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PARISPERDU

photographes

Qui est le vrai petit parisien à la baguette ?

23 Mars 2025, 11:42am

Publié par pierre barreteau

 

Fin 2016, le quotidien régional Var-matin annonce : "L'enfant à la baguette de Willy Ronis, vit à Hyères, il s'appelle Jean Brosseron". Mais lorsque je prends connaissance de cet article, je vois tout de suite que quelque chose cloche.
En effet, sous la célèbre photo de Ronis la légende du journal régional dit :
Le Petit Parisien, également nommé 'L’enfant à la baguette' a été photographié en 1952, boulevard Haussmann à Paris.

Boulevard Haussmann ! : voilà le problème, voilà pourquoi je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas car je le sais : cette célèbre image n'a pas été prise boulevard Haussmann… mais dans le 15ème arrondissement de Paris.

En effet dans "Willy Ronis par Willy Ronis / regard inédit d'un photographe sur son œuvre" (un ouvrage édité chez Flammarion en 2018) Ronis a rédigé pour chacune de ses meilleures photographies un commentaire fait de souvenirs et d'anecdotes et pour "Le petit parisien" il mentionne :
"Ce garçon-là, je l'ai retrouvé grâce à sa belle-mère qui, un jour, s'est manifesté et m'a téléphoné. Grâce à cette femme, j'ai pu aussi retrouver le nom de la rue où j'avais fait cette photo : la rue Péclet dans le 15ème. D'ailleurs au dos du contact la localisation est confirmée : 2 rue Péclet, 20 mai 1952, j'avais même inscrit les initiales du gamin : P.B". Mais P.B ce ne sont pas les initiales du varois Jean Brosseron !

Et Ronis d'ajouter : "Je suis retourné rue Péclet pour voir si j’allais retrouver la porte, si j’allais me souvenir. La maison n’avait pas été ravalée, c’était exactement le même décor, et j’ai eu la preuve que c’était bien là parce que sur le cliché complet il y avait en bas de ce mur un regard pour le gaz, comme une petite boîte en fonte, qui était resté à la même place. Le regard n’avait pas bougé pendant toutes ces années!"

Personnellement je peux ajouter qu'en 2006, lorsque Willy Ronis m'avait invité chez lui -rue de Lagny- et il m'avait alors raconté l'histoire de cette photo et parlé de ce petit garçon, il m'avait aussi indiqué avoir mentionné les initiales du nom du garçonnet sur le verso de la planche-contact. Là, il avait en effet écrit "P.B".

Alors y-a-t-il tromperie sur la personne, une sorte d'usurpation d'identité ?
Et qui est le vrai petit parisien à la baguette ?

Le journal Le Monde a récemment mené l'enquête. Martin Fort, journaliste au Monde, a donc rencontré et interviewé les deux personnes -aujourd'hui septuagénaires- qui disent avoir été photographié par Willy Ronis, en 1952, avec une baguette sous le bras : le varois Jean Brosseron et le dijonnais Pierre Bariod.

Mais après lecture de l'article du Monde, je constate que sa conclusion ne donne pas de réponse à cette question : "Lequel de ces deux personnes est le garçonnet de la photo de Willy Ronis ?". Martin Fort laisse ses lecteurs dans l'incertitude, dans le doute.

Pour moi il n'y a pas de doute : le dijonnais Pierre Bariod (initiales P.B) est le gamin à la baguette. Willy Ronis l'ayant lui-même confirmé à plusieurs reprises.
A l'examen des photos des albums de famille des deux protagonistes, publiées par le journal Le Monde [montrant des clichés pris en 1950 (pour Jean Brosseron) et en1952 (pour Pierre Bariod)] la ressemblance du gamin va incontestablement vers Pierre Bariod. (Voir l'illustration en tête de ce billet).

Et aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux qui s'emparent du sujet. C'est le réseau Reedit qui donne le verdict le plus net : 90% des contributeurs "votent" pour Pierre Bariod (P.B). Certains sont même allés jusqu'à analyser en profondeur ces photos via des logiciels de reconnaissance faciale et corporelle et ils donnent leur conclusion :
"L'ensemble des épaules/cou et de la forme du torse est identique à la photo d'enfance de Bariod. Ajoutez la coupe de cheveux rugueuse, les pommettes de joue et le sourire et je ne pense pas qu'il y ait le moindre doute. Malheureusement pour Brosseron, le petit Parisien ne ressemble en rien à ses photos d'enfance, le petit parisien de Ronis : c'est clairement Bariod."

