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PARISPERDU

photographes

Comment parler de l'oeuvre de Willy Ronis ?

21 Avril 2014, 09:54am

Publié par barreteau

 Les amoureux du pont des arts_ 1957 ©Willy Ronis

"Fixer des vertiges. Les photographies de Willy Ronis" est un essai de Michel Onfray publié en 2007 et portant sur 16 photographies de Willy Ronis dont le travail est comparé à la peinture classique et aux toiles de maîtres.

Parler de l'œuvre de Willy Ronis via une analyse comparative, pourquoi pas ?
Mais mettre en parallèle des œuvres de peintres aussi différents que Delacroix, Renoir, Léger, Mondrian, David, Seurat, Courbet, Millet, Van Gogh, Magritte … et d'autres, avec des photos de Ronis, cela me semble, comment dire, … un peu "tiré par les cheveux".

Bien sûr, l'on sait que le regard de Ronis s'est, en partie construit, grâce à des visites au Louvre effectuées dans son enfance. Mais alors s'il faut parler de maîtres, Ronis se réclamait plutôt des peintres flamants et de Breughel en particulier et, à ma connaissance, de personne d'autre !

"Le vertige prouve l'art", avance Onfray d'entrée de jeu pour reprendre une phrase d'Arthur Rimbaud : "J’écrivais des silences, les nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges", et pour se lancer sur le terrain de la photographie de Ronis.

Onfray affirme alors que ce vertige est à même de déboucher "sur une clairière de sens, donc de plaisir". L'œuvre du photographe serait-elle donc, pour l'œil de celui qui la regarde, un simple plaisir qui doit par ailleurs, pour être comprise, se voir constamment rapprochée de l'œuvre de peintres classiques, comme Onfray le suggère sans cesse ?

Voilà une bien curieuse analyse qui nous est proposée-là, car Willy Ronis a beau avoir été nourri, dès son plus jeune âge, par la fréquentation des musées, ses photographies appartiennent à un art qui est autonome, indépendant de la peinture, et qui n'a pas, en conséquence, à sans cesse se réclamer d'elle pour s'expliquer.

Ce recours constant d'Onfray à une kyrielle de peintres révèle surtout son incapacité à parler de la photographie en tant que telle. Et les propos du philosophe sur l'œuvre du photographe sonnent bien étrangement à côté de ceux de Ronis lui-même quand il parle de son travail, en des termes humbles qui ressemblent à ses photos.
Ainsi, dans "Traits et portraits", un regard intime sur certaines de ses photographies, paru au Mercure de France, Ronis nous dit: "Je n’ai jamais poursuivi l’insolite, le jamais vu, l’extraordinaire, mais bien ce qu’il y a de plus typique dans notre existence quotidienne... ”

Et c'est bien pour cette fastueuse simplicité que l'on vous dit:
"Merci Monsieur Ronis, votre talent s'exprime de lui-même et ne doit rien à personne".


>> Michel Onfray : "Fixer des vertiges. Les Photographies de Willy Ronis".

>> Traits et portraits : "Ce jour-là" de Willy Ronis.

>> "Les amoureux du pont des arts", décrits par Willy Ronis dans son ouvrage "Ce jour-là".

>> Parisperdu et Willy Ronis.

 

 

 

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Le Paris décalé de Martin Parr.

2 Avril 2014, 09:23am

Publié par barreteau


Depuis maintenant plus de 20 ans, la Maison Européenne de la Photographie confie à de grands photographes le soin de nous livrer leur vision de Paris.
Après Henri Cartier-Bresson, Édouard Boubat, Ralph Gibson, Bruce Davidson, Duane Michals, William Klein, … c'est aujourd'hui à Martin Parr qu'est donnée cette carte blanche.

Et, la capitale en voit de toutes les couleurs dans le viseur décalé du plus anglais des photographes. Car si Martin Parr photographie essentiellement des scènes de la vie ordinaire, celles-ci ont toujours le don de nous prendre au dépourvu.

