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PARISPERDU

Neuf ponts de Paris.

28 Avril 2023, 15:45pm

Publié par barreteau

Neufs ponts de Paris.

A gauche : "Les neuf ponts, 1958", ©Willy Ronis  /    A droite : Même endroit, 2023 ©Parisperdu

 

A propos de sa photo :"Les neuf ponts, 1958", Ronis nous dit : "J'avais constaté sur le plan de Paris que si je me plaçais en un certain point sur le quai rive droite, le cours du fleuve était rectiligne sur une distance telle que mon axe de visée pourrait embrocher successivement neuf ponts. Je me rends sur place et découvre le point de vue idéal : le petit square de l'Hôtel de Ville. Je ne m'étais pas trompé".

Et il ajoute : "Ma photographie représente, de haut en bas : le pont d'Arcole, le pont Notre-Dame, le pont au Change, le Pont-Neuf, la passerelle du pont des Arts, le pont du Carrousel, le Pont-Royal, l'ancien pont de Solférino, et une pile du pont de la Concorde. Les premiers plans sont flous. En effet, le système n'est pas diafragmable, et pour les sujets de grande profondeur il faut mettre au point selon une cote mal taillée. L'image dévoile même, sur fond de ciel, le clocher de Saint-Pierre de Chaillot, avenue Georges V et (peut-être) la flèche de l'église écossaise de la rue Bayard".

Alors moi aussi je me suis rendu dans ce petit square situé sur la partie basse des berges de Seine. Son accès se fait obligatoirement depuis le quai de l’Hôtel de Ville par une passerelle, qui enjambe la voie sur berges. Une voie où l'automobile est désormais bannie aussi c'est à cette occasion qu'en 2013, lors de la piétonisation des Berges de Seine, l'on a rebaptisé le jardin Square Federico-García-Lorca. Il est très fréquenté par les photographes pour son panorama sur les îles de la Cité et de Saint-Louis.

Il n'est toutefois pas aisé de retrouver la place exacte du cadrage de cette photo de Ronis. Le niveau du square, en 1958, était possiblement plus bas qu'il l'est aujourd'hui car je n'arrive pas à avoir accès à un plan de vue qui passe au plus bas de l'eau, sous les ponts. Peut-être Ronis avait-il décidé de se mettre à plat-ventre pour pouvoir ordonner les plans comme il le souhaitait ? Je le crois fort capable de prendre une telle décision.

Pour ma part j'ai aujourd'hui un handicap supplémentaire par rapport à Willy car je n'ai pas le matériel adéquat : en effet Ronis nous dit avoir monté pour sa prise de vue un objectif de 500 mmm sur son Foca ! Or moi ce jour-là je n'ai que mon smartphone !
Peu importe, l'émotion est bien là : celle d'être à l'endroit où Ronis a su capturer cette image quelque peu insolite des bords de Seine, des lieux qu'il affectionnait particulièrement.

 

>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

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Ça c'est Paris…

5 Avril 2023, 15:31pm

Publié par barreteau

ça c'est Paris...

 

Où croyez vous être : dans les townships de Johannesburg, dans les slums de Dehli ou les favélas de Sao Paulo… ?
Non vous êtes à Paris, dans le 9e arrondissement… Le mouvement social des éboueurs a causé le chaos dans certaines rues de la capitale.

Nettoyer la ville pour mieux l’embellir mais aussi l'assainir pour écarter les risques sanitaires sont des objectifs que Paris ne prend plus en priorité. Ça c'est Paris…

 

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Bravo et merci Pierrot !

22 Mars 2023, 19:27pm

Publié par barreteau

Bravo et merci Pierrot !

Pierre Perret en vélib' nous montre le Paris saccagé
(voir le clip vidéo)

 
« Dans Paris, Paris dégoûtant, seuls les rats sont contents, Ils savent qu'ici les végans pas idiots, Les nourrissent qu'avec du bio » voilà les paroles qui ouvrent "Paris saccagé", la nouvelle chanson caustique sur la saleté à Paris que Pierre Perret a postée il y a peu de temps sur YouTube.