Quant à Jean Brosseron, le varois, il est sans doute de bonne foi. Lorsqu'il était enfant il a vraisemblablement été photographié par quelqu'un sur le boulevard Haussmann, près du lieu où il résidait, mais la personne qui l'a pris en photo n'était pas Willy Ronis. Et si la scène de sa photo aurait pu ressembler au "Petit parisien", ce n'était pas cette photo.

Alors récemment -moi aussi- je suis retourné rue Péclet (un physicien, fondateur de l'École Centrale des Arts et Manufactures). Le n°2-2 bis, mentionné par Willy Ronis, est devenu le n°2-4 de la rue Péclet et la boulangerie a été remplacé par l’enseigne NICE DAY une société de Production de films et de programmes pour la télévision.

Mais le mur qui a servi d'arrière-plan pour la photo de Ronis est toujours là, intact. Seul le petit regard de gaz qui apparaissait sur le cliché complet de Ronis a été retiré. (Voir l'illustration à la fin de ce billet).
Les temps changent, 
la mémoire s'efface…mais rue Péclet, finalement pas tant que cela !

 

>> L'article du Monde : "Le petit Parisien de Willy Ronis, deux prétendants pour un cliché" par Martin Fort. Publié le 21 juillet 2024 ©Photo : Lucas Barioulet

>> Le débat sur le réseau social Reedit.

>> Le petit parisien, déjà sur Parisperdu.

>> Rue Péclet, le mur qui a servi d'arrière-plan pour la photo de Ronis est toujours là:

 

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Quand la photographie détourne le réel.

28 Janvier 2025, 15:19pm

Publié par pierre barreteau

©Photo de Yves Marchand et Romain Meffre :« Ruines de Paris » crée par l’intelligence artificielle.

 

A l’ère de l’Intelligence Artificielle (IA ou AI) il semble opportun de questionner les pratiques photographiques actuelles et de s’interroger sur la notion d'illusion photographique.

Souvent pensée comme le reflet exact de la réalité, la photographie a cependant dès son invention tenté de "jouer les faussaires" en manipulant la lumière, les points de vue, les cadrages, les techniques de prise de vue, de développement ou de post productions numériques...

Il suffit de visiter les photos de la collection du Musée Niepce pour comprendre qu'il y a toujours eu ce goût des photographes à détourner et à manipuler la réalité, révélant ainsi dans l'image des apparitions perturbantes ou spectrales, des univers parallèles...

Dans un monde hors du réel, les photographes surréalistes vont bien sûr être à leur aise : de Man Ray à Hans Bellmer en passant par Dora Maar et Lee Miller, ils ont représenté le rêve et l’imaginaire. Ces célèbres artistes surréalistes ont eux aussi marqué l’histoire de la photographie.

Et aujourd’hui l'IA ouvre grand la porte aux manipulations de l'information et des images, aussi est-il passionnant de voir comment certains photographes s'emparent des différente techniques photographiques et numériques pour interroger, déformer, poétiser ou dynamiter le réel... Et en ce domaine nous ne sommes qu'au début d'une nouvelle ère de la photographie moderne.

 

>> L’artiste allemand Boris Eldagsen a gagné la catégorie « Open » du Sony World Photography Awards. Problème : la photo présentée a été réalisée en partie avec de l’intelligence artificielle. Boris Eldagsen a refusé de recevoir son prix. Sony a depuis retiré cette image de son site web.

>> Dora Maar : Main Coquillage, (1934)

>> Retour au réel...

 

 

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Willy Ronis et une jeune admiratrice (2/2)

25 Novembre 2024, 09:40am

Publié par barreteau

Willy Ronis et une jeune admiratrice (2/2)

Willy Ronis à la médiathèque d'Argentan (2007)                Fundamente Nuovo, Venise (1959)
©Sylvie Châtelais                                                      ©Willy Ronis  

 

Cette photo a été captée par Sylvie Châtelais lors d'une séance de dédicaces de Willy Ronis à la médiathèque d'Argentan en juillet 2007. Cette image emprunte de charme, de douceur et de bienveillance décrit parfaitement l'homme qu'a été ce grand photographe. Elle fera la page de garde de l'ouvrage "Le siècle de Willy Ronis" une somme éditée aux Editions Terre Bleue en 2012.

