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PARISPERDU

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L'énigmatique Marthe de Méligny.

20 Juillet 2026, 08:15am

Publié par Pierre Barreteau

Marthe au miroir _Détails d'une Peinture (1912) et d'une Photographie (1916) : les 2 sont de Pierre Bonnard.

 

Dans le film du réalisateur Martin Provost "Bonnard, Pierre et Marthe" un plan furtif m'a intrigué. On y aperçoit, de façon très brève, une plaque bleue et verte, caractéristique de celles des rues de Paris, où l'on peut lire : "Passage Méligny".

Mais où se trouve donc ce passage dans Paris ?
Eh bien on ne le trouve nulle part : ni sur les divers plans de la capitale ni sur Google Maps... et si l'on questionne l'IA, Chat GPT nous dit :

" Non, il n’existe pas de « Passage Méligny » connu ou répertorié à Paris, ni parmi les passages historiques couverts ou non, ni dans la toponymie actuelle de la ville". Et Chat GPT ajoute : " Il est possible qu’il y ait confusion avec le nom de Marthe de Méligny qui était en réalité le pseudonyme de Maria Boursin, compagne du peintre Pierre Bonnard".

Alors le film voudrait-il nous faire croire que Maria Boursin avait choisi son pseudonyme parce qu'elle passait quotidiennement dans cet hypothétique Passage parisien ?

Françoise Cloarec, l'auteur de "L'Indolente ou le mystère Marthe Bonnard" donne une explication plus plausible du choix du patronyme "de Méligny" par Maria Boursin : "Méligny est un mot qui sonne bien, c'est un petit village de Lorraine où la maison Trousselier (qui emploie alors Maria) a envoyé des fleurs hier". Maria avait donc bien connaissance du nom d'un village nommé Méligny, (Méligny-le-Grand ou Méligny-le-Petit, situés en région Grand Est).

Et ce nom « de Méligny » avait une élégante tonalité aristocratique et correspondait à l’image que Maria souhaitait se donner. Ce nom n'est donc pas lié à un irréel passage parisien.
Mais le choix de ce nom d'emprunt va par la suite avoir des conséquences inimaginables sur le parcours du peintre Pierre Bonnard.

Revenons sur leur rencontre puis sur leur vie commune : un jour de l'hiver 1893 Pierre Bonnard fait la connaissance de Maria, alors âgée de 24 ans, elle devient son modèle favori ; il vient de l'aborder dans les rues de Paris. « Je m'appelle Marthe de Méligny, je travaille dans les fleurs. Je suis orpheline. [...] J'ai 16 ans. Et vous ? ». Il a 26 ans...

En 1925, après trente ans de vie commune, Pierre Bonnard et Marthe se marient le 13 août. Et là, Marthe de Méligny qui se disait descendre d'une vieille lignée italienne est bien contrainte de reconnaitre qu'elle s'appelle en réalité Maria Boursin et qu'elle est la fille d'un charpentier de Bourges. Bonnard, lui, s'en moque…

L'œuvre peinte de Bonnard est habitée de la présence de Marthe : une silhouette à l’arrière-plan, un corps nu dans la baignoire, un visage à la fenêtre ou dans un miroir… Entre 1889 et 1901 le peintre est un adepte du Kodak portatif : en plus de peindre il prend aussi de nombreux clichés de Marthe en noir et blanc, où il fixe l’instant.

Ce couple sans enfant vit une relation complexe, s'y ajoutent les maladies de Marthe – sa langueur, ses dépressions, son asthme - et sa misanthropie de plus en plus marquée au fil du temps, jusqu'à écarter les amis de Pierre Bonnard : Vuillard, Matisse, Signac... 

Elle jurera toujours qu'elle est orpheline et seule au monde. Ce qui, à la recherche de sa succession, s’avérera faux… et déclenchera une affaire judiciaire retentissante pour régler - cinq ans plus tard - la succession de Pierre Bonnard. Car Marthe/Maria avait des sœurs qui ont eu des enfants et ces derniers entendent bien avoir une part de la fortune constituée par la grande valeur des toiles du maître.

Marthe, Maria mais aussi Solange (voir ci-dessous) qui était donc mademoiselle Boursin ou madame Bonnard ?

 

>> Marthe Bonnard s'était aussi lancée dans la peinture : "Les pastels de Marthe Bonnard alias Marthe Solange".

>> "Le Dessert", de Pierre Bonnard,1928 (Marthe Bonnard est en corsage rouge)

 

 

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Mémoire des Halles : une image à problème !

26 Juin 2026, 09:19am

Publié par Pierre Barreteau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marchande de fleurs aux Halles de Paris (1946 et tirage 1990) ©Willy Ronis

 

Willy Ronis nous raconte l'histoire qu'a connu cette photo prise aux Halles de Paris en 1946 :

"Entre 1946 et 47, j'avais connu, sur le carreau des Halles, une fleuriste parisienne chez qui j'allais régulièrement acheter des fleurs. Puis un jour je l'ai photographiée.
Des années plus tard, un ami m'a dit que cette femme tenait un magasin de fleurs non loin de chez moi, avenue de Saint-Mandé. Pensant lui faire plaisir, je suis allé la voir en lui offrant un agrandissement avec cette dédicace :
"Pour Jacqueline et son sourire qui illumine la mémoire des Halles". Elle l'a trouvé si beau qu'elle l'a accroché au mur de sa boutique.

