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PARISPERDU

La Halle Freyssinet devient très tendance.

14 Juin 2010, 09:22am

Publié par barreteau

La Halle Freyssinet en fin d'exploitation par le SENAM, Juin  2005
 

Depuis le transfert du SERNAM, le service national des messageries de la SNCF, à Valenton dans le Val-de-Marne, en 2007, la halle Freyssinet était déserte et livrée aux tagueurs.

La halle, un des plus beaux exemples d'architecture industrielle de Paris, avait réussi malgré tout à échapper à divers projets plus ou moins heureux de reconversion.

Ainsi, le maire du 13ème et président de la SEMAPA, aménageur de la ZAC, était favorable à la découpe de la halle dans le sens de la largeur en rasant l'une des trois nefs, celle côté voies ferrées, au risque de fragiliser l'ensemble de la structure du bâtiment ce qui lui aurait été fatal.
A l'Hôtel-de-ville, on était plutôt partisan de l'amputation dans l'autre sens, celui de la longueur, sans préciser par quel bout on trancherait (côté rue du Chevaleret ou côté boulevard Vincent Auriol) ?

En réalité, ni l'un ni l'autre de ces décideurs n'avait de projet bien précis sur l'aménagement futur de la halle.
Il faut dire que le site est difficile à aménager car la complexité du faisceau ferroviaire entre la passerelle Charcot et le boulevard Vincent Auriol, avec ses deux niveaux de voies (aérien et souterrain), ainsi que la présence d'aiguillages interdit la construction de files d'appuis continus.
C'est d'ailleurs cette impossibilité qui a eu raison d'un autre projet, celui de l'implantation d'un Tribunal de Grande Instance. L'initiative du ministère de la justice verra finalement le jour sur le site des Batignolles ...

Pour la halle, la "solution" retenue a consisté  … à laisser les lieux en l'état.
La SNCF a donc sagement renvoyé, dos à dos, les maires de Paris et du 13ème, en louant la halle Freyssinet pour 5 ans à une entreprise spécialisée dans l'événementiel. Après des travaux de sécurisation et de mise aux normes, la halle accueille depuis quelques temps déjà: shows, défilés de mode, soirées privées, expositions, et autres réunions politiques ou commerciales ... avec un cachet mi-industriel, mi-underground. Très tendance donc !


Mais la halle Freyssinet continuera toutefois à se lézarder, sans avenir réel et aussi sans garantie quant à sa pérennité … Pourtant, la halle de l'ingénieur Freyssinet  mérite d'être préservée. 

Alors, rendez-vous dans cinq ans pour voir si un véritable projet de reconversion pourra enfin être adopté et savoir finalement si l'hypothèque de la démolition est définitivement levée   …



>> La Halle Freyssinet en 1999, 2005 et 2008.

>> La Halle Freyssinet, déjà sur Parisperdu.

>> La Halle Freyssinet, encore sur Parisperdu.


 

 

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Désertiques dorsales.

10 Juin 2010, 09:50am

Publié par barreteau

Avenue de France - Paris 13ème


Dès le début de l'opération Paris Rive Gauche, les architectes chargés d'aménager la ZAC se sont trouvés face à la configuration bancale du site dont les deux pieds ne sont pas au même niveau. L'un est perché sur de nouvelles avenues et l'autre sur le tapis ancien des voies ferrées.

L'aménagement d'un site ne pouvant se concevoir sans celui de son environnement, il aurait pu sembler nécessaire de couvrir les voies ferrées. Mais cette couverture est particulièrement hasardeuse dans ce secteur de Paris-Rive Gauche, puisqu'il faudrait "charcuter" sous les voies ferrées pour fonder les appuis d'une dalle. Mais là, en-dessous, il y a trois tunnels: deux pour le RER C et un autre qui permet de faire transiter les trains grandes lignes de la gare d'Austerlitz.  Comme les plafonds de ces trois tunnels ne sont pas en mesure de supporter le poids de la "dalle funéraire" de Paris Rive Gauche et de ses plantations rabougries et comme ils ne peuvent pas non plus être traversés par des piliers, vu la multitude des aiguillages à cet endroit: la "solution" a donc consisté … à laisser les lieux en l'état !

