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PARISPERDU

Paris dans l'oeil des maîtres. (3/3)

30 Mai 2008, 10:46am

Publié par barreteau


Rue Visconti, Photo: ©Marcel Bovis, 1938
 

La production des maîtres-photographes qui ont photographié Paris a largement alimenté la très riche iconographie de la capitale et a diffusé le sentiment d'une vision esthétiquement idéale de Paris.
Ils ont su utiliser différentes variations et scénarios de cette photogénie urbaine: la ville et ses métamorphoses atmosphériques (neige, brume, pluie), la ville nocturne, les reflets ou miroirs de la ville.
Ainsi, la pluie  - par exemple - va agir sur le motif photographié en ajoutant des effets de miroitements et de brillance. Avec la neige, le temps se trouve ralenti, voire figé, la démarche des passants devient plus lourde, plus incertaine et les valeurs de noir et de blanc vont s'inverser.

La vision nocturne, là aussi, par son inversion des valeurs formelles et morales, est le parfait contrepoint du quotidien photographié au grand jour.
Apparaît alors, sous l'œil de Marcel Bovis, une ville silencieuse faite de recoins cachés, de portes cochères discrètement entrouvertes ou, bien au contraire, une ville grouillante, celle des néons, des sorties, des bars et des night-clubs. Les images parfois prises entre 2 h et 4 h du matin, proposent une déambulation dans une ville endormie et désertée de ses habitants.
Mais "La nuit n'est pas le négatif du jour" écrira Paul Morand dans sa préface du célèbre "Paris la nuit" de Brassaï.

Paris peut aussi être une ville irréelle et immatérielle qui se reflète dans les vitrines des magasins, dans les miroirs ou les flaques d'eau - flaques utilisées pour renvoyer une image fugace et parcellaire de la ville et de ses signes identitaires (des édicules de métro, par exemple).

Enfin, notion subjective et mouvante, qui varie selon les angles d'approche et les époques, la limite du territoire parisien se découvre avec les terrains vagues de la porte de Clignancourt, les zones quasi-industrielles de La Villette...
Aux frontières de la ville, apparaissent alors peu à peu les preuves perceptibles d'un changement d'urbanisme qui se manifeste par d'autres signes, d'autres scénarios que ceux qui, propres à Paris, contribuent à la poétique si particulière de la ville-capitale.

Tout cela est encore très vrai dans le Paris d'aujourd'hui ...



>> En savoir plus sur Marcel Bovis.


>> "Paris la nuit" de Brassaï, 1932 - Préface de Paul Morand: "La nuit n'est pas le négatif du jour".

>> Voir aussi : "Paris dans l'oeil des maîtres" (2/3)

 

 

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Notre-Dame des Champs ... Élysées

24 Mai 2008, 20:05pm

Publié par barreteau


La rame de métro redémarre de la station Rennes.
Un couple de touristes s'approche de moi, et l'homme me demande, avec un fort accent :

- "The next, ... prochaine ... est bien NotteDam ?".

- "Oui - répondis-je - Notre-Dame des Champs".

- "Ah, OK - me dit-il - car nous ... visiter Nottedam ..."

Je comprends alors que ... nous ne nous sommes pas compris ...

Et je commence à lui expliquer qu'en descendant à la prochaine, il sera ... assez loin de la cathédrale de Paris et qu'il faudrait mieux, qu'ils ... Mais, à ce moment, le métro arrive déjà à la station, et notre homme scrutant les  pancartes, voit  instantanément, écrit en grandes lettres jaune sur fond marron:

NOTRE-DAME DES CHAMPS

Alors son visage s'éclaire, et il me dit, tout sourire :

- "Oh yeh ... Des Champes , OK, pas Nottedam,  OK ... alors nous ... visiter Les champe-zélisés ..."

Et ils descendent "tout de go" vers leur improbable destination.