Mais, à la fin des années 1990, cette personne m'a beaucoup déçu car : quand elle a appris que j'avais autorisé la publication de cette photo pour la couverture d'un livre, (Mémoire des Halles, de Christian Zarka), elle a alors, prétendu que cela lui faisait du tort et elle m'assigna en justice, prétextant « une atteinte au respect de sa vie privée » à propos de la diffusion de la photo. Elle demandera 150 000 francs en réparation du préjudice. J'ai choisi un mauvais avocat, j'ai été condamné à lui verser 25.000 francs ! "

Et c'est ainsi qu'a été lancé la mode des procédures au tribunal pour le droit à l'image, et cela bien avant l'image de Doisneau : "Les amoureux des Bancs" qui connue une issue semblable !

 

>> Mémoire des Halles, de Christian Zarka (chez Bordas et Fils, 1990 :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

>> Robert Doisneau © : "Les amoureux des Bancs"


 

 

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Conversation avec Gemini.

1 Février 2026, 10:34am

Publié par pierre barreteau

1_(Photo de Gauche) : Rue de Crimée et rue des Annelets Paris 19e (1948) © Willy Ronis
2_(Photo de droite) : Les escaliers de la rue des Annelets Paris 19e (1995) © Pierre Barreteau


Lorsque je questionne Gemini sur ces deux noms :  celui de Willy Ronis et le mien, voilà ce que l'IA propose :
"Pierre Barreteau et Willy Ronis : Un héritage photographique".

On le sait l'IA peut dire le vrai mais elle peut aussi se tromper ! Aussi j'ajouterai à son texte mes propres commentaires (ci-dessous en italique).

Les curieux pourront soumettre la même question à l'IA concurrente : ChatGPT et là on verra si on peut vraiment se fier à l'Intelligence artificielle qui, dit-on, va révolutionner le monde ?

 

Voici donc le texte produit par Gemini :

"Pierre Barreteau et Willy Ronis sont deux figures importantes de la photographie française (Willy Oui, moi non), liées par une passion commune : capturer l'âme de Paris et de ses habitants (oui c'est exact). Bien que leurs parcours et leurs styles soient distincts, ils partagent une profonde passion et une vision humaniste de la photographie (encore exact).

Willy Ronis : Le maître incontesté (c'est incontestable en effet).

Willy Ronis est considéré comme l'un des plus grands photographes humanistes du XXe siècle, c'est un témoin de son époque. Ses images, souvent en noir et blanc, témoignent de la vie quotidienne des Parisiens dans les années 1930 à 1980. Il a su saisir la beauté et la poésie du quotidien, tout en dénonçant les inégalités sociales. Ronis a su allier un sens aigu de la composition à une grande sensibilité pour les sujets qu'il photographiait (parfait).

Pierre Barreteau : Un héritier inspiré (si l'on veut).

Pierre Barreteau a souvent rendu hommage à Willy Ronis dans ses propres travaux. Il s'est promené dans les mêmes quartiers parisiens, cherchant à retrouver les traces du grand photographe (exact).
Tout en étant influencé par Ronis, Barreteau a développé un style personnel, marqué par une grande attention aux détails et une recherche de l'authenticité. Son blog, "Parisperdu", est un véritable trésor (modeste le trésor) pour les amateurs de photographie. Il y partage ses propres clichés, ainsi que ses réflexions sur l'œuvre de Ronis et d'autres grands photographes (Oui, c'est ma démarche).

Les points communs entre les deux photographes sont :

  • L'amour de Paris : Tous deux ont été profondément marqués par la capitale française et ont voulu en rendre compte à travers leurs images.
  • Une approche humaniste : Leurs photographies sont toujours empreintes d'une grande humanité. Ils s'intéressent aux gens, à leurs histoires, à leurs émotions.
  • Un regard poétique : Ils savent trouver la beauté dans les situations les plus ordinaires (Je suis assez d'accord).

En conclusion :

Pierre Barreteau et Willy Ronis sont deux figures clés de la photographie française (là Gemini tu exagères !).
Le premier a su s'inspirer du second pour développer un style personnel tout en restant fidèle aux valeurs de l'humanisme photographique. Leur œuvre commune nous invite à redécouvrir Paris sous un nouveau jour et à apprécier la richesse de la vie quotidienne (là Gemini tu es plus dans le vrai)."

