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PARISPERDU

photographes

Rétrospective Elliott Erwitt au Musée Maillol.

19 Juillet 2023, 11:23am

Publié par barreteau

Cette exposition réalisée et conçue par Tempora en étroite collaboration avec Magnum Photos est à voir jusqu'au 24 septembre 2023

 

L’exposition « Elliott Erwitt. Une rétrospective » rend hommage à l’un des photographes les plus importants du XXème siècle, membre de Magnum Photos depuis 1954. On peut y voir un ensemble de 215 photographies en noir et blanc et en couleur.

Photographe américain né à Paris en 1928, Elliott Erwitt est à la fois : peintre de l’intime, photojournaliste, photographe publicitaire, réalisateur et portraitiste de personnalités comme Marilyn Monroe ou encore Jackie Kennedy, Charles de Gaulle, Ernesto “Che” Guevara, Alfred Hitchcock, Nikita Khrouchtchev, …

L’exposition rend compte de la diversité des sujets abordés et de l’unité profonde de l’œuvre. Erwitt a une manière d’immortaliser des moments de la vie quotidienne avec un regard qui n’appartient qu’à lui, mélangeant humour et émotion.

L'Exposition montre également les coulisses du travail du photographe avec l’espace "Fabrique" dans lequel se trouvent des objets destinés à évoquer son studio new-yorkais et l’étendue de ses activités en lien avec la photographie.

« En réalité, dire qu’il y a de l’humanité dans mes photos est le plus grand compliment qu’on m’ait jamais fait. » disait Elliott Erwitt.

 

>> Les photographes humanistes sur Parisperdu.

 

 

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Images à la sauvette.

29 Juin 2023, 09:35am

Publié par barreteau

Images à la sauvette.


Images à la sauvette
(The Decisive Moment en version américaine) est l’un des plus grands livres de photographies jamais publié. Sorti en 1952 aux éditions Verve, il regroupe les photographies réalisées par Henri Cartier-Bresson durant les vingt premières années de sa carrière. C’est, en 1952, une monographie du meilleur de l’oeuvre d’Henri Cartier-Bresson, publiée chez un éditeur d’art, avec une couverture originale de Matisse.

C’est aussi une large présentation de son art, où est forgée cette notion de « moment décisif » qui donnera donc son titre à l’édition américaine de l’ouvrage : le moment où tous les éléments s’assemblent pour produire une image, non pas le sommet d’une action, mais un sommet émotionnel et formel, comme l’illustre la célèbre photographie d’un homme sautant au-dessus d’une flaque sur le pont de l’Europe avec en fond la gare St Lazare.

Ce livre demeure une référence incontournable pour un grand nombre de photographes.

 

>> WillyRonis, autre expert de l'Instant décisif.

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6 mètres avant Paris.

11 Mai 2023, 10:48am

Publié par barreteau

"6 mètres avant Paris"
Avant le panneau : avenue de la République à Bagnolet (93)
et après le panneau : avenue Cartelier, Paris 20ème © Eugène KOSSAKOWSKI (1971)

Entre l'Avenue de la République à Bagnolet et l'Avenue Cartelier dans le 20ème arrondissement de Paris, le périphérique et son faisceau de bretelles de la porte de Bagnolet ne passe pas inaperçu !
Cet anneau routier bruyant et malodorant marque la limite entre Paris et sa banlieue. Une limite qui longtemps a été matérialisée par des panneaux d'entrée/sortie de ville.

Au Printemps 1971 le photographe Eugène KOSSAKOWSKI a le regard attiré par ces écriteaux indiquant la limite administrative de Paris. Il décide de les photographier tous: pancartes en tôle ou en ciment, peu importe…

Le reportage comptera 159 photos, dont l’objectivité repose sur la position identique adoptée à l’égard de chaque écriteau (une distance de 6 mètres), sur la neutralité générée par une prise de vue frontale et le cadrage : des données qui sont invariables.

