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PARISPERDU

Voyage à Belleville (5/6) : Dans les parcs et les jardins.

9 Novembre 2014, 10:23am

Publié par barreteau

 Parc des Buttes-Chaumont _ Paris 19ème.

Le quartier de Belleville possède plusieurs parcs publics à l’identité très différente.

Au Nord, le parc des Buttes-Chaumont est le plus beau parc à l’anglaise de Paris. Ses pelouses en pente, son lac, ses grottes, le belvédère néo-classique fiché au sommet d’un éperon rocheux et le pont suspendu donnent à l’endroit une allure très pittoresque. Ses 24 hectares, sont les bienvenus au milieu de la forte densité urbaine environnante. Aux beaux jours, son aspect vallonné se prête bien à la mode actuelle des pique-niques et des apéritifs dînatoires.

Au Sud, à la limite de Ménilmontant, le parc de Belleville ouvert en 1988, a remplacé un îlot du Paris populaire souvent photographié par Willy Ronis et par ses compères du courant des photographes humanistes. La présence ici de ce parc est très appréciée tant les espaces verts font défaut dans cette partie de la ville. Dessiné à flanc de colline, il possède outre l'une des plus longues fontaine-cascades de la capitale, une vigne qui rappelle la tradition viticole de Belleville et surtout, le long de la rue Piat, en haut du Parc, un beau panorama, avec une vue imprenable sur Paris étendu à vos pieds.

Mais, Belleville possède aussi le plus grand jardin de Paris intra-muros. On n'y pense pas spontanément car il s'agit d'un jardin un peu particulier : c'est …le cimetière du Père Lachaise !

Eh oui, le plus prestigieux des cimetières parisiens est aussi le plus vaste des espaces verts de la capitale !

Sur ses 44 hectares, on dénombre 5300 arbres, essentiellement des érables, des frênes, des marronniers, auxquels s'ajoutent quelques platanes, robiniers, hêtres, tilleuls, acacias, sophoras, noyers… Excusez du peu !

Mais les visiteurs ne viennent pas seulement ici pour s'oxygéner et profiter de l'hyper-calme du lieu, … la promenade au Père Lachaise permet aussi de rencontrer de très nombreuses personnalités … ou plus exactement leurs sépultures !

Au fil du temps, le Père-Lachaise est en effet devenu un lieu d'exposition à ciel ouvert de l'art funéraire. Chaque année, le cimetière est visité par plus de deux millions de personnes, ce qui en fait l'un des lieux les plus visités de Paris, après la Tour Eiffel, le Louvre et Notre-Dame.

(A suivre …)

 

>> Le Père-Lachaise, l'un des lieux les plus visités de Paris.

 


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Voyage à Belleville (4/6) : Venez donc faire un tour dans le village.

4 Novembre 2014, 10:03am

Publié par barreteau

 

 Cour du 48 rue Ramponeau_Paris 20ème (juin 2012)

Dans le bas-Belleville, la rue grouille de monde et, ce bourdonnement, cette agitation pourraient bien quelque peu vous étourdir. Mais en remontant vers le haut-Belleville vous entrez dans un autre univers et, derrière les façades des vieux immeubles ouvriers règne souvent une grande quiétude.
Si l'on peut avoir un accès aisé à ces endroits cachés à l'occasion des "Journées portes ouvertes des Ateliers de Belleville", chaque année en mai, le reste du temps il vous faudra "jouer du digicode" pour pénétrer dans les impasses privées et les cours intérieures qui nous rappellent le passé à la fois campagnard et ouvrier de Belleville.

Un peu plus loin, des ruelles soignées, bordées de maisonnettes colorées, sont habitées par des bellevillois heureux de perpétuer l’esprit d'un village, à la fois convivial et solidaire. Comme à la Cité du Palais-Royal par exemple, ainsi surnommée parce que la Comédie Française (située au Palais-Royal) y entreposait autrefois décors et costumes.

Mais tout le vieux Belleville n’a pas été sauvegardé … loin de là !
Les hauts immeubles de béton qui ponctuent et enlaidissent le quartier en témoignent. Toutefois, la nostalgie pour ce Paris disparu reste tenace. Et, pour retrouver ce passé proche, on peut regarder "Le ballon rouge", ce merveilleux film tourné en 1956 par Albert Lamorisse à Belleville et à Ménilmontant. On peut également relire "W ou le souvenir d'Enfance" de Georges Perec, un ouvrage paru en 1975. L’écrivain y raconte ses jeunes années, rue Vilin, une artère aujourd’hui aux trois-quarts détruite mais que l'on retrouve rayonnante, dans les photographies de Willy Ronis.