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>> Photos comparatives choisies par Gemini :
 A Paris, les escaliers de la rue des Annelets :

   1_Rue de Crimée et rue des Annelets Paris 19e (1948) © Willy Ronis

De chaque côté de la rue de Crimée, les deux escaliers monumentaux de la rue des Annelets et de la Villa Albert Robida sont presque face à face. Tous les grands photographes : d'Aget à Cartier-Bresson sont venus ici, et Ronis a photographié ces escaliers en 1948. Placé en haut de l'escalier Albert Robida, il a en arrière-plan seulement une partie de l'escalier de la rue des Annelets.

   2_Les escaliers de la rue des Annelets Paris 19e (1995) © Pierre Barreteau

En juin 1995, lorsque je me rends rue de Crimée je cadre mon image pour souligner le mieux possible le "Y" de l'escalier de la Rue des Annelets car c'est incontestablement la partie la plus remarquable de ce groupe d'escaliers.

>> Voir aussi : "De chaque côté de la rue de Crimée".

 

 

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Qui est le vrai petit parisien à la baguette ?

23 Mars 2025, 11:42am

Publié par pierre barreteau

 

Fin 2016, le quotidien régional Var-matin annonce : "L'enfant à la baguette de Willy Ronis, vit à Hyères, il s'appelle Jean Brosseron". Mais lorsque je prends connaissance de cet article, je vois tout de suite que quelque chose cloche.
En effet, sous la célèbre photo de Ronis la légende du journal régional dit :
Le Petit Parisien, également nommé 'L’enfant à la baguette' a été photographié en 1952, boulevard Haussmann à Paris.

Boulevard Haussmann ! : voilà le problème, voilà pourquoi je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas car je le sais : cette célèbre image n'a pas été prise boulevard Haussmann… mais dans le 15ème arrondissement de Paris.

En effet dans "Willy Ronis par Willy Ronis / regard inédit d'un photographe sur son œuvre" (un ouvrage édité chez Flammarion en 2018) Ronis a rédigé pour chacune de ses meilleures photographies un commentaire fait de souvenirs et d'anecdotes et pour "Le petit parisien" il mentionne :
"Ce garçon-là, je l'ai retrouvé grâce à sa belle-mère qui, un jour, s'est manifesté et m'a téléphoné. Grâce à cette femme, j'ai pu aussi retrouver le nom de la rue où j'avais fait cette photo : la rue Péclet dans le 15ème. D'ailleurs au dos du contact la localisation est confirmée : 2 rue Péclet, 20 mai 1952, j'avais même inscrit les initiales du gamin : P.B". Mais P.B ce ne sont pas les initiales du varois Jean Brosseron !

Et Ronis d'ajouter : "Je suis retourné rue Péclet pour voir si j’allais retrouver la porte, si j’allais me souvenir. La maison n’avait pas été ravalée, c’était exactement le même décor, et j’ai eu la preuve que c’était bien là parce que sur le cliché complet il y avait en bas de ce mur un regard pour le gaz, comme une petite boîte en fonte, qui était resté à la même place. Le regard n’avait pas bougé pendant toutes ces années!"

Personnellement je peux ajouter qu'en 2006, lorsque Willy Ronis m'avait invité chez lui -rue de Lagny- et il m'avait alors raconté l'histoire de cette photo et parlé de ce petit garçon, il m'avait aussi indiqué avoir mentionné les initiales du nom du garçonnet sur le verso de la planche-contact. Là, il avait en effet écrit "P.B".

Alors y-a-t-il tromperie sur la personne, une sorte d'usurpation d'identité ?
Et qui est le vrai petit parisien à la baguette ?

Le journal Le Monde a récemment mené l'enquête. Martin Fort, journaliste au Monde, a donc rencontré et interviewé les deux personnes -aujourd'hui septuagénaires- qui disent avoir été photographié par Willy Ronis, en 1952, avec une baguette sous le bras : le varois Jean Brosseron et le dijonnais Pierre Bariod.

Mais après lecture de l'article du Monde, je constate que sa conclusion ne donne pas de réponse à cette question : "Lequel de ces deux personnes est le garçonnet de la photo de Willy Ronis ?". Martin Fort laisse ses lecteurs dans l'incertitude, dans le doute.

Pour moi il n'y a pas de doute : le dijonnais Pierre Bariod (initiales P.B) est le gamin à la baguette. Willy Ronis l'ayant lui-même confirmé à plusieurs reprises.
A l'examen des photos des albums de famille des deux protagonistes, publiées par le journal Le Monde [montrant des clichés pris en 1950 (pour Jean Brosseron) et en1952 (pour Pierre Bariod)] la ressemblance du gamin va incontestablement vers Pierre Bariod. (Voir l'illustration en tête de ce billet).

Et aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux qui s'emparent du sujet. C'est le réseau Reedit qui donne le verdict le plus net : 90% des contributeurs "votent" pour Pierre Bariod (P.B). Certains sont même allés jusqu'à analyser en profondeur ces photos via des logiciels de reconnaissance faciale et corporelle et ils donnent leur conclusion :
"L'ensemble des épaules/cou et de la forme du torse est identique à la photo d'enfance de Bariod. Ajoutez la coupe de cheveux rugueuse, les pommettes de joue et le sourire et je ne pense pas qu'il y ait le moindre doute. Malheureusement pour Brosseron, le petit Parisien ne ressemble en rien à ses photos d'enfance, le petit parisien de Ronis : c'est clairement Bariod."

