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PARISPERDU

willy ronis

Chez Victor, impasse Compans.

15 Février 2009, 09:29am

Publié par barreteau

Chez Victor, impasse Compans.


Il faut monter la rue Compans, monter toujours et encore, s'égarer du côté de la rue de Bellevue, revenir sur ses pas et chercher à nouveau l'impasse Compans. Cette impasse est décidément une énigme, même sur les plans de Paris, on ne l'a trouve pas...
Pourtant elle doit bien être quelque part ...

Une cité de béton se dresse-là, sur le point le plus haut de la rue, juste avant qu'elle ne redescende vers la place des Fêtes. Etait-ce là, le lieu, l'impasse où Willy Ronis a photographié le bistrot guinguette "Chez Victor" ? Prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne les cinq énormes barres du monstre de béton ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle ...?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés: du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrons-nous peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot guinguette devait bien se situer là, car sous nos pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est: la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré-Saint-Gervais ... Mais de nouveau, il est encore là..., notre regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton ... et, plus à l'Est nous ne sommes plus autorisés à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin ... Heureusement, il nous reste les clichés du maître. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une ...



>> Chez Victor, bistrot guinguette, impasse Compans à Belleville, Paris, 1955 :"Les jeux de boules et les tables sous la tonnelle" ©Photo Willy Ronis


>> Chez Victor, bistrot guinguette, impasse Compans à Belleville, Paris, 1955: " La guinguette et son zinc" ©Photo Willy Ronis

 

>> Pour retrouver l'impasse Compans (Extrait d'un plan du 19ème - 1967/68)
 

 

 

 

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Les couleurs de Belleville.

26 Janvier 2009, 11:27am

Publié par barreteau


47 et 49 rue Vilin 75020 Paris - Photo ©Philippe Hiraga - 1971


Il y a quelque temps, nous avions posé la question:
"De quelle couleur est Belleville ?"
Et, lorsque sur ce sujet, j'ai récemment interrogé Willy Ronis - lui qui, dans les années 50 a beaucoup photographié le quartier- le grandissime photographe m'a répondu très directement :" La couleur ? Je ne m'en souviens pas, car à l'époque où je faisais ces images, ma vision était exclusivement en noir et blanc".
Puis, lorsque j'insiste pour savoir si toutefois, il "revoit" la couleur du mur du bistrot qui sert de toile de fond à sa photo "Au repos de la Montagne", Willy me rétorque :
"Ce n'est pas la couleur qui avait fait que je m'étais arrêté-là, mais le type en marcel qui prenait un verre à l'intérieur " !
Finalement, nous n'en saurons pas plus auprès de Willy Ronis ...


Mais aujourd'hui, ce sont les photos prises par Philippe lors de la démolition de la rue Vilin, au cours de l'été 1971, qui nous donnent la réponse.
Belleville était donc dans des camaïeux de rouge, de bordeaux, d'orange, de rose, ... c'est dire si les couleurs étaient gaies, et surtout contrastaient fortement avec un état du bâti ... plutôt triste, tant il était dégradé.

Mais pourquoi ces immeubles à la dérive, suintant de pauvreté, sont-ils restés aussi longtemps dans cet état ? Parce qu'ils ont une histoire bien à eux ...
Beaucoup de ces immeubles sont des bâtiments qui ont servi à abriter des gens venus ici pour construire la ville, pour travailler dans ses ateliers et ses usines... Autrement dit, ce sont les HLM d'une autre époque, des édifices construits à la va-vite, avec des murs constitués de matériaux de piètre qualité et, pour leur donner un peu de "standing", ... on les peignait de couleurs chatoyantes.


Au fil du temps, avec la politique de blocage des loyers de l'après guerre, on assista à l'appauvrissement des propriétaires et le quartier s'est rapidement "ghettoïsé". Tout cela a souvent empêché de faire les indispensables travaux d'entretien et, années après années, ces immeubles sont devenus de véritables ruines ...
Et lorsque ces bâtiments ont trop coûté en entretien, lorsque la rentabilité des loyers a trop diminuée, on les a démolit !
Oui, finalement Belleville en a vu ... de toutes les couleurs.