Le titre donne le ton. Tout sourire, juché sur son vélo, le chanteur de 88 ans pousse un savoureux coup de gueule. Saleté, travaux dénaturant le paysage, drogue, ... tout y passe.

Pierre Perret, en verve poursuit sa chanson à charge : « Les déjections qui fleurissent les trottoirs décorent ce grand dépotoir », « Dans Paris, hiver comme été, on touche pas à la saleté. Les plots de béton sont d''authentiques œuvres d'art et dans les squares où plus un enfant joue, y'a des seringues et plus de nounous ».

Sans la citer directement, Pierre Perret, persifleur, vise la politique de la maire de Paris, Anne Hidalgo : « Pauvre Paris devenu si cra-cra, On sait bien qui t'a fait ça, C'est les crânes de piaf dégourdis, Qui bouffent des graines à la mairie », « Pauvre Paris, Paris enlaidi, dans quel état ils t'ont mis ils avaient promis le Nirvana et c'est la bérézina ». « Pauvre Paris, Paris enlaidi, toi qui fus le paradis, te voilà fringuée Waterloo, par nos gentils écolos ».

Bravo et merci Pierrot de si bien traduire poétiquement tout ce que pense beaucoup de parisiens, de français et aussi les visiteurs venus de tout horizon.
Dommage que la mairie de Paris souffre de surdité.

 

>> "Paris c'est moche et ça sent mauvais !"

>> Sur Twitter : #saccageparis

 

 

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"Paris c'est moche et ça sent mauvais !"

13 Mars 2023, 11:46am

Publié par barreteau

Angle de la rue de Bagnolet et de la rue Ligner, Paris 20ᵉ

 

On a souvent déploré ici l'enlaidissement de la capitale, certains ont même lancé le mot-clé  #saccageparis . Ceux qui disent "PARIS c'est moche" peuvent maintenant ajouter "et ça sent mauvais".
Car désormais à Paris, les poubelles s'accumulent dans certains arrondissements, suite aux cumul des jours de grève des éboueurs contre la réforme des retraites.

Des terrasses de brasseries ou de cafés se retrouvent avec de poubelles non collectées, entassées sur leur trottoir sur une dizaine de mètres.

De même, des dizaines de sacs poubelle remplis sont entassés en pleine rue, sur les avenues, les Grands Boulevards, à quelques mètres de sites touristiques, tout cela renvoie une image de Paris catastrophique.

Aujourd'hui la grève des éboueurs qui transforme la capitale en décharge n'est qu'une étape supplémentaire de l'enlaidissement et de la saleté de Paris qui est allé crescendo depuis l'élection d'Anne Hidalgo. Et c'est dans ce cloaque que l'on va recevoir les J.O !

 

>> L'enlaidissement de la ville, déjà sur Parisperdu.

>> Paris est une Zad.

>> La prolifération des rats à Paris.

 

 

 

 

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Encore un nouveau projet pour le garage de l'Équerre.

8 Mars 2023, 19:32pm

Publié par barreteau

 Avant : état actuel (2022)                                                      

Après : où l'on voit la surélévation envisagée par le nouveau projet.

 

A Paris, au 7/9 de la rue de l’Équerre, dans le 19ème arrondissement, la destinée du garage de l'Équerre va-t-elle connaître un nouveau développement ?

Le nouveau projet consiste à rénover, réhabiliter et surélever ce bâtiment remarquable. Anciennement garage - puis galerie d’art - il pourrait désormais être transformé en un bâtiment accueillant des bureaux.

L'immeuble serait requalifié en "Établissement recevant du public" de 5ème  catégorie, c’est-à-dire entièrement accessible aux personnes à mobilités réduites, aussi bien pour les bureaux que pour l'accès aux cultures potagères plantées sur la toiture ! Les circulations verticales, l’accès sur rue et les
circulations intérieures, tout serait donc aménagé en respectant cette norme ERP 5ème catégorie.