Et je me suis demandé ce que pouvait bien dire cette fillette à cet homme qui pourrait être son arrière-grand-père ?

Alors j'ai imaginé ce pouvait être leur dialogue, après que la fillette soit restée un long moment devant la célèbre photo de Ronis montant une petite fille comme en lévitation sur un passerelle du Fondamente Nuove à Venise. (Photo de droite)

  • La fillette :"Ma maman m'a dit que c'était peut-être moi La Petite fille de Venise ?".
  • Willy Ronis :"Oh ! Alors merci d'être venue jusqu'ici aujourd'hui !"

 

>> Willy Ronis et une jeune admiratrice (1/2)

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Willy Ronis et une jeune admiratrice (1/2)

9 Novembre 2024, 11:27am

Publié par barreteau

Willy Ronis et une jeune admiratrice.

 Willy Ronis et une jeune admiratrice au cours d'une séance de dédicaces, en 2007 ©Sylvie Châtelais

 

Cette image captée par la photographe Sylvie Châtelais montre à merveille la personnalité de Willy Ronis, cet homme lumineux, graveur de l'instant figé en une fraction de seconde.
Ronis fut un homme simple, chaleureux, humble et bienveillant. Et ceci transparait dans ce moment d’échange intime entre cet homme de 97 ans et une fillette de 10 ans. La générosité de Willy Ronis, sa pudeur et sa gentillesse embaume cette image.

Là en effet, on comprend instinctivement que Ronis est aussi bien passionné par la photographie que par les gens ! Car Ronis aime les gens. Il sait les photographier et immortaliser la magie qui émane d'eux avant même que celle-ci n’éclate dans une situation et un cadre donné. Il voit la photo bien avant que l'enchaînement des causes crée les conditions de l'image. Il anticipe l'invisible... et bien sûr... les réglages entièrement manuels de son appareil.

Et cette petite fille, le regard au ciel et brillant d’admiration, la bouche susurrant des mots simples, le sourire innocent de cette enfant oubliant pour un instant tout ce qui l'entoure !
C’est un ange, c’est un ravissement !

 

>> Willy Ronis et Parisperdu.

 

 

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Retour rue Aubriot.

1 Novembre 2024, 15:24pm

Publié par barreteau

Retour rue Aubriot.Face au numéro 4 de la rue Aubriot, Paris 4ème            Face au numéro 4 de la rue Aubriot, Paris 4ème  
©Helmut Newton (1975)                                          ©Parisperdu (2023)

 

Helmut Newton, photographe mondialement connu pour ses photographies de mode aux mises en scène incongrues et provocatrices, a révolutionné l’image conventionnelle de la femme dans les magazines des années 1970-1980.

Il se fera reconnaître pour l’audace de ses mises en scène, et ses nus provocateurs non dénués d’un humour sous-jacent, qui marquèrent fortement l’histoire de la photographie.
Il dira d’ailleurs à ce propos : " Je déteste le bon goût. C’est ce qu’il peut arriver de pire à une personne créatrice. "

Newton a étroitement partagé sa passion pour la photographique avec sa femme June qui a été pendant plus de cinquante ans sa partenaire, son éditrice et sa collaboratrice. A partir de 1970, elle travaille aussi en solo comme photographe sous le pseudonyme d'Alice Springs en clin d'œil à la ville située au centre de son pays natal.

En 1975, Yves Saint Laurent et le magazine Vogue France passent une commande à Helmut Newton, pour mettre en valeur le nouveau "Smoking femme" qui vient de sortir des ateliers de Haute Couture de YSL. Ce vêtement, jusqu'alors jamais portée par une femme, peut être vu comme un geste osé et quelque peu transgressif pour l'époque.

Newton n'a pas cherché longtemps un lieu dans Paris pouvant s'accorder au mieux avec le mannequin qui portera le fameux smoking puisque le shooting se fera en bas de chez lui : rue Aubriot dans le 4ème arrondissement de Paris. Les commanditaires du reportage photo auraient souhaité un lieu prestigieux de Paris mais Newton n'en démordra pas : ce sera rue Aubriot et pas ailleurs ! C’est la nuit, rue Aubriot donc, là où il habite à l’époque qu'il fera cette photo en écho parfait avec les images de Brassaï connu pour ses vues nocturnes de prostituées et de malfrats :"la nuit n'est pas le négatif du jour".

