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PARISPERDU

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Willy Ronis définitivement lié à Belleville.

18 Septembre 2015, 10:34am

Publié par barreteau

 

Willy Ronis définitivement lié à Belleville …

Carrefour rue Vilin - rue Piat - Belleville - 1959 © Willy RONIS

C’était un grand de la photo. Il a "mis en boîte" Paris comme nul autre. Alors six ans après sa mort, Paris rend un bel hommage à cet immense photographe.

Mardi dernier, la Ville de Paris a en effet donné le nom de Willy Ronis au belvédère qui surplombe le parc de Belleville. La dénomination “belvédère Willy Ronis” est ainsi attribuée à l’espace commençant au numéro 7 et finissant au numéro 33 de la rue Piat, à Paris 20ème.

Même si l'on peut considérer qu'elle est un peu tardive, il s'agit d'une juste reconnaissance, car le Belvédère de la rue Piat occupe exactement l'emplacement où Willy a capturé cette célèbre photo, publiée dans son album culte "Belleville-Ménilmontant" ... c'était en 1959 !

 

>> Le Belvédère de la rue Piat aujourd'hui.

 

 

 

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Mes conversations avec Willy Ronis.

22 Juin 2015, 09:38am

Publié par barreteau

Mes conversations avec Willy Ronis.

 Willy Ronis en 1979 - Copyright © Martine Franck / Magnum Photos
 

Nous sommes le 26 septembre 1995 et je rencontre Willy Ronis pour la première fois. Ce jour-là, Ronis donne une projection-conférence à la Fnac Etoile et à la fin de celle-ci, c'est Régis Debray qui m'introduit auprès de lui. Il y a bien longtemps que les photos de ce grand Monsieur m'émeuvent et aussi m'inspirent. Alors tout de suite, je lui fais part de mon admiration pour son travail sur Belleville-Ménilmontant, ces quartiers populaires de l'Est parisien qu'il a si bien photographié.

Je lui parle de sa photo du 32 rue de la Mare et là, … c'est le déclic. D'un ton enthousiasme, il me demande si j'y suis allé récemment et si la fabrique de chaussures est toujours là ? " Oui -lui dis-je, elle était même encore en activité lorsque que j'y suis passé il y a environ 6 mois. Je pourrais même vous montrer les photos que j'ai prises à cette occasion".

Plus tard lorsque je mets en ligne sur Parisperdu les dites photos, je le fais savoir à Willy Ronis. Il me répond aussitôt : "Je regrette fort de ne pouvoir répondre à votre blog, n'étant pas informatisé … mais si vous vouliez venir chez moi, rue de Lagny, nous pourrions en discuter".

Si je voulais venir ? Et comment, que je veux bien … "Trop d'la chance", comme disent les ados. Un rendez-vous est rapidement pris.

La suite vous a déjà été contée par le détail, ici-même, dans Parisperdu, et vous pouvez découvrir ou redécouvrir tout cela, en seulement quelques clics:

- "Oui Willy, elle est encore là ..."
-
Sur le banc avec Willy Ronis.
- Les couleurs de Belleville.
- La rue Laurence Savart, si chère à Willy ...
- Chez Willy Ronis, grand témoin du Paris des petites gens.
- Un jeune homme ...de presque cent ans !
- Arles 2009, et ce fut la dernière ...
- La photo de Willy Ronis fait débat ...
- Dernier appel !
- Au revoir et merci Monsieur Ronis.
- Retour rue de Lagny.

 

Un mot encore, un simple post-scriptum, au sujet de ces entretiens, les 4 "spots" comme disent les "surfeurs", ou si vous préférez les 4 lieux qui revenaient sans cesse lorsque nous évoquions nos déambulations dans les rues de l'Est parisien étaient:

- Le 32 rue de la Mare,

- La butte Bergère,

- La rue de la Cloche,

- la cour de la rue du Retrait.

 

Que reste-t-il de ces lieux aujourd'hui ? Plus grand-chose, à part bien sûr la discrète butte Bergère …

 

 

>> Willy Ronis sur Parisperdu …

 

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Retour à l'escalier de l'avenue Simon-Bolivar.