Quant à Jean Brosseron, le varois, il est sans doute de bonne foi. Lorsqu'il était enfant il a vraisemblablement été photographié par quelqu'un sur le boulevard Haussmann, près du lieu où il résidait, mais la personne qui l'a pris en photo n'était pas Willy Ronis. Et si la scène de sa photo aurait pu ressembler au "Petit parisien", ce n'était pas cette photo.

Alors récemment -moi aussi- je suis retourné rue Péclet (un physicien, fondateur de l'École Centrale des Arts et Manufactures). Le n°2-2 bis, mentionné par Willy Ronis, est devenu le n°2-4 de la rue Péclet et la boulangerie a été remplacé par l’enseigne NICE DAY une société de Production de films et de programmes pour la télévision.

Mais le mur qui a servi d'arrière-plan pour la photo de Ronis est toujours là, intact. Seul le petit regard de gaz qui apparaissait sur le cliché complet de Ronis a été retiré. (Voir l'illustration à la fin de ce billet).
Les temps changent, 
la mémoire s'efface…mais rue Péclet, finalement pas tant que cela !

 

>> L'article du Monde : "Le petit Parisien de Willy Ronis, deux prétendants pour un cliché" par Martin Fort. Publié le 21 juillet 2024 ©Photo : Lucas Barioulet

>> Le débat sur le réseau social Reedit.

>> Le petit parisien, déjà sur Parisperdu.

>> Rue Péclet, le mur qui a servi d'arrière-plan pour la photo de Ronis est toujours là:

 

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Willy Ronis et une jeune admiratrice (2/2)

25 Novembre 2024, 09:40am

Publié par barreteau

Willy Ronis et une jeune admiratrice (2/2)

Willy Ronis à la médiathèque d'Argentan (2007)                Fundamente Nuovo, Venise (1959)
©Sylvie Châtelais                                                      ©Willy Ronis  

 

Cette photo a été captée par Sylvie Châtelais lors d'une séance de dédicaces de Willy Ronis à la médiathèque d'Argentan en juillet 2007. Cette image emprunte de charme, de douceur et de bienveillance décrit parfaitement l'homme qu'a été ce grand photographe. Elle fera la page de garde de l'ouvrage "Le siècle de Willy Ronis" une somme éditée aux Editions Terre Bleue en 2012.

Et je me suis demandé ce que pouvait bien dire cette fillette à cet homme qui pourrait être son arrière-grand-père ?

Alors j'ai imaginé ce pouvait être leur dialogue, après que la fillette soit restée un long moment devant la célèbre photo de Ronis montant une petite fille comme en lévitation sur un passerelle du Fondamente Nuove à Venise. (Photo de droite)

  • La fillette :"Ma maman m'a dit que c'était peut-être moi La Petite fille de Venise ?".
  • Willy Ronis :"Oh ! Alors merci d'être venue jusqu'ici aujourd'hui !"

 

>> Willy Ronis et une jeune admiratrice (1/2)

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Willy Ronis et une jeune admiratrice (1/2)

9 Novembre 2024, 11:27am

Publié par barreteau

Willy Ronis et une jeune admiratrice.

 Willy Ronis et une jeune admiratrice au cours d'une séance de dédicaces, en 2007 ©Sylvie Châtelais

 

Cette image captée par la photographe Sylvie Châtelais montre à merveille la personnalité de Willy Ronis, cet homme lumineux, graveur de l'instant figé en une fraction de seconde.
Ronis fut un homme simple, chaleureux, humble et bienveillant. Et ceci transparait dans ce moment d’échange intime entre cet homme de 97 ans et une fillette de 10 ans. La générosité de Willy Ronis, sa pudeur et sa gentillesse embaume cette image.

Là en effet, on comprend instinctivement que Ronis est aussi bien passionné par la photographie que par les gens ! Car Ronis aime les gens. Il sait les photographier et immortaliser la magie qui émane d'eux avant même que celle-ci n’éclate dans une situation et un cadre donné. Il voit la photo bien avant que l'enchaînement des causes crée les conditions de l'image. Il anticipe l'invisible... et bien sûr... les réglages entièrement manuels de son appareil.

Et cette petite fille, le regard au ciel et brillant d’admiration, la bouche susurrant des mots simples, le sourire innocent de cette enfant oubliant pour un instant tout ce qui l'entoure !
C’est un ange, c’est un ravissement !

 

>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

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Images à la sauvette.

29 Juin 2023, 09:35am

Publié par barreteau

Images à la sauvette.