>> Voir aussi :"Elles tombent l'une après l'autre"
- Photo © Philippe Hiraga

>> "Au repos de la Montagne"
- Photo ©Willy Ronis

>> Voir aussi : "Mélanges de couleurs"  


 

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" Oui Willy, elle est encore là ... "

6 Décembre 2008, 10:13am

Publié par barreteau


Lorsque j'ai montré à Willy Ronis une photo du 32 rue de la Mare, dans le 20ème arrondissement, il me fit la réponse suivante :
"J'ai bien reconnu l'escalier du 32 rue de la Mare. Peut-être s'y trouve-t-il encore (au 2ème palier) une mini-usine de chaussures ..."

Une recherche dans mes photos me fait trouver la mini-usine en question. On peut en effet lire sur la droite de l'image : "Chaussures JL".


Et bien, oui Willy, la mini-usine est encore là ! ... Et en 2008, les "Chaussures JL" ont toujours leur siège social au 32 rue de la Mare. Mais la "mini-usine" a diablement fondu ... Car si, dans les années où Willy Ronis parcourait Belleville et Ménilmontant, les "Chaussures JL" ont employé jusqu'à une quinzaine de personnes, aujourd'hui l'effectif n'est plus que de trois personnes ... la mondialisation et l'invasion du marché par les productions "Made in China" sont passés par là ...

Lorsque je communique la nouvelle à Willy Ronis, sa réponse sera sans détour: "c'est un petit miracle que tout cela n'ait pas disparu ... mais comment font-ils pour en vivre encore ?"

Il faut dire que tout ce qui gravite autour de Willy, y compris lui-même ..., a une bien belle longévité ! ...



>> L'escalier du 32 de la rue de la Mare, dans Parisperdu.

>> L'escalier du 32 rue de la Mare, vu par Willy Ronis - Photo©Willy Ronis

>> La sarl "Chaussures JL"

 
  

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Impression, rue du Retrait.

16 Novembre 2008, 10:02am

Publié par barreteau



Dès que j'eus pénétré dans la cour de la rue du Retrait, j'eus une impression très particulière: nous n'étions plus dans les années 2000 !
Je ne savais plus en quelle année nous étions : certes pas dans les années 50, mais cela ressemblait aux années cinquante ... ou soixante.
L'isolement du lieu avait-il ralenti le temps ?

Pourtant tout autour, les constructions modernes ne manquaient pas, les gens étaient habillés normalement, les voitures étaient toutes récentes, ... mais ici, il semblait que l'on pouvait vivre différemment, et surtout plus fort qu'ailleurs.

Et même si, à cet instant, je trouvais l'impasse totalement déserte, l'ombre de la petite fille photographiée, ici, par Willy Ronis, semblait gravée, à jamais, sur le pavé encore intact ...
Il en résultait une impression de bien-être et d'optimisme qui recréait l'ambiance d'une époque où l'on croyait encore à l'avenir ...


>> Cour, rue du Retrait Paris 20 ème - La photo de Willy Ronis (© Willy Ronis).

 

 

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Ronis en voyage ... ?

9 Juillet 2008, 11:51am

Publié par barreteau



A quoi cette photo peut-elle bien vous faire penser ? Vous ne voyez pas ?
Mais si, ... des gamins occupés à jouer près d'une grille de protection, quelque part dans une rue ?
Oui bien sûr, cela évoque la célébrissime photo de Willy Ronis, captée sous les escaliers situés à l'angle de la rue Vilin et de la rue Piat, dans le 20ème arrondissement.

Mais là, nous ne sommes pas à Belleville, ... et nous ne sommes pas non plus dans les années 50, car la photo date ... d'hier.
Elle est le résultat d'une rencontre furtive avec de jeunes catalans, dans une rue de Collioure.

Comme le temps ou le vent qui jamais ne s'arrêtent, les jeux des enfants sont constamment-là devant nos regards ... et il nous suffira d'être attentif ... pour être sous le charme des gamins de Paris, de Collioure ou d'ailleurs ...
Hier, l'esprit de Willy Ronis voyageait dans le sud...


>> La célébrissime photo de Willy Ronis : "Les gamins de l'escalier de la rue Vilin".

 

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L'Epicerie du coin.