Ce qui nous vaut ces sinistres avenues, démesurées, longues comme un jour sans pain, surchargée sur un côté de bureaux aux dimensions brutales et bordées sur l'autre côté par le vide, avec en contrebas un univers où le rail est omniprésent, sale, bruyant, odorant …

Le "clou" de cet urbanisme bancal, ce sont les avenues de France et Mendès-France, deux désertiques dorsales. Avec leurs grilles et leurs lampadaires d'autoroute, elles longent les quatre équerres de la BNF et son esplanade des courants d'air … triste programme !

Au secours, rendez-moi mon vieux 13ème, celui de Tardi et de Léo-Mallet.



>> Une configuration bancale du site dont les deux pieds ne sont pas au même niveau.

>> La mémoire de la Nouveauté.

>>"Brouillard au pont de Tolbiac"  de  Léo Mallet et Jacques Tardi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Impossible retour.

6 Juin 2010, 09:04am

Publié par barreteau


J'ai voulu retourner au 30 de l'avenue du Docteur-Arnold-Netter, dans le 12ème arrondissement. Je voulais retrouver le charme de ce long passage qui borde l'hôpital Trousseau, respirer à nouveau l'air de ce lieu caché, insolite, hors du temps …

Mais cette fois, je me suis heurté au lourd portail métallique, maintenant définitivement fermé alors qu’autrefois, il était constamment grand’ ouvert.
Pourtant ce portail ne masque plus rien car, en 2006, la ville a exercé son droit de préemption sur ce lieu, au motif de la "création d'un équipement d’intérêt général". Un nouvel accès aux extensions de l'hôpital Trousseau, a alors été créé à la place du bucolique passage qui jusqu’alors abritait de petits ateliers et de modestes logements.


Le modernisme ambiant du nouvel espace a totalement défiguré l’endroit et tout espoir de retour vers les sensations que véhiculait l'ancien passage est définitivement impossible.

Ce brutal changement fut pour moi comme un choc, et une totale surprise tant je n’avais pas prévu une telle métamorphose … et pourtant, le nom du café mitoyen aurait pu m'alerter !
Sur son enseigne, il est écrit : "L'imprévu".




>> Voir aussi : 30, Avenue du Docteur-Arnold-Netter.

>> Le passage du 30, Avenue du Docteur-Arnold-Netter, aujourd'hui.


 

 

 

 

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" La nuit n'est pas le négatif du jour ... "

2 Juin 2010, 09:25am

Publié par barreteau

Place de la Bastille – Paris, mars 2005, "Hommage à Brassaï".

 

Il a fixé à jamais l'image d'un Paris nocturne. Il a utilisé comme personne l'objectif pour capter l'atmosphère fascinante des nuits parisiennes. Il nous a livré de poignants paysages nocturnes, témoignages de ses longs vagabondages dans le Paris excentrique de la nuit, loin des sites connus. La plupart du temps, il sillonnait les rues seuls, mais parfois, il était accompagné d'amis noctambules comme Henry Miller, Raymond Queneau ou Léon-Paul Fargue …

En 1932, il écrit: "C'est pour saisir la beauté des rues, dans la pluie et le brouillard, c'est pour saisir la nuit de Paris, que je suis devenu photographe."

Et quel photographe ! Un homme sans cesse à la recherche d'images toujours plus insolites, plus inquiétantes, traçant des silhouettes interlopes du pavé parisien sous la lumière incertaine d'un réverbère.

Avec Brassaï, puisse que vous aviez compris que c'était de lui qu'il s'agissait, ce Paris arpenté nuitamment, devient la capitale mondiale du rêve et de la poésie. Amoureux de cette ville, on comprend qu'il veuille la protéger lorsqu'il écrit, la même année: " On est en train de tuer l'âme de Paris; sous prétexte de supprimer des îlots insalubres, on abat ce qui faisait le charme de la capitale; sous prétexte de dégager des monuments, on démolit les rues qui leur donnent un sens. A tout prendre, j'aimerais qu'on démolisse les monuments et qu'on respecte les rues. Il n'y a pas de musées pour les rues."

Presque quatre-vingt ans plus tard, ces mots restent d'une brûlante actualité, et c'est pourquoi Parisperdu veut s'associer à cette démarche, à ce regard, à cette pertinente acuité …. Merci Monsieur Brassaï !


>> Gyula Halàsz, dit Brassai : "Paris, Avenue de l'Observatoire" 1934.