Sous la verrière du bâtiment, le projet a aussi pour ambition d'agrandir le sous-sol et le rendre accessible afin de connecter l’espace d’accueil et les espaces de réunions.

Enfin, dans une logique d’amélioration énergétique, les travaux suivants seraient réalisés : ré-isolation totale de l’enveloppe du bâtiment, les menuiseries en simple vitrage changées par du double vitrage, la chaudière gaz supprimée et remplacée par une pompe à chaleur.

Le garage de l'Équerre souhaite donc passer aux besoins de l'époque actuelle en se conformant pleinement à ses normes.
Mais, la Commission du Vieux Paris, réunie le 26 septembre 2019 à l’Hôtel de Ville de Paris, sous la présidence de M.Bernard Gaudillère, a examiné la faisabilité de ce projet.
La Commission rappelle que la Direction de l’urbanisme a refusé par deux fois  la démolition totale du bâtiment et ajoute, pour sa part, qu’elle s’oppose également à tout projet de surélévation de cette construction qui est protégée au titre du P.L.U

Affaire à suivre…

 

>> Le garage de l'Équerre en 1989

>> Le garage de l'Équerre, maquette du projet.(© APICAP VALO 3 (fonds immobilier)

>> Le garage de l'Équerre, déjà sur Parisperdu en 2009.

 

 

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Frank Horvat… toujours à la mode !

21 Février 2023, 09:06am

Publié par barreteau

Frank Horvat… toujours à la mode !

Boîte d'archive du reportage-shooting "Paris, shoe and Eiffel Tower" (1974) © Frank Horvat

 

Né en 1928 en Italie de parents juifs originaires d’Europe Centrale, Frank Horvat s’installe en France à la fin des années 1950, année où il rencontre Henri Cartier-Bresson, qui le détermine à adopter le Leica.

À partir de 1957 et jusqu'en 1975, il applique son expérience de reporter à la photographie de mode, avec un style plus réaliste et moins guindé que celui des magazines de l’époque. Ses publications dans Elle, Vogue et Harper’s Bazaar, en Europe comme aux États-Unis, influenceront durablement le genre — tout en lui attirant les foudres de Cartier-Bresson, pour qui sa façon de photographier relève "du pastiche".

Après des essais photographiques entrepris sans commande : "Portraits d’arbres", "Vraies Semblances" et "New York" sont trois projets presque simultanés, à la fois divergents et complémentaires. Par rapport à l’orthodoxie "cartier-bressonienne", ils représentent cependant une nouvelle transgression — puisque les trois sont en couleur.

Puis, souffrant d’une affection des yeux, il passe temporairement de la photographie à l’écriture.

Les années 1990 le conduisent à une rupture encore plus radicale, par l’utilisation de l’ordinateur et des manipulations qu’il permet. Horvat explore alors un territoire entre la photographie et la peinture – une recherche qui suscite autant d’objections que d’acclamations, et que lui-même abandonne par la suite, pour se limiter à des interventions plus subtiles, que seul l’ordinateur permet, mais qui restent dans le registre de l’"instant décisif". Quoi qu’il en soit, ces expériences sont en avance sur leur temps et aussi innovatrices que l’avait été l’utilisation de sa technique du reportage pour la mode.

Durant ses dernières années, Frank Horvat, appareil en poche, continuait de documenter son quotidien et regroupe grâce à l'édition de ses Livres Blancs les différentes périodes de sa vie photographique.

Frank Horvat nous a quitté le 21 octobre 2020.

 

>> En écho à cette image de Frank Horvat, découvrez une photo de Lily Franey, photographe humaniste, sur le thème du poème "Tout dire" de Paul Eluard, Lily Franey nous montre cette image : "Cité du Val de Marne" (1991).