En réalité, KOSSAKOWSKI n’a pas toujours pu, à cause d’impératifs propres aux sites, se placer à une distance de 6 mètres devant chaque panneau. C’est donc au moment de l’agrandissement des clichés, qu’il va pallier ces variations.

En 1977, quatre photos de la série sont exposées dans le cadre de l’exposition « Archéologie de la ville » au Centre Beaubourg, où les 155 autres photographies sont mises en dépôt… et où finalement elles vont toutes disparaitre : perdues ou subtilisées ?

Malgré les aléas que connurent les tirages originaux, cette œuvre originale de KOSSAKOWSKI lui permis de se faire connaître en France et d’y vivre durant le reste de son existence c'est à dire jusqu'en 2001.

 

 

>> "6 mètres avant Paris", déjà sur Parisperdu.

 

 

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Frank Horvat… toujours à la mode !

21 Février 2023, 09:06am

Publié par barreteau

Frank Horvat… toujours à la mode !

Boîte d'archive du reportage-shooting "Paris, shoe and Eiffel Tower" (1974) © Frank Horvat

 

Né en 1928 en Italie de parents juifs originaires d’Europe Centrale, Frank Horvat s’installe en France à la fin des années 1950, année où il rencontre Henri Cartier-Bresson, qui le détermine à adopter le Leica.

À partir de 1957 et jusqu'en 1975, il applique son expérience de reporter à la photographie de mode, avec un style plus réaliste et moins guindé que celui des magazines de l’époque. Ses publications dans Elle, Vogue et Harper’s Bazaar, en Europe comme aux États-Unis, influenceront durablement le genre — tout en lui attirant les foudres de Cartier-Bresson, pour qui sa façon de photographier relève "du pastiche".

Après des essais photographiques entrepris sans commande : "Portraits d’arbres", "Vraies Semblances" et "New York" sont trois projets presque simultanés, à la fois divergents et complémentaires. Par rapport à l’orthodoxie "cartier-bressonienne", ils représentent cependant une nouvelle transgression — puisque les trois sont en couleur.

Puis, souffrant d’une affection des yeux, il passe temporairement de la photographie à l’écriture.

Les années 1990 le conduisent à une rupture encore plus radicale, par l’utilisation de l’ordinateur et des manipulations qu’il permet. Horvat explore alors un territoire entre la photographie et la peinture – une recherche qui suscite autant d’objections que d’acclamations, et que lui-même abandonne par la suite, pour se limiter à des interventions plus subtiles, que seul l’ordinateur permet, mais qui restent dans le registre de l’"instant décisif". Quoi qu’il en soit, ces expériences sont en avance sur leur temps et aussi innovatrices que l’avait été l’utilisation de sa technique du reportage pour la mode.

Durant ses dernières années, Frank Horvat, appareil en poche, continuait de documenter son quotidien et regroupe grâce à l'édition de ses Livres Blancs les différentes périodes de sa vie photographique.

Frank Horvat nous a quitté le 21 octobre 2020.

 

>> En écho à cette image de Frank Horvat, découvrez une photo de Lily Franey, photographe humaniste, sur le thème du poème "Tout dire" de Paul Eluard, Lily Franey nous montre cette image : "Cité du Val de Marne" (1991).

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Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

16 Décembre 2022, 14:45pm

Publié par barreteau

Le Paris en couleurs de Willy Ronis.

Légendé :  Pont Royal, Paris, 1955 © Willy Ronis ; mais il s'agit plutôt du Pont du Carrousel.

 

La découverte des photographies en couleurs de Willy Ronis sera à coup sûr une surprise pour beaucoup. Elle le fût également pour moi. Mais alors que je suis un "fan" inconditionnel de Willy et de ses magnifiques images en noir et blanc, je dois dire que j'ai été déçu en feuilletant son ouvrage " Paris-couleurs".
Et je voudrais dire pourquoi.

Chez Ronis le charme du noir et blanc rend paradoxalement ses images intemporelles, elles font rarement datées alors qu'à l'opposé ses photos en couleurs font souvent très datées.