Images à la sauvette
(The Decisive Moment en version américaine) est l’un des plus grands livres de photographies jamais publié. Sorti en 1952 aux éditions Verve, il regroupe les photographies réalisées par Henri Cartier-Bresson durant les vingt premières années de sa carrière. C’est, en 1952, une monographie du meilleur de l’oeuvre d’Henri Cartier-Bresson, publiée chez un éditeur d’art, avec une couverture originale de Matisse.

C’est aussi une large présentation de son art, où est forgée cette notion de « moment décisif » qui donnera donc son titre à l’édition américaine de l’ouvrage : le moment où tous les éléments s’assemblent pour produire une image, non pas le sommet d’une action, mais un sommet émotionnel et formel, comme l’illustre la célèbre photographie d’un homme sautant au-dessus d’une flaque sur le pont de l’Europe avec en fond la gare St Lazare.

Ce livre demeure une référence incontournable pour un grand nombre de photographes.

 

>> WillyRonis, autre expert de l'Instant décisif.

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Rue Laurence Savart, l'éternelle !

13 Juin 2023, 18:44pm

Publié par barreteau

Rue Laurence Savart, l'éternelle !

Rue Laurence Savart, l'éternelle !

22-24 Rue Laurence Savart_ Paris 20ème; Photo N& B: juillet 1996; Photo Couleur: juillet 2015


Dans la rue Laurence Savart, la vie s'écoule en pente douce... une rue propice aux rencontres, aussi belles qu'inattendues. Le photographe Willy Ronis en avait fait l'expérience lorsqu'un jour, en descendant la rue, il croise un vitrier avec son lot de carreaux de verre sur le dos.

Maintes fois Ronis m'a parlé de la rue Laurence Savart, l'une de ses favorites dans le secteur de Belleville-Ménilmontant. Quand je lui fais remarquer que la rue, encore aujourd'hui, a peu changé, qu'on y retrouve les mêmes façades, la même lumière qu'à son époque... il fait la moue et me dit : « Oui mais cet immeuble qui barre la rue dans sa partie basse, quel dommage... ». Il faut bien reconnaître que la perspective n'est plus la même et que cette trouée, qui était comme un appel vers un ailleurs incertain, fait terriblement défaut.

Aujourd'hui, dans la rue, le côté résidentiel a remplacé ce qui fut populaire, qui lui-même avait pris le pas sur le rural : toute une chaîne successive de prédation sociale, un écosystème historique en quelque sorte ! D'ailleurs, n'est-ce sans doute pas un hasard si les écologistes font ici - à chaque élection - leur meilleur score parisien !
Au final, dans la rue Laurence Savart, peu de choses ont changé... et l'on se retrouve confronté - aujourd'hui - aux mêmes façades, aux mêmes portes de garage, aux mêmes maisonnettes... que celles aperçues sur la célèbre photo de Ronis.

 

>> La rue Laurence Savart déjà sur Parisperdu.

>> La rue Laurence Savart, 1947 par Willy Ronis.

 

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Belote à Belleville et Manille à Marseille !

2 Février 2023, 14:08pm

Publié par barreteau

Belotte à Belleville et Manille à Marseille !

En haut : "Partie de cartes en plein air, rue Botzaris", Paris 1952 ©Willy Ronis

En bas : Image extraite du film "Marius" de Marcel Pagnol- Séquence de la "Partie de cartes"-1931

 
Ronis connaissait-il les œuvres où Cézanne met en scène quatre, puis trois et finalement seulement deux joueurs de cartes sur sa dernière toile ?
Oui vraisemblablement car Ronis avait au moins connaissance de certaines reproductions de ces toiles. Pour autant, avait-il en mémoire les tableaux de Cézanne au moment d'appuyer sur le déclic ? Là, cela est moins sûr…

Ce qui est sûr par contre c'est qu'il a souvent cherché à photographier des joueurs de cartes car ils entrent pleinement dans les scènes populaires qu'il affectionne tant.

Dans sa moisson de photos récoltées dans les quartiers populaires, j'ai identifié cinq photos de Ronis montrant des joueurs de cartes :
- "Café, rue des Cascades, Ménilmontant" - Paris, 1948
- "Café, place d'Aligre", Paris, 1952  
- "Partie de cartes en plein air, rue Botzaris", Paris 1952
- "La belote", Paris, 1954
- "La partie de Tarot, Joinville le Pont ", 1991.

A Marseille, il est neuf heures du soir. Dans un petit café, Escartefigue, Panisse, César et M. Brun sont assis autour d'une table. Ils jouent à la manille.
Escartefigue regarde son jeu intensément, et, perplexe, se gratte la tête. Tous attendent sa décision. Panisse précise alors : "C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd".
Escartefigue renchéri : "C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur ? Moi, je connais très bien le jeu de manille, et je n'hésiterais pas une seconde si j'avais la certitude que Panisse coupe à cœur".
Panisse : "Eh bien ! Réfléchis en silence... Et ils se font encore des signes ! Monsieur Brun, surveillez Escartefigue, moi, je surveille César."
César : "Tu me surveilles moi, comme un tricheur. Je ne dis pas que je vais pleurer, non, mais moralement, tu me fends le cœur". Et s'adressant à Escartefigue : "Alors, à moi, il me fend le cœur. Et à toi, il ne te fait rien ?
Escartefigue pousse un cri de triomphe. Il vient enfin de comprendre, et il jette une carte sur le tapis. Panisse le regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur. "Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Tu as dit :  Il me fend le cœur pour faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors, il joue cœur, parbleu" !