Et cette photo sera sans doute le sommet de sa collaboration avec Vogue : ce portrait d'une femme androgyne avec une cigarette à la main, portant un tailleur-pantalon d'Yves Saint Laurent.

Durant l’été 1975 Helmut Newton répétera l'opération rue Aubriot pour le numéro de "Vogue Paris" de septembre. Cette-fois il montre deux jeunes femmes : l'une est Vibeke Knudsen habillée en smoking Yves Saint Laurent, et l'autre est nue, au milieu de la rue.

Alors aujourd'hui, je suis retourné rue Aubriot, à l'endroit exact de la prise de vue de Newton. Là rien ou presque n'a changé depuis ce jour de l'été 1975 lorsque Helmut Newton prenait ces images devenues mondialement iconiques dans l'univers de la Mode.

 

>> Yves Saint Laurent, Paris, 1975, pour Vogue France : le smoking ©Helmut Newton

>> Trois images du shooting de l'été 1975, Rue Aubriot Paris, ©Helmut Newton

>> Rue Aubriot Paris 1976 ©Alice Springs

 

 

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Raymond Depardon reçoit le prix 2024 de la BnF.

3 Octobre 2024, 09:56am

Publié par barreteau

Raymond Depardon reçoit le prix 2024 de la BnF.

Extrait de Raymond Depardon, Entre-temps (Atelier EXB, 2022) © Raymond Depardon / Magnum Photos

 

A la BnF Richelieu, le photographe de 82 ans a reçu son prix des mains de la ministre de la Culture Rachida Dati. Raymond Depardon devient le premier photographe à recevoir le prix de la BnF… jusqu'ici toujours décerné à des auteurs littéraires, tels Michel Houellebecq, Virginie Despentes ou encore Milan Kundera.

La Bibliothèque nationale de France (BnF), qui récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre, a salué en Raymond Depardon "un auteur sans limites, célèbre pour ses reportages photographiques d'une intensité rare, pour ses nombreux livres où il tisse un lien étroit entre texte et image, et pour ses films où il capte le quotidien d'une société en constante évolution".

 

>> Entre-temps de Raymond Depardon : les instants suspendus du photographe.

 

 

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Ishiuchi Miyako

16 Septembre 2024, 12:30pm

Publié par barreteau

Ishiuchi Miyako

絶唱 、横須賀ストーリー Yokosuka Story #58, vers 1976 – 1977 © Ishiuchi Miyako

 

 

Au Japon, où la photographie est un domaine traditionnellement dominé par les hommes, Ishiuchi Miyako, 77 ans, est l’une des rares femmes à cumuler, depuis quarante-cinq ans, succès et récompenses internationales, ouvrant la voie à nombre de consœurs plus jeunes. De l’occupation américaine aux vestiges de Hiroshima, en passant par les effets personnels de sa mère défunte, elle explore le passage du temps et de l’histoire.

Exposée cet été aux Rencontres de la photographie d’Arles, elle y a reçu le prix "Women in Motion", du groupe Kering.

A Arles, Miyako a donc présenté sa série Mother’s. Cela fait vingt-quatre ans que sa mère est morte, mais les photographies de la série Mother's ne pourront jamais être reléguées dans le passé, car elles sont ranimées à chaque fois qu’elles sont montrées quelque part.

Et au sujet de cette série Mother's, Ishiuchi Miyako nous dit : "Son corps n’était plus là. Les possessions qu’elle laissait derrière elle, qui lui étaient autrefois attachées, étaient devenues inutiles sans leur propriétaire. Avant de m’en débarrasser, j’avais décidé de les prendre en photos.
Mais prendre une photographie, c’est mesurer la distance qui nous éloigne du sujet et rendre visibles les choses invisibles qui reposent sous la surface.
Et comment capturer des images que mes yeux ne peuvent voir ?  Je pointais l’appareil photo et j’appuyais sur le déclencheur, le moins de fois possible. Peut-être que rien n’apparaîtrait. Je plaçais les négatifs dans l’agrandisseur. L’image négative, fixée par la lumière, était transférée sur le papier, et tandis qu’elle baignait dans le révélateur, une image positive était imprimée. Le temps d’attente avant l’apparition de l’image est crucial. Dans cet intervalle, la photographie prend forme par la contemplation".


>> "My name is Ishiuchi Miyako".

>> Ishiuchi Miyako à Arles 2024.

>> Aussi à Arles, cette année : Sophie Calle.