15 Décembre 2014, 11:16am

Publié par barreteau

Avenue Simon-Bolivar. Juillet 2012

La Butte Bergeyre est un village parisien isolé, méconnu et peu fréquenté. A l'écart du tumulte de la ville, la butte est seulement desservie par une unique rue et par trois escaliers plutôt abrupts. Depuis l'avenue Simon Bolivar c'est une volée de 75 marches qui mène à ce village haut perché, si haut que certains habitants du quartier surnomment cet escalier "la pyramide aztèque".

En 1950, Willy Ronis a capturé ici, l'une de ses images cultes.
L'écouter raconter ses prises de vue a toujours été pour moi un délice.
Voilà ce qu'il nous dit à propos du fameux cliché "Avenue Simon Bolivar" :

"Cette photo, je l'ai faite en 1950. J'étais là, dans cet escalier, j'attendais quelque chose, parce que je voulais qu'il y ait un peu de monde qui passe. À un moment donné, j'entends une voix de femme derrière moi, qui parlait à son enfant, qu'elle tenait dans ses bras. J'ai attendu qu'elle me dépasse, et miracle, miracle qui arrive quelquefois dans la photographie : quand elle est arrivée en bas, est passé cet attelage étonnant - car même en 1950 il n'y avait plus tellement d'attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c'est qu'il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui est en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. Et puis le petit cordonnier qui parle avec le client. Et le petit chat noir, en bas de l'escalier. C'est une photo pleine d'histoires !"

Alors, aujourd'hui, une fois encore,  je suis retourné sur les lieux. Bien sûr la prise de vue s'imposait et sous un angle voisin de celui du Maître … mais le résultat est loin, très loin d'être à la hauteur du sien …


>> Avenue Simon-Bolivar, 1950 ©Willy Ronis/ Agence Rapho

 
>> Voir aussi : "N'est pas Willy Ronis qui veut ?"

 

 

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Comment parler de l'oeuvre de Willy Ronis ?

21 Avril 2014, 09:54am

Publié par barreteau

 Les amoureux du pont des arts_ 1957 ©Willy Ronis

"Fixer des vertiges. Les photographies de Willy Ronis" est un essai de Michel Onfray publié en 2007 et portant sur 16 photographies de Willy Ronis dont le travail est comparé à la peinture classique et aux toiles de maîtres.

Parler de l'œuvre de Willy Ronis via une analyse comparative, pourquoi pas ?
Mais mettre en parallèle des œuvres de peintres aussi différents que Delacroix, Renoir, Léger, Mondrian, David, Seurat, Courbet, Millet, Van Gogh, Magritte … et d'autres, avec des photos de Ronis, cela me semble, comment dire, … un peu "tiré par les cheveux".

Bien sûr, l'on sait que le regard de Ronis s'est, en partie construit, grâce à des visites au Louvre effectuées dans son enfance. Mais alors s'il faut parler de maîtres, Ronis se réclamait plutôt des peintres flamants et de Breughel en particulier et, à ma connaissance, de personne d'autre !

"Le vertige prouve l'art", avance Onfray d'entrée de jeu pour reprendre une phrase d'Arthur Rimbaud : "J’écrivais des silences, les nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges", et pour se lancer sur le terrain de la photographie de Ronis.

Onfray affirme alors que ce vertige est à même de déboucher "sur une clairière de sens, donc de plaisir". L'œuvre du photographe serait-elle donc, pour l'œil de celui qui la regarde, un simple plaisir qui doit par ailleurs, pour être comprise, se voir constamment rapprochée de l'œuvre de peintres classiques, comme Onfray le suggère sans cesse ?

Voilà une bien curieuse analyse qui nous est proposée-là, car Willy Ronis a beau avoir été nourri, dès son plus jeune âge, par la fréquentation des musées, ses photographies appartiennent à un art qui est autonome, indépendant de la peinture, et qui n'a pas, en conséquence, à sans cesse se réclamer d'elle pour s'expliquer.

Ce recours constant d'Onfray à une kyrielle de peintres révèle surtout son incapacité à parler de la photographie en tant que telle. Et les propos du philosophe sur l'œuvre du photographe sonnent bien étrangement à côté de ceux de Ronis lui-même quand il parle de son travail, en des termes humbles qui ressemblent à ses photos.
Ainsi, dans "Traits et portraits", un regard intime sur certaines de ses photographies, paru au Mercure de France, Ronis nous dit: "Je n’ai jamais poursuivi l’insolite, le jamais vu, l’extraordinaire, mais bien ce qu’il y a de plus typique dans notre existence quotidienne... ”

Et c'est bien pour cette fastueuse simplicité que l'on vous dit:
"Merci Monsieur Ronis, votre talent s'exprime de lui-même et ne doit rien à personne".