Cependant l’œil curieux se rend vite compte que tout n’a pas été rasé à Belleville. Ainsi, entre la  rue des Cascades et la rue de la Mare, la placette Henri Krazucki est un lieu hors du temps et loin du tumulte. C’est donc l'endroit idéal pour prendre un café en terrasse, au calme.

Forte d'une identité singulière, Belleville suscite un attachement, voire un véritable amour, à tel point que ses habitants s’engagent fréquemment pour défendre leur territoire, et souvent ils résistent plus … et mieux qu'ailleurs.

Belleville n’a pas de monuments, pas de lieux célèbres à visiter, rien de pittoresque ou de particulier.
On ne vient pas se promener ici pour voir le Paris des circuits touristiques … mais pour faire un tour dans un village vivant, attachant, à l'écart des flux urbains … et ça, … ça vaut vraiment le détour !

(A suivre ...)


>> Le Ballon Rouge, 1956 - Albert Lamorisse : Regardez le film.

>> Place Henri Krazucki, le carrefour stratégique du 84 rue des Cascades / 43 rue des Envierges. 

 

 

 

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Voyage à Belleville (3/6) : Visite chez les artistes et les militants ...

29 Octobre 2014, 11:35am

Publié par barreteau

Rue Dénoyez _75020 Paris (juin2012)

Il suffit d’arpenter le pavé bellevillois pour se rendre compte à quel point l’art est partout, … même dans la rue.

Dans les années 80, de nombreux artistes ont investi les arrières-cours pour y occuper les ateliers désertés par les artisans. Et, en continuant à faire vivre ce patrimoine ouvrier, typique des faubourgs parisiens, ils l’ont mis en valeur.

C’est justement ce que l’on découvre chaque année au mois de mai à l’occasion des Portes ouvertes des "Ateliers d’Artistes de Belleville" : une concentration insoupçonnée d’artistes et de créateurs, invisibles habituellement car installés en retrait du tumulte de la rue.
Le plan distribué gratuitement à l'occasion de cet évènement est indispensable pour dénicher - et pas toujours facilement - ces espaces cachés. L'an dernier, ce sont plus de 250 artistes qui ont ainsi ouvert au public les portes de leurs ateliers. 

Dès sa création en 1989, l’association des AAB (Ateliers d’Artistes de Belleville) s’est inscrite dans une démarche non seulement artistique mais aussi militante. Constituée pour préserver le bas-Belleville alors menacé par un projet de ZAC (une vaste opération de destruction très contestée), l’association a su médiatiser sa cause et faire de l’ouverture des ateliers un rendez-vous original et incontournable. Et, ces mêmes artistes de Belleville ont aussi beaucoup œuvré au sein d'une autre une association "la Bellevilleuse". Ensemble, ces deux associations ont  sauvé le quartier du bas-Belleville des bulldozers.

Mais à Belleville, s’il est un lieu qui porte en lui tout "l’ADN artiste" du quartier, c’est bien "la Forge". Située au 23-25, rue Ramponeau, cette ancienne usine de clés est blottie au fond d’un terrain vague improbable, avec tout autour des murs recouverts de tags colorés et de dessins gigantesques. Sauvée de la démolition par des artistes-squatteurs, cette friche industrielle est aujourd’hui gérée par … la Mairie de Paris… aussi peut-on se demander si l’esprit purement autonome Bellevillois n'est pas en train de disparaître ?

Dans le bas-Belleville, impossible de manquer la singulière, l'incroyable, la foisonnante rue Desnoyez. Investie, chargée et surchargée depuis des années par les graffeurs et autres virtuoses du "street-art", cette rue, baptisée par certains "Le paradis du graff" est en effet l’un des rares endroits de Paris où ce mode d'expression est toléré, voire mis en valeur.
Dans cette drôle de rue, n'hésitez pas à pousser la porte de la "Maison de la Plage" ou de la galerie "Frichez nous la paix" : dépaysement et surprises garantis.  

Belleville attire aussi désormais de nouvelles galeries qui quittent le centre pour s’installer ici. Cependant il faut bien dire que certaines d’entre elles, peu ouvertes sur l’extérieur et sur les habitants du quartier, attisent les critiques de la communauté artistique locale.