Longtemps j'ai pensé à ce couple sortant de la bouche de métro "Notre-Dame des Champs" et ne trouvant dans ce quartier de Montparnasse, ni Notre-Dame, ni les Champs-Élysées...

Mais où est donc  Notre-Dame des Champs ... Élysées ?

"Lost in translation" sans doute, à moins que ce ne soit :
"Perdu dans Paris".

PS. : Si la photo, ci-dessus, est un grossier montage, l'histoire n'en est pas moins véridique !



>> Notre-Dame des Champs, Paris 6ème.
 

>> Effeuillage de la station Notre-Dame des Champs.

 

 


 

 

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Paris dans l'oeil des maîtres. (2/3)

21 Mai 2008, 08:31am

Publié par barreteau


Toits de Paris,  Photo: © André Kertész - 1917
 

La plupart des maîtres-photographes qui ont arpenté Paris, proposent une vision globale de la capitale et dressent une typologie de signes strictement parisiens : ses monuments, ses toits, ses immeubles, ses places, ses rues, ses enseignes et affiches, ses "matières" (pavés, grilles métalliques ...), ses habitants, ses passants dans leurs rapports à l'espace public et dans leurs déplacements.

Précieuse documentation sur l'architecture, sur les sites et les rythmes de la ville, le travail de ces maîtres-photographes s'inscrit dans une rhétorique et une expérience de la ville propre à chacun d'eux.

Généralement les points de vue des toits de Paris offrent une vision panoramique et dominante de la ville, mais, sous le regard d'André Kertész, ils deviennent l'occasion d'agencements de pans inclinés formant de rigoureuses constructions abstraites.


Marcel Bovis et René-Jacques, inlassables arpenteurs des quartiers parisiens, dressent - dans une tradition qui remonte à Charles Marville et à Eugène Atget - un inventaire d'éléments urbains d'après-guerre constitué de kiosques, d'enseignes, de bancs, de véhicules...
Au-delà de l'enregistrement photographique, au-delà de l'accumulation de vues d'architecture ou de mobiliers urbains à des fins d'illustration ou d'archivage, ces deux photographes ont une même conception de la mise en scène du signe.
En s'attardant sur l'ombre de la colonne de la Bastille, Marcel Bovis construit un rapport d'échelle opposant la gigantesque empreinte projetée de l'édifice à une minuscule automobile. En photographiant la Place de l'Europe, durant  un hiver neigeux, René-Jacques parvient à dissimuler, derrière un panache de fumé, le réseau des voies ferrées de la gare de l'Est.

A suivre ...


>> En savoir plus sur André Kertész.

>> Colonne de Juillet, Place de la Bastille -  Photo : ©Marcel Bovis, 1947

>> Place de l'Europe, Paris, hiver 1945/46 - Photo : ©René-Jacques

>> Voir aussi : Paris dans l'oeil des maîtres. (1/3)

 

 

 

 

 

 

 

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Un autre monde.

17 Mai 2008, 09:22am

Publié par barreteau

Il est huit heures du matin et Martha rentre chez elle après une nuit de labeur. Martha est agent d'entretien au BHV, autrefois on aurait dit qu'elle était femme de ménage …

Son "chez elle" est situé dans le petit immeuble gris que l'on aperçoit sur la gauche de la photo. Elle y occupe un appartement confortable qu'elle a hérité de sa mère. Il est situé en un lieu reculé du 20ème arrondissement, Impasse Villiers de l'Ile Adam.

Ce lieu qui pourrait être paisible est en fait un véritable enfer ... car, au fond de l'impasse, ... c'est un autre monde !
Le  bloc d'habitations qui ferme l'impasse, c'est le 140 rue de Ménilmontant, une "zone sensible", un "îlot difficile", une cité où la délinquance est endémique. Les trafiquants y agissent en bandes et suscitent - dans tout le quartier - un réel climat de peur, aussi dès que Martha sera rentrée chez elle, elle va immédiatement se barricader à double tour.