>> Michel Onfray : "Fixer des vertiges. Les Photographies de Willy Ronis".

>> Traits et portraits : "Ce jour-là" de Willy Ronis.

>> "Les amoureux du pont des arts", décrits par Willy Ronis dans son ouvrage "Ce jour-là".

>> Parisperdu et Willy Ronis.

 

 

 

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Dernier appel.

25 Février 2014, 11:58am

Publié par barreteau

WilAutoportrait, 1991, © Willy Ronis


Ce jour là, je trouve un message de Willy Ronis sur mon répondeur.

En substance Willy me dit "si vous voulez me rappeler, je serai chez moi ce soir".

Cet immense photographe m'a fait l'honneur de s'intéresser à mon modeste travail de prises de vues dans les quartiers de l'Est parisien, et à plusieurs reprises nous avons eu de passionnantes conversations sur Belleville, sur la photo, … sur le monde.

Je le rappelle bien sûr le soir même, mais … personne. Le lendemain dans la matinée … puis le soir, …toujours personne au bout du fil … ?

J'apprendrai ensuite que cette fois-là, sa séance de dialyse l'a énormément fatigué et que les médecins l'ont gardé en observation quelques jours. Voilà pourquoi je n'arrivais pas à le joindre au téléphone.

Par la suite, nous n'avons pas fixé de nouveau rendez-vous, car il m'a écrit pour me dire qu'il était "absolument submergé par le travail". La préparation de la rétrospective de son œuvre qui devait se tenir à l'Hôtel de la Monnaie en 2010, pour son centième anniversaire, l'occupait et surtout le préoccupait beaucoup.

Le 18 juillet 2009, je le verrai brièvement aux rencontres photographiques d'Arles, sans pouvoir malheureusement m'entretenir avec lui.

Deux mois plus tard, Willy Ronis nous quittait définitivement.

Notre dernier contact aura donc été … les 56 secondes de cet appel manqué du 5 novembre 2008 … Je ne résiste pas à vous les offrir (le lien est ci-dessous).


>> Dernier appel téléphonique, 5 novembre 2008.

>> Au revoir et merci Monsieur Ronis.

 

 

 

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L'une des dernières de Willy Ronis.

22 Octobre 2013, 09:54am

Publié par barreteau

Pont de la Tournelle  © Copyright Willy Ronis/Agence Rapho (1999)

La photo date de 1999, soit deux ans avant que le grand photographe ne range définitivement ses appareils. Mais, quand on sait que dès le début de l'an 2000, Ronis ayant perdu beaucoup de sa mobilité ne sortait plus faire de clichés en extérieur et se consacrait exclusivement aux nus et aux prises de vues en intérieur, alors on comprend que cette image est l'une des dernières prises par Willy Ronis dans les rues de Paris.

Ce jour là, Ronis se balade sur les quais, du côté du pont de la Tournelle, son Pentax à la main. C'est un endroit qui lui a autrefois porté chance, il suffit pour cela de se souvenir de "La péniche aux enfants", un cliché pris quarante ans plus tôt, au Pont d’Arcole, tout près d'ici… et comme l'assassin retourne toujours sur le lieu de "son crime" … Ronis traîne à nouveau par-là!

Comme à son habitude, il a défini son cadre et attend que des personnages viennent se placer dans l'image, aux endroits qu'il a préalablement choisis. L'exercice demande beaucoup de patience et un grand savoir-faire pour appuyer sur le déclic au dixième de seconde juste … un dixième trop tôt ce n'est pas la même image, un dixième trop tard ce n'est pas bon non plus.

Maintenant, il suffit de connaître un peu Ronis et aussi ses "images cultes" pour comprendre pourquoi il a fait celle-ci.

Tout d'abord, il y a cet homme en position quasi centrale, avec un chapeau et un manteau d'un autre âge … bref une tenue qui pourrait faire penser au commissaire Maigret, par exemple. Le regard de Willy a certainement été attiré en premier lieu par ce personnage.