Aujourd’hui il nous invite à le suivre à travers Paris. Pendant deux ans (2011-2013), Martin Parr s’est finalement assez peu penché sur les Parisiens et les Parisiennes, il leur a préféré les troupeaux de touristes devant la "Joconde" et Notre-Dame … En complément, l’auteur a aussi choisi quelques tirages plus anciens comme ceux déjà montrés sur "La Goutte d'or et ses habitants" …

En une soixantaine de clichés, le Paris à la sauce Martin Parr ressemble à une fresque sociale parfumée d’humour britannique : grotesque, drôle, souvent franchement moqueuse.

Dans son regard ironique, voici donc Paris, haut lieu du tourisme de masse, capitale de la mode, avec ses plages de sable l’été sur les berges de la Seine …
Bienvenue dans un monde aux couleurs pétantes où le banal flirte avec le mauvais goût.
A voir absolument ….



>> A la Maison Européenne de la Photographie, jusqu'au 25 mai 2014.

>> Martin Parr (site officiel).

 

 

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Leica : 100 ans de Photographie.

28 Mars 2014, 14:36pm

Publié par barreteau

Planche-contact du reportage "Tour Eiffel, Paris 1953" © Marc Riboud.

Leica commémore actuellement son jubilé : un centenaire !

En effet, en mars 1914, Leica construit le premier appareil photo destiné à accueillir un film petit format 35 mm pour un plein format de 24 x 36 mm.

Ce principe "petit négatif - grand format" révolutionne alors les formes d'expression des photographes qui devaient jusque-là travailler avec des appareils photo à plaque, plutôt incommodes.

Une fois surmontées les perturbations dues à la première guerre mondiale, Leica connait à partir de 1925 un succès mondial et le "mythe" de la marque au point rouge émerge rapidement avec les nombreuses photos qui vont influencer profondément notre compréhension des événements mondiaux et qui depuis lors sont devenues des icônes.

La photo "Falling Soldier" prise par Robert Capa pendant la guerre civile espagnole, le célèbre portrait du leader de la révolution cubaine "Che Guevara" réalisé par Alberto Korda, "Kim Phúc", la petite fille brûlée courant nue qui fut photographiée pendant la guerre du Vietnam par Nick Út, en sont quelques exemples.

Et, parmi toutes les photos célébrissimes prises avec un Leica, il en est une emblématique de Paris, c'est "Le peintre de la Tour Eiffel" un cliché issu d'un reportage de Marc Riboud, c'était en  1953 … et, sur ce thème, on n'a pas fait mieux depuis !

>> Tour Eiffel 1953, les 3 images sélectionnées par Marc Riboud sur sa planche-contact (surlignées en rouge).

>> Leica, Blog officiel.

 

 

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Rétrospective Cartier-Bresson à Beaubourg.

21 Février 2014, 09:04am

Publié par barreteau

Rue de Vaugirard Paris, mai 1968 _© Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, courtesy

Dix ans après la mort d’Henri Cartier-Bresson, le Centre Pompidou-Beaubourg consacre une vaste rétrospective au célèbre photographe dont l’œuvre embrasse une grande partie du XXe siècle.

Plus de 500 photographies, dessins, peintures, films et documents invitent à une relecture de son œuvre.

Henri Cartier-Bresson (1908-2004) a souvent été présenté comme l’homme d’un seul type de photo, celui de “l’instant décisif " mais cette exposition démontre qu’il existe plusieurs Cartier-Bresson.

Il y a d’abord un jeune homme qui se lance dans la photo et trouve sa voie dans le surréalisme. Il y a ensuite un photographe qui s’engage politiquement auprès des communistes et s’intéresse au cinéma comme moyen de propagande. Il y a enfin le photojournaliste qui crée avec David Seymour et Robert Capa, en 1947, l’agence Magnum.

Dès les années 30, il s’achète un Leica, "l’instrument parfait pour le dessin accéléré et l’exercice du regard sur la vie", dira-t-il. "Avec cet appareil, j’allais fouiner, il n’y a pas d’autre mot, j’allais flairer. Mais en plus j’étais nourri de tout un bagage littéraire et visuel".
Un petit film des années 1960 permet de mieux comprendre sa façon de travailler. Elégamment vêtu, il se mêle à la foule parisienne, devant des panneaux d’affichage, son discret Leica à la main. Tel un chat, il tourne autour de sa proie avant de fondre sur elle, rapide comme l’éclair. "Arriver à pas de loup, être discret (...) Si on force les gens, on n’obtient rien", souligne-t-il.