>> "Paris la nuit" de Brassaï, 1932 - Préface de Paul Morand: "La nuit n'est pas le négatif du jour".

 

 

 

 

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La passerelle du Samouraï.

29 Mai 2010, 08:28am

Publié par barreteau

Passerelle de la gare du Boulevard Masséna- Paris 13ème - Juin 1996.

 

Au bout de la passerelle, la gare du Boulevard Masséna, une ancienne gare de la ligne de la Petite Ceinture, a encore fière allure. A l'époque, le RER C la dessert encore et cette passerelle est quotidiennement empruntée. La gare sera fermée en décembre 2000 lors de l'ouverture de la toute proche station "Bibliothèque François Mitterrand". Mais le site n'a pas été définitivement condamné et les quais sont maintenus en l'état, … au cas où une réouverture se justifierait.

Le cinéma a largement exploité le lieu. En 1967, Jean-Pierre Melville, y tourne une scène de son film "Le Samouraï", dont Alain Delon tient le rôle principal de Jef Costello. La scène où Jef vient toucher son argent pour le meurtre qui lui a été commandé, se passe sur cette passerelle métallique, surplombant les voies ferrées.

Mais là aussi, la monstrueuse avenue de France est venue bouleverser ce paysage de marge urbaine qui n'en demandait pas tant.
La gare Masséna, qui a été abondamment squattée, est aujourd'hui en piteux état. La passerelle est maintenant inaccessible … et, dans cet environnement de friches, tout cela sent la fin d'un monde, comme un ultime combat, … un combat perdu d'avance par le Samouraï.



>> La gare Masséna, une friche urbaine.

>> Le Samouraï, un film réalisé par Jean-Pierre Melville, en 1967.


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Atelier clandestin.

25 Mai 2010, 08:54am

Publié par barreteau

Rue Emile Duployé - Paris 18ème - Juin 1997


Normalement, la porte est toujours fermée, et à l'intérieur, la lumière est toujours allumée.
Rien ici ne signale l'existence d'un atelier de confection de vêtements. Sauf peut-être, collées sur la vitrine, deux photos extraites d'un magazine et montant des mannequins de haute couture.

Rue Emile Duployé, c'était un petit secret que pourtant tout le monde connaissait : un atelier clandestin se tenait-là, en bordure de rue et non pas là où s'installent ordinairement les ateliers clandestins, c'est à dire au fond d'une cour ou d'un passage caché et difficilement accessible. Trouver un atelier de ce genre avec "pignon sur rue", était en effet très étrange.

Dans l'atelier, diverses nationalités de travailleurs confectionnent des vêtements, probablement pour le compte de petites et de grandes marques du quartier du Sentier à Paris. Au début, ce n'étaient que des Chinois. Puis au bout de quelques temps, on a vu y entrer des kurdes, des Pakistanais, des Sri-lankais, ...

Par quel hasard, la porte était-elle restée entre-ouverte aujourd'hui?
L'air de rien, je l'ai poussé un peu plus et ai eu le temps d'apercevoir cinq ou six machines à coudre ainsi que de grandes piles de vêtements. Puis quelqu'un a violemment repoussé la porte en délivrant, dans une langue qui m'était inconnue, ce que j'ai pris pour un juron ...

Peu après, un colosse de type asiatique est sorti sur le pas de la porte, grommelant d'autres mots et jetant un œil noir en ma direction et surtout envers mon appareil photo. Je m'éloignai rapidement.

Le mois suivant, passant à nouveau par la rue Emile Duployé, je constate que le décor à changé. L'atelier est semble-t-il définitivement fermé, la lumière est éteinte, toutes les vitres sont passées au "blanc d'Espagne". Seules restent sur la vitre, les pages du magazine de mode.
L'atelier aura sans doute déménagé un peu plus loin dans le quartier ...


Aujourd'hui, la rue a été complètement bouleversée mais l'immeuble de l'atelier clandestin est encore là. Il semble attendre patiemment son inéluctable destruction ...



>> Atelier clandestin (Document INA)

>> La transformation de la rue Emile Duployé (Vue de nuit. Juin 2005)

 

 

 

 

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" Mon point central, c'était la place des Fêtes ".