Il parle à une femme, sans doute une bouquiniste comme semble en témoigner la chaise pliante située près d'elle. Elle aussi porte une tenue certes peu commune mais qui dialogue bien avec celle de l'homme au manteau.

Sur la partie gauche de l'image, soulignée par le pavement régulier du trottoir, l'époque de la photo nous est clairement indiquée par le jeune homme au blouson et au casque audio vissé sur la tête. Il forme la pointe d'un triangle dont les deux angles de la base sont occupés par deux femmes en tenues aux valeurs opposées: claire et sombre.


Les autres personnages, à droite, ne parasitent pas l'image car ils sont groupés et de dos, aussi se fondent-ils parfaitement dans des éléments au graphisme vertical: les grilles de protection des arbres et le treillis de la façade de l'Institut du Monde Arabe, en arrière-plan. 

Ronis arrive ainsi à nous montrer la ville, non pas telle qu'elle est : bruissante de passants, bourdonnante de voitures, zébrée de panneaux indicateurs ou publicitaires … mais telle qu'il a toujours aimé la voir : avec des personnages sur les points ou les lignes de force de son cadre, avec peu ou pas d'automobiles ou de mobilier urbain…

L'alignement, à cet endroit, des bouquinistes est plus suggéré que réellement montré, les panneaux indicateurs sont sagement ordonnés sur un même plan … et pour apporter une touche de poésie: deux pigeons sont sur le trottoir … Loi du triangle oblige, je suis à peu près sûr que Ronis devait en avoir un troisième dans son cadre quelques secondes avant qu'il ne déclenche !

Merci pour la leçon Willy, … les photographes de rues apprécieront !

 

>> Willy Ronis: "La péniche aux enfants".

 


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L'école de Willy Ronis.

9 Février 2013, 12:46pm

Publié par barreteau


Le 9 octobre 2010, le collège Musselburg de Champigny-sur-Marne, dans le département du Val de Marne, change de nom et devient le collège Willy Ronis.

Pour célébrer le photographe, les élèves ont choisi un autoportrait de 1955, un photomontage où il brandit une association de deux appareils pour photographier simultanément en noir et blanc et en couleurs. Sous l'immense portrait du hall, les lycéens se pressent pour écouter une évocation de cet homme un peu mystérieux derrière ses appareils.

Pourtant l'homme connaît bien le secteur car, dès 1938, il prend sa première photo sur les bords de Marne. Et Ronis aura toujours une affection particulière pour cette rivière et ses guinguettes qu’il n’a cessé d’immortaliser de son œil tendre et expert  .

Ecoutons le d'ailleurs à ce sujet: "Si je remonte dans le temps, j'avais eu la commande d'un reportage sur les guinguettes. C'est comme ça que je suis allé sur les bords de la Marne avec ma moto, comme ça, au hasard. Quand on ne connait pas le coin, c'est absolument ébouriffant, avec la boucle de la Marne à Champigny. Tout à coup, on traverse, on trouve la Marne, et on ne comprend pas pourquoi ... On sortait de l’Occupation. Il y avait un souffle et un enthousiasme lié à ce que nous avions retrouvé la liberté. Et cela se sentait dans la vie quotidienne, malgré les difficultés ... et en 58, ce n'était pas encore dissipé, on croyait encore à une vie sans souci majeur ".

Aujourd'hui, le Collège Willy Ronis n'a pas - lui non plus - de souci majeur, d'autant qu'il s’est impliqué entièrement dans sa nouvelle identité en s’équipant d’un labo-photo. Une dotation en moyens humains et en matériels qui permettra aux jeunes photographes de s’essayer à cette discipline dans un "atelier d’éducation à l’image" ouvert à tous les élèves du collège.
La relève est peut-être parmi eux…



>> Le collège Musselburg de Champigny-sur-Marne, devenu le collège Willy Ronis.

>> L'autoportrait de 1955, en jaquette de l'ouvrage: "Le siècle de Willy Ronis".

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Le Collège Robert Doisneau".