 

>> Les joueurs de cartes, tableaux de Paul Cézanne.

 

 

 

 

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Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

16 Décembre 2022, 14:45pm

Publié par barreteau

Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

Légendé :  Pont Royal, Paris, 1955 © Willy Ronis ; mais il s'agit plutôt du Pont du Carrousel.

 

La découverte des photographies en couleurs de Willy Ronis sera à coup sûr une surprise pour beaucoup. Elle le fût également pour moi. Mais alors que je suis un "fan" inconditionnel de Willy et de ses magnifiques images en noir et blanc, je dois dire que j'ai été déçu en feuilletant son ouvrage " Paris-couleurs".
Et je voudrais dire pourquoi.

Chez Ronis le charme du noir et blanc rend paradoxalement ses images intemporelles, elles font rarement datées alors qu'à l'opposé ses photos en couleurs font souvent très datées.

Il y a une explication toute simple à cela et c'est Willy lui-même qui nous la donne : "Fin 1954, j’avais commencé avec mon Rolleiflex… des essais avec la pellicule Kodachrome, cette merveille qui malheureusement n’affichait alors qu’une sensibilité de 10 Asa".
Ronis a donc photographié en couleurs dès 1955, dès l’apparition du Kodachrome, un film diapositive à la chromie si particulière, et surtout si peu sensible à la lumière.

La faible sensibilité du film entraine pour Ronis des contraintes lors de la prise de vue, par exemple : il doit attendre le feu rouge pour immobiliser les automobiles sur la pellicule ; les piétons doivent prioritairement être pris de face car de profil leur image sera floue s'ils marchent trop vite…
 
Toutes ces contraintes sont à l'extrême opposée de la spontanéité de son regard, de sa formidable capacité à saisir un sujet sur le vif.  De surcroît dès que la lumière du jour est faible, l'image issue de la pellicule Kodachrome devient brumeuse et c'est cela qui la rend très datée.

A la même époque ses photos en noir et blanc sont bien plus lumineuses, mieux contrastées… Bref le Kodachrome 10 Asa est techniquement très limité et le talent de Ronis a du mal à s'exprimer avec cette pellicule couleur. D'ailleurs plus tard il dira à propos de sa célèbre photo en noir et blanc "Au repos de la montagne", lorsque je lui demande s'il se souvient de la couleur de la façade de ce bistrot : "Non je ne m'en souviens pas car à l'époque ma vision était exclusivement en noir et blanc".

Plus tard, dans les années 80, Ronis reviendra à la couleur avec des films devenus plus sensibles mais il s'en sert surtout pour des reportages commandés, en couleur, par des agences liées à l'Aménagement du territoire et à d'autres organismes… mais jamais pour des photos de rues prises sur le vif. Peut-être avait-il gardé un souvenir mitigé des rues de Paris photographiées, dans les années 54-55, avec la très limitée Kodachrome 10 Asa.

C'est un lieu commun que de dire que l'on ne peut plus regarder la télé en noir et blanc quand on l'a vu en couleur ! Pour les photos de Willy Ronis, je dirais que l'on a du mal à apprécier ses photos en couleurs quand on connait celles en noir et blanc.

 

>> "Paris-couleurs" de Willy Ronis aux éditions "Le Temps qu’il fait". 80 photographies en couleurs, 120 pages - Préface de Michel Boujut. 

>> Question à Willy Ronis : "De quelle couleur était Belleville ?"

>> "Au repos de la Montagne" - Photo ©Willy Ronis

 

 

 

 

 

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Inspirations : en écho à Willy Ronis...

5 Décembre 2022, 11:42am

Publié par barreteau

Inspirations : en écho à Willy Ronis...

Fundamente Nuovo,                                                                         La rivière Thu Bôn (vue du pont-pagode japonais),
Venise, 1959. ©Willy Ronis                                                             Hoi-an (Viêt-Nam), 2010.  ©Pierre Barreteau

 

Même hors de Paris, dans des lieux où Willy Ronis n'est jamais allé, n'importe où dans le monde, je m'étonne parfois de faire des photos qui - là encore - font écho à certaines images de Ronis.

Ainsi en novembre 2010, je suis à Hoi-An au centre du Viêt-Nam. Son célèbre pont-couvert Japonais du 17e siècle, richement décoré, est aujourd'hui envahi par les touristes du monde entier.
Tournant le dos à toute cette agitation bruyante et polyglotte, mon regard accroche l'autre rive de la rivière Thu Bôn. J'ai alors devant moi une passerelle où va s'engager un homme coiffé du traditionnel chapeau pointu Viet. Instantanément la scène me fait penser à la célébrissime photo de Willy Ronis prise à Venise sur le "Fondamente Nuove". Le déclic s'impose à moi car c'est alors comme si l'image de Willy, imprimée dans ma mémoire, latente dans mon inconscient me pousse vers l'instant décisif, celui qui va déclencher la prise de vue.