Lorsque Cartier-Bresson fonde l'agence-coopérative Magnum, il dit :"Nous voulons être les témoins de notre époque". Il va alors parcourir le monde. En Inde, il photographie Gandhi juste avant son assassinat. En Chine, il assiste à la prise de pouvoir des communistes. Il photographie la décolonisation, Mai 68 …

Partout, au cours de ses déambulations urbaines, il recherche délibérément les analogies intuitives, les effets de montage entre un personnage au premier plan et une image placée à l'arrière. La photo - ci-dessus - prise en 1968 veut incarner le choc entre deux mondes qui ne se comprennent pas.

Avec lui, pas de recadrage ni de retouches. Il n’aime pas la couleur qui n’a pas "la force d’abstraction" du noir et blanc.

Mais subitement, en 1970, il abandonne le reportage photographique pour revenir à sa première passion, le dessin. Attiré par le bouddhisme, il ne réalisera plus alors que des photos méditatives et contemplatives.


>> L'Exposition "Henri Cartier-Bresson" au Centre Pompidou, Paris.

>> HBC déjà sur Parisperdu : "Photographier, c'est une façon de vivre".

 

 

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" Noir & Blanc" autour du bassin de la Villette.

20 Novembre 2013, 10:48am

Publié par barreteau

A Paris, le bassin de la Villette était l'un des lieux préférés de Jacques Prévert. 
Dès 1932, il y entraine Brassaï qui est toujours à la recherche d'insolites clichés de Paris la nuit.

Brassaï écrit à ce sujet: "Je passai aussi quelques nuits dans les parages du bassin de la Villette avec Jacques Prévert, où nous jouissions de cette "beauté dans le sinistre", comme il aimait appeler le plaisir que suscitaient en nous ces quais désolés, ces rues désertes, ce quartier déshérité, hérissé de grues, parsemé d'entrepôts et de docks".

Quatre ans plus tard, en 1936, Prévert est de nouveau dans les parages, au côté de Carné, pour le tournage du premier film issu de leur collaboration: "Jenny". Plusieurs scènes de ce film sont tournées là, en décor naturel, tout autour du bassin de la Villette et du canal de l’Ourcq.
Plus tard, on retrouvera les mêmes lieux filmés au naturel ou en décors reconstitués par Trauner, dans "Les Portes de la Nuit".
 
Ce secteur de Paris sera toujours très présent dans les films de Carné, et ses héros déambuleront souvent près du pont de la rue de l’Évangile et de son calvaire, au pied des gazomètres, ou sur le pont-levant de la rue de Crimée ou encore le long du canal de l'Ourcq avec sa baraque sur laquelle il est écrit : "Secours aux noyés"!

Toute une époque … que l'on visualise exclusivement en noir et blanc, bien sûr !

 

>> Le bassin de La Villette vu par Brassaï (1932)

>> Jacques Prévert, photographié par Doisneau au Pont de la rue de Crimée (1955)

 


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Brassaï, pour l'amour de Paris.

10 Novembre 2013, 09:34am

Publié par barreteau

Avenue du Maine, 1932 - © Brassaï

A l'Hôtel de Ville, l’exposition "Brassai, pour l’amour de Paris" vient d'ouvrir ses portes. C'est une rétrospective de l'œuvre de cet immense photographe qui a entretenu, durant toute sa vie, une relation passionnelle avec Paris.

Ce jeune hongrois est venu dès l'âge de 4 ans à Paris et s'est juré d'y revenir adulte.
En 1924, il revient en effet à Paris. Il a 25 ans, mais il a aussi avec lui des photos du Paris des années 1900, des photos qu'il a collectionnées pour se souvenir de son premier passage à Paris.
Ces photos agissent sur lui comme des images mentales, des images latentes qu'il va plus ou moins consciemment utiliser lorsqu'il va commencer à photographier Paris en 1929.