Il y a une explication toute simple à cela et c'est Willy lui-même qui nous la donne : "Fin 1954, j’avais commencé avec mon Rolleiflex… des essais avec la pellicule Kodachrome, cette merveille qui malheureusement n’affichait alors qu’une sensibilité de 10 Asa".
Ronis a donc photographié en couleurs dès 1955, dès l’apparition du Kodachrome, un film diapositive à la chromie si particulière, et surtout si peu sensible à la lumière.

La faible sensibilité du film entraine pour Ronis des contraintes lors de la prise de vue, par exemple : il doit attendre le feu rouge pour immobiliser les automobiles sur la pellicule ; les piétons doivent prioritairement être pris de face car de profil leur image sera floue s'ils marchent trop vite…
 
Toutes ces contraintes sont à l'extrême opposée de la spontanéité de son regard, de sa formidable capacité à saisir un sujet sur le vif.  De surcroît dès que la lumière du jour est faible, l'image issue de la pellicule Kodachrome devient brumeuse et c'est cela qui la rend très datée.

A la même époque ses photos en noir et blanc sont bien plus lumineuses, mieux contrastées… Bref le Kodachrome 10 Asa est techniquement très limité et le talent de Ronis a du mal à s'exprimer avec cette pellicule couleur. D'ailleurs plus tard il dira à propos de sa célèbre photo en noir et blanc "Au repos de la montagne", lorsque je lui demande s'il se souvient de la couleur de la façade de ce bistrot : "Non je ne m'en souviens pas car à l'époque ma vision était exclusivement en noir et blanc".

Plus tard, dans les années 80, Ronis reviendra à la couleur avec des films devenus plus sensibles mais il s'en sert surtout pour des reportages commandés, en couleur, par des agences liées à l'Aménagement du territoire et à d'autres organismes… mais jamais pour des photos de rues prises sur le vif. Peut-être avait-il gardé un souvenir mitigé des rues de Paris photographiées, dans les années 54-55, avec la très limitée Kodachrome 10 Asa.

C'est un lieu commun que de dire que l'on ne peut plus regarder la télé en noir et blanc quand on l'a vu en couleur ! Pour les photos de Willy Ronis, je dirais que l'on a du mal à apprécier ses photos en couleurs quand on connait celles en noir et blanc.

 

>> "Paris-couleurs" de Willy Ronis aux éditions "Le Temps qu’il fait". 80 photographies en couleurs, 120 pages - Préface de Michel Boujut. 

>> Question à Willy Ronis : "De quelle couleur était Belleville ?"

>> "Au repos de la Montagne" - Photo ©Willy Ronis

 

 

 

 

 

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Willy Ronis et Edgar Degas : une certaine parenté.

24 Novembre 2022, 12:12pm

Publié par barreteau

A gauche :

"Le Tub", Pastel d'Edgar Degas, (1886), © Paris, Musée d'Orsay                             

Au centre :        

"Après le bain femme s'essuyant",    
Photographie d'Edgar Degas, (1884).

A droite :

"Le Nu Provençal, Gordes",
 © Willy Ronis, (1949)                                               

     

Certaines photos de Ronis ont-elles une parenté avec des toiles de Degas ?
A priori cette parenté n'est pas évidente car quand on dit : "Degas", on pense petits rats de l’Opéra, tutus vaporeux et ballerines haut lacées. Il faut dire que pour Edgar Degas, la danse est la grande affaire de sa vie : il lui a consacré pas moins de 1 500 œuvres !

Pourtant Degas a exploré beaucoup d'autres sujets : les courses de chevaux, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne… Il s'intéresse à la photographie, aussi en 1895 il fait l’acquisition de matériel photographique. Fasciné par les possibilités offertes par ce nouvel outil, il abandonne ses pinceaux et son ciseau pendant deux ans : entre 1895 et 1896. L’appareil lui permet alors de figer l’instant pour le reproduire sur la toile mais aussi d’expérimenter la lumière comme jamais auparavant, tout en explorant un nouvel univers esthétique.