 

 

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" Le siècle de Willy Ronis "

4 Décembre 2012, 12:23pm

Publié par barreteau


L'ouvrage que vient de publier Françoise Denoyelle, une spécialiste incontestée de la photographie, est une somme. Et qui mieux qu'elle pouvait écrire la première "bio" de Willy. Elle qui a expertisé l'œuvre de Willy Ronis à la demande de l'Etat et a eu accès à l'ensemble des documents privés et à ses négatifs …

Le livre a été conçu du vivant de Willy Ronis et s'est poursuivi après sa mort. "Ce sera le livre de ma vie ! " avait-il lancé en s'amusant. Françoise Denoyelle l'a pris au mot en écrivant cette biographie du photographe qui est aussi une histoire du siècle. Sept chapitres illustrant les sept vies de ce fils d'immigrants juifs, tenté par la musique, entré presque par hasard en photographie, reconnu puis oublié, et enfin célébré à partir de 1980.

Pour la première fois, voici donc l'œuvre de Willy Ronis totalement déployée et finement analysée, avec les toutes premières photos, les grandes icônes (le nu provençal, le petit garçon à la baguette, …), les reportages oubliés, les images plus secrètes ... et encore plus rares: les chefs d'œuvre en couleurs, scannés d'après le négatif ou le meilleur positif.

Avec plus de 300 photos sélectionnées parmi 25 000 négatifs, tirages de travail ou d'exposition, mais aussi avec la correspondance, les agendas précieux où il notait les événements de sa journée..., c'est à une traversée intégrale de l'œuvre du photographe que nous convie cet ouvrage.

Mais c'est aussi une œuvre recomposée en mots, en chapitres permettant une traversée du siècle de l'immigration au Front populaire, de l'Occupation à la réussite, de l'oubli à la reconnaissance.

L'ouvrage de Françoise Denoyelle explore tous les aspects de la création photographique de cet immense photographe. Un siècle de talent, de passion de la vie et d'engagement …

Un beau cadeau de Noël … merci Françoise, merci Willy !


>> Invitation à une séance de dédicace de l'ouvrage "Le siècle de Willy Ronis".

>> "Le Siècle de Willy Ronis", aux Editions Terre Bleue.

 

 

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Retour rue de Lagny.

26 Novembre 2012, 14:00pm

Publié par barreteau

Dans le square Sarah-Bernhardt, face à la rue Frédéric Loliée_ Paris 20ème (Juillet 2012)

Plusieurs fois je me suis rendu rue de Lagny pour rendre visite à mon cher professeur, comme j'aimais à l'appeler. Willy Ronis, puisque c'est de lui qu'il s'agit, goutait pourtant moyennement l'expression. Mais il n'en laissait rien paraître tant il était un parfait modèle de courtoisie. Une qualité "à l'ancienne" … et qui tend à disparaître.

Je n'étais pas encore retourné dans le quartier depuis la disparition de Willy. Je n'en avais guère envie tant je savais que cette excursion raviverait le vide que je ressens depuis son départ.
Pourtant, en cette fin d'après-midi, le square Sarah-Bernhardt m'apparaît lumineux. Lumineux, mais rigide avec ses immeubles typiques des limites de la capitale et dont la brique rouge vire à l'orange sous le soleil couchant. Ils éclairent encore les fonds du square et l'égayent, bien que d'une façon pour ainsi dire technique et administrative, conforme à sa fonction de loisir. Je dirais volontiers que c'est scandinave, socialiste-humaniste dans le sens qui reconnaît mais réduit les droits de la personne, relativement à une moyenne qu'elle accepte d'incarner.

Aux alentours, on a vite fait le tour des commerces: la moitié des rares magasins sont fermés, rien d'indispensable ou d'urgent n'explique la présence des autres: un teinturier, un marchand de tapis, un vague électricien … Il faut certainement remonter jusqu'à la rue d'Avron pour trouver du pain, des œufs, des journaux, des légumes, du vin, du tabac, des gens qui circulent … et rien ne prouve que cette distance d'environ quatre cents mètres n'étouffe pas toute velléité d'effort.
Il y a tout de même un cordonnier. Sa vieille blouse grise, ses cheveux blancs, le foutoire qui l'entoure, la lampe orange qu'il vient d'allumer humanisent le cube abstrait qui lui tient lieu d'échoppe, en ce soir d'été, rue de Lagny.