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Belote à Belleville et Manille à Marseille !

2 Février 2023, 14:08pm

Publié par barreteau

Belotte à Belleville et Manille à Marseille !

En haut : "Partie de cartes en plein air, rue Botzaris", Paris 1952 ©Willy Ronis

En bas : Image extraite du film "Marius" de Marcel Pagnol- Séquence de la "Partie de cartes"-1931

 
Ronis connaissait-il les œuvres où Cézanne met en scène quatre, puis trois et finalement seulement deux joueurs de cartes sur sa dernière toile ?
Oui vraisemblablement car Ronis avait au moins connaissance de certaines reproductions de ces toiles. Pour autant, avait-il en mémoire les tableaux de Cézanne au moment d'appuyer sur le déclic ? Là, cela est moins sûr…

Ce qui est sûr par contre c'est qu'il a souvent cherché à photographier des joueurs de cartes car ils entrent pleinement dans les scènes populaires qu'il affectionne tant.

Dans sa moisson de photos récoltées dans les quartiers populaires, j'ai identifié cinq photos de Ronis montrant des joueurs de cartes :
- "Café, rue des Cascades, Ménilmontant" - Paris, 1948
- "Café, place d'Aligre", Paris, 1952  
- "Partie de cartes en plein air, rue Botzaris", Paris 1952
- "La belote", Paris, 1954
- "La partie de Tarot, Joinville le Pont ", 1991.

A Marseille, il est neuf heures du soir. Dans un petit café, Escartefigue, Panisse, César et M. Brun sont assis autour d'une table. Ils jouent à la manille.
Escartefigue regarde son jeu intensément, et, perplexe, se gratte la tête. Tous attendent sa décision. Panisse précise alors : "C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd".
Escartefigue renchéri : "C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur ? Moi, je connais très bien le jeu de manille, et je n'hésiterais pas une seconde si j'avais la certitude que Panisse coupe à cœur".
Panisse : "Eh bien ! Réfléchis en silence... Et ils se font encore des signes ! Monsieur Brun, surveillez Escartefigue, moi, je surveille César."
César : "Tu me surveilles moi, comme un tricheur. Je ne dis pas que je vais pleurer, non, mais moralement, tu me fends le cœur". Et s'adressant à Escartefigue : "Alors, à moi, il me fend le cœur. Et à toi, il ne te fait rien ?
Escartefigue pousse un cri de triomphe. Il vient enfin de comprendre, et il jette une carte sur le tapis. Panisse le regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur. "Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Tu as dit :  Il me fend le cœur pour faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors, il joue cœur, parbleu" !

 

>> Les joueurs de cartes, tableaux de Paul Cézanne.

 

 

 

 

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Reste-t-il des bistrots à Paris ?

11 Janvier 2023, 16:07pm

Publié par barreteau

Le Vaudésir, 41 Rue Dareau, 75014 Paris

 

C'est un fait les bistrots parisiens se meurent. Car ici, je parle des vrais bistrots, des troquets, des rades… évidemment pas des Starbucks ou autres "néo-cafétérias" tenues par des esclaves qui rêvent de l'American way of life.

Toutefois certains résistent… surtout dans le nord de Paris, mais pas seulement.
Récemment, j'en ai découvert un dans le 13e arrondissement, qui a enchanté l'une de mes journées. Malheureusement, je ne pourrai vous en donner l'adresse car ce jour-là j'errai dans Paris sans prêter attention aux noms des rues.