Enfin, à Belleville, il faut aussi "visiter" les nombreux murs peints du quartier : Némo et ses pochoirs poétiques, Kouka et ses guerriers ou encore Jérôme Mesnager qui, avec ses corps blancs, a marqué de son empreinte de nombreuses rues du coin.

Au niveau du 50 rue de Belleville et au coin de la rue Julien Lacroix, deux grands murs impressionnants se font face sur la place Fréhel : l’un est signé Ben et l’autre Jean Le Gac. Deux "spots arty" incontournables comme diraient les bobos du quartier ....

(A suivre …)


>> Déjà sur Parisperdu : "A Belleville, La Forge n'est plus ce qu'elle était"

>> Les murs peints de Belleville.

 

 

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Voyage à Belleville (2/6) : Balade dans la mosaïque culturelle ...

24 Octobre 2014, 10:10am

Publié par barreteau

Marché du boulevard de Belleville_ Paris 20ème

Quand vous sortez du métro Belleville, dans le bas du quartier, la dimension multiethnique vous saute immédiatement aux yeux.

Ici tout n'est que mélange, car à Belleville il n'y a pas de secteurs exclusivement dédiés à telle ou telle autre communauté. Chinois, juifs, maghrébins ou africains, tous vivent ensemble, installés ici et là au gré de leurs arrivées, au fil du temps. Ils partagent l’espace avec de vieux prolétaires français, avec des artistes venus de tous horizons mais aussi, plus récemment, avec de jeunes bourgeois-bohèmes, les fameux "bobos".

Et c’est surtout le long du boulevard de Belleville, puis de celui de Ménilmontant, à l’occasion du marché qui se tient chaque mardi et vendredi, que le visage multiculturel et populaire de Belleville se révèle avec toute sa force.

Le dimanche, les chinois se rassemblent sur le boulevard de Belleville, autour de la station de métro, pour s'échanger les nouvelles de leur lointain pays. Les vieux "chibanis" (ces immigrés maghrébins qui partagent leur temps entre leur pays d’origine et la France) discutent de façon quasi-permanente, assis sur les rares bancs du quartier. Un peu plus loin, nonchalamment assis aux terrasses des cafés populaires du bas Belleville, les juifs tunisiens partagent à longueur de journée le thé à la menthe.

Et, si la rue de Belleville, colonne vertébrale du quartier, offre surtout un visage chinois jusqu’à la rue des Pyrénées, il faut savoir se perdre sur les flancs de la colline pour découvrir ici une synagogue, là une échoppe tenue par des maghrébins, ailleurs un traiteur polonais, puis un supermarché asiatique, ou un coiffeur indien, ou encore un restaurant africain.

Mais les enseignes du monde entier ou les habits traditionnels vus ici, ne sont que la partie émergée de Belleville. Les Portugais, les Yougoslaves, les juifs ashkénazes et bien d'autres encore sont également bien présents même s'ils sont visuellement plus discrets.

Après avoir dépassé la synagogue au 118 boulevard de Belleville, et en continuant vers le métro Couronnes, on se retrouve au cœur d’un quartier musulman, entre les librairies islamiques et les magasins de hijab concentrés autour de la mosquée Omar-ibn-el-khattab. Mais Couronnes n’est pas pour autant devenu un ghetto musulman car, au cœur de cet îlot, se trouve la mémoire ouvrière et populaire de Belleville : la Maison des Métallos, un haut-lieu du syndicalisme des années 30, reconverti aujourd'hui en un établissement culturel.

(A suivre ...)

 

>> La Maison des Métallos, au  94 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris

>> Terrasses des cafés "Aux folies" et "Au vieux Saumur"- 10 rue de Belleville

 

 

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Voyage à Belleville (1/6)

19 Octobre 2014, 18:08pm

Publié par barreteau

 La partie haute de la rue de Belleville et la vue sur la Tour Eiffel (Mars 2014)

Voyager est un art pluriel. Chacun conçoit le voyage avec ses propres attentes, ses propres rêves, ses propres images. Mais voyager ne veut pas forcement dire aller au bout du monde. La découverte, le partage, les rencontres peuvent se trouver à deux pas de chez vous, pour peu que vous soyez curieux, sans à priori et avide de découvrir un monde qui vous change de votre quotidien.