La modernité consiste souvent à faire du neuf avec du vieux, une adaptation en quelque sorte de la loi de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » aussi peut-être les correspondances entre ces deux photos participent-elles de cette évolution ? Et alors, même après la disparition de Willy, c’est comme dans la chanson de Trenet :

"Longtemps, longtemps, longtemps,
après que les poètes ont disparu,
leurs chansons, courent encore dans les rues..."

 

>> Le pont-pagode japonais, Hoi-an (Viêt-Nam)

 

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Willy Ronis et Edgar Degas : une certaine parenté.

24 Novembre 2022, 12:12pm

Publié par barreteau

A gauche :

"Le Tub", Pastel d'Edgar Degas, (1886), © Paris, Musée d'Orsay                             

Au centre :        

"Après le bain femme s'essuyant",    
Photographie d'Edgar Degas, (1884).

A droite :

"Le Nu Provençal, Gordes",
 © Willy Ronis, (1949)                                               

     

Certaines photos de Ronis ont-elles une parenté avec des toiles de Degas ?
A priori cette parenté n'est pas évidente car quand on dit : "Degas", on pense petits rats de l’Opéra, tutus vaporeux et ballerines haut lacées. Il faut dire que pour Edgar Degas, la danse est la grande affaire de sa vie : il lui a consacré pas moins de 1 500 œuvres !

Pourtant Degas a exploré beaucoup d'autres sujets : les courses de chevaux, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne… Il s'intéresse à la photographie, aussi en 1895 il fait l’acquisition de matériel photographique. Fasciné par les possibilités offertes par ce nouvel outil, il abandonne ses pinceaux et son ciseau pendant deux ans : entre 1895 et 1896. L’appareil lui permet alors de figer l’instant pour le reproduire sur la toile mais aussi d’expérimenter la lumière comme jamais auparavant, tout en explorant un nouvel univers esthétique.

À l’aide de gestes interrompus, il parvient à créer dans l’esprit du spectateur une succession de photogrammes où la suite prévisible est immanquablement imaginée. L’exemple le plus poignant est celui de l’enjambement du rebord de la baignoire par des femmes nues : le pied suspendu dans le vide appelle inéluctablement le moment où il se posera au sol, puis celui où l’autre jambe fera de même.

Il a beaucoup été dit combien l’œuvre de Degas devait à la photographie, lui-même s’en étant abondamment servi pour réaliser certaines de ses œuvres : décentrage, compositions obliques, contre-jour… Ses cadrages ont une liberté de plongée et de contre-plongée qui les rendent contemporains des premiers clichés de la photographie. Ils témoignent aussi d’une vraie fascination pour le noir et blanc, Degas disait : "Mes noirs sont trop noirs, mes blancs pas assez blancs". Il est vrai qu’à l’époque les tirages ne sont pas noirs et blancs mais sépia… !

Sur les photographies de Degas, on retrouve les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes visages rêveurs qui peuvent être rencontrés sur ses toiles ; on ne se défait pas d’un style d’une vie aussi facilement… Ainsi sur "Le Tub", un pastel de format : 63 × 80 cm, il est aisé de voir que le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagère en premier plan révèlent l'influence de ses premiers clichés photographiques.

 

>> Voir aussi :

> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

> Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

>
Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

 

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"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

13 Novembre 2022, 18:37pm

Publié par barreteau

"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

Bistrot-Guinguette "Chez Victor", Impasse Compans Paris 19e (1956) © Photo Willy Ronis

 

En partant de la place des Fêtes j'arrive au point le plus haut de la rue Compans. Était-ce là, le lieu ? Était-ce là l'impasse où Willy Ronis a photographié en 1955-56 le bistrot guinguette "Chez Victor" ?
Cette impasse aujourd'hui disparue, engloutie sous cinq énormes gratte-ciels, prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne ces monstrueuses barres de béton surnommées dans le quartier : "Les Paquebots" ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle… ?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés : du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il m'est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrais-je peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot-guinguette devait bien se situer là, car sous mes pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est : la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré Saint Gervais... et, en me retournant, peut-être même verrais-je les pistes du Bourget ? Mais non car de nouveau, il est encore là..., mon regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton... et je ne suis plus autorisé à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin... Heureusement, il nous reste les clichés du maître : en noir et blanc et aussi en couleur. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une...

 


>> Le même lieu photographié en noir et blanc par Willy Ronis en 1955.

>> Ronis aime retourner sur les lieux de ses plus fortes émotions photographiques :
"Rue Eugénie Cotton, entre les immeubles neufs du haut de Belleville, Paris (1980) © Willy Ronis

>> "Chez Victor" déjà sur Parisperdu.