À l’aide de gestes interrompus, il parvient à créer dans l’esprit du spectateur une succession de photogrammes où la suite prévisible est immanquablement imaginée. L’exemple le plus poignant est celui de l’enjambement du rebord de la baignoire par des femmes nues : le pied suspendu dans le vide appelle inéluctablement le moment où il se posera au sol, puis celui où l’autre jambe fera de même.

Il a beaucoup été dit combien l’œuvre de Degas devait à la photographie, lui-même s’en étant abondamment servi pour réaliser certaines de ses œuvres : décentrage, compositions obliques, contre-jour… Ses cadrages ont une liberté de plongée et de contre-plongée qui les rendent contemporains des premiers clichés de la photographie. Ils témoignent aussi d’une vraie fascination pour le noir et blanc, Degas disait : "Mes noirs sont trop noirs, mes blancs pas assez blancs". Il est vrai qu’à l’époque les tirages ne sont pas noirs et blancs mais sépia… !

Sur les photographies de Degas, on retrouve les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes visages rêveurs qui peuvent être rencontrés sur ses toiles ; on ne se défait pas d’un style d’une vie aussi facilement… Ainsi sur "Le Tub", un pastel de format : 63 × 80 cm, il est aisé de voir que le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagère en premier plan révèlent l'influence de ses premiers clichés photographiques.

 

>> Voir aussi :

> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

> Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

>
Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

 

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"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

13 Novembre 2022, 18:37pm

Publié par barreteau

"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

Bistrot-Guinguette "Chez Victor", Impasse Compans Paris 19e (1956) © Photo Willy Ronis

 

En partant de la place des Fêtes j'arrive au point le plus haut de la rue Compans. Était-ce là, le lieu ? Était-ce là l'impasse où Willy Ronis a photographié en 1955-56 le bistrot guinguette "Chez Victor" ?
Cette impasse aujourd'hui disparue, engloutie sous cinq énormes gratte-ciels, prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne ces monstrueuses barres de béton surnommées dans le quartier : "Les Paquebots" ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle… ?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés : du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il m'est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrais-je peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot-guinguette devait bien se situer là, car sous mes pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est : la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré Saint Gervais... et, en me retournant, peut-être même verrais-je les pistes du Bourget ? Mais non car de nouveau, il est encore là..., mon regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton... et je ne suis plus autorisé à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin... Heureusement, il nous reste les clichés du maître : en noir et blanc et aussi en couleur. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une...

 


>> Le même lieu photographié en noir et blanc par Willy Ronis en 1955.

>> Ronis aime retourner sur les lieux de ses plus fortes émotions photographiques :
"Rue Eugénie Cotton, entre les immeubles neufs du haut de Belleville, Paris (1980) © Willy Ronis

>> "Chez Victor" déjà sur Parisperdu.

>> On a retrouvé Victor !

 

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Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

26 Octobre 2022, 14:36pm

Publié par barreteau

 

Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

Photo du haut :

"Marthe au tub", photographie de Pierre Bonnard (1907) 

Photo du bas :      

"Modèle retirant sa blouse", photographie de Pierre Bonnard (vers 1916)

 

Willy Ronis ne pouvait pas ignorer le rôle que la photographie a joué dans l'œuvre peinte de Pierre Bonnard. Car, à la fin des années 1880 la technique photographique s'était considérablement simplifiée et nombreux furent les peintres qui s'y adonnèrent : Degas, Munch, Vuillard, et surtout Bonnard…
En 1905, Kodak va démocratiser la photographie en lançant le « Folding Pocket Kodak », premier appareil photo léger, maniable et peu coûteux, il intéresse ainsi de nombreux amateurs. Cet appareil avait la possibilité de saisir l’instantané au trentième de seconde, ce qui ne nécessitait pas que l’on pose, et gardait ainsi la spontanéité de la scène, si chère à Bonnard.