Hors du périph' la Seine-Saint-Denis est, pour les troquets, un haut lieu de la Résistance comme l'était le plateau des Glières, en 1944.
Là-bas, il y a encore une foule de bistrots dans lesquels on peut rencontrer des "aristocrates des biberons", comme disait Huysmans. Et les paroles de ces Hercules de la bouteille pourraient figurer dans un film d'Audiard ou dans un bouquin de René Fallet. Ces gens de tous les peuples, de toutes les couleurs et de toutes les religions se foutent bien de tout ce qu'on dit sur eux et sur leur identité. Ils fraternisent jusqu'à ce que la bière ou le vin les fasse dérailler. Les patrons et les patronnes, parfois bourrus, y sont beaucoup plus attachants, que les belles filles et les beaux garçons des bars "branchés", qui viennent vous demander toutes les trente secondes si tout va bien.
Dans les bistrots, on sait vivre ; on ne sait que s'ennuyer dans les cafés !

 

>> Les bistrots sur Parisperdu.

 

 

 

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Bonne année 2023

25 Décembre 2022, 11:59am

Publié par barreteau

Bonne année 2023

 

"Bonne année ! ",

"Happy new year ! ",

"Ein gutes neues Jahr ! ",

"Migliori auguri ! " …

 

Parisperdu vous présente tous ses meilleurs vœux pour 2023.

Gardons le contact toute l’année en nous retrouvant régulièrement sur Parisperdu, et aussi en rejoignant le groupe Facebook : "Paris Hier, aujourd'hui … demain" animé par Parisperdu, le photo blog des amoureux de Paris.

 

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Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

16 Décembre 2022, 14:45pm

Publié par barreteau

Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

Légendé :  Pont Royal, Paris, 1955 © Willy Ronis ; mais il s'agit plutôt du Pont du Carrousel.

 

La découverte des photographies en couleurs de Willy Ronis sera à coup sûr une surprise pour beaucoup. Elle le fût également pour moi. Mais alors que je suis un "fan" inconditionnel de Willy et de ses magnifiques images en noir et blanc, je dois dire que j'ai été déçu en feuilletant son ouvrage " Paris-couleurs".
Et je voudrais dire pourquoi.

Chez Ronis le charme du noir et blanc rend paradoxalement ses images intemporelles, elles font rarement datées alors qu'à l'opposé ses photos en couleurs font souvent très datées.

Il y a une explication toute simple à cela et c'est Willy lui-même qui nous la donne : "Fin 1954, j’avais commencé avec mon Rolleiflex… des essais avec la pellicule Kodachrome, cette merveille qui malheureusement n’affichait alors qu’une sensibilité de 10 Asa".
Ronis a donc photographié en couleurs dès 1955, dès l’apparition du Kodachrome, un film diapositive à la chromie si particulière, et surtout si peu sensible à la lumière.

La faible sensibilité du film entraine pour Ronis des contraintes lors de la prise de vue, par exemple : il doit attendre le feu rouge pour immobiliser les automobiles sur la pellicule ; les piétons doivent prioritairement être pris de face car de profil leur image sera floue s'ils marchent trop vite…
 
Toutes ces contraintes sont à l'extrême opposée de la spontanéité de son regard, de sa formidable capacité à saisir un sujet sur le vif.  De surcroît dès que la lumière du jour est faible, l'image issue de la pellicule Kodachrome devient brumeuse et c'est cela qui la rend très datée.

A la même époque ses photos en noir et blanc sont bien plus lumineuses, mieux contrastées… Bref le Kodachrome 10 Asa est techniquement très limité et le talent de Ronis a du mal à s'exprimer avec cette pellicule couleur. D'ailleurs plus tard il dira à propos de sa célèbre photo en noir et blanc "Au repos de la montagne", lorsque je lui demande s'il se souvient de la couleur de la façade de ce bistrot : "Non je ne m'en souviens pas car à l'époque ma vision était exclusivement en noir et blanc".

Plus tard, dans les années 80, Ronis reviendra à la couleur avec des films devenus plus sensibles mais il s'en sert surtout pour des reportages commandés, en couleur, par des agences liées à l'Aménagement du territoire et à d'autres organismes… mais jamais pour des photos de rues prises sur le vif. Peut-être avait-il gardé un souvenir mitigé des rues de Paris photographiées, dans les années 54-55, avec la très limitée Kodachrome 10 Asa.