Après avoir pris du repos pour effacer la fatigue de sa nuit de travail, elle ne ressortira qu'en milieu d'après-midi pour faire quelques courses, en évitant systématiquement le 140 rue de Ménilmontant; et l'hiver, en prenant garde de ne pas rentrer trop tard. Elle fera ses courses plus bas, dans la rue de Ménilmontant, après avoir fait un long détour par la rue de la Chine. Et c'est aussi, par cet itinéraire - plus sûr - qu'elle repartira, un peu avant minuit, pour le BHV.

Ne cherchez plus aujourd'hui l'impasse Villiers de l'Ile Adam, elle n'existe plus ... Elle a disparu dans la restructuration du 140 rue de Ménilmontant.
Transformée et  prolongée, l'impasse a permis de désenclaver la vielle cité. La voie nouvelle, ainsi créée, a pris l'appellation de "rue Hélène Jakubowicz". C'était le nom d'une jeune résistante dont l'appartement familial était situé ici, durant l'occupation. Hélène Jakubowicz fut déportée, à l'âge de dix-sept ans, dans le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, où elle y a disparu ...

La transformation du quartier, n'est pas pour déplaire à Martha qui vit maintenant ses jours de retraitée dans cet endroit devenu plus paisible.... Dans un autre monde.

Elle habite en effet maintenant dans une rue dont le nom est certes, pour beaucoup, difficile à orthographier, mais pas pour elle ... car Martha est également une fille d'émigrants juifs polonais venus s'installer à Paris dans les années 30 ...




>> Tout près d'ci: "Le 140 rue de Ménilmontant".

 

 

 

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Paris dans l'oeil des maîtres. (1/3)

13 Mai 2008, 09:57am

Publié par barreteau


Le banc, Boulevard Pasteur,  Photo: ©René-Jacques - 1927
 

Marcel Bovis, André Kertész, René-Jacques, ... tous ont vécu à Paris, tous l'ont arpentée, scrutée, façonnée comme un inépuisable matériel d'inventions visuelles.

Ainsi, de leurs déambulations, de jour comme de nuit, dans la perspective de la "trouvaille", du motif photogénique, est née, volontairement ou indirectement, une réelle "poétique de la ville".

L'attitude de ces maîtres-photographes face aux espaces urbains - que sont l'immeuble, le monument, la rue, le quartier, etc... - dessine une cartographie fragmentaire et subjective d'un Paris du XXe siècle.

L'événement et la narration restent en suspens, car pour eux -  contrairement à un Robert Doisneau ou un Willy Ronis - l'homme n'est pas le sujet principal, il n'est qu'un alibi mis en image pour structurer un environnement beaucoup plus vaste : des ombres traversant une chaussée humide ; un couple vu de dos à la vitrine d'un snack ; une figure féminine prise devant le panorama de Montmartre ...

Oui, leur objectif commun est bien la structuration de l'espace, de laquelle se dégagera une création poétique. 

A suivre ...


>> En savoir plus sur René-Jacques

 

 

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Maman les p'tits bateaux ...

9 Mai 2008, 09:22am

Publié par barreteau

 

 

Ici, dans le jardin des Tuileries, tout près de l'arc de triomphe du Carrousel, nos "chères têtes blondes" pourront faire une petite pause, juste le temps de donner à manger à quelque canard affamé ...

Mais nos enfants pourront aussi s'asseoir sur le rebord du grand bassin pour renouer avec les jeux de leurs ancêtres, en guidant un petit bateau ... loué sur place.

Alors, dans le grand bassin rond des Tuileries, les incontournables petits bateaux à voiles vogueront parmi les canards et les carpes et ...
comme toujours, ils finiront par aller se coincer sous le jet d'eau ...

Et pour qu'ils reviennent, Maman, "ont-ils des jambes ..." ? 

 

Billet dédié à Elisa, dite "Miss Zouzou".