Il se promène dans la ville, de jour comme de nuit, surtout la nuit, seul ou accompagné, dans des endroits étranges, à la marge …
La nuit, il photographie ces lieux insolites, sans lumière ajoutée, avec la seule lumière de la ville. De ce travail, sortira en 1932, un ouvrage de référence de la prise de vue nocturne: "Paris de nuit". La qualité des lumières, des contrastes, des dégradés de gris font émerger de ces clichés un Paris finalement peu daté, un Paris éternel.
Pour moi, Brassaï, c'est cela : c'est Paris la nuit … et à ce jour personne n'a pu l'égaler sur ce thème.

L'exposition de l'Hôtel de Ville montre bien d'autres facettes de Brassaï : sa relation avec Picasso, le cirque, les Folies-Bergères, et aussi de sublimes photos de nues …

En 1960, Brassaï publie "Graffiti". Ce livre, fruit de trente ans de recherches, d'exploration des murs parisiens, propose le graffiti comme une forme d'art brut, primitif, éphémère.
C'est sans doute la première fois que l'on évoque le graffiti comme un art … D'ailleurs Brassaï disait : " Le mur à Paris, est le plus grand musée du monde"

Ainsi, par quelque côté que l'on examine son œuvre, on y retrouve Paris, toujours Paris.
A voir absolument …


>> L'expo. Brassaï : où et quand ? …

>> Brassaï, déjà sur Parisperdu.

 

 

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Sur la trace des domiciles parisiens de Willy Ronis.

11 Septembre 2013, 10:09am

Publié par barreteau

Sur la trace des domiciles parisiens de Willy Ronis.


Grâce au formidable travail de biographe effectué par Françoise Denoyelle, dont nous avons déjà parlé ici, il est désormais possible de localiser précisément les différents domiciles parisiens du grand photographe.

C'est au cœur de la cité Condorcet, dans le 9ème arrondissement, que Willy passe sa prime jeunesse et son adolescence. Puis jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, il réside boulevard Richard Lenoir dans le 11ème.


Ensuite, direction le 15ème arrondissement, passage des Charbonniers, où il vécut jusqu'à la fin des années 50 avec Marie-Anne qu'il avait épousée en 1946.

En 1958, les Ronis achètent une résidence secondaire à Gordes dans le Vaucluse. Et au début des années 60, nouveau déménagement dans le 15ème: au 9, puis au 11 de la rue Brague.

Puis, entre  1972 à 1983, pour des raisons financières, les Ronis quittent Paris pour Gordes puis pour l'Isle-sur-la-Sorgue, avant de revenir à Paris, rue Beccaria dans le 12ème.

Enfin, pour les 20 dernières années de sa vie de 1989 à 2009, le domicile de Willy Ronis sera le 46 de la rue de Lagny, entre Belleville et Ménilmontant, dans ce 20ème arrondissement qu'il a tant photographié …

Willy Ronis nous a "tiré sa révérence" le 12 septembre 2009. Il avait 99 ans.
Ses cendres, en provenance du crématorium du Père Lachaise, seront dispersées dans le parc de la Maison de Retraite des Artistes de Nogent-sur-Marne … pour rejoindre celles de Marie-Anne.



>> Retour rue de Lagny.

 

 

 

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L'école de Willy Ronis.

9 Février 2013, 12:46pm

Publié par barreteau


Le 9 octobre 2010, le collège Musselburg de Champigny-sur-Marne, dans le département du Val de Marne, change de nom et devient le collège Willy Ronis.

Pour célébrer le photographe, les élèves ont choisi un autoportrait de 1955, un photomontage où il brandit une association de deux appareils pour photographier simultanément en noir et blanc et en couleurs. Sous l'immense portrait du hall, les lycéens se pressent pour écouter une évocation de cet homme un peu mystérieux derrière ses appareils.

Pourtant l'homme connaît bien le secteur car, dès 1938, il prend sa première photo sur les bords de Marne. Et Ronis aura toujours une affection particulière pour cette rivière et ses guinguettes qu’il n’a cessé d’immortaliser de son œil tendre et expert  .