20 Mai 2010, 16:19pm

Publié par barreteau

La place des Fêtes,  novembre 2009 -  Paris 19ème


Ce billet est publié à l'occasion du 150ème anniversaire du 19ème arrondissement. Plus particulièrement, il est destiné à accompagner le concours photo: "D-Clic-19 : Mon quartier Place des fêtes" qui se déroule, jusqu'au 8 juin, dans le cadre de cette manifestation.

Pour cet évènement, nous vous proposons de faire un petit retour en arrière grâce à Paul Adnot, un ancien résident du quartier, qui nous relate l'ambiance populaire, animée et chaleureuse d'un Belleville aujourd'hui disparu.

"Flash-back" donc, avec Paul:

"J'ai été deux fois déraciné.
J'aimais la campagne, j'étais habitué au grand air, aux champs, et on m'a ramené à Paris, dans cette ville incroyable, j'étais perdu, affolé, on m'a mis à l’école avec des instituteurs qui étaient des peaux de vaches.
La deuxième fois que j'ai été déraciné, c'est quand ils ont foutu notre quartier en l'air. Tout le monde se connaissait avant : c'était un village, c'était notre campagne à nous. Ce n'est pas comme maintenant, on passe à côté des gens sans les voir, personne vous voit, vous voyez personne non plus. Mon point central, c'était la Place des Fêtes quand j’étais gosse : il y avait des baraques foraines dans le "square Monseigneur Maillet", il y avait la fête, des parades foraines. Le dimanche, les cafés étaient pleins; ils restaient ouverts jusqu'à près de minuit : bien sûr, il y avait quelques ivrognes… L'été, on sortait du boulot, on avait soif, on allait boire un pot chez Dupont, au coin de la rue Pré-Saint-Gervais et de la rue Compans.

Puis ça a commencé avec les types qui ont commencé à prendre les métrés, les géomètres, puis après, on a vu arriver les engins avec leurs grosses boules d’acier qui abattaient les murs. Les premiers bâtiments construits sont les "paquebots" de la rue de Bellevue. Après, ils ont foutu en l'air l’école de garçons : j'en ai bavé dans cette école, mais ça m’a fait mal au ventre quand ils l'ont démolie, c'était mon passé. Quant à moi, j'habite dans des HBM (habitations bon marché), les HLM d'autrefois qui ont été construits en 1921 et finis en 27. J'avais un oncle, peintre en bâtiment : quand il a vu mon appartement, il n'en revenait pas : vous vous rendez compte, les W-C. chez soi ! Or, on ne savait pas ce qu'ils allaient construire... Quand on a vu la hauteur des constructions alors là, ça nous a déchirés ! C'était affreux... Quand on sortait du métro, tous les gens s'arrêtaient, regardaient, et comptaient les étages en espérant chaque jour qu'ils s’arrêteraient. Par rapport à ce qui était prévu, ils ont changé quatre fois de plans, mais les tours y étaient toujours. Pas mal de gens sont partis en banlieue  (ceux qui ont été expulsés); d’autres ont été relogés près des casernes entre la Porte des Lilas et de Bagnolet : c'est pas beau, je voudrais pas y habiter.

Alors une nouvelle époque est née, et sont apparus les frigidaires, les télévisions, tout le confort, quoi ! J'avais un copain d’enfance, on allait le voir tous les vendredis soir. On arrive : Oh !... Il s'était acheté un frigidaire ! Le lendemain, on achetait un frigidaire. Un soir on arrive, il avait acheté la télé : c'est pas vrai ! Moi, je l'ai acheté un ou deux ans plus tard. Mais çà a été dommage : on était collé dessus ! Vous vous rendez compte : le cinéma à domicile, on se dérange plus !... Maintenant, je suis plus sélectif, je ne regarde pas n’importe quoi ".
 

Paul  Adnot nous livre-là le témoignage authentique d'une époque. Il a connu les taudis de Belleville, les miséreux, la face sombre de la condition ouvrière d'alors, contre laquelle luttait quotidiennement cette belle convivialité, faite de solidarité, d'entraide et dont il faut bien voir, derrière son aspect plaisant, qu'elle constituait une technique collective de survie, difficile à retrouver aujourd'hui malgré notre "crise" actuelle qui n'est pas comparable, même de loin, sinon peut-être au plan psychologique.