>> Aussi à Arles, cette année : Jean-Claude Gautrand.

 

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"Visa pour l'image" : France périphérique

1 Septembre 2024, 18:33pm

Publié par barreteau

 France périphérique

©Photo : Pierre Faure / Hans Lucas

 

A Perpignan, chaque année début septembre , des photojournalistes venus du monde entier présentent leur travail lors du Festival "Visa pour l'image" qui affiche cette année sa 35ème édition. Comme toujours Visa met en avant différents sujets et points de vue liés aux faits de société, aux conflits, ceux dont on parle et ceux que l’on tait, aux différents constats de l’état du Monde ...
Ainsi cette année sont mis en avant : la guerre en Ukraine, le 7 octobre 2023 et la guerre Israël-Hamas, le chaos en Haïti, les femmes en Iran, le dérèglement climatique… et bien d'autres sujets d'actualité. Et à Visa on peut aussi admirer les images iconiques de photographes stars, cette année se sont celles de Peter Turnley et Elliott Erwitt.

Mais par-delà tous ces sujets qui nous montrent un monde souvent brutal, au bord du chaos, j'ai retenu un autre sujet: plus proche de nous mais tout aussi poignant, c'est "France périphérique" du photographe Pierre Faure.

Depuis 2015, Pierre Faure documente la pauvreté en France en parcourant l’ensemble du pays : des marges périurbaines les plus fragiles des grandes villes jusqu’aux espaces ruraux, en passant par les petites villes et villes moyennes. Il souligne que désormais, 60 % de la population et les trois quarts des nouvelles classes populaires vivent dans cette France périphérique, à l’écart des villes mondialisées.

Pierre Faure a voulu, dans une démarche sincère et profonde, tout en s’engageant dans un processus à long terme, sensibiliser le public en s’intéressant aux évolutions qui modifient réellement la société française.
Environ deux cents jours par an, il arpente l’ensemble du territoire afin de constituer un témoignage photographique de la pauvreté dans l’hexagone, en rendant visible cette "relégation sociale’’. Il se confronte aux préoccupations liées à l’emploi, la santé, le logement, le transport, la solidarité… qui rythment le quotidien de ces individus. Par ses images, il tente de rendre palpable les conditions de vie d’une partie de nos concitoyens pour qu’enfin des visages se substituent aux statistiques, aux pourcentages et aux mots qui leur sont associés.

 

 

>> Le Festival "Visa pour l'image" 2024.

 

>> Site official du photographe Pierre Faure.

 

>> Visa pour l'image sur Parisperdu (archives)

 

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Arles 2024, les Rencontres Internationales de la Photographie (2/2)

18 Juillet 2024, 18:46pm

Publié par barreteau

Vues de l'exposition "Finir en beauté" de Sophie Calle aux Rencontres d'Arles 2024.  (©SOPHIE CALLE)

 

A Arles, sous la mairie de la ville, il existe un réseau de galeries datant du Ier siècle avant J.-C. Ce sont les Cryptoportiques ; et c'est le lieu choisi par la photographe-plasticienne Sophie Calle pour présenter - dans le cadre des Rencontres Internationales de la photographie - son exposition "Finir en beauté".

Aux Cryptoportiques, dans ces couloirs suintants d'humidité, au milieu des flaques de boue, des gouttes à gouttes venant du plafond, contre ces vieilles pierres moisies, elle a accroché ou déposé à terre ses images et transformé ainsi le lieu en sanctuaire.

Ces photographies proviennent de la série "Les Aveugles". Un projet qui date de 1986 et qu'elle n'a cessé d'actualiser. Le thème : comment des non-voyants peuvent nous raconter la beauté, la couleur ou la dernière image qu'ils ont vue ?

L'idée de cette expo pour Arles lui est venu après une inondation dans le lieu de stockage parisien de ses œuvres et où les tirages des "Aveugles" ont pourri, attaqués par la moisissure. Alors afin d'éviter tout risque de contamination, il était préférable de détruire les œuvres. Mais comment les détruire alors que "Les Aveugles" sont une série qui a beaucoup compté pour elle ? Elle ne peut se résoudre à emmener ces images à la décharge : ce serait une fin trop sinistre. Alors elle s'est dit qu'ici à Arles, elles termineraient leur vie, en beauté...