Si vous êtes de ceux-là, alors le voyage à Belleville est fait pour vous.

Mais ce n'est pas à un "voyage organisé" que nous vous convions, car pour bien capter les multiples visages de ce coin de Paris, une longue pérégrination en solitaire vous sera nécessaire. Aussi, votre voyage va explorer 5 différentes facettes de ce quartier singulier de la capitale.

Alors, bienvenue à Belleville.

Dans un premier temps, avant de partir "sur le terrain" quelques mots sur l'Histoire du quartier seront utiles pour mieux le connaître et donc mieux le comprendre.

Accroché au flanc d’une colline qui domine Paris, Belleville n’a jamais perdu son identité populaire. Commune indépendante jusqu’en 1860, elle attire alors les parisiens sous les treilles et entre les vignes de ses guinguettes.

Les grands travaux d'Haussmann qui, sous le Second-Empire, transforment le centre de Paris, ne l'atteignent pas et bon nombre d’artisans et d’ouvriers, chassés du cœur de la capitale, s’installent alors à Belleville.

A cheval sur les 10è, 11è, 19è et 20è arrondissements, le quartier connaît alors une très forte urbanisation. Elle se prolongera jusqu'au début de la première guerre mondiale.

Dès les années vingt, Belleville accueille différentes vagues d’immigration qui viennent trouver refuge en France. Ces arrivées de populations diverses n'ont depuis lors jamais réellement cessé et ont donné au quartier ce visage cosmopolite qui le caractérise aujourd’hui.

Les richesses ethnique et culturelle de Belleville se découvrent certes au fil des trottoirs mais le quartier préserve encore bien des secrets derrière les portes des immeubles aussi, ne faut-il pas hésiter à les pousser … si les digicodes le veulent bien … !.

Belleville est un patchwork à forte identité et étonnamment vivant. Ici, tout et tous se mélangent : les histoires des hommes comme les décors du quartier.
C'est un Paris dépaysant, populaire et chamarré qui bouillonne ici.

Et, aujourd'hui encore, faire le voyage à Belleville reste une expérience à la hauteur de celle qu'entreprenaient dans les années 50, des photographes humanistes comme Doisneau, Izis ou Willy Ronis … Tous venaient immortaliser le Paris populaire du 20ème siècle qui s’exprimait alors pleinement ici.

Nous vous souhaitons "bonne route et bon voyage" …


(A suivre …)


>> Voir aussi : le Petit miracle de Belleville.

 

 

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Paris se barricade.

15 Octobre 2014, 09:29am

Publié par barreteau

 Une impasse sécurisée de la villa Faucheur - Paris 20ème - octobre 2005

Grilles, clôtures, portails automatiques... dans les vingt dernières années, les "communautés emmurées", comme disent les Québécois, sont devenues un élément constitutif de l'habitat parisien. Ces résidences clôturées laminent l'image d'une ville qui se veut "championne  du vivre ensemble", un label que nous servent régulièrement les politiques locaux.

Si le phénomène touche toute la France, la capitale arrive en seconde position juste derrière Marseille qui détient le record national de l'habitat barricadé. Mais Paris progresse et la tendance au cloisonnement en enclaves résidentielles fermées, est massive. Elle touche tous les types de logements - ancien, récent, individuel, collectif, luxueux ou très modeste - et tous les arrondissements de la ville. D'ailleurs aucun promoteur immobilier ne s'aventure, désormais, à proposer aux acheteurs un projet neuf sans l'étiquette "sécurisée", un euphémisme car en fait il s'agit d'accès totalement contrôlés et de frontières solidement bouclées.

Et pourquoi croyez-vous que les copropriétaires demandent la fermeture de leurs résidences, de leurs villas, de leurs impasses … ? Pour la sécurité, bien sûr car avec des portails automatiques, il est plus difficile de voler une voiture ou de cambrioler une maison. Mais le sentiment d'insécurité, réel ou supposé, est le déclencheur de bien d'autres demandes. Et les causes de fermeture dépassent largement la problématique de la sécurité. Car au final, ce qui est aussi recherché, c'est la volonté d'entre-soi ...

Et, plus on se rapproche des grandes cités HLM, notamment dans les quartiers nord, plus le malaise est patent … et plus on se renferme sur soi-même.
Vous avez dit mixité sociale … ?


>> Voir aussi : "La villa Faucheur".