Si cette ambiance Bellevilloise, désormais mythifiée, nous apparaît comme un passé irrémédiablement perdu; il est heureusement des gens qui, aujourd'hui encore, continuent à créer du lien entre les habitants de ce 19ème arrondissement, si vivant, si attachant …
Alors merci à eux et, bon anniversaire à la Place des Fêtes !




>> Le 19ème arrondissement fête ses 150 ans : Concours Photo.

>> La place des Fêtes, déjà sur Parisperdu.


>> Voir aussi : "Ce n'est vraiment pas la fête ... !"



 

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Des filles bien.

17 Mai 2010, 08:30am

Publié par barreteau

Rue Marx Dormoy,  Paris 18ème.

 

Lorsque j'ai croisé Camille et Nacira, rue Marx Dormoy, j'ai parié qu'elles étaient du quartier et donc qu'elles pourraient me renseigner sur mon itinéraire.

La conversation fut tout de suite amicale, mais elles ont refusé que je les prenne en photo, ou alors : "de dos, si vous voulez, car ici on est surveillées" m'ont-elles dit.
Surveillées, mais par qui, et pourquoi ? "Par les garçons pardi", ont-elles répondu en cœur!
Alors ici, même si l'on n'est pas en banlieue, ce serait donc quand même un peu la loi des cités?

 

Oui, mais sauf qu'à Paris, les filles sont en voyage. La structure de la ville est ainsi faite que leur coiffeur est à Marx Dormoy, les boîtes de nuit dans le quartier d’à côté, le lycée à plusieurs kilomètres de chez elles, et le cinéma à Gambetta.

Ainsi dans tous les cas, Camille, Nacira et leurs copines peuvent aisément circuler en métro ou en bus, et elles ont de bonnes motivations de le faire, c’est-à-dire des motivations qui les protègent de toute suspicion de la part des garçons : elles vont quelque part, pour faire quelque chose de dicible et de légitime.

Qui plus est, une fois passées deux ou trois stations de métro, elles s’engouffrent dans la masse anonyme, et deviennent beaucoup moins contrôlables que dans les cités de banlieue.

Camille et Nacira ont une scolarité satisfaisante, leur famille les responsabilise, elles ne touchent pas à la drogue. Leurs loisirs sont "bon enfant", elles ont de petits amis mais "ça leur prend pas trop la tête". Déjà elles se projettent dans la vie professionnelle au travers de stages et d'activités parascolaires.
Camille et Nacira, parisiennes ordinaires d'un quartier populaire, sont des filles bien.




>> Voir aussi sur Parisperdu : "La fille de Bercy".


 

 

 

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" Photographier, c'est une façon de vivre ".

13 Mai 2010, 09:26am

Publié par barreteau

©Henri Cartier Bresson :Extrait de son carnet de croquis parisiens.

 

 

C'est  Henri Cartier-Bresson, HBC pour les intimes qui parle :

"L'appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l'instrument de l'intuition et de la spontanéité, le maître de l'instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois.

Pour "signifier" le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l'on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C'est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l'on arrive à la simplicité d'expression.

 

Photographier : c'est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c'est alors que la saisie d'une image est une grande joie physique et intellectuelle.

 

Photographier : c'est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l'organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

 

C'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur.
C'est une façon de vivre."



>> L'expo Cartier-Bresson au Moma, à  New York. Jusqu'au 28 juin 2010. 

>>
Henri Cartier-Bresson en globe-trotteur insaisissable.

>> Parmi les merveilles peu vues :"Paris 1955".

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Henri Cartier-Bresson, Paris à vue d'œil."

>> Et aussi : "Doisneau chez son complice Cartier-Bresson".

 

 

 

 

 

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" A Paris, des hommes vivent et meurent derrières leurs fenêtres grises. "

9 Mai 2010, 11:48am

Publié par barreteau

Fenêtre, 10 rue des Muriers – Paris 20ème, juin 1997

 

 

La littérature qui a pris, et qui prend encore aujourd'hui, Paris pour thème est immense.

Elle accompagne l’histoire de la ville, s’y arrête, revient en arrière, rêve et s'évade à partir d’elle …

Mais il est un livre, secret, intemporel, comme suspendu, par le miracle de son style, au-dessus du temps. Un livre qui contourne ou transcende cette nostalgie fatalement attachée au pas de l’arpenteur des rues et des boulevards constatant avec dépit ce que coûte, chaque jour, la modernisation galopante et la spéculation.