En 2023, les Cryptoportiques s'ouvraient pour la première fois, aux Rencontres de la photographie et accueillaient une exposition. Et, alors que l'humidité suintait de partout, Sophie Calle a tout de suite pensé que si elle exposait ses photos des "Aveugles" dans ce lieu, elles ne survivraient pas car les champignons les attaqueraient de partout.

Quand on demande à Sophie Calle :"Et après l'expo que deviendront les images" ?
Elle répond : "Ce sera la poubelle où la crémation… car ces objets sont maintenant si nocifs pour l'environnement qu'aucun conservateur de musée n'en voudra jamais plus, la moisissure étant très contagieuse. Aussi aujourd'hui à l'entrée des Cryptoportiques, il y a un petit écriteau qui dit : "S''il vous venait l'idée de voler une œuvre, sachez qu'elle détruira votre intérieur". Pour ces œuvres, c'est donc là à Arles leur dernière demeure. Et alors l'expo devient un rituel, une cérémonie et comme les photographies sont foutues, elle a intitulé l'exposition "Finir en beauté", car c'est une fin plus gaie que prévu.

Mais n'exagérons rien, Sophie Calle a quand même les négatifs... et eux sont en lieu sûr !


 

>> "Finir en beauté" est l'un des rendez-vous des Rencontres de la photographie d'Arles, à voir jusqu'au 29 septembre 2024.

>> "Finir en beauté" de Sophie Calle. Du 1er juillet au 29 septembre 2024 aux Cryptoportiques
Hôtel de ville d'Arles
, Place de la République F-13200 Arles

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Arles 2024, les Rencontres Internationales de la Photographie (1/2)

5 Juillet 2024, 12:16pm

Publié par barreteau

Arles 2024, les Rencontres Internationales de la Photographie (1/2)

"L’assassinat de Baltard", (la destruction des Halles de Paris), 1971, ©J.-C Gautrand

 

A Arles, la 55ème édition des "Rencontres Internationales de la Photographie" vient d'ouvrir ses portes. Parmi la quarantaine d'expositions présentées au public, j'en ai visité seulement quatre mais deux m'ont particulièrement intéressé.

Tout d'abord, au bord du Rhône, le Musée Réattu présente "Libres expressions" de Jean-Claude Gautrand l’infatigable photographe, qui nous a quittés il y a maintenant cinq ans en laissant derrière lui une œuvre conceptuelle, épurée et puissante.

Ses clichés présentés aux Rencontres, sont souvent les symboles d’un changement d’époque. Et surtout ceux capturés à Paris : la construction du périphérique, le Bercy ouvrier ou la destruction des Halles Baltard, … Signées Jean-Claude Gautrand, ces photos ont pour point commun de témoigner d'un Paris révolu, de scènes saisies à un moment charnière dans l'aménagement d'un futur Grand Paris, entre la fin des années 1950 et le début des années 1970.

Pour Les Halles de Paris, Gautrand nous dit : « J'ai passé deux mois sur le chantier, en 1971. J'ai photographié un désastre. Là, mes photos ont marqué les esprits. La gare d'Orsay devait être démolie dans la foulée. Elle a été sauvée pour devenir le musée que l'on sait. Peut-être que c'est un peu grâce à mon travail. »

A suivre : "Finir en beauté", la seconde exposition que j'ai pu découvrir aux Rencontres Internationales de la Photographie - Arles 2024.

 

>> A Arles au Musée Réattu, dans le cadre des "Rencontres", l'exposition "Libres expressions" de Jean-Claude Gautrand.

>> Bercy, rue Neuve de la Garonne (1979) © Jean-Claude Gautrand.

>> Chantier de construction du périphérique parisien (1964) ©Jean-Claude Gautrand.

 

 

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La photographie humaniste aujourd'hui, avec Peter Turnley.

4 Juin 2024, 14:16pm

Publié par barreteau

La photographie humaniste d'aujourd'hui, avec Peter Turnley.

Rue du Trésor Paris 4ème ©Peter Turnley

Peter Turnley est un photographe franco-américain.
Arrivé à Paris en 1975, il y vit désormais depuis près de 50 ans. Dès son arrivée à Paris, il travaille un temps comme assistant de Robert Doisneau, puis se lie d'amitié avec Boubat.