On retrouve alors dans les photographies de Bonnard outre la parenté des sujets, un cousinage de technicité très fort avec sa peinture :  la même audace, son penchant pour l'harmonie décorative, son goût du geste vif, du mouvement dansant et de la fantaisie, la même grâce mystérieuse qui transfigure les scènes quotidiennes. Tous ces éléments sont d'ailleurs très bien servis par la technique de l'instantané. Sans prétention artistique, ses images photographiques ont une certaine cohérence due à la compréhension des enjeux de l’instantané et du cadrage, facilitée sans doute par son expérience de la peinture et inversement… Ses photos montrent que le peintre a su instinctivement exploiter la liberté de cadrage pour obtenir des images abruptement coupées, et parfois floues, tel qu’on le trouve déjà dans sa peinture.
Il utilise la photographie comme un autre moyen de croquer le motif sur l’instant.
L'historienne de l'art France Borel dira que " Bonnard photographie toujours en peintre ; il peint souvent en photographe" car chez  Bonnard, la photographie est inséparable de son œuvre peinte.

Bonnard donne à Marthe, son modèle, une attitude beaucoup plus voluptueuse dans ses peintures que dans ses photographies pleines de retenue, dont Marthe au tub (1907) à qui il confère une présence sculpturale, et une proximité rasante. Le lien entre photos et peinture est ici très proche voire littéral.
A partir de 1916, Bonnard se désintéresse de la photographie, il se sait essentiellement peintre et ne pousse pas plus loin l’expérience d’une technique qui pratiquée autrement qu’en amateur, serait devenue trop exclusive.
Mais parmi les peintres, il est de ceux qui a le mieux perçu les possibilités expressives de l'appareil photo, en montrant que l’originalité de la vision prime sur la  maîtrise technique  dans la photographie amateur de l’époque.
Bonnard disait qu'"en peinture, la vérité est près de l'erreur". Ronis nous a dit que cela concerne aussi la photographie.

 

 

>> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (1/2)

 

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Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

13 Septembre 2022, 11:15am

Publié par barreteau

Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

Photo du haut : "La danse de la mariée en plein air"   
Pieter Brueghel l'ancien (vers 1566)
     

Photo du bas : "Fête provençale La Crémade Vaucluse"
©Willy Ronis  (1964)

 

Ronis, très tôt nourri par les peintres flamands, a alors son style  en place : des noir et blanc à la lumière travaillée, une composition rigoureuse héritée de cette école flamande des XVIe-XVIIe siècles. Dès ses premiers clichés dans les années 1920 Ronis s’inspire de ces compositions, en particulier celles de Brueghel l'Ancien, qui va grandement déterminer la disposition de ses personnages dans le cadre.

D'ailleurs, en 1967, il dit : "Mes photographies réussies de scènes à épisodes multiples font penser, toutes proportions gardées, à ces tableaux de Brueghel dont on éprouve une si grande joie à explorer les différentes parties. Chacune de ces parties est un petit tableau, et pourtant chacun concourt merveilleusement à la composition générale. Même si certains peuvent trouver ridicule de faire un parallèle entre une œuvre de Brueghel et une photo de reportage".

Sa passion pour la peinture et le dessin se lit dans ses photos qui ont souvent des compositions picturales avec ses cadrages très recherchés. Formé « au goût de la composition », pour lui la photo est avant tout un équilibre. La composition est donc fondamentale, ainsi que l’équilibre des valeurs, des rapports entre ombres et lumières. L’importance des ombres dans ses images est primordiale : "Ce n’est pas la lumière qui m’a inspiré, c’est ce qu’elle éclaire" dit-il, aussi ses personnages émergent souvent du clair-obscur.

Par ailleurs il est obsédé par le rythme ternaire et son écho dans le temps : le nombre "3"  pose sa composition et l’équilibre autour d’un pivot central et en écho, ces situations ternaires se répètent, photographiées de façon répétitive au cours des décennies, inconsciemment.

Aussi contrairement à bien des photographes de son époque, Willy Ronis se dit artiste. "La photographie, je savais bien, moi, que je n'étais pas qu'un presse-bouton !"

Jeune, Willy Ronis est passionné de musique et il aurait voulu en faire son métier.
Faute d'avoir pu être compositeur de musique, il est compositeur d’images.