Pourtant le fracas qui nous vient du cours de Vincennes nous indique qu'un autre monde vivant, bouillonnant, existe … tout près.

Il fait quasiment nuit maintenant sur le square Sarah-Bernhardt, ce qui produit un climat apaisant et m'apporte des pensées positives sur Willy.
Je quitterai pourtant les lieux sans un regard au 46 rue de Lagny …



>> Sur le banc avec Willy Ronis.

>> Chez Willy Ronis.

 

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Chez Willy Ronis, grand témoin du Paris des petites gens .

15 Octobre 2012, 09:38am

Publié par barreteau

Willy Ronis dans son appartement de la rue de Lagny, Paris 20ème (Février 2008)

C'est un modeste appartement encombré de livres, de photos bien sûr, et aussi d’émouvantes aquarelles de Marie-Anne, son épouse disparue.
C'est le domicile parisien de Willy Ronis.


Du bureau collé à la baie vitrée, Willy Ronis domine le square Sarah Bernhardt, dans le quartier populaire de Ménilmontant. De temps à autre, résonnent des cris d’enfants. Ce sont les arrières-petits-fils des gamins de Belleville et de Ménilmontant, qu'il a immortalisés dans les terrains vagues ou sous les réverbères d’escaliers pentus, dans ce Paris en noir et blanc dont il a su si bien capturé l’âme frondeuse et la poésie urbaine.

C’est là, avec son inaltérable bonne humeur que Ronis, charmant  vieillard au regard bleu, me reçoit pour un échange à bâtons rompus.
Willy adore remonter le temps, en sortant, au hasard, des photos de ses réserves.
Il se souvient de chacune des quelques 300.000 photos prises au cours de sa longue carrière. Il a toujours, pour chacune d'elles, une précision à donner, un infime détail à révéler, une anecdote à formuler.

A l'époque de cette rencontre, il a déjà rangé son Pentax depuis 5 ans. Sans regrets, car sa vie de photographe aura quand même duré 75 ans !

Je voulais avoir son avis d'expert sur le photo-blog Parisperdu que j'avais alors démarré depuis deux ans. Le déplacement était obligatoire, car par écrit,  il m'avait annoncé: "Je regrette fort de ne pouvoir répondre à votre blog, n'étant pas informatisé …".

Ce jour là, nous n'avons pratiquement pas parlé du blog, très peu de technique …
Il y avait beaucoup mieux à faire: nous avons parlé de notre passion commune, de notre attachement au secteur Nord-est de Paris, nous avons échangé des adresses, parlé des rues, des quartiers, des évolutions de la ville, du monde...

Ce jour-là, quand Willy Ronis me dit : "Je n'allais jamais dans les beaux quartiers. Ce qui m'intéressait, c'étaient les scènes populaires", je comprends que si Paris était son principal territoire photographique, c'est un regard très particulier qu'il a voulu porter sur cette ville.

Belleville et Ménilmontant étaient à l'époque des lieux en dehors des préoccupations, des lieux de dureté sociale, et le fait de déplacer son regard, d'aller là-bas était déjà en soi, une transgression. Car aller photographier Belleville ou Ménilmontant en 1951, 52, ou 53 c'est comme, aujourd'hui, poser son regard sur La Courneuve ou Montfermeil.

Alors, ce jour-là, j'ai décidé que le regard de Parisperdu mettrait plus en avant les petites choses et les petites gens, que le faste et les grandes réalisations de notre capitale.


>> Sur le banc avec Willy Ronis.

>> Au téléphone: "Willy Ronis vous salue …"

 

 

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Dans ma bibliothèque.

28 Septembre 2012, 09:44am

Publié par barreteau


Dans ma bibliothèque, il ya bien sûr un rayon photo: une étagère entière dédiée aux ouvrages de quelques uns des maîtres de la photographie. Là se trouvent les images de ceux qui m'ont montré le chemin qui m'a conduit jusqu'à "Parisperdu".
 

Parmi ceux-là, deux ont eu pour moi un rôle important car ils ont su capturer, chacun à leur époque, le Paris que j'aime: celui des petites gens et des quartiers modestes.

Ce sont Eugène Atget et Willy Ronis, deux photographes de la vie quotidienne, de ce que l'on voit en circulant dans la ville, simplement, sans but particulier.