Ce livre, c'est le "Paris" de Jean Follain, un ouvrage publié en 1935.

 

"Paris attend l’avenir », écrit mystérieusement Follain dans cette géographie poétique et très incarnée, parfois violente et sensuelle, de Paris.

"Les maisons de Paris attendent aussi … des hommes vivent et meurent derrières leurs fenêtres grises." Et Follain poursuit: "Une divinité se cache en toi, Paris : c’est la mer des ténèbres ; parfois le soir rien ne se résout, tout se perd et meurt, se cache et parlemente avec la nuit miraculeuse."

Au poète qui sait l'écouter, Paris dicte parfois d’intenses messages.
La nuit et les rêves sont décidément les compagnons des "vrais" Parisiens !



>> Jean Follain, déjà sur Parisperdu …



 

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Que reste-t-il de la rue Watt ?

5 Mai 2010, 10:00am

Publié par barreteau

Chantier de la nouvelle rue Watt (mars 2009)

 

 

Lorsqu'aujourd'hui, je me rends rue Watt, un air de Charles Trenet me vient immédiatement à l'esprit :" Que reste-t-il de tout cela, dites-le-moi ?".

 

Où sont les réverbères qui distillaient cette lumière blafarde qui convenait si bien à l'endroit ?

Où sont passées les puissantes colonnes en fonte ? Qu'est devenu le trottoir surélevé avec son aérienne rambarde en fer forgé ? …

Tout cela a disparu, pour laisser place à une voie sous-terraine d'une triste banalité, un quelconque tunnel comme il en existe des dizaines dans Paris.
Boris Vian doit se retourner dans sa tombe !

 

Pour les photographes qui avaient ici un sujet si sensible, toute la magie du lieu s'est définitivement "envolée".
Maintenant, c'est: "Circulez, y'a rien à voir" ….




>> Voir aussi sur parisperdu : "C'était comment avant ?"


 

 

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Rue Rémy de Gourmont, au pays de l'utopie.

1 Mai 2010, 09:01am

Publié par barreteau

7 Rue Rémy  de Gourmont Paris 19ème (juin 1997)

 

A deux pas du prestigieux bâtiment du siège du Parti Communiste, réalisé par un Niemeyer alors au sommet de son art, se niche un havre d'authenticité. Une petite butte où l'air est plus pur, où la vie est plus vraie … C'est la butte Bergeyre, un mini-Montmartre qui aurait encore des allures de campagne.

En 1918, sur cette butte, on construit le stade Bergeyre, ainsi nommé pour rendre hommage à un joueur de rugby mort pendant la Première Guerre mondiale. Il héberge alors le club de football de l'Olympique de Paris qui sera absorbé par le Red Star en 1926. La même année, le stade est démoli et des logements sont bâtis à sa place. Le lotissement est inauguré en 1927, par Joséphine Baker.

 

Aujourd'hui, lorsque l'on déambule sur la butte Bergeyre et que l'on emprunte la rue Rémy de Gourmont, on remarque cette petite épicerie encore restée "dans son jus".

Elle arbore un vieux panonceau "Epicerie fine", ce qui ne signifie pas qu'elle soit dépositaire des produits Hédiard ou Fauchon. Non, en ce temps-là il y avait des épiceries fines comme il y avait du "vin fin". Cette "finesse" voulait simplement indiquer que les produits proposés étaient d'une qualité un peu au-dessus du "tout-venant".

 

Mais, maintenir une épicerie dans un si petit quartier relève bientôt de l'utopie. Pour ne pas qu'elle meure, l'association des habitants de la butte Bergeyre, va la racheter et la rebaptiser "L'Utopicerie"

 

L'Utopicerie va alors devenir, un lieu de rencontre et d'échanges, un lieu d'expression et de créativité aussi, avec des activités pour les enfants ou les adultes, un Ciné club, des expositions … Mais le local conserve toujours sa fonction commerciale d'origine et vous pouvez encore y acheter des fruits et des légumes, … bien sûr, maintenant, ils sont "bio"… On passe la commande sur place le mercredi soir et le mercredi suivant on vient chercher son panier … et on repasse sa commande pour la semaine suivante !

 

Là se retrouvent les esprits libres et non-conformistes qui fuient l'artificialité des "bobos". La chaleur est immédiate, la proximité non feinte, la fidélité acquise.