>> Digicode, tu n'es pas mon ami …

>> Bref entretien, rue Miguel Hidalgo.

 

 

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Errance dans un Paris intemporel.

10 Octobre 2014, 11:34am

Publié par barreteau

Cité Durmar, 154 rue Oberkampf, Paris 11(Juillet 2012)

Certains de mes fidèles lecteurs me demandent: "Faut-il avoir connu ce Paris perdu pour bien vous lire" ?
Certes non, mais ceux qui partagent les mêmes souvenirs et la même expérience du temps perdu retrouveront plus aisément certains itinéraires et mots de passe, même si souvent le Paris que j'évoque est devenu intemporel voire totalement imaginaire …


Mêlant passé et présent, la ville m'apparaît comme un espace horizontal où les strates temporelles se superposent. Ainsi, les références à l’Histoire sont brouillées, car elles se mélangent aux impressions que la ville exerce sur moi.

Car la ville représente en effet pour moi  un espace un peu irréel où je pars en quête de "je ne sais quoi", traversant les rues, les avenues ou les arrondissements, ou rêvant dans un parc, un square, un café. Arpentant la ville, dans ses dédales, dans ses moindres interstices, je cherche alors à dégager le passé de l’oubli.

Cette errance, cette promenade à travers la ville et dans ma mémoire est un prétexte, souvent mince, pour reconstituer un certain passé et les fragiles fragments qui le composent.

Comme Patrick Modiano, je peux dire que le Paris où j'ai vécu et que j'arpente dans ce blog n'existe plus. Et je suis en parfaite résonnance avec Modiano lorsqu'il dit: "Je n'écris que pour retrouver ce Paris. Ce n'est pas de la nostalgie, je ne regrette pas du tout ce qui était avant. C'est simplement que j'ai fait de Paris ma ville intérieure, une cité onirique, intemporelle où les époques se superposent et où s'incarne ce que Nietzsche appelait «l'éternel retour.» Il m'est très difficile maintenant de la quitter. C'est ce qui me donne si souvent l'impression, que je n'aime pas, de me répéter, de tourner en rond".

Et puis, s'échapper de son quotidien pour déambuler dans la ville comme le ferait un fugueur ne serait-elle pas la seule manière de bien connaître une ville, ses frontières et ses détails, invisibles à l'œil nu?
C'est comme ça, du moins, que j'ai découvert ce Paris perdu. Prenant sur mon temps de travail, le volant en quelque sorte à mon employeur, j'avais l'impression de dériver au fil de promenades interdites, de vivre de grandes aventures qui n'étaient pas "autorisées", d'être confronté au contexte social de certains quartiers qui m'effrayaient, c'était même parfois un choc violent.

C'est tout cela que j'exprime dans ce blog et, peut-être ne m'en suis-je jamais remis de cette errance-là et de cette aventure-là …

 

>> Patrick Modiano vient de recevoir le Prix Nobel de Littérature… une récompense pour son "art de la mémoire".

>> Paris, de Paul Valéry à Patrick Modiano.

 

 

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Robert Giraud, prince de la nuit d'un Paris disparu.

5 Octobre 2014, 15:51pm

Publié par barreteau

Dans un bistrot de la rue Mouffetard, Robert Giraud (à gauche) en  discussion avec le clochard Pierrot la lune. © Olivier Bailly.

Est-ce que Parisperdu pouvait ignorer l'homme que fut Robert Giraud: écrivain, journaliste, poète, lexicologue … et, à sa façon, expert d'un Paris disparu ?

En parcourant le formidable blog d’Olivier Bailly, la réponse fut claire et nette : je me devais d'en parler.

Robert Giraud, disparu en 1997 fut un drôle de passager de la nuit, fréquentant assidûment les meilleurs bistrots de la capitale, pas forcément les plus rutilants, mais sûrement les plus chaleureux. Des enseignes aujourd'hui disparues ou pire, dévoyées par la "branchitude" …
Seul le bar "le Vin des rues", baptisé ainsi en hommage à son livre le plus fameux, est encore là pour entretenir sa mémoire.