 

>> Willy Ronis et les peintres flamands. (2/3)

 

 

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Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)

26 Août 2022, 09:17am

Publié par barreteau

Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)Willy Ronis et les peintres flamands. (1/3)

Photo du haut : Paysans jouant aux cartes dans une taverne 
David Teniers II (1610-1690)

Photo du bas : La partie de Tarots, Joinville le Pont (1991)
© Willy Ronis

 

Willy Ronis nous dit : "Je n’ai pas eu de maître à penser en photographie, ou plutôt certainement qu’ils sont nombreux à avoir plus ou moins influencé ma démarche"
Et il ajoute : "Mais ce que je sais, c’est que mes vrais maîtres, ce ne sont pas les photographes. Ce sont les musiciens, ou les peintres. Et en peinture ce sont les petits maîtres flamands du XVIIe siècle. C’est Brueghel et l'école des peintres flamands, par leur composition, par leur disposition des personnages dans le cadre".

Chez Ronis, les fondamentaux de la photographie et de la peinture vont se mélanger et produire une œuvre artistiquement riche car il a parfaitement analysé les œuvres des maîtres de la peinture. Il applique alors certaines grandes lois de la composition picturale à la photographie : balance des valeurs claires et sombres, unité du sujet, rythme de l'image, clair-obscur, contre-jour, etc…

Il apprécie donc dans la peinture flamande les scènes de la vie quotidienne dont les personnages font écho à ce qu'il retrouve alors dans la rue à Paris ou ailleurs. Ses sujets, ce sont d'abord les gens : "Les rues vides ne m'intéressent pas." dira-t-il. Les petits métiers, les ouvriers à l'usine, les bistrots, les bords de Marne, les couples, la jeunesse... le tout sans spectaculaire, en se concentrant sur le quotidien et la "poésie de la rue".

 

>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

 

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De chaque côté de la rue de Crimée.

5 Juillet 2022, 17:52pm

Publié par barreteau

 Rue de Crimée, Paris 19ème : Escaliers de de rue des Annelets et de la villa Albert de Robida

 

De chaque côté de la rue de Crimée, les deux escaliers monumentaux de la rue des Annelets et de la Villa Albert Robida sont presque face à face. Tous les grands photographes : d'Aget à Cartier-Bresson sont venus ici, et Ronis a photographié ces escaliers en 1948. Placé en haut de l'escalier Albert Robida, il a en arrière-plan seulement une partie de l'escalier de la rue des Annelets.

Soixante ans après Ronis, lorsque je me rends rue de Crimée je cadre mon image pour souligner le mieux possible le "Y" de l'escalier de la Rue des Annelets car c'est incontestablement la partie la plus remarquable de ce groupe d'escaliers.

 

>> La photo de Willy Ronis, au même endroit.

 

>> Les escaliers des rues de Paris.

 

 

 

 

 

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Les jambes des femmes sont des compas.

27 Juin 2022, 08:30am

Publié par barreteau

Les jambes des femmes sont des compas.

 De haut en bas et de gauche à droite : © Lily Franey ; © Willy Ronis ; © Sabine Weiss

 

Le cinéaste François Truffaut disait : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens et lui donnent son équilibre et son harmonie. »

Et avec Willy Ronis, Sabine Weiss ou Lily Franey : chez ces trois photographes humanistes les « compas » sont bien là !

Willy Ronis et Sabine Weiss ont saisi des « compas » enjambant élégamment une flaque d’eau et dans ce miroir : la colonne Vendôme pour Willy et l’obélisque de la place de la Concorde pour Sabine rendent la ville immédiatement identifiable.

Quant à Lily Franey, « son compas » n’enjambe rien mais semble glisser sur la place entièrement couverte d’eau. Et là encore c’est un monument parisien qui permet de localiser la photo ; car sur la place de la République, la statue de Marianne est si colossale qu’elle se reflète en entier dans le « compas » et de surcroît le rameau d'olivier, symbole de paix, qu’elle tient dans sa main droite, devient l’embout du parapluie tenu par la jeune femme.