Atget est l'ancien, celui d'un autre temps, avec d'autres techniques, mais sa constance, son obstination à arpenter Paris, dans ses moindres recoins est tout à fait remarquable.

Quand à Ronis, il est si proche de moi que j'ai encore parfois du mal à me convaincre qu'il nous a définitivement quitté et qu'il ne me sera plus possible de lui rendre visite rue de Lagny.

Mais de ces deux "géants",  il me reste leurs images, toujours disponibles, à portée de main … dans ma bibliothèque.


 

>> Atget, sur Parisperdu.


>> Ronis sur Parisperdu
 

 

 

 

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L'intemporel Passage Boudin ...

18 Juillet 2012, 10:22am

Publié par barreteau

Passage Boudin - Paris 20ème (Juin 1996).


C'est un passage discret comme il en existe beaucoup dans Paris et plus particulièrement dans  cet arrondissement de la capitale, numériquement le dernier mais le premier dans le cœur de Parisperdu.

Le passage Boudin figure dans le "Belleville-Ménilmontant" de Willy Ronis, très précisément en 32ème position de la liste des rues où furent prises les photographies qui composent cet ouvrage.

Oh bien sûr cette photo ne fait pas partie des plus célèbres, ni des mieux "léchées" parmi les 88 images du mythique livre de Ronis. Mais on reconnaît, là-encore, la patte de Willy: son sens de la mise en perspective des différents plans de l'image et du choix de l'heure de la prise de vue pour tirer le meilleur parti des ombres. L'ombre de la cheminée sur le mur concave de gauche illustre à merveille ce dernier point.

Le passage a peu changé depuis l'époque de la "photo N° 32", aussi quelque 40 ans plus tard, je n'ai eu aucune difficulté à retrouver l'endroit exact. Les pavés sont inchangés, les murs presque les mêmes …
Bien sûr, je n'ai pas retrouvé la ménagère qui tire son caddie. Mais à sa place, en ce milieu d'après-midi, un homme revient de ses courses. Il rentre chez lui d'un pas soutenu. Pourtant, ce jeudi-là, il avait du temps pour son shopping puisque sur son sac il est écrit: "NOCTURNES tous les JEUDIS: 22 heures".

Ainsi coule doucement la vie dans l'intemporel Passage Boudin ….


>> Willy Ronis était déjà passé par là …

 

 




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"Une photo, une histoire"

24 Juin 2012, 09:51am

Publié par barreteau

Angle de la rue Courat et de la rue du Clos,  Paris 20ème  - Juin 1996

La photographie c'est l'art du point de vue, c'est capter un instant, arrêter le temps et figer une image, un événement, un paysage, un sourire...
Elle est le reflet du regard que vous portez sur ce qui vous entoure, le monde et ses gens, les événements petits ou grands, marquants ou non.
Mais une photographie n'est pas qu'une image fixe. Bien souvent elle cache derrière elle une histoire, une émotion, un sentiment, un souvenir...


Pourquoi donc m'étais-je, par cette après-midi ensoleillée, posté là, à l'angle de la rue Courat et de la rue du Clos, dans ce coin perdu du 20ème arrondissement ?

Sans doute, cette boulangerie d'un autre âge avait-elle attiré mon attention ? Peut-être même inconsciemment avais-je espéré un remake de la photo de Ronis, où un gamin sort en courant du magasin, avec un pain plus grand que lui … Une photo que Willy Ronis a faite en 1952 et qu'il a intitulée : "Le petit parisien".

Les minutes ont passé, mais personne n'est entré, personne n'est sorti …

Pourtant, quelque temps plus tard, alors que ma patience commençait à s'émousser et que je n'étais plus très concentré sur la boulangerie, le petit bruit de la sonnette me tira de mon attente: quelqu'un venait d'ouvrir la porte et allait sortir de la boulangerie.

Oh l'on était bien loin du gamin de Ronis car c'est un homme "très bien sur lui", en chemisette blanche et cravate sombre qui sortait du magasin.
Mais lui aussi avait son pain à la main … alors j'ai appuyé sur le déclic.



>> Le petit parisien -  1952, © Willy Ronis

>> Histoire de la photo du "Petit parisien de Ronis".

>> Lire aussi sur Parisperdu: "N'est pas Willy Ronis qui veut ..."