Robert (Bob) Giraud a toujours vécu librement parmi le peuple parisien. Il arpentait ce Paris d'hier, un Paris "fragile", un monde en train de mourir dont il poursuivait les fantômes : clochards, filles de joie ou petites gens au grand cœur… mais il entrainait aussi avec lui les "monuments" que sont Jacques Prévert et Robert Doisneau pour lesquels il a été un peu comme les "traffichini" de Naples, ceux qui vous ouvrent les portes... Il les conduisait auprès du petit peuple des nuits de Paris qu'il connaissait, mieux que quiconque et qu'il comprenait mieux que beaucoup car Robert Giraud avait, lui aussi, connu la misère.

Dans ce Paris méconnu, ce Paris à la marge, il mène des enquêtes pour "Détective" ou "L’Intransigeant". Il en sortira aussi un livre, "Le Peuple des berges", qui prend aujourd’hui une valeur particulière tant il raconte un monde qui n'existe plus. Un monde que l’on qualifiait alors de pittoresque, que l’on photographiait comme si la misère pouvait être décorative. Les portraits qu’il en ramène sont ceux d’un autre temps et d’une autre société, celle des bas-fonds où règnent les verres de gros rouge … le vin, sérum de vérité, qui délie bien des langues.
Il nous raconte alors les histoires d’un Paris perdu, d’un Paris insolite sur le ton d’une simple conversation et avec le langage des rues mal éclairées.

Merci Monsieur Bob et merci aussi à Olivier Bailly de nous faire revivre ces tableaux uniques de la Grande comédie humaine.


>> Pour en savoir plus, voir l'ouvrage d’Olivier Bailly consacré à Robert Giraud, alias l'ami Bob, alias le copain de Doisneau, alias le camarade de Prévert …

>> Le bistrot "Au vin des rues" 21, rue Boulard _75014 Paris.

 

 

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177 avenue de Flandre.

29 Septembre 2014, 09:15am

Publié par barreteau

177 avenue de Flandre Paris 19ème (juin 1997)

Le 177 de l'avenue de Flandre n'est pas une adresse banale. A ce numéro, on trouve un portail accolé au viaduc de La Villette sur lequel s'allonge la Petite Ceinture. Passé le portail, on débouche sur une allée plutôt campagnarde. Et là, chaque arche du viaduc est occupée par de singuliers locataires … On ne peut pas vraiment parler de bureaux même si la majorité des alcôves abritent des petites entreprises qui ont élu domicile dans ce lieu improbable.

L'arche N° 6 du viaduc abrite la "World Lines Transport & Services", une raison sociale que l'on s'attendrait plutôt trouver à New-York, sur la South Street Seaport au 69ème étage de la 180 Maiden Lane Tower ou bien encore à Hong-Kong au 74 ème étage du HarbourSide sur Austin Road …. mais en aucun cas au fond d'une impasse crasseuse du 19ème arrondissement de Paris !

Pour donner le change, la "World Lines Transport & Services", a placé, bien en vue sur l'avenue de Flandre un panneau qui pourrait rassurer l'éventuel client égaré dans le secteur.
Sur ce panneau, on peut lire:

"Afrique Antilles Asie Océan Indien Amérique Exotique"

"Fret Aérien Maritime"

"Transit Douanes"

Voilà qui ferait sérieux si le dessin au centre du panneau, ne venait pas tout gâcher. Jugez plutôt, on y découvre un homme en slip neutralisant du pied un boa (à moins que ce ne soit un python ?). Et de surcroît, ce sauvage n'a pas de tête, car sur son cou se dresse une ramification de 5 branches (les 5 continents peut-être ?). Et pour ajouter au baroque, on a figuré à côté de lui, un outil à l'allure plutôt martiale …

Aujourd'hui, tout ce folklore a disparu, et il n'y a plus rien au 177 avenue de Flandre, sauf … une Sanisette et une Station Vélib.

On n'ira pas bien loin avec ces "engins" alors qu'ici la "World Lines" vous offrait le monde entier !

 

>> Le 177 avenue de Flandre, aujourd'hui ...

>> De l'autre côté du viaduc de La Villette … là aussi ce n'est pas banal !

 

 

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Le Pont national, un pont qui s'élargi sans cesse.

22 Septembre 2014, 14:01pm

Publié par barreteau

 Pont National, la voie de chemin de fer de la Petite Ceinture se situe désormais en contre bas. (septembre 2013)

Il relie le quai de Bercy au quai Panhard-Levassor, et aussi le douzième au treizième arrondissement.