Ecoutons le d'ailleurs à ce sujet: "Si je remonte dans le temps, j'avais eu la commande d'un reportage sur les guinguettes. C'est comme ça que je suis allé sur les bords de la Marne avec ma moto, comme ça, au hasard. Quand on ne connait pas le coin, c'est absolument ébouriffant, avec la boucle de la Marne à Champigny. Tout à coup, on traverse, on trouve la Marne, et on ne comprend pas pourquoi ... On sortait de l’Occupation. Il y avait un souffle et un enthousiasme lié à ce que nous avions retrouvé la liberté. Et cela se sentait dans la vie quotidienne, malgré les difficultés ... et en 58, ce n'était pas encore dissipé, on croyait encore à une vie sans souci majeur ".

Aujourd'hui, le Collège Willy Ronis n'a pas - lui non plus - de souci majeur, d'autant qu'il s’est impliqué entièrement dans sa nouvelle identité en s’équipant d’un labo-photo. Une dotation en moyens humains et en matériels qui permettra aux jeunes photographes de s’essayer à cette discipline dans un "atelier d’éducation à l’image" ouvert à tous les élèves du collège.
La relève est peut-être parmi eux…



>> Le collège Musselburg de Champigny-sur-Marne, devenu le collège Willy Ronis.

>> L'autoportrait de 1955, en jaquette de l'ouvrage: "Le siècle de Willy Ronis".

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Le Collège Robert Doisneau".

 

 

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Marville et son Paris perdu

16 Décembre 2012, 10:18am

Publié par barreteau

Charles Marville : Percement de l'avenue de l'Opéra : chantier de la rue d'Argenteuil, vers 1877 © BNF

 Dieu merci, "Paris n'est pas une ville, c'est un monde", disait François Ier.
Les villes s'engloutissent, s'ensablent, brûlent sous la colère des dieux ou des hordes: Babylone, Troie, Sodome, ...  Mais les mondes subsistent malgré les cataclysmes qui les changent, les muent, les forcent à évoluer.
Paris est donc bien un monde, car malgré les révolutions, la Commune, les bombardements, l'Occupation et l'infatigable baron Haussmann, ce terrible chirurgien, Paris est toujours là, invariable, indestructible.

Qu'était donc Paris avant...?
Avant quoi ? Avant les panneaux publicitaires Decaux ?
Non, bien avant l'apparition de ces laideurs du "mobilier urbain".
Avant donc, dans le années 1850, Charles Marville  exerçait une profession d'avant-garde: photographe.
Et que photographiait-il ? Paris. Les blessures, les travaux, mais aussi les merveilles de Paris. De ses clichés, on voit jaillir des fontaines, s'effondrer des taudis. On y voit la boue aussi, sur les pavés de la place d'Italie. On y voit l'Hôtel de Ville incendié par la Commune et depuis reconstruit tel l'original, mais avec un étage de plus, pour loger un surcroît de bureaucratie (déjà !).  
Marville montre ce Paris aux omnibus se frayant un chemin dans les démolitions, les rues encaissées comme des canyons, où jamais le soleil ne pénétrait et où fleurissait la tuberculose.


La ville-monde a, comme tout monde, deux faces. Ainsi en est-il encore de la Lune qui a sa face cachée.
Devant Paris, même les plus puissants sont intimidés; les Huns hésitèrent; Hitler n'osa visiter la Ville dite lumière qu'à l'aube et à toute vitesse, en Mercedes, comme un voleur parvenu …

Toutes ces images d'un Paris perdu nous montrent combien cette ville sait se transformer … sans jamais se renier. Et, comme dit Maurice Chevalier dans une chanson populaire "Paris sera toujours Paris".


>> Qui est Charles Marville ?


>> "Paris perdu", ou les massacres des années 50-60, aux Editions Carré.

>> "Paris poubelle", ou comment le saccage a été subventionné. De Georges Pillement, chez J-J. Pauvert.

>> Maurice Chevalier : "Paris sera toujours Paris".

>> Rejoigniez le Groupe Facebook : "Paris Hier, aujourd'hui ... demain"

 

 

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Retour rue de Lagny.