 

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J'ai retrouvé le Paris perdu

5 Mai 2008, 10:46am

Publié par barreteau

 


Ici, rue Laurence Savart, la vie s'écoule en pente douce ... Et cette rue est
propice aux rencontres, aussi belles qu'inattendues.
Willy Ronis en avait fait l'expérience dans les années 50, lorsqu'un jour, au petit matin, en descendant la rue, il croise un vitrier avec son lot de carreaux de verre sur le dos.

Aujourd'hui, le côté résidentiel a remplacé ce qui fut populaire, qui lui même avait pris le pas sur le rural : toute une chaîne successive de prédation sociale, un écosystème historique en quelque sorte !
D'ailleurs, n'est-ce sans doute pas un hasard si les écologistes font ici - à chaque élection - leur meilleur score parisien !

Mais au final, dans la rue Laurence Savart, peu de choses ont changé ... et l'on se retrouve confronté - aujourd'hui - aux mêmes façades, aux mêmes portes de garage, aux mêmes maisonnettes ... que celles aperçues sur la célèbre photo de Ronis.

Aujourd'hui, j'ai retrouvé un peu du Paris perdu ...



>> "La rue Laurence Savart", Photo: ©Willy Ronis

>> Association Willy Ronis  "Pour le cadre de vie de la rue Laurence Savart ". 

>> Voir aussi : "Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance". 

>> Voir aussi : "Rue Laurence Savart : Lieux retrouvés 004" de Parisperdu.

 

 

 

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Aux marges de la ville

1 Mai 2008, 10:40am

Publié par barreteau


La Place de l'Argonne dans le 19ème arrondissement est un lieu quelque peu étrange, un lieu aux marges de la ville, à proximité des voies ferrées de la Petite-Ceinture et de la confluence du canal Saint-Denis et du canal de l'Ourcq.

Peut-être cette place insolite doit-elle son nom à sa position géographique dans Paris qui est un peu similaire à celle que tient la région de l'Argonne en France ? En effet, l'Argonne n'est-elle pas une région naturelle de l'Est de la France, s'étendant de la Marne aux Ardennes, donc là aussi, aux marges d'un territoire ?

Mais sommes-nous ici, toujours dans Paris ?
Oui, car "être à la marge" ne conduit pas nécessairement à l'exclusion. Et, par rapport à la norme du centre-ville, un quartier à la marge, en lisière, s'invente d'autres formes de complicité, de partages, d'autres pratiques culturelles inédites et cosmopolites, voire de nouvelles formes architecturales ...

Et c'est bien ce que l'on constate ici, place de l'Argonne, un lieu "loin de tout" mais qui a su créer une vraie vie de quartier grâce à un amalgame réussi de commerces, d'immeubles de bureaux, de logements ...

Avec son austère pont de chemin de fer, la "face Est" de la place, désormais redessinée, plantée d'arbres et rendue aux piétons, est devenue une place plus aérée, plus lumineuse ...

Le soleil ne se lève-t-il pas toujours à l'Est ... ?


 
>> La place de l'Argonne, aujourd'hui. (Image de synthèse: "Mairie de Paris")

  
 

 

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Je reviens d'un lieu qui n'existe plus.

27 Avril 2008, 10:02am

Publié par barreteau


Face à la place Martin Nadaud, entre la rue de la Bidassoa et la rue Sorbier, sur un petit promontoire,
se dressait-là un quartier singulier. Dans ce petit périmètre, la vie s'organisait autour de trois anciennes rues pavées.

C'est là, en cette fin d'après-midi ensoleillée, que Virginie  - qui ne quitte jamais sa robe de chambre - part, dans la rue de la Cloche, à la recherche de ses chats. Elle trouvera son chat jaune, courant après les pigeons, rue de la Voulzie, et son chat noir et blanc dans la pente de la rue Westermann.

Aujourd'hui Virginie n'est plus là, ses chats non plus. Mais, plus surprenant encore ... plus aucune trace des rues de la Cloche, de la Voulzie, et de la rue Westermann. Le quartier n'existe plus !