C'est un lieu commun que de dire que l'on ne peut plus regarder la télé en noir et blanc quand on l'a vu en couleur ! Pour les photos de Willy Ronis, je dirais que l'on a du mal à apprécier ses photos en couleurs quand on connait celles en noir et blanc.

 

>> "Paris-couleurs" de Willy Ronis aux éditions "Le Temps qu’il fait". 80 photographies en couleurs, 120 pages - Préface de Michel Boujut. 

>> Question à Willy Ronis : "De quelle couleur était Belleville ?"

>> "Au repos de la Montagne" - Photo ©Willy Ronis

 

 

 

 

 

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Inspirations : en écho à Willy Ronis...

5 Décembre 2022, 11:42am

Publié par barreteau

Inspirations : en écho à Willy Ronis...

Fundamente Nuovo,                                                                         La rivière Thu Bôn (vue du pont-pagode japonais),
Venise, 1959. ©Willy Ronis                                                             Hoi-an (Viêt-Nam), 2010.  ©Pierre Barreteau

 

Même hors de Paris, dans des lieux où Willy Ronis n'est jamais allé, n'importe où dans le monde, je m'étonne parfois de faire des photos qui - là encore - font écho à certaines images de Ronis.

Ainsi en novembre 2010, je suis à Hoi-An au centre du Viêt-Nam. Son célèbre pont-couvert Japonais du 17e siècle, richement décoré, est aujourd'hui envahi par les touristes du monde entier.
Tournant le dos à toute cette agitation bruyante et polyglotte, mon regard accroche l'autre rive de la rivière Thu Bôn. J'ai alors devant moi une passerelle où va s'engager un homme coiffé du traditionnel chapeau pointu Viet. Instantanément la scène me fait penser à la célébrissime photo de Willy Ronis prise à Venise sur le "Fondamente Nuove". Le déclic s'impose à moi car c'est alors comme si l'image de Willy, imprimée dans ma mémoire, latente dans mon inconscient me pousse vers l'instant décisif, celui qui va déclencher la prise de vue.

La modernité consiste souvent à faire du neuf avec du vieux, une adaptation en quelque sorte de la loi de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » aussi peut-être les correspondances entre ces deux photos participent-elles de cette évolution ? Et alors, même après la disparition de Willy, c’est comme dans la chanson de Trenet :

"Longtemps, longtemps, longtemps,
après que les poètes ont disparu,
leurs chansons, courent encore dans les rues..."

 

>> Le pont-pagode japonais, Hoi-an (Viêt-Nam)

 

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Willy Ronis et Edgar Degas : une certaine parenté.

24 Novembre 2022, 12:12pm

Publié par barreteau

A gauche :

"Le Tub", Pastel d'Edgar Degas, (1886), © Paris, Musée d'Orsay                             

Au centre :        

"Après le bain femme s'essuyant",    
Photographie d'Edgar Degas, (1884).

A droite :

"Le Nu Provençal, Gordes",
 © Willy Ronis, (1949)                                               

     

Certaines photos de Ronis ont-elles une parenté avec des toiles de Degas ?
A priori cette parenté n'est pas évidente car quand on dit : "Degas", on pense petits rats de l’Opéra, tutus vaporeux et ballerines haut lacées. Il faut dire que pour Edgar Degas, la danse est la grande affaire de sa vie : il lui a consacré pas moins de 1 500 œuvres !

Pourtant Degas a exploré beaucoup d'autres sujets : les courses de chevaux, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne… Il s'intéresse à la photographie, aussi en 1895 il fait l’acquisition de matériel photographique. Fasciné par les possibilités offertes par ce nouvel outil, il abandonne ses pinceaux et son ciseau pendant deux ans : entre 1895 et 1896. L’appareil lui permet alors de figer l’instant pour le reproduire sur la toile mais aussi d’expérimenter la lumière comme jamais auparavant, tout en explorant un nouvel univers esthétique.