Finalement, elle n'est pas si utopique que cela, l'épicerie de la butte Bergeyre … !



>> Voir aussi sur Parisperdu : "Sur la butte Bergeyre".

>> "N'est pas Willy Ronis qui veut ... !"

>> Butte Bergeyre, … et il y avait-là un stade.

 

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Arles 2009, et ce fut la dernière.

27 Avril 2010, 09:37am

Publié par barreteau

"La belle image, c'est une géométrie modulée par le cœur". (Willy Ronis)

 

En juillet 2009, Willy Ronis s'était rendu aux 40èmes Rencontres Photo d'Arles.
Il en était l'invité d'honneur. Arles lui rendait alors hommage avec une belle rétrospective à l'église Sainte-Anne, une manifestation émouvante comme un Requiem, surtout celui de Fauré qu'il aimait tant.

 

Willy, c'était un peu le grand-père de tous les photographes. Il ne se déplaçait plus alors qu'en fauteuil roulant, affaibli par son grand âge. A Arles, il fit une toute dernière apparition dans la lumière bleutée du théâtre antique. Son petit-fils, le photographe Stéphane Kovalsky, poussait le fauteuil de son cher "Villy" comme on l'a toujours appelé dans la famille, … pas de W pour les proches !

 

Ce soir-là, après un tonnerre d'applaudissements, Willy se contentera d'un geste de la main: un "au revoir" qui sonnait comme un adieu. Ce fut un moment extrêmement touchant, chacun a bien senti qu'il se passait quelque chose de très fort, un peu comme un clap de fin …
 

Actuellement, pour retrouver cet immense photographe, courez voir, à la Monnaie de Paris, l'exposition:"Willy Ronis: Une poétique de l'engagement". Willy avait lui-même préparé cette exposition, elle devait marquer son 100ème anniversaire …

Pour cette rétrospective en 150 images, à côté des incontournables, il y a là quelques belles découvertes …


>> Voir aussi sur Parisperdu: "Au revoir et merci Monsieur Ronis".

>> Actuellement "Willy Ronis : Une poétique de l'engagement" à la Monnaie de Paris, 11, quai de Conti Paris 6ème,  jusqu'au 22 août 2010.

 

 

 

 

 

 

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L'entrepôt Macdonald : vers un avenir meilleur.

23 Avril 2010, 09:19am

Publié par barreteau

Entrepôt Macdonald, 141-221 boulevard Macdonald, 19ème.

 

 

Disons-le tout de suite, le propos n'est pas de débattre ici des possibles améliorations du stockage des hamburgers. Ce Macdonald-là fait référence au boulevard qui longe l'entrepôt. Un boulevard baptisé ainsi en l'honneur du maréchal de France Étienne Macdonald, duc de Tarente. Rien à voir donc, avec le géant du fast-food américain.

 

L’entrepôt Macdonald réalisé en 1976 par l'architecte Marcel Forest, est, avec ses 617 mètres linéaires,  l’immeuble le plus long de Paris. Le projet initial prévoyait une surélévation de trois niveaux supplémentaires, ce qui explique la sobriété de la façade conçue comme un simple soubassement. "Son esthétique suffit pourtant à ce qu’il demeure un édifice complet en apparence, en l’attente, qui sera peut-être longue, des programmes futurs" écrivait son architecte, avec, reconnaissons-le, un fameux sens de la prémonition !

 

Aujourd’hui, le néerlandais Floris Alkemade, l'architecte coordonnateur du nouveau projet, trouve sa mission facilitée par cette particularité et, il lui est ainsi possible de conserver la majorité de la structure en béton, puis de la  surélever et enfin de la couper en son milieu pour laisser passer, sous une passerelle, la future prolongation du tramway T3.

Le nouveau complexe abritera 1000 logements, 30 000 m2 de bureaux et des équipements publics. Malgré la densité de l'habitat, la construction respectera la charte de développement durable : l'entrepôt fera la part belle à l'exigence environnementale: géothermie, panneaux photovoltaïques, isolation renforcée, récupération de l'eau de pluie...

 

Le projet global d'aménagement de la zone "Paris Nord-Est" est pharaonique, sa réalisation prendra environ une vingtaine d'années. Mais à elle seule, la restructuration  de l'entrepôt Macdonald est aussi un pari colossal car, d'une vaste friche industrielle grise, oubliée le long des boulevards ceinturant la capitale, au cœur des populaires portes d'Aubervilliers et de la Villette, il s'agit de faire naître - dès 2013 - un vrai "morceau de ville".