 

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Flash-back, rue des Cascades.

8 Juin 2012, 08:41am

Publié par barreteau


Plusieurs fois Willy Ronis m'a parlé de cette image (photo de gauche). Lui qui était si méticuleux, aussi bien dans la prise de vue que dans l'archivage de ses clichés, n'arrivait pas à localiser précisément l'endroit où - dans les années 50 - il avait réalisé cette photo.

Cette petite éclipse dans sa mémoire était quelque chose de très rare, tant Willy savait toujours donner une foule de détails sur chacun de ses clichés. L'écouter préciser les dates, les conditions de chaque prise de vue, les anecdotes liées à telle ou telle image, était toujours un régal.

Mais là, tout ce qu'il pouvait préciser, c'est que : " dans les années 50, c'était un café-guinguette, rue des Cascades je crois mais n'en suis pas très sûr. Il fallait descendre un niveau pour arriver à la salle où j'ai aperçu, au travers de la balustrade de l'escalier, ces joueurs de cartes dans la semi-pénombre. La fenêtre qui les éclaire donne sur un jardin qui suit la pente de la colline de Belleville. Longtemps j'ai parcouru le quartier, questionné quantité de riverains pour essayer de retrouver l'endroit exact … mais rien de probant, certains m'ont dit qu'à l'emplacement de ce bistrot, on avait construit une école … mais eux aussi n'en n'étaient pas certains."

Alors, quand l'autre jour, je suis rentré dans ce bar (photo de droite), ce fut comme un flash, un flash-back même, car immédiatement la photo de Ronis m'est revenue à l'esprit.
Pourtant, ce ne pouvait être-là, car cette fois,  j'étais dans un quartier qui n'avait rien de populaire. J'étais si loin de Belleville … mais si proche de Willy …



>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

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Photographe d'urgence à Belleville.

26 Mai 2012, 07:49am

Publié par barreteau

La rue GasnierGuy en juin 1995, "ground zero"  avant l'heure.


Dans Belleville et Ménilmontant, il est vrai que  j'ai fait les mêmes promenades, les mêmes circuits que bien d'autres photographes. C'est comme si nous avions tous en commun un certain flair … et naturellement, nous sommes passés par les mêmes rues car, d'instinct, nous les sentions plus intéressantes que d'autres.

Il y avait dans ces endroits-là, une sorte d'état de grâce, une certaine alchimie issue d'une subtile alliance de la topographie, du bâti et de l'humain.

Je trouve donc assez logique d'avoir, dans l'Est parisien, photographié les mêmes lieux que Willy Ronis, qu'Henri Guérard, que François-Xavier Bouchart, … ou sans doute de bien d'autres encore, et ce, sans aucune recherche de mimétisme.

Mais photographier le Belleville d'aujourd'hui, pour moi c'est fini! Je n'ai plus envie de revenir dans des lieux qui ont trop changé. On n'y retrouve plus ses repaires, c'est devenu autre chose, … comme ce parc de Belleville qui est un massacre.
Impossible de retrouver ses émotions … et surtout dans certaines rues pavées, cette lumière qui créait une ambiance unique.

En définitive, les superpositions des villes ne se font pas si bien que cela dans la mémoire des humains.
Belleville a complètement été transformé en un autre Belleville. On peut éventuellement accepter ce nouveau Belleville si l'on réside sur place, parce qu'alors les choses évoluent au quotidien et le psychique peut assimiler ces transformations lentes. Mais quand on a quitté un endroit, on en garde forcement une vision figée; et s'il y a entre cette image du passé et celle d'aujourd'hui un écart de temps trop important, alors ça ne colle plus, ça ne peut plus marcher…

Dans le milieu des années 90, contrairement à l'époque de Ronis, j'avais le sentiment que Belleville était en train d'être définitivement démoli et qu'il y avait des photos à faire en urgence, avant que tout cela ne disparaisse.

Aujourd'hui, seuls subsistent de maigres restes, complètement effrités, du Paris de Ronis,  … et encore seulement en de très rares endroits.

Alors amoureux d'un certain Paris, à vos appareils, il y a encore quelques rares clichés à faire, mais cette fois-ci l'urgence devient celle des temps de catastrophes … où chaque minute compte.


>> La rénovation urbaine dans le Bas-Belleville.



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