5 Juillet 2008, 10:27am

Publié par barreteau


Dans tous les sens du terme, elle portait bien son nom ...
Bien calé dans son coin, à l'angle de la rue Henri Chevreau et de la rue de la Mare; c'était aussi l'épicerie "du coin", celle que l'on fréquentait naturellement, dans ce quartier du 20ème, entre Belleville et Ménilmontant.

D'aussi loin que l'on se souvienne, elle a toujours été là, ... Même Willy Ronis, dans les années 50, a dû la connaître, lorsque, toujours à l'affût, il arpentait le secteur, son Rolleiflex à la main ...

Longtemps elle a été la seule à approvisionner en produits de base, les résidents du quartier, surtout ceux - et ils étaient nombreux - de condition modeste. C'était bien avant l'arrivée des Franprix et autres Proxi du boulevard de Ménilmontant.

Dès que l'on pénétrait à l'intérieur de l'Epicerie du coin, l'on était surpris qu'une aussi petite surface puisse contenir autant de produits, entassés jusqu'au plafond, couvrant même les fenêtres ... jusqu'à les rendre aveugles. Les produis encombrants, comme les bouteilles de gaz, étaient exposés sur le trottoir, tout comme les chaises pliantes ... c'est dire si l'offre était diverse !

Comme partout, les grandes surfaces ont changé la donne. Les habitants du quartier, attirés par la publicité de la grande distribution et dans l'espoir d'y trouver des prix plus bas, n'ont pas hésité à aller fréquenter les hypermarchés de la Porte de Bagnolet.

Alors, pour survivre, Momo, qui tient désormais l'Epicerie du coin, a dû se diversifier dans le dépôt de pain, les sandwichs et les paninis ... mais ce n'est pas vraiment son métier et il là aussi, il a du mal à lutter contre les Mac Do et les fast-foods chinois de la rue de Belleville.
Pas surprenant, dans ces conditions, si le restaurant voisin de la rue Henri Chevreau garde un œil sur le pas de porte de l'Epicerie du coin, ...

Inéluctablement, une page du vieux Paris va bientôt se tourner, dans ce petit coin du 20ème ....



>> "L'Epicerie du coin", devenue "Chez Momo".

>> Voir aussi "Lieux retrouvés_09: Rue de la Mare".

 

 

 

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De quelle couleur est Belleville ?

19 Juin 2008, 08:54am

Publié par barreteau



Nous sommes sur l'escalier de la rue Vilin, un lieu rendu célèbre par les photos que nous en a livrées Willy Ronis, dans son ouvrage culte : "Belleville-Ménilmontant".

Les clichés de Ronis, pris à la fin des années 50 sont bien évidemment en Noir et Blanc. Aussi, pour le Café-Bois-Charbon: "Au repos de la montagne", situé au 53/55 de la rue Vilin, Ronis ne nous dit rien de la couleur de la façade de ce bistrot-bougnat.

Pour le document de présentation de sa causerie, intitulée : "Belleville, récit des Hauts-Quartiers populaires", le conteur Daniel Leroux a choisi l'illustration ci-dessus ... et là, surprise la façade du Café-Bois-Charbon, affiche une couleur orangée ... presque le même orangé que celui du code-couleur utilisé pour ce blog !

Mais est-ce la vraie couleur ? Cette façade orangée, a-t-elle eue une réelle existance ?
Aussi Parisperdu, lance ici, un "appel à témoins"!
Si vous avez connu la rue Vilin à l'époque où Willy Ronis la photographiait, peut-être pourrez-vous confirmer ou infirmer cette hypothétique couleur orange ?


Merci pour vos témoignages, ... à poster ci-dessous en "Commentaires" ou directement en cliquant ici.


>> Les contes de Daniel Leroux.

>> Willy Ronis : "Au Repos de la Montagne" 1957- ©Photo Willy  Ronis

>> Willy Ronis : "L'escalier de la rue Vilin à l'angle de la rue Piat" 1959 -
©Photo Willy  Ronis 

>> Voir aussi: "Mélange de couleurs", sur Parisperdu

>> Voir aussi, sur Parisperdu :"Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance ".