A sa place, on rencontre en haut d'un talus herbeux, un jardin tout récent: le square du Docteur Joseph Grancher, inauguré il y a tout juste un an.

Ici, de ces habitants d'autrefois, il ne reste rien pour évoquer un lieu de vie où des gens se sont construits, aimés, ont échangé ... Leur souvenir est maintenant effacé de nos mémoires. Or, c'est pourtant à eux que le square voudrait rendre hommage.

Mais ici, tout sonne faux : des lampadaires à l'ancienne ... aux bancs double en bois ... qui voudraient recréer un certain esprit "Vieux Paris" ... Le paysagiste qui a conçu le square est même allé jusqu'à installer "des haies d'osier croisé évoquant symboliquement les murs des maisons d'autrefois" ! (... sic "La Mairie de Paris").

Tout cela "sent à plein nez" le décor, le carton-pâte ... Virginie n'oserait certainement plus y lâcher ses chats, ni sortir ici en robe de chambre ...

Aujourd'hui, je reviens d'un lieu qui n'existe plus ...


>> Le nouveau secteur Cloche-Bidassoa / Square du Dr. Joseph Grancher.

 

 

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Des villages dans la ville

23 Avril 2008, 10:11am

Publié par barreteau


Villa de l'Ermitage - Paris 20ème

Dans les années 20, les voies privées (dénommées villa) - souvent en impasse et bordées de petites maisons individuelles - se généralisent dans Paris ... et aujourd'hui, ces villas parisiennes sont comme des "villages dans la ville".

Bien au calme dans ces havres de paix, leurs habitants sont à la fois "dans la ville" et "hors de la ville". Loin de l'agitation d'un "monde motorisé", ils peuvent ainsi accéder à quelque chose qui n'a plus de prix dans nos métropoles modernes : le silence.

Mais ne soyons pas sont dupes, toutes les villas ne se valent pas.
Passer d'une villa du 16ème arrondissement à une villa du 19ème ou du 20ème, ce serait comme quitter un grand banquier pour aller à la rencontre d'un cadre sans fortune ...

Car, en effet, les cadres moyens et les professions intellectuelles n'ont que les moyens d'une résidence dans les quartiers populaires de Paris ... Et s'ils veulent gouter à ces fameuses villas, ils devront "faire de nécessité vertu" et trouver un charme secret à une cohabitation inévitable au sein de ces arrondissements populaires.

Pas étonnant que les bobos, grands chantres de la mixité sociale, se ruent sur les villas de l'Est parisien ...



D'autres villas parisiennes dans Parisperdu:

>> Villa Hardy - Paris 20ème

>> Villa Riberolle - Paris 20ème

>> Villa de l'Adour - Paris 19ème

>> Villa du Danube - Paris 19ème

>> Villa des Tulipes - Paris 18ème
 
 
 

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Traces de vies ...

19 Avril 2008, 09:30am

Publié par barreteau


Rue Robineau Paris 20ème

La pelleteuse a mordue à pleines dents dans ce bâtiment de la rue Robineau. Il ne reste plus maintenant que des pans de murs à la peinture écaillée et aux papiers peints en lambeaux ... Ce sont les derniers témoins des vies successives et désormais révolues des habitants de l'immeuble.
Seules ces traces, accrochées aux murs, disent qu'il y a encore peu de temps des enfants dormaient, ici, dans cette chambre... ou de joyeuses tablées se réunissaient, là, dans cette salle à manger ...

Et maintenant, l'on se trouve face à ce mur défraîchi, comme un archéologue sur un chantier de fouilles. Eventré, l'immeuble nous livre son vécu intime ... La vie des anciens occupants peut maintenant se lire à ciel ouvert. Même s'il ne s'agit que de traces, elles en disent beaucoup sur ce passé encore si proche d'un immeuble qui grouillait de vie.