A cet horizon, il sera vraisemblablement possible de s'entendre rétorquer : "Alors comme ça, t'habites chez McDo … ?"



>> "Projet MacDonald", fiche du promoteur (SEMAVIP)

>> Images virtuelles de l'entrepôt restructuré.


 

 

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A la découverte de Belleville et de Ménilmontant.

19 Avril 2010, 08:50am

Publié par barreteau

Le café Lou Pascalou, 14 rue des Panoyaux 75020 PARIS

 

Hors des sentiers battus, il existe un Paris méconnu, bien loin de la Tour Eiffel et du Quartier Latin … A Belleville, à Ménilmontant, c'est une vision différente de Paris que je vous propose de découvrir.

 

Belleville et Ménilmontant étaient autrefois des villages, de vrais coins de campagne. La rue des Panoyaux par exemple, tire son nom de son ancienne activité viticole, on y cultivait des raisins sans pépins.
A la fin des années 70, les émigrés chinois s’installent progressivement à Belleville, un  quartier qui possède alors une très mauvaise réputation. On y laisse en effet s’abîmer le bâti  pour pouvoir tout raser et reconstruire. On y trouve alors de nombreux logements vides, une multitude de magasins et d'ateliers fermés.

 

Aujourd'hui, ces quartiers populaires sont parmi les plus cosmopolites de la ville, et une balade urbaine dans ces anciens villages met en valeur toute leur diversité  ethnique, culturelle ... Ainsi à Belleville, on a  récemment recensées plus de 80 ethnies dans une seule et même école ! Au détour d’une rue, on peut découvrir un berbère qui vend de la viande hallal à côté d'une épicerie dédiée aux produits d’Europe de l’Est… car nord-africains et  ex-yougoslaves étant maintenant nombreux, les commerces s’adaptent naturellement aux besoins du quartier.

 

Diverses cultures donc, mais pas forcément de mélanges car les communautés vivent souvent côte à côte dans un respect mutuel réel , mais sans pour autant se fréquenter.

Pourtant, certaines initiatives voient le jour pour apaiser de potentielles tensions intercommunautaires. Ainsi, le café Lou Pascalou qui trône sur une petite place aux allures d’arrière-cour, œuvre pour la cohabitation pacifique des cultures et des religions du quartier. Après le "11 septembre 2001", le patron kabyle, sentant la tension monter, s’est mis à organiser des repas entre les différentes communautés afin de favoriser le dialogue.

 

Mais c’est surtout l’énorme Eglise Notre-Dame de la Croix, entre Ménilmontant et Belleville, qui impressionne. Pendant la période des fêtes, un marché de Noël coloré s’installe sur le parvis. En haut des marches brûle un feu de bois et des musiciens noirs jouent des airs venus d’Afrique, ajoutant une touche de chaleur à l’air frais de cette fin de mois de décembre.

 

Belleville est à elle seule une invitation au voyage. Ici, les noms parlent d’eux-mêmes. On se promène à travers le quartier de la "petite Tunisie", et la rue du Sénégal et son foyer, qui accueille les immigrés africains, se trouve non loin de la synagogue de la rue Bisson.

Aujourd'hui, nous sommes samedi et, sur le boulevard de Belleville, les commerçants juifs sont absents comme tous les jours de shabbat. Mais sur le trottoir d’en face, le côté musulman bouillonne, de même que, un peu plus haut, le quartier chinois, tenu par ceux que l’on appelle les "bananes", les immigrés asiatiques de la deuxième génération, réputés pour être jaunes à l’extérieur et blancs à l’intérieur.

 

Au cours de cette enrichissante balade, c’est donc un Belleville multicolore que vous apprendrez à regarder, à sentir vivre, un quartier où souvent beaucoup n'osent pourtant pas s'aventurer. Alors n'hésitez plus à cheminer dans ce Paris dépaysant, hors des sentiers battus, par les rues et les ruelles de Belleville ou de Ménilmontant …



>> "Belleville embarquement immédiat".

>> "Le Petit miracle de Belleville".

>> "Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.

>> "En redescendant des hauts de Ménilmontant."

 

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