 

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Paris dans l'oeil des maîtres. (1/3)

13 Mai 2008, 09:57am

Publié par barreteau


Le banc, Boulevard Pasteur,  Photo: ©René-Jacques - 1927
 

Marcel Bovis, André Kertész, René-Jacques, ... tous ont vécu à Paris, tous l'ont arpentée, scrutée, façonnée comme un inépuisable matériel d'inventions visuelles.

Ainsi, de leurs déambulations, de jour comme de nuit, dans la perspective de la "trouvaille", du motif photogénique, est née, volontairement ou indirectement, une réelle "poétique de la ville".

L'attitude de ces maîtres-photographes face aux espaces urbains - que sont l'immeuble, le monument, la rue, le quartier, etc... - dessine une cartographie fragmentaire et subjective d'un Paris du XXe siècle.

L'événement et la narration restent en suspens, car pour eux -  contrairement à un Robert Doisneau ou un Willy Ronis - l'homme n'est pas le sujet principal, il n'est qu'un alibi mis en image pour structurer un environnement beaucoup plus vaste : des ombres traversant une chaussée humide ; un couple vu de dos à la vitrine d'un snack ; une figure féminine prise devant le panorama de Montmartre ...

Oui, leur objectif commun est bien la structuration de l'espace, de laquelle se dégagera une création poétique. 

A suivre ...


>> En savoir plus sur René-Jacques

 

 

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J'ai retrouvé le Paris perdu

5 Mai 2008, 10:46am

Publié par barreteau

 


Ici, rue Laurence Savart, la vie s'écoule en pente douce ... Et cette rue est
propice aux rencontres, aussi belles qu'inattendues.
Willy Ronis en avait fait l'expérience dans les années 50, lorsqu'un jour, au petit matin, en descendant la rue, il croise un vitrier avec son lot de carreaux de verre sur le dos.

Aujourd'hui, le côté résidentiel a remplacé ce qui fut populaire, qui lui même avait pris le pas sur le rural : toute une chaîne successive de prédation sociale, un écosystème historique en quelque sorte !
D'ailleurs, n'est-ce sans doute pas un hasard si les écologistes font ici - à chaque élection - leur meilleur score parisien !

Mais au final, dans la rue Laurence Savart, peu de choses ont changé ... et l'on se retrouve confronté - aujourd'hui - aux mêmes façades, aux mêmes portes de garage, aux mêmes maisonnettes ... que celles aperçues sur la célèbre photo de Ronis.

Aujourd'hui, j'ai retrouvé un peu du Paris perdu ...



>> "La rue Laurence Savart", Photo: ©Willy Ronis

>> Association Willy Ronis  "Pour le cadre de vie de la rue Laurence Savart ". 

>> Voir aussi : "Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance". 

>> Voir aussi : "Rue Laurence Savart : Lieux retrouvés 004" de Parisperdu.

 

 

 

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Où sont passés les vrais gens ... ?

11 Mars 2008, 09:27am

Publié par barreteau


Le Piston Pélican - 15, Rue de Bagnolet, Paris 20ème :
Un
bar mi-tendance mi-classique.

Vingt ans après New-York, et dans le sillage de Londres, Paris n'en finit plus de redistribuer son espace, sa beauté ...
Pour voir de vrais gens, il faut maintenant aller rue Riquet, dans le 19ème ou dans quelques arrières cours, devenues rares, du 20ème.

A Paris, trouver de vrais gens est quelque chose de plus en plus difficile ...
Car le défaut majeur des empires et de leurs capitales est de rejeter toujours plus loin leurs forces vives. Elles sont finalement bannies des lieux, mises à l'écart ...
Les librairies, les bistrots n'en finissent plus d'être dévorées par les cafés high-tech et les boutiques de fast-food. Les ateliers d'artisans, les petits commerces ferment ... et leurs immeubles sont découpés en morceaux pour y installer des banques ou des lofts pour les néo-bobos.
Les jeunes bobos en kaki ont besoin de tranquillité. Pantalons troués et scooter certes, mais bonnes écoles et hauteur sous plafond pour mieux vivre.