Dès sa conception, sa fonction est double : assurer à la fois le trafic routier et le trafic ferroviaire. Le pont fait en effet partie intégrante de la ligne de chemin de fer intra-muros (la Petite Ceinture) destinée à relier les différentes gares de Paris. C'est Napoléon III qui l'a voulu ainsi.
Le pont porta d'ailleurs à l'origine le nom du prince-président devenu ensuite empereur. Mais la défaite de 1870 et la chute de l’Empire entraineront le changement de son nom pour celui de "National".

Sur le pont National, voitures et piétons côtoient directement le chemin de fer, au lieu que celui-ci ne s’établisse au-dessus, sur un viaduc, comme on le voit ailleurs dans Paris.

Dès les années 30, la largeur du pont s’avère insuffisante. On projette le doublement de l’ouvrage par une structure d’aspect identique, accolée en amont … mais celle-ci ne verra définitivement le jour qu'en 1953.

Le nouvel ouvrage amarré au pont original, présente un tablier plus haut que celui de son prédécesseur en raison des servitudes qu'il intègre, aussi la voie de chemin de fer de la Petite Ceinture se situe désormais en contre bas.

Le prolongement de la ligne de tramway T3 devant emprunter le pont National, d’importants travaux sont lancés sur le pont, dès avril 2010.
Ces travaux sont destinés à élargir le pont et à construire une passerelle métallique réservée aux piétons et aux cyclistes.

Cette passerelle métallique fixée directement sur l’ouvrage est une véritable prouesse technique, car elle permet de gagner 5 mètres en largeur sans appuis supplémentaires sur le fleuve.

Mais de là-haut, la vue sur la Seine n'a rien de véritablement pittoresque car la partie comprise entre le pont National et le pont de Tolbiac longe le port de Bercy, occupé par des entreprises de travaux publics – sablières, béton, matériaux divers … – qui laissent peu de possibilités à la promenade, aux loisirs … ou même à la rêverie.


>> En savoir plus sur le pont National.

 

 

 

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Pétition pour la défense de la commission du vieux Paris.

17 Septembre 2014, 15:32pm

Publié par barreteau

Tous les sites affichés sur cette image ont signé la pétition pour la défense de la commission du vieux Paris.

La Mairie de Paris souhaiterait "recadrer" la Commission du Vieux Paris en redéfinissant son fonctionnement et en modifiant sa composition.
Cela reviendrait à se débarrasser d’une commission qui veille sur le patrimoine parisien depuis 1897.

Une pétition a été lancée pour défendre la Commission du Vieux Paris.

Soyez nombreux à exprimez votre opposition à cette décision en signant cette pétition !


 >> Signez ici .

 

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Querelles de zincs.

15 Septembre 2014, 09:38am

Publié par barreteau

La "Mer à boire", devenu le "O'Paris" au 1 rue des Envièrges Paris 20ème (Juillet 2013)

C'est une querelle à l'ancienne, émaillée d'invectives lancées à la nuit tombée, de vitres brisées et d'échanges de tags vengeurs. Dans le quartier de Belleville-Ménilmontant se joue en effet une drôle de bataille de bistrots, brossant en filigrane les transformations que connaissent la capitale.

Car là-haut, la gentrification ne cesse de gagner du terrain, creusant le fossé entre des populations installées de longue date - qui voient le prix des loyers s'envoler - et les nouveaux arrivants: bobos et autres hipsters.

 

Et les quelques propriétaires de bars historiques du coin ont vu d'un mauvais œil l'arrivée de cafés à la mode, fréquentés par une clientèle jeune et cosmopolite - tel le "La mer à boire",  rue des Envièrges, ouvert en 2009  et devenu depuis le "O'Paris".
Des Cafés-Bars qui répondent aux canons de la mode qui prévalent aujourd'hui à Paris.

Mais les bistrots traditionnels dénoncent la méthode "façon cheval de Troie" des nouveaux arrivants qui se présentent souvent comme de petits entrepreneurs modestes et sans le sou alors qu'ils investissent des sommes énormes dans ces nouveaux établissements.
 

Et, derrière la guérilla des bars, où chaque zinc cherche à dézinguer son voisin, se profile le débat sur le prix de l'immobilier à Paris, car les loyers continuent de flamber. En deux ans, dans certains secteurs de Belleville, ils ont augmenté de 40 % !

Dans les quartiers Est de la capitale, la zizanie dans les zincs est maintenant bien établie … la querelle des anciens et des modernes n'est pas près de cesser.