Même dans des lieux différents, l’on s'étonne parfois de faire des photos qui font écho à certaines images déjà vues. C'est alors comme si l'image d’un autre photographe, imprimée dans notre mémoire, latente dans notre inconscient, entre en résonnance avec notre nature profonde et nous pousse vers l'instant décisif, celui qui va déclencher la prise de vue.

 

>> Lily Franey, site officiel.

 

 

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Sabine Weiss, 80 années de déclic.

12 Juin 2022, 09:18am

Publié par barreteau

Sabine Weiss, 80 années de déclic.

A Paris en 2005, chez Sabine et Hugh Weiss lors du tournage du film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".
Photo : ©Lily FRANEY

 

Elle a été sans doute la dernière grande représentante de l’école humaniste de la photographie française d'après-guerre. Sabine Weiss, née Sabine Weber en 1924, nous a quittés fin décembre 2021, elle avait 97 ans… et 80 ans de prises de vue "derrière elle".
Et il faut croire que la photo humaniste assure à qui la pratique une belle longévité : Ronis a vécu jusqu'à 99 ans…

Sabine Weiss démarre la photographie très jeune, parce que la manipulation chimique du développement l'intéresse ; son père est ingénieur chimiste.

Genevoise d'origine, une peine de cœur la fait fuir à Paris en 1946. Elle y débarque au petit matin sans point de chute mais rapidement devient l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Trois ans plus tard, elle rencontre son mari – le peintre américain Hugh Weiss – et se lance comme photographe indépendante. Elle fait alors de tout : de la publicité, de la mode, du reportage et des portraits d’artistes.

En 1950, elle fait le portrait de Miro, ce qui lui vaut un rendez-vous avec le directeur de Vogue. Elle dira : « Je suis arrivée avec mes photos de clochards et de morveux. Un monsieur assis à côté de moi, hochait la tête en disant : "Bien, bien". C’était Robert Doisneau. Je ne connaissais même pas son nom à l’époque. Tout de suite, il m’a proposé de rejoindre l’agence Rapho. »

Le fondateur de Rapho, Charles Rado, exporte alors le travail de Sabine Weiss aux Etats-Unis, où elle devient alors plus connue qu’en France.

Sabine Weiss photographie beaucoup pour Vogue mais ce sont ses clichés en noir et blanc, des instantanés captés dans les rues de Paris, qui marqueront l’histoire de la photographie du XXe siècle.
Sens de la composition, maîtrise de la lumière et de l'instant décisif, elle s’inscrit dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Willy Ronis, les géants de la photographie française de l’après-guerre.  Plus tard, elle déclarera : « Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres. » 

Sabine a photographié surtout les gamins et les clochards des rues de Paris, les passants, les amoureux et les musiciens, avec une sensibilité et un talent formidable pour la composition.

Dans les années 1980, Sabine Weiss multiplie les voyages et se penche notamment sur la thématique des religions.
Elle arrête la prise de vue à la fin des années 90 car, avec une épaule cassée, elle dit ne plus pouvoir tenir convenablement l’appareil… Elle est naturalisée française en 1995.

Elle se consacre alors à la gestion de ses archives avant d'en faire le don au Musée de l’Elysée, à Lausanne : 200 000 négatifs, 7000 planches-contacts, quelque 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail et encore 2000 diapositives… eh oui, 80 années de déclic !
Merci Madame !


>> Sabine Weiss, site officiel.

>> Hugh Weiss, site officiel.

>> Le film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".

 

 

 

 

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Ophélie et Nymphéa : la femme et l’eau.

20 Mai 2022, 10:46am

Publié par barreteau

Ophélie et Nymphéa, deux approches artistiques.

 De haut en bas : Ophélie ©Lily Franey et Nymphéa ©Ange Leccia

 

Lily Franey et Ange Leccia sont deux artistes très différents mais j’ai décelé un fort cousinage dans l’une de leurs réalisations. En effet, tous deux se sont intéressés au thème de la femme et de l’eau pour nous proposer des images qui nous font rêver, voyager dans un imaginaire contemplatif.