Que de quartiers perdus, on étouffe dans cette nouvelle cité. Alors, on peut toujours envoyer les enfants à la campagne. Mais la campagne recule. De ce Paris perdu, qu'il nous est parfois possible de retrouver sur les images de Willy Ronis ou de Robert Doisneau ... il ne reste presque plus rien.
On pouvait pourtant y rencontrer de vrais gens qui vivaient petitement mais qui avait un cœur énorme. Pour eux pas de "méga-teuf" où il "faut être vu" pour pouvoir croire exister encore un peu  ... mais des fêtes bon enfant, des bals dans la rue, comme aux soirs des 14 juillet ...


Mais c'était au temps d'avant la victoire des marchands.


>> Sur Parisperdu : "Belleville, la belle ville de bobos".


>> Sur Parisperdu : "Bienvenue à Boboland".



  

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Boubat, la rétrospective.

7 Mars 2008, 10:11am

Publié par barreteau


Quai de l'Hôtel de Ville, Paris, 1947. ©Edouard Boubat

Je reviens de  la Maison Européenne de la Photographie de la ville de Paris, où j'ai passé une bonne partie de la journée à voir et à revoir la rétrospective d'Edouard Boubat. Un régal !
 
Grand voyageur, Prévert le qualifiait d'ailleurs de "correspondant de paix ", Boubat a aussi beaucoup photographié Paris dans les années 50. Un Paris perdu donc, mais vu par un maître de la photo, car Boubat n'avait pas son pareil pour capter de purs moments de poésie.

Dans les salles de la M.E.P, il faut dépasser le stade de la simple contemplation. Il faut surtout observer la maîtrise du cadrage et remarquer la lumière, ... la véritable signature d'Edouard Boubat.

La photo choisie ici, illustre parfaitement le Paris vu par Boubat : une vision qui au premier abord semble proche de celles d'un Doisneau, d'un Ronis ou d'autres photographes humanistes, mais en observant le cliché avec attention, on découvre le vrai regard de Boubat : un regard passionné pour le genre humain, mêlant simplicité et onirisme.

Un seul regret: le catalogue de l'exposition, un ouvrage de référence certes ... mais facturé 75 Euros.
Mais le vrai cadeau reste de pouvoir approcher toutes les composantes de l'œuvre de Boubat, de sa première photo en 1946 à ses dernières, peu avant sa disparition. C'était en 1999.

Alors, courez vite à la Maison Européenne de la Photographie ... avant le 30 mars 2008, date de clôture.

 


>> Edouard Boubat, "Révélations".

>> En savoir plus sur Edouard Boubat.

>> Boubat: première photo en 1946.

>> Boubat : portofolio.

 

 

 

 

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Sur la butte Bergeyre.

26 Janvier 2008, 10:39am

Publié par barreteau



Dans le 19ème arrondissement, sur la butte Bergeyre, la vision de Paris est toute autre : la lumière est partout, on se sent hors du bruit de la ville, l'air n'est plus le même ... le privilège des hauteurs ... peut-être.

Cinq rues seulement entourent, quadrillent ce petit périmètre.
La rue Georges-Lardennois
relie la "vraie ville" au village perché sur le sommet. Elle suit un long tracé jusqu'au point culminant qu'elle atteint après avoir enlacé l'ensemble de la butte qui s'élève tel un pain de sucre.
La rue Barrelet-de
-Ricou se termine par des escaliers où Willy Ronis a saisi dans son objectif un instant magique, "sur le fil du hasard", comme il se plait à le dire.
Au cœur de la butte, on trouvera la rue Rémy-de-Gourmont et la rue Philippe-Hecht, toutes deux avec leurs petits immeubles à deux étages bien sagement alignés.

Et puis, comme pour donner un relief encore plus fantastique à cette étrange butte, on découvre la rue Edgar-Poë. Avec des jardinets étroits comme des jardinières prises sur le trottoir, c'est là que nous croisons ces deux fillettes: les deux sœurs de la rue Edgard  Poë !

S'appellent-elles Eleonora et Virginia ? Oui peut-être, car sur la butte Bergeyre, nous ne serions pas étonnés de croiser .... les héroïnes de l'une de ses "Histoires extraordinaires" !
Car enfin, nous sommes bien ici dans un lieu extraordinaire, un endroit isolé et tout à la fois urbain, un quartier unique à l'environnement singulier, un espace à l'écart de la ville, tout en étant dans la ville.
Ici, nous sommes dans l'arrière-cour de Paris.