La rue Robineau a été totalement réhabilitée et un avenir différent l'attend désormais. De nouvelles vies se dérouleront maintenant ici, à tous les étages ... et les dernières traces de vies de l'ancien immeuble seront à jamais rayées de la mémoire collective ...


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" Paris par la face Est ..."

15 Avril 2008, 09:30am

Publié par barreteau

Hauteurs de l'Est parisien: rue de Ménilmontant.

Au départ, l'objectif du photo-blog Parisperdu semble simple :"Découvrir l'Est Parisien en suivant des itinéraires qui feront comprendre la ville dans toute sa diversité et permettront de partager un peu la vie des habitants de ces quartiers".

Mais Paris est compliquée, diverse, "mosaïque", et mener à bien l'ambition de rendre intelligible un spectacle, une réalité confuse dans ses manifestations n'est pas chose aisée. Car c'est bien là le but final de Parisperdu : permettre au lecteur devenu piéton d'appréhender la réalité parisienne. Et atteindre Paris par la "face Est" n'est pas forcement la voie la plus facile ...

Toutefois, cette sortie du lecteur sur le terrain est nécessaire pour s'imprégner de la ville, pour s'imprégner de la vie ... 

Alors, Parisperdu, votre guide dans ce Paris de début de millénaire, dans ce Paris protéiforme, vous permettra de parcourir et de comprendre quartiers et espaces urbains. En les décrivant bien sûr, mais aussi en expliquant leur mutation, voire parfois en s'autorisant à en envisager le futur (qui peut être, pour Belleville par exemple, celui d'un radical bouleversement).


Belleville, justement que nous sillonnerons de long en large, car comme pour nombre de Parisiens venus autrefois de province, puis d'Italie, d'Europe centrale, de Kabylie et aujourd'hui d'Afrique subsaharienne, c'est pour nous, le quartier emblématique de l'Est parisien.

Le pari de Parisperdu ne sera gagné que si vous nous accompagnez sur le chemin ardu de la "face Est" ... aussi, merci pour votre fidélité.


>> Une autre approche, celle des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.

 

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Au milieu de nulle part ...

11 Avril 2008, 09:07am

Publié par barreteau


C'était au temps où le vocable "mobilier urbain" n'avait pas encore été inventé. On appelait alors ce type de construction : un refuge ou un îlot de sécurité ... Bref, il s'agissait d'un espace situé au milieu de la chaussée et où le quidam pouvait se mettre à l'abri de la circulation ... et là, il était en quelque sorte "rangé des voitures" ...

Ces refuges comportaient toujours le même type de poteau de couleur blanche, éclairé la nuit, mais aucune autre matérialisation. Rien ... ni sur l'édicule, ni au sol et en particulier, pas de "zebra crossing" - comme disent nos voisins britanniques pour désigner les passages piétons - en référence à cet animal à rayures blanches et noires alternées ...

Mais où sommes-nous exactement ?
Sommes-nous ici "au milieu de nulle part", ... "in the middle of nowhere", comme le diraient à nouveau les britanniques ?

Sommes-nous donc ici dans un lieu tout à fait banal ?
Ou bien cet  étrange carrefour, à la croisée de rues le plus souvent désertes et au point le plus haut d'une petite sommité, n'est-il pas plutôt le point central de quelque chose d'assez extraordinaire, de quelque chose d'assez grandiose ?

Peut-être même, serrions-nous là précisément - et sans le savoir - au centre du monde ? Tant la morphologie de ce rond-point peut faire penser à cette pierre circulaire près du temple du Ciel à Pékin, autour de laquelle les chinois se bousculent pour grimper ... sur le pivot central de l'univers !

PHOTO : "Au milieu de nulle part" : Retour à la réalité parisienne ...  c'est-à-dire au croisement des rues : Pelleport, du Borrégo, des Pavillons et de la Duée. Paris 20ème.


 
>> Tiantan (天坛) et le centre de l'Univers dans la Cosmogonie chinoise traditionnelle.