 

Ophélie par Lily Franey

Lily Franey est une photographe professionnelle dont le travail s’inscrit dans le mouvement des photographes humanistes. Elle a côtoyé les plus grands : Willy Ronis, Sabine Weiss…

Mais parfois elle s’autorise un pas de côté, vers une démarche poétique, onirique… et là encore elle y excelle. Ainsi en 1996, Lily installe un décor dans son appartement et fait appel à des danseuses contemporaines pour travailler sur le thème de l’eau et d’Ophélie.

Il en naîtra une première exposition intitulés « Miroirs d’eau » où se mêlent photographies et sculptures textiles. La performance a lieu à la piscine de Villeneuve-Le-Roi où le décor et les photographies (accompagnés d’un spectacle de danse) sont situés sur le bord du bassin alors qu’une partie des spectateurs est dans l’eau.

Puis ces photographies seront projetées à l’Institut du Monde Arabe, en grand format, pour une performance chorégraphique sur le poème Ophélie d’Arthur Rimbaud :
Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
On entend dans les bois lointains des hallalis…
 

Nymphéa par Ange Leccia

D’abord peintre, Ange Leccia se tourne rapidement vers les arts filmiques. Ses “arrangements”, comme il les nomme, naissent d’un travail sur l’image, filmée ou photographique.

A Nantes, en 2007, Ange Leccia réalise une œuvre pour ESTUAIRE, une manifestation annuelle organisée par Nantes Métropole.

À la tombée de la nuit, une jeune femme, nymphe ou sirène, évolue tranquillement dans l’environnement aquatique d’un canal. La créature semble prisonnière du canal, son corps semble se prolonger dans ce boyau inhospitalier. La lumière de la projection joue à la surface mouvante de l’eau, hommage bien perceptible d’Ange Leccia aux recherches picturales de Claude Monet. Cette ondine est incarnée par Laetitia Casta, icône adulée de notre société, devenue ici nymphe mythique contemporaine.


Et lorsque l’on sait qu’en anglais, Nymphéa se dit : « Water lily », Ange Leccia ne ferait-il pas un clin d’œil à Lily Franey ?


>> Lily Franey, site officiel.

>> Lily Franey déjà sur Parisperdu : (1) et (2)

>> Ange Leccia, site officiel.

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Lily Franey, amie humaniste de Willy (2) : "Les cueilleuses ".

29 Avril 2022, 11:29am

Publié par barreteau

Lily Franey, amie humaniste de Willy (2).

© Lily Franey"Lucie, la cueilleuse de genêts"_ Auvergne, 2000_ (Vue partielle, image inversée)
© Willy Ronis : "La cueilleuse de thym, Lagnes (Vaucluse), 1980"

 

En approfondissant ma connaissance de l’œuvre photographique de Lily Franey, j'ai de nouveau été touché par l'une de ses photos qui - là encore - me renvoi en écho une autre photo de Willy Ronis.
J'ai appelé ce rapprochement : "Les cueilleuses ".

L'histoire est celle-ci : une cueilleuse de genêts par un matin froid d'hiver rencontre une cueilleuse de thym dans la chaleur de l'été.

Les deux photographes humanistes nous racontent leur photos :

Willy nous dit : "dans ce village du Vaucluse la cueilleuse n'était pas venue au rendez-vous, c'est Marie-Anne - ma femme - qui prendra sa place pour le cliché !"

Quant à Lily lorsqu'elle rencontre Lucie, la cueilleuse de genêts, en plus du croisement de leurs regards, il y a un autre échange. En effet, Lily raconte : "me voyant arriver tête nue, Lucie m'avait passé un de ses bonnets de laine en me disant, il faudra que je vous tricote des chaussettes de laine à vous. Depuis, je l'appelle ma mamie chaussettes".

C'est un peu la fable de la cigale et la fourmi !

 

 

>> Lily Franey, amie humaniste de Willy (1) : sous les jupes des femmes.

>> Lily Franey, site officiel.

>> Les photographes humanistes sur Parisperdu.

 

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