À l’aide de gestes interrompus, il parvient à créer dans l’esprit du spectateur une succession de photogrammes où la suite prévisible est immanquablement imaginée. L’exemple le plus poignant est celui de l’enjambement du rebord de la baignoire par des femmes nues : le pied suspendu dans le vide appelle inéluctablement le moment où il se posera au sol, puis celui où l’autre jambe fera de même.

Il a beaucoup été dit combien l’œuvre de Degas devait à la photographie, lui-même s’en étant abondamment servi pour réaliser certaines de ses œuvres : décentrage, compositions obliques, contre-jour… Ses cadrages ont une liberté de plongée et de contre-plongée qui les rendent contemporains des premiers clichés de la photographie. Ils témoignent aussi d’une vraie fascination pour le noir et blanc, Degas disait : "Mes noirs sont trop noirs, mes blancs pas assez blancs". Il est vrai qu’à l’époque les tirages ne sont pas noirs et blancs mais sépia… !

Sur les photographies de Degas, on retrouve les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes visages rêveurs qui peuvent être rencontrés sur ses toiles ; on ne se défait pas d’un style d’une vie aussi facilement… Ainsi sur "Le Tub", un pastel de format : 63 × 80 cm, il est aisé de voir que le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagère en premier plan révèlent l'influence de ses premiers clichés photographiques.

 

>> Voir aussi :

> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

> Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

>
Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

 

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"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

13 Novembre 2022, 18:37pm

Publié par barreteau

"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

Bistrot-Guinguette "Chez Victor", Impasse Compans Paris 19e (1956) © Photo Willy Ronis

 

En partant de la place des Fêtes j'arrive au point le plus haut de la rue Compans. Était-ce là, le lieu ? Était-ce là l'impasse où Willy Ronis a photographié en 1955-56 le bistrot guinguette "Chez Victor" ?
Cette impasse aujourd'hui disparue, engloutie sous cinq énormes gratte-ciels, prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne ces monstrueuses barres de béton surnommées dans le quartier : "Les Paquebots" ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle… ?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés : du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il m'est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrais-je peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot-guinguette devait bien se situer là, car sous mes pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est : la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré Saint Gervais... et, en me retournant, peut-être même verrais-je les pistes du Bourget ? Mais non car de nouveau, il est encore là..., mon regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton... et je ne suis plus autorisé à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin... Heureusement, il nous reste les clichés du maître : en noir et blanc et aussi en couleur. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une...

 


>> Le même lieu photographié en noir et blanc par Willy Ronis en 1955.

>> Ronis aime retourner sur les lieux de ses plus fortes émotions photographiques :
"Rue Eugénie Cotton, entre les immeubles neufs du haut de Belleville, Paris (1980) © Willy Ronis

>> "Chez Victor" déjà sur Parisperdu.

>> On a retrouvé Victor !

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

26 Octobre 2022, 14:36pm

Publié par barreteau

 

Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

Photo du haut :

"Marthe au tub", photographie de Pierre Bonnard (1907) 

Photo du bas :      

"Modèle retirant sa blouse", photographie de Pierre Bonnard (vers 1916)

 

Willy Ronis ne pouvait pas ignorer le rôle que la photographie a joué dans l'œuvre peinte de Pierre Bonnard. Car, à la fin des années 1880 la technique photographique s'était considérablement simplifiée et nombreux furent les peintres qui s'y adonnèrent : Degas, Munch, Vuillard, et surtout Bonnard…
En 1905, Kodak va démocratiser la photographie en lançant le « Folding Pocket Kodak », premier appareil photo léger, maniable et peu coûteux, il intéresse ainsi de nombreux amateurs. Cet appareil avait la possibilité de saisir l’instantané au trentième de seconde, ce qui ne nécessitait pas que l’on pose, et gardait ainsi la spontanéité de la scène, si chère à Bonnard.