26 Novembre 2012, 14:00pm

Publié par barreteau

Dans le square Sarah-Bernhardt, face à la rue Frédéric Loliée_ Paris 20ème (Juillet 2012)

Plusieurs fois je me suis rendu rue de Lagny pour rendre visite à mon cher professeur, comme j'aimais à l'appeler. Willy Ronis, puisque c'est de lui qu'il s'agit, goutait pourtant moyennement l'expression. Mais il n'en laissait rien paraître tant il était un parfait modèle de courtoisie. Une qualité "à l'ancienne" … et qui tend à disparaître.

Je n'étais pas encore retourné dans le quartier depuis la disparition de Willy. Je n'en avais guère envie tant je savais que cette excursion raviverait le vide que je ressens depuis son départ.
Pourtant, en cette fin d'après-midi, le square Sarah-Bernhardt m'apparaît lumineux. Lumineux, mais rigide avec ses immeubles typiques des limites de la capitale et dont la brique rouge vire à l'orange sous le soleil couchant. Ils éclairent encore les fonds du square et l'égayent, bien que d'une façon pour ainsi dire technique et administrative, conforme à sa fonction de loisir. Je dirais volontiers que c'est scandinave, socialiste-humaniste dans le sens qui reconnaît mais réduit les droits de la personne, relativement à une moyenne qu'elle accepte d'incarner.

Aux alentours, on a vite fait le tour des commerces: la moitié des rares magasins sont fermés, rien d'indispensable ou d'urgent n'explique la présence des autres: un teinturier, un marchand de tapis, un vague électricien … Il faut certainement remonter jusqu'à la rue d'Avron pour trouver du pain, des œufs, des journaux, des légumes, du vin, du tabac, des gens qui circulent … et rien ne prouve que cette distance d'environ quatre cents mètres n'étouffe pas toute velléité d'effort.
Il y a tout de même un cordonnier. Sa vieille blouse grise, ses cheveux blancs, le foutoire qui l'entoure, la lampe orange qu'il vient d'allumer humanisent le cube abstrait qui lui tient lieu d'échoppe, en ce soir d'été, rue de Lagny.

Pourtant le fracas qui nous vient du cours de Vincennes nous indique qu'un autre monde vivant, bouillonnant, existe … tout près.

Il fait quasiment nuit maintenant sur le square Sarah-Bernhardt, ce qui produit un climat apaisant et m'apporte des pensées positives sur Willy.
Je quitterai pourtant les lieux sans un regard au 46 rue de Lagny …



>> Sur le banc avec Willy Ronis.

>> Chez Willy Ronis.

 

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Henri Guérard, photographe : la rencontre manquée.

10 Novembre 2012, 09:23am

Publié par barreteau

Vue générale de Ménilmontant - 1955 ©Henri Guérard

Un jour d'automne 1998, au 24 de la rue des Amandiers, une affichette attire mon attention : elle annonce la vente d'un ouvrage par souscription chez l'éditeur : "Les Editions de l'Amandier", qui a ses locaux à la même adresse.

En règle générale, cette affichette aurait dû me laisser de marbre, mais une photo l'illustre et, sur celle-ci, je reconnais immédiatement un panorama de Ménilmontant.

Le photographe est Henri Guérard, son nom ne me dit rien, mais justement l'ouvrage à la vente est de lui, aussi je pousse la porte des Editions de l'Amandier.

Il me faut parcourir des couloirs, me renseigner auprès de plusieurs personnes pour enfin arriver dans un atelier où Henri et Laurent Citrinot mettent la dernière main à la confection d'un petit ouvrage blanc d'environ 150 pages : "Le regard d'un photographe sur Belleville, Ménilmontant, Charonne (1944 - 1999)".

Le titre n'est pas sans rappeler le fameux "Belleville Ménilmontant" d'un autre photographe: Willy Ronis. Ma visite relève donc de la "bonne pioche" … aussi, je participe immédiatement à la souscription.
Voulant en savoir plus sur l'auteur, Laurent Citrinot me confie qu'il faudrait plutôt parler "des auteurs" tant le couple Guérard, Henri et Simone, "font absolument tout ensemble" !
Laurent voyant mon intérêt pour l'ouvrage, pour les photos inédites de ce Belleville souvent disparu, me donne le numéro de téléphone des Guérard.