>> Le point central de l'univers, au temple du Ciel à Pékin.

>> Touristes sur le point central de l'univers, au temple du Ciel à Pékin.

 

 

 

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Carné Nocturne.

7 Avril 2008, 09:22am

Publié par barreteau


Nous sommes tout près de "L'Hôtel du Nord", mais l'on pourrait se croire aussi "Quai des Brumes".

Demain "Le jour se lève" et "Les enfants du paradis" vont respirer "L'air de Paris" ... C'est dire si, ici près du canal St Martin, là où "Les portes de la nuit" sont si noires et épaisses ... on peut s'attendre - à tout instant - à croiser de mythiques "Visiteurs du soir", tels Gabin, ou Jouvet, voire à entendre la non moins extraordinaire voix d'Arletty ...

 

Toute une question d'atmosphère ...


>> En savoir plus sur Marcel Carné

>> La filmographie de Marcel Carné

>> Carrefour de l'Evangile: "Les portes de la nuit" déjà sur Parisperdu

 

 

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" C'est déjà ça ..."

3 Avril 2008, 09:43am

Publié par barreteau

Photo © Jacques Grison


La cité "Piat-Faucheur-Envierges" dans le 20ème est ce qu'on appelle "un quartier difficile". Elle héberge environ 3000 habitants et l'essentiel des 82 nationalités recensées dans le quartier de Belleville. La cité a été classée en zone urbaine sensible (ZUS). Elle n'a pas bonne réputation dans le "quart Est" de Paris. On déconseille aux nouveaux arrivants de s'y installer. C'est une cité stigmatisée et "stigmatisante".

Les "jeunes" ne veulent surtout pas, disent-ils, "rouiller", "tenir les murs", se retrouver bloqués "dans le rien". Leur parcours scolaire est déjà un handicap, mais "on se bouge", jurent-ils. Ils parlent de "mener une vie normale". D'avoir quelque chose de concret: "un métier, quoi ... et aussi ... fonder une famille, comme tout le monde". "Mais on nous colle une étiquette, jeune d'ici égal glandeur, c'est pas bien !", proteste Farid, 24 ans. Lui et ses copains reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont "une tête à faire peur" sous leurs capuches et leurs bonnets, les épaules rentrées et les mains dans les poches.

Alors quand on parle à Farid du tout récent plan "Espoir banlieue", il rétorque: "J'aimerais être optimiste, mais plusieurs plans sont déjà passés, et rien n'a changé. C'est quoi le problème des jeunes des cités ? En premier, c'est de trouver un travail. Je suis conscient que certains ne font pas d'efforts, mais pour les autres, il faut leur donner la chance d'aller au travail."

Plus surprenant, ce même discours "anti-glandouille" revient aussi chez ceux qui affirment volontiers, avec de lourds sous-entendus, qu'ils ne veulent pas se "lever à 5 heures du matin pour gagner 1 000 euros".
Farid ne cache pas que tous les moyens sont bons pour remédier à ce problème, ... si près des beaux et riches quartiers du centre ou de l'ouest parisien.
Et voilà comment il décrit sa "situation piège" : "On est dans une société parallèle, le temps ne passe pas, c'est insupportable. On est comme une secte. On n'a plus d'horaires, rien. Au bout d'un moment, ça devient une vie dangereuse. La porte est ouverte à tous les excès, à l'illégalité. Mais attention ... là j'explique, je ne légitime pas."


Finalement Farid n'a pas perdu espoir de tourner le dos à cette vie de petits arrangements : "Y'en a qui commencent à s'en sortir dans le bâtiment. Ils sont manœuvres, des trucs comme ça, ... mais ils ont un boulot, ... c'est déjà ça ..."



>> Ecouter Alain Souchon: "Je m'promène rue de Belleville ... c'est déjà ça ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (2/2)

>> Toujours sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (1/2)


 

 

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