On retrouve alors dans les photographies de Bonnard outre la parenté des sujets, un cousinage de technicité très fort avec sa peinture :  la même audace, son penchant pour l'harmonie décorative, son goût du geste vif, du mouvement dansant et de la fantaisie, la même grâce mystérieuse qui transfigure les scènes quotidiennes. Tous ces éléments sont d'ailleurs très bien servis par la technique de l'instantané. Sans prétention artistique, ses images photographiques ont une certaine cohérence due à la compréhension des enjeux de l’instantané et du cadrage, facilitée sans doute par son expérience de la peinture et inversement… Ses photos montrent que le peintre a su instinctivement exploiter la liberté de cadrage pour obtenir des images abruptement coupées, et parfois floues, tel qu’on le trouve déjà dans sa peinture.
Il utilise la photographie comme un autre moyen de croquer le motif sur l’instant.
L'historienne de l'art France Borel dira que " Bonnard photographie toujours en peintre ; il peint souvent en photographe" car chez  Bonnard, la photographie est inséparable de son œuvre peinte.

Bonnard donne à Marthe, son modèle, une attitude beaucoup plus voluptueuse dans ses peintures que dans ses photographies pleines de retenue, dont Marthe au tub (1907) à qui il confère une présence sculpturale, et une proximité rasante. Le lien entre photos et peinture est ici très proche voire littéral.
A partir de 1916, Bonnard se désintéresse de la photographie, il se sait essentiellement peintre et ne pousse pas plus loin l’expérience d’une technique qui pratiquée autrement qu’en amateur, serait devenue trop exclusive.
Mais parmi les peintres, il est de ceux qui a le mieux perçu les possibilités expressives de l'appareil photo, en montrant que l’originalité de la vision prime sur la  maîtrise technique  dans la photographie amateur de l’époque.
Bonnard disait qu'"en peinture, la vérité est près de l'erreur". Ronis nous a dit que cela concerne aussi la photographie.

 

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

19 Octobre 2022, 11:56am

Publié par barreteau

   Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

"Nu à contre-jour" par Pierre Bonnard (1908)                                                      "

"Le nu provençal" par Willy Ronis (1949)

 

La célèbre photographie du "Nu provençal" où Ronis nous montre son épouse Marie-Anne peut rappeler les toiles de Bonnard montrant sa femme Marthe Boursin (dite de Méligny).
Mais l’analogie va bien au-delà du sujet (le nu à la toilette) et du cadre (le contre-jour de la fenêtre). Par son caractère familier authentique et sa réelle intimité, l’image évoque ces moments à couper le souffle, nés d’un regard posé sur un être aimé, qui soudain comble le cœur.


Comme chez Bonnard, dont les peintures de Marthe la montrent toujours dans l’éclat de sa jeunesse, Ronis en photographiant son épouse Marie-Anne (elle a alors 39 ans) la maintient dans le temps et la garde dans son éternelle jeunesse.
Là est le vrai point commun avec Bonnard : l’acte de mémoire et d’amour.

"Le Nu provençal" est comme un Bonnard qui montrerait Marthe en noir et blanc dans une splendeur de lumière… Toutes deux nues, de dos, face à un lavabo que jouxte la fenêtre produisant le contre-jour.

Ne dirait-on pas la même image, passée en couleur et dont le sujet s'est redressé pour finir sa toilette ? Car il arrive parfois que l'on se retrouve face à une œuvre d'art qui fait écho à une autre œuvre d'art, qui fait elle-même écho à des choses auxquelles on est sensible ou même que l'on a vécues.

Mais quand on parle à Ronis de cette proximité avec le tableau de Bonnard, il répond :  "On me l'a souvent dit, en effet. Mais au moment où j'ai pris la photo, je n'y ai pas songé une seconde.
J'ai pensé : c'est un joli nu, c'est ma femme".

(A suivre…)

 

 

>>Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

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