin. Des querelles d'héritage au sujet de ce passage auraient conduit les propriétaires à le boucher par cette maison miniature …
On ne sait pas si ces faits sont exacts, mais quoiqu'il en soit, le 39 de la rue du Château-d'Eau est désormais répertorié comme "la plus petite maison de Paris".
A ce titre, elle est en compétition avec le 88 de la rue René Boulanger, également dans le 10ème arrondissement et aussi avec le 13 quai Voltaire où l’on signale "la plus étroite façade d’immeuble de Paris".
Toutefois, en comparaison du 39 de la rue du Château-d'Eau, ces deux autres adresses semblent avoir d'immenses façades car chacune d'elles atteignent allègrement … les 2,50 m de large !
Le quartier tire son appellation d'un petit manoir de couleur rouge qui jadis s'élevait ici.
Aujourd'hui, Château Rouge est un quartier quelque peu informel, accroché au flanc de la butte Montmartre, à proximité de la Goutte d'Or et de Clignancourt. Traversé du nord au sud, par le boulevard Barbès et la ligne 4 du métro, c'est avant tout un quartier à forte population d'origine africaine.
En journée, le secteur est très animé. Ainsi, rue Dejean, de nombreux marchés, épiceries et coiffeurs africains sont ouverts de façon quasi-permanente. Et, le week-end, des centaines de clients venus de toute l'Ile-de-France s'affairent ici, à la recherche de produits souvent introuvables ailleurs: des légumes ou des fruits tropicaux peu courants, des épices rares, des poissons capitaine ou thiof …
Lorsque vous sortez du métro Château Rouge, si la faim vous tenaille, empruntez la rue Custine puis à gauche la rue Ramey. Cette dernière comporte une multitude de petits restos africains et là, vous allez découvrir les vraies saveurs de l'Afrique occidentale. Vous n'aurez que l'embarras du choix. Chez "Maïmouna et Mandela", par exemple, les "mafé" ou les "yassa" sont à 5 euros ! Attention toutefois car, si la note n'est pas salée, … la sauce est très épicée !
Mais à Château-Rouge, ce n'est pas la vie de château car, prostitution et trafic de drogue font aussi partie du quotidien.
Aujourd'hui, ce quartier très chaud est en grande rénovation. On y détruit de nombreux immeubles vétustes pour pouvoir construire de nouveaux logements sociaux.
Cela va-t-il définitivement nettoyer Château Rouge … ?
La Salpêtrière, vue par la grande imposte vitrée fermant la Station du métro "Quai de la Gare" - ligne 5 - Paris 13ème.
Sur le quai du métro aérien, je laisse passer les rames. Aux gens sur le quai, je voudrais dire de regarder eux aussi. Mais je suis fort peu pédagogue. Et qui y a-t-il donc à voir ? Simplement un vitrage de verre fumé qui filtre la lumière. Mais ce cadre met diablement bien en valeur le clocheton de la chapelle de la Salpêtrière, qui apparaît alors dans un lointain inaccessible.
L'album des Lieux retrouvésmontre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.
Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire.
En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs). C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.