Je ne les contacterai jamais. Et aujourd'hui je le regrette car il est trop tard.
Henri nous a quittés la semaine dernière … Reste ses images, elles constituent un témoignage poignant de la destruction des quartiers de l'Est parisien.



>> Sur Parisperdu: "Photographe d'urgence à Belleville".

>> En savoir plus sur Henri Guérard.

>> Aller encore plus loin …

 

 

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Chez Willy Ronis, grand témoin du Paris des petites gens .

15 Octobre 2012, 09:38am

Publié par barreteau

Willy Ronis dans son appartement de la rue de Lagny, Paris 20ème (Février 2008)

C'est un modeste appartement encombré de livres, de photos bien sûr, et aussi d’émouvantes aquarelles de Marie-Anne, son épouse disparue.
C'est le domicile parisien de Willy Ronis.


Du bureau collé à la baie vitrée, Willy Ronis domine le square Sarah Bernhardt, dans le quartier populaire de Ménilmontant. De temps à autre, résonnent des cris d’enfants. Ce sont les arrières-petits-fils des gamins de Belleville et de Ménilmontant, qu'il a immortalisés dans les terrains vagues ou sous les réverbères d’escaliers pentus, dans ce Paris en noir et blanc dont il a su si bien capturé l’âme frondeuse et la poésie urbaine.

C’est là, avec son inaltérable bonne humeur que Ronis, charmant  vieillard au regard bleu, me reçoit pour un échange à bâtons rompus.
Willy adore remonter le temps, en sortant, au hasard, des photos de ses réserves.
Il se souvient de chacune des quelques 300.000 photos prises au cours de sa longue carrière. Il a toujours, pour chacune d'elles, une précision à donner, un infime détail à révéler, une anecdote à formuler.

A l'époque de cette rencontre, il a déjà rangé son Pentax depuis 5 ans. Sans regrets, car sa vie de photographe aura quand même duré 75 ans !

Je voulais avoir son avis d'expert sur le photo-blog Parisperdu que j'avais alors démarré depuis deux ans. Le déplacement était obligatoire, car par écrit,  il m'avait annoncé: "Je regrette fort de ne pouvoir répondre à votre blog, n'étant pas informatisé …".

Ce jour là, nous n'avons pratiquement pas parlé du blog, très peu de technique …
Il y avait beaucoup mieux à faire: nous avons parlé de notre passion commune, de notre attachement au secteur Nord-est de Paris, nous avons échangé des adresses, parlé des rues, des quartiers, des évolutions de la ville, du monde...

Ce jour-là, quand Willy Ronis me dit : "Je n'allais jamais dans les beaux quartiers. Ce qui m'intéressait, c'étaient les scènes populaires", je comprends que si Paris était son principal territoire photographique, c'est un regard très particulier qu'il a voulu porter sur cette ville.

Belleville et Ménilmontant étaient à l'époque des lieux en dehors des préoccupations, des lieux de dureté sociale, et le fait de déplacer son regard, d'aller là-bas était déjà en soi, une transgression. Car aller photographier Belleville ou Ménilmontant en 1951, 52, ou 53 c'est comme, aujourd'hui, poser son regard sur La Courneuve ou Montfermeil.

Alors, ce jour-là, j'ai décidé que le regard de Parisperdu mettrait plus en avant les petites choses et les petites gens, que le faste et les grandes réalisations de notre capitale.


>> Sur le banc avec Willy Ronis.

>> Au téléphone: "Willy Ronis vous salue …"

 

 

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" Suivez-moi dans un lieu incroyable ... "

10 Octobre 2012, 09:32am

Publié par barreteau

Le passage Vandrezanne - Paris 13e (2006)

Prévert disait que c'est toujours dans les quartiers les plus pauvres que les noms de rues sont les plus beaux : rue des Cinq-diamants, Passage de la Main d'or, rue de la Goutte d'or, rue du Dessous-des-berges, rue de la Butte-aux-Cailles ...
La "Butte aux Cailles", voilà en effet un joli nom pour cet endroit un peu retiré du 13ème arrondissement.