 

>> La tranquillité des sommets.

>> La rue Barrelet-de-Ricou et ses escaliers dévalant vers l'avenue Simon Bolivar (© Willy Ronis) 

>> Jean-Jacques Rousseau, un promeneur solitaire et rêveur sur la butte Bergeyre.



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Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.

14 Janvier 2008, 15:47pm

Publié par barreteau

 
Haut de La rue Laurence Savart Paris 20ème.
 

 

De Belleville, de Ménilmontant, et de Charonne, maintes représentations ont été données, mais toutes soulignent le côté typiquement "populaire" de ces hauts quartiers de l'Est parisien.

Des hommes aussi différents qu'Edgar Morin, Raoul Girardet ou Mouloudji ont vécu sur ces hauteurs ... et tous en ont en vanté l'esprit singulier. Tous ont attesté de cette personnalité radicale et indépendante qui s'exprime dans la "vue" que l'on prend ici de la capitale et de la société. Les gens de Belleville contemplent - en effet - la capitale de loin, depuis le "rebord" du plateau de la rue Piat. Edgar Morin parle même "d'une culture de la rue de Ménilmontant".

Henri Calet dans ses textes (Le tout sur le tout, Acteur et témoin, Les deux bouts) met en valeur la stabilité, la permanence des stéréotypes, des expressions employées pour caractériser l'Est parisien que l'on évoque volontiers par le panorama et par des lieux-souvenirs, comme le Mur des Fédérés.

Willy Ronis et René-Jacques contribuent par leurs images à mettre en valeur ces "traits urbains", tout comme le fait l'œuvre d'un autre photographe moins connu, Henri Guérard qui a réalisé - en cinquante ans - 24 000 photographies de Belleville !

Les années 1960 sont des années de mutation au terme desquelles se met en place la rénovation de ces quartiers. Une rénovation souvent brutale et qui introduit une rupture dans l'urbanisme. Des protestations - dans lesquelles la nostalgie n'est pas absente - s'élèvent contre la destruction de Belleville, voire même contre sa simple rénovation. Ainsi, en 1975, Christine Rochefort publie un "Requiem pour Belleville" et la même année, Georges Perec publie "W ou le souvenir d'enfance" où il évoque la mémoire douloureuse de la rue Vilin. Puis les récits, les souvenirs du passé se multiplient: ainsi, jusqu'à sa disparition en 1997, l'écrivain "local" Clément Lépidis dénoncera sans cesse la destruction du cadre de son enfance.

L'évocation du passé rebelle bellevillois, de son modèle de métissage, de la tolérance, du bien-vivre devient finalement un argument politique.
Le 20ème arrondissement est celui qui, à Paris, compte en effet la plus forte densité d'associations (600). Les projets de rénovation du bas Belleville se sont toujours heurtés à la volonté conservatrice de ces associations qui cherchent à préserver la convivialité de ce "belvédère populaire".

Oui décidément, Belleville, Ménilmontant, et Charonne, ces hauts quartiers de l'Est sont bien les "conservatoires du Paris populaire".

Mais pourront-ils le rester encore longtemps ?

 

>> Evelyne Cohen, "Jean El Gammal, Les hauts quartiers de l'est parisien, Paris, Publisud, 1998" 

 


 

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Vilin, Couronnes et Pali-Kao ...

6 Janvier 2008, 17:51pm

Publié par barreteau

La rue Vilin, planche-contact par Pierre Getzler©, juin 1970

Nous sommes au début des années 70 et la rue Vilin, si chère à Georges Perec et à Willy Ronis est encore pleine de vie.
Mais, dès les années 80, des quartiers entiers de Belleville sont définitivement voués à la démolition. Ils se vident alors peu à peu de leurs occupants dont les baux arrivent à expiration, ... parfois même, leurs occupants seront expulsés sans délais.

Puis le secteur - désormais désert - attend la venue des bulldozers et autres pelles mécaniques, souvent plusieurs années durant ...
Longtemps la rue Vilin continuera à panser ses blessures de guerre car ... elle a été amputée de moitié et son animation a été réduite à néant !