>> On a retrouvé Victor !

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

26 Octobre 2022, 14:36pm

Publié par barreteau

 

Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

Photo du haut :

"Marthe au tub", photographie de Pierre Bonnard (1907) 

Photo du bas :      

"Modèle retirant sa blouse", photographie de Pierre Bonnard (vers 1916)

 

Willy Ronis ne pouvait pas ignorer le rôle que la photographie a joué dans l'œuvre peinte de Pierre Bonnard. Car, à la fin des années 1880 la technique photographique s'était considérablement simplifiée et nombreux furent les peintres qui s'y adonnèrent : Degas, Munch, Vuillard, et surtout Bonnard…
En 1905, Kodak va démocratiser la photographie en lançant le « Folding Pocket Kodak », premier appareil photo léger, maniable et peu coûteux, il intéresse ainsi de nombreux amateurs. Cet appareil avait la possibilité de saisir l’instantané au trentième de seconde, ce qui ne nécessitait pas que l’on pose, et gardait ainsi la spontanéité de la scène, si chère à Bonnard.

On retrouve alors dans les photographies de Bonnard outre la parenté des sujets, un cousinage de technicité très fort avec sa peinture :  la même audace, son penchant pour l'harmonie décorative, son goût du geste vif, du mouvement dansant et de la fantaisie, la même grâce mystérieuse qui transfigure les scènes quotidiennes. Tous ces éléments sont d'ailleurs très bien servis par la technique de l'instantané. Sans prétention artistique, ses images photographiques ont une certaine cohérence due à la compréhension des enjeux de l’instantané et du cadrage, facilitée sans doute par son expérience de la peinture et inversement… Ses photos montrent que le peintre a su instinctivement exploiter la liberté de cadrage pour obtenir des images abruptement coupées, et parfois floues, tel qu’on le trouve déjà dans sa peinture.
Il utilise la photographie comme un autre moyen de croquer le motif sur l’instant.
L'historienne de l'art France Borel dira que " Bonnard photographie toujours en peintre ; il peint souvent en photographe" car chez  Bonnard, la photographie est inséparable de son œuvre peinte.

Bonnard donne à Marthe, son modèle, une attitude beaucoup plus voluptueuse dans ses peintures que dans ses photographies pleines de retenue, dont Marthe au tub (1907) à qui il confère une présence sculpturale, et une proximité rasante. Le lien entre photos et peinture est ici très proche voire littéral.
A partir de 1916, Bonnard se désintéresse de la photographie, il se sait essentiellement peintre et ne pousse pas plus loin l’expérience d’une technique qui pratiquée autrement qu’en amateur, serait devenue trop exclusive.
Mais parmi les peintres, il est de ceux qui a le mieux perçu les possibilités expressives de l'appareil photo, en montrant que l’originalité de la vision prime sur la  maîtrise technique  dans la photographie amateur de l’époque.
Bonnard disait qu'"en peinture, la vérité est près de l'erreur". Ronis nous a dit que cela concerne aussi la photographie.

 

 

>> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

19 Octobre 2022, 11:56am

Publié par barreteau

   Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

"Nu à contre-jour" par Pierre Bonnard (1908)                                                      "

"Le nu provençal" par Willy Ronis (1949)

 

La célèbre photographie du "Nu provençal" où Ronis nous montre son épouse Marie-Anne peut rappeler les toiles de Bonnard montrant sa femme Marthe Boursin (dite de Méligny).
Mais l’analogie va bien au-delà du sujet (le nu à la toilette) et du cadre (le contre-jour de la fenêtre). Par son caractère familier authentique et sa réelle intimité, l’image évoque ces moments à couper le souffle, nés d’un regard posé sur un être aimé, qui soudain comble le cœur.


Comme chez Bonnard, dont les peintures de Marthe la montrent toujours dans l’éclat de sa jeunesse, Ronis en photographiant son épouse Marie-Anne (elle a alors 39 ans) la maintient dans le temps et la garde dans son éternelle jeunesse.
Là est le vrai point commun avec Bonnard : l’acte de mémoire et d’amour.

"Le Nu provençal" est comme un Bonnard qui montrerait Marthe en noir et blanc dans une splendeur de lumière… Toutes deux nues, de dos, face à un lavabo que jouxte la fenêtre produisant le contre-jour.

Ne dirait-on pas la même image, passée en couleur et dont le sujet s'est redressé pour finir sa toilette ? Car il arrive parfois que l'on se retrouve face à une œuvre d'art qui fait écho à une autre œuvre d'art, qui fait elle-même écho à des choses auxquelles on est sensible ou même que l'on a vécues.

Mais quand on parle à Ronis de cette proximité avec le tableau de Bonnard, il répond :  "On me l'a souvent dit, en effet. Mais au moment où j'ai pris la photo, je n'y ai pas songé une seconde.
J'ai pensé : c'est un joli nu, c'est ma femme".

(A suivre…)

 

 

>>Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

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