Une butte ? Oui, il y en a bien une ... qu'escaladent quelques rues et escaliers.
Mais des cailles ? Non il n'y en a pas. D'ailleurs il n'y en a peut-être bien jamais eu, car le nom du lieu ne ferait pas référence aux oiseaux mais à un certain Pierre Caille qui fit l'acquisition, en 1543, de cette modeste éminence, au pied de laquelle coule la Bièvre.

Dans les années 1900, la ville de Paris mène d'importants travaux pour enterrer la Bièvre, et la butte prend progressivement son apparence actuelle.

Aujourd'hui encore, le village du siècle dernier a peu changé. Et, en plein cœur de Paris, on peut découvrir un lieu incroyable qui doit sa particularité, aux carrières sous-terraines de calcaire qui empêchent définitivement la construction de bâtiments lourds.

En 1900, Eugène Atget, en exploration par ici, avait photographié le passage Vandrezanne.
Ce passage a été depuis métamorphosé. Mais c'est sans doute pour rappeler qu'Atget venait souvent poser sa chambre noire par ici, qu'au bout de la rue, des escaliers portent aujourd'hui son nom.



>> Entrée du passage Vandrezanne sur la Butte-aux-Cailles en 1900. Photo d'Eugène Atget.


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Dans ma bibliothèque.

28 Septembre 2012, 09:44am

Publié par barreteau


Dans ma bibliothèque, il ya bien sûr un rayon photo: une étagère entière dédiée aux ouvrages de quelques uns des maîtres de la photographie. Là se trouvent les images de ceux qui m'ont montré le chemin qui m'a conduit jusqu'à "Parisperdu".
 

Parmi ceux-là, deux ont eu pour moi un rôle important car ils ont su capturer, chacun à leur époque, le Paris que j'aime: celui des petites gens et des quartiers modestes.

Ce sont Eugène Atget et Willy Ronis, deux photographes de la vie quotidienne, de ce que l'on voit en circulant dans la ville, simplement, sans but particulier.

Atget est l'ancien, celui d'un autre temps, avec d'autres techniques, mais sa constance, son obstination à arpenter Paris, dans ses moindres recoins est tout à fait remarquable.

Quand à Ronis, il est si proche de moi que j'ai encore parfois du mal à me convaincre qu'il nous a définitivement quitté et qu'il ne me sera plus possible de lui rendre visite rue de Lagny.

Mais de ces deux "géants",  il me reste leurs images, toujours disponibles, à portée de main … dans ma bibliothèque.


 

>> Atget, sur Parisperdu.


>> Ronis sur Parisperdu
 

 

 

 

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Parc de la Butte du Chapeau Rouge.

28 Juin 2012, 09:19am

Publié par barreteau


Coincé entre la porte de Pantin et celle du Pré Saint Gervais, le parc de la Butte du Chapeau Rouge, accroché à sa colline, offre une vue magnifique sur l'Est parisien, contredisant ceux qui affirment qu'à l'Est, il n'y a pas grand chose à voir...

Il porterait le nom d'une guinguette, qui animait autrefois ce secteur du Pré-Saint-Gervais et, c'est grâce à son sous-sol miné par d'anciennes carrières de gypse que la butte échappe aux vastes travaux d'aménagement qui ont fait suite à la démolition des fortifications.

Injustement méconnu, ce parc est souvent délaissé par les promeneurs au profit de celui des Buttes Chaumont. Incontestablement ce célèbre voisin, situé seulement à quelques centaines mètres, lui fait de l'ombre...

Peu fréquenté, l'endroit est très calme et la Butte du Chapeau Rouge a un petit air de parc anglais. Il dégage indéniablement quelque chose de rare à Paris.

A voir absolument aux beaux jours.


>> La Butte du Chapeau Rouge, c'est où ?

>> L'entrée du parc: 29 boulevard d'Algérie - 75019 Paris


>>Atget, avait déjà posé sa chambre noire ici, vers 1913.

 

 

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