Non loin de là, rue de Pali-Kao, des immeubles aux façades aseptisées côtoient encore quelques constructions vétustes dont la plupart des issues sont murées. En haut de la rue, sur un terrain vague du passage de Pékin, des engins mécaniques s'affairent à une nouvelle tâche ... Des pans de murs où s'accrochent encore des lambeaux de tapisserie semblent nous inviter à la résignation.
D'ici peu, Belleville sera tout à fait propre.

Certes, aujourd'hui, le nouveau parc de Belleville, avec sa vue surplombant Paris, peut se concevoir comme un lieu touristique qui "vaut le détour". En effet, il offre au regard la quasi-totalité des attractions urbanistiques parisiennes et, d'ouest en est, la Tour Eiffel, Beaubourg, la Tour Montparnasse, l'Opéra Bastille... zèbrent l'horizon.
Mais toutes les rues du quartier Couronnes forment maintenant un territoire sauvagement outragé par l'agression immobilière, par les "Plans de réhabilitation", les "Plans de restructuration" et autres projets de "Zone d'Aménagement concerté" dont on se demande qui prend part à la concertation et à qui doit profiter l'aménagement ?

Un vrai massacre qui a changé radicalement la physionomie et l'esprit de ce quartier.
Vilin, Couronnes, Pali-Kao... un village est mort.



>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "Au Repos de la Montagne" 1957- ©Photo Willy  Ronis

>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "L'escalier de la rue Vilin à l'angle de la rue Piat" 1959 - ©Photo Willy  Ronis 

>> Georges Perec dans la rue Vilin. 

>> Voir aussi : "Démolition des murs, démolition des vies"
.

 

 

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Hommage à Lucien Hervé.

6 Octobre 2007, 19:41pm

Publié par barreteau

Photo © Lucien Hervé

Le photographe français Lucien Hervé nous a quittés, le 26 juin dernier, à l'âge de 96 ans. D'origine hongroise, son vrai nom était Laslo Elkan. Il avait rejoint la France en 1929 et c'est peu après la guerre qu'il adoptera définitivement son nom de résistant : Lucien Hervé.

Il est considéré comme l'un des maîtres de la photographie d'architecture moderne. Son premier travail de photographe, un reportage sur la Cité radieuse de Marseille, est remarqué par Le Corbusier qui en fera son photographe attitré de 1949 à 1962. Il couvre alors tous les chantiers de Le Corbusier et travaille également pour d'autres grands architectes du moment : Breuer, Niemeyer, Aalto, Prouvé ...

Mais, au-delà de la photographie d'architecture, Lucien Hervé porte aussi un regard sur l'homme. D'ailleurs, ses archives sont constituées uniquement de deux catégories de photos qu'il nomme "ARCHI" et "HUMAN".

Dans la veine du réalisme poétique incarné par Doisneau, Ronis et Boubat, il s'intéresse- nous dit-il - à "tous ceux qui luttent pour la vie". Lucien Hervé, toujours là où on ne l'attend pas, se revendique ainsi d'une certaine tradition humaniste.

C'est dans cet esprit qu'ont été réalisés deux de ses clichés les plus émouvants. Le premier, pris à Delhi en 1955, montre un enfant esclave où une grande partie du cliché est dans l'ombre de façon à dissimuler le visage de l'enfant et à insister sur ses pieds nus. La seconde photo, prise en 1949 à la Cité radieuse de Marseille, souligne la condition de l'ouvrier, en ne montrant que l'ombre portée d'un manœuvre qui monte un escalier en tenant à bout de bras un seau de ciment.

Son regard saisit, comme nul autre, la lumière crue et les ombres fortes, aussi bien pour décrire l'architecture que les humains sur lesquels il s'attarde avec respect.

Pour tout cela, Lucien Hervé était un artiste rare.

 

>> L'enfant esclave, Delhi 1955 Photo © Lucien Hervé

>> L'ouvrier de la Cité Radieuse, Marseille 1949 Photo © Lucien Hervé

>> Lucien Hervé : Bibliographie ...

>> Lucien Hervé, devant ses archives, peu de temps avant sa disparition  ...

 

 

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