 

>> Voir aussi : "Balade hors des sentiers battus ..."

 

 

 

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La saga de la Halle Freyssinet.

9 Septembre 2014, 09:45am

Publié par barreteau

 Halle Freyssinet. "Startups 2 - Nef Centrale" ©Wilmotte et Associes Architectes

Après beaucoup d'incertitudes sur son devenir, l'avenir de la Halle Freyssinet est maintenant enfin assuré.
Les travaux vont pouvoir commencer … et, si tout se déroule normalement, la Halle accueillera, dès 2016, le plus grand incubateur - au monde - d'entreprises du numérique.

Les chiffres de cet incubateur donnent le vertige : 1 000 start-up innovantes, tous secteurs confondus, sur plus de 30 000 mètres carrés restructurés par l'architecte Jean-Michel Wilmotte.

La rénovation de la Halle va concilier la préservation de cet édifice unique pour lequel Freyssinet inventa le béton précontraint et une nouvelle ambition architecturale projetée par Jean-Michel Wilmotte.

L'architecte a en effet imaginé le nouvel ensemble autour d’une architecture de containers rappelant l’histoire ferroviaire du lieu et permettant aussi de favoriser l’échange, l’émulation, le partage. 

Mais ce nouvel espace ne sera pas exclusivement réservé aux entrepreneurs innovants car il accueillera aussi un immense bar restaurant ouvert au public 24h/24, … vivement 2016 !


>> L'avenir de la Halle Freyssinet enfin assuré !

>> En savoir plus sur le projet.

 

 

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Suez à nouveau dans l'impasse !

4 Septembre 2014, 09:06am

Publié par barreteau

L'impasse Suez vue depuis la rue de Bagnolet. (Paris 20e) Juin 2012.

L'impasse de Suez doit bien sûr son nom au canal mais aussi sans doute à sa proximité avec la rue de Lesseps dont l'ingénieur en avait été le promoteur.

Au départ du 77 de la rue de Bagnolet, une voie a d'abord porté pendant quelque temps le nom de rue de Suez, celle-ci débouchait dans la rue de Lesseps. Puis, cette rue a été transformée en impasse lors de la construction de l’école communale de filles de la rue de Lesseps.

D'où aujourd'hui ce "moignon" de rue d'à peine 15 mètres de long, une impasse … pour tout dire assez moche. Toutefois, le quartier est tranquille, à deux pas du Cimetière du Père Lachaise par la rue du Repos … c'est vous dire si c'est calme … !

 

>> Autres impasses dans le même quartier.

 

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Sur le quai de la gare d'Austerlitz, la naissance d'une idylle.

30 Août 2014, 09:55am

Publié par barreteau


Elle a l'air d'une jeune fille à qui on donnerait le bon Dieu sans confession; cela tient sans doute à sa blondeur diaphane. Seules les sandales de saison corrigent cette impression de trop grande sagesse. Lui ressemble à ces hipsters qu'on a vu éclore ces derniers temps : lunettes à grosse monture noire, barbe fournie, sweat à capuche, bermuda en Jean et chaussures montantes. Ils appartiennent à deux mondes qui n'ont presque rien en commun, mais l'été, parfois, favorise les rencontres improbables. Car les gestes de tendresse parlent pour eux : ces deux-là sont "ensemble" comme on dit, quand on n'ose pas dire "amoureux".

Ce qui frappe, c'est leur léger tremblement, comme s'ils se sentaient menacés. L'explication arrive au bout de quelques minutes: elle doit le quitter, elle a un train à prendre.

Il voudrait la retenir. La kidnapper peut-être, dans un élan romantique. Lui proposer de ne pas se quitter, pas déjà; ils ont l'âge pour ce genre de "folie". Elle repousse tristement sa tentative : "Tu sais bien que ce n'est pas possible". Elle va rejoindre ses parents, elle n'a que 17 ans. On est très sérieux quand on a 17 ans.

Alors il l'accompagne sur le quai pour l'étreindre une dernière fois. Ils échangent à l'oreille une promesse qu'on n'entend pas, mais qu'on devine. Et puis elle monte, il la salue d'un baiser depuis le quai. Le train part. Quelques secondes plus tard, un SMS arrive. Je ne peux pas lire par-dessus l'épaule du jeune homme, mais là encore on devine l'échange : "Tu me manques déjà". II répondra : "Toi aussi".

 

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