Turnley est surtout réputé pour ses photographies de la condition humaine capturées dans le monde entier. Des photographies récompensées par de nombreux prix, dont le prestigieux Olivier Rebbot Award pour le meilleur reportage photo à l'étranger, ainsi que plusieurs prix du World Press Competition, et bien d'autres…

Mais outre ses photographies à travers le monde, Turnley est l'un des photographes de sa génération qui a le plus photographié la vie quotidienne à Paris. Ses photographies démontrent son attachement profond pour sa ville d'adoption, une ville où il marche sans cesse.

Peter Turnley a publié plusieurs livres exprimant son amour de Paris, notamment "Parisiens" et "French Kiss-A Love Letter to Paris". Plusieurs de ses photographies figurent dans le célèbre ouvrage de Jean-Claude Gautrand "Paris Mon Amour".

Les photographies de Peter Turnley représentent aujourd'hui, sans aucun doute, une continuité forte et puissante de l'école de la photographie humaniste, dont plusieurs de ses représentants furent ses amis.

 

>> Peter Turnley, site officiel

>> Les photographes humanistes sont sur Parisperdu

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Le passage de la Duée "new look".

4 Mars 2024, 15:26pm

Publié par barreteau

Passage de la Duée - Paris 20ème (en 1995 puis en 2015, après les travaux d'élargissement).



Tel qu'il nous apparait aujourd'hui, ce passage peut sembler quelconque, n'avoir pas plus d'intérêt que beaucoup d'autres passages parisiens. Pourtant il a une histoire singulière que beaucoup de photographes connaissent.

Avant que, dans les années 2000, des travaux de restructuration en modifient profondément le tracé, le Passage de la Duée avait une largeur d'environ seulement 80 centimètres. Il était donc si discret qu'à son angle avec la rue de Pixerécourt, seule alors sa cordonnerie attirait le regard. Il en résultait un point de vue insolite aussi tous les grands photographes sont venus ici pour photographier la petite venelle et sa modeste échoppe.

Aujourd'hui le passage a été "relifté", élargi et à son angle bien sûr la cordonnerie a été détruite. Il nous apparait désormais benoîtement amputé de ce qui faisait tout son charme…





>> Déjà dans Parisperdu.

>> Le passage n'avait pas échappé à l'œil des "Grands" …


 

 

 

 

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Suivre Robert Doisneau : une expérience enrichissante.

27 Janvier 2024, 16:07pm

Publié par barreteau

Suivre Robert Doisneau : une expérience enrichissante…

rue des Artistes, Paris 14ème

 

Robert Doisneau, ce grand photographe, est né à Gentilly et il s’est éteint à Montrouge en 1994. C’est dire qu’il a longtemps vécu dans le sud de Paris, un secteur qu’il connait aussi bien pour sa banlieue que pour ses arrondissements périphériques : 14ème et 15éme.

Cette photo qu’il prend en 1988 est rarement légendée dans les ouvrages qui lui sont consacrés. Mais en arpentant le 14ème arrondissement j’ai retrouvé - par hasard - cet escalier quelque peu vertigineux ! C’est celui… de la rue des Artistes.

La rue des Artistes est une voie qui débute justement au bas de cet escalier, exactement au 13 de la rue d'Alésia, au niveau du carrefour de l'avenue René-Coty.

Mais au fait pourquoi ce nom de rue des Artistes ?

Elle doit son nom au fait que cette voie a longtemps compté une résidence d'artistes. Et, au début du XIXe siècle plusieurs jeunes peintres et sculpteurs (Claude Rameau, Louis Charlot...) sont venus s'y installer.

Suivre Robert Doisneau est toujours une expérience enrichissante, ne trouvez-vous pas ?

 

Les artistes de la rue éponyme :

>> Claude Rameau (peintre)

>> Louis Charlot (peintre)

 

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Elliott Erwitt, cet immense photographe nous a quitté.

1 Décembre 2023, 19:09pm

Publié par barreteau

Elliott Erwitt, cet immense photographe nous a quitté.

Birmingham, Angleterre, 1991. (ELLIOTT ERWITT / MAGNUM PHOTOS)

 

Photographe américain d’origine européenne, Elliott Erwitt est parti -en cette fin du mois de novembre- il avait 95 ans.

Son affaire, c'est la condition humaine qu'il traite souvent avec cet humour. « Je ne me lève pas le matin en me disant : je décide d'être drôle. Vous n'avez qu'à les regarder. Les choses sont drôles », disait-il.

Il a su saisir comme peu d'autres des tranches de vie captées sur le vif avec un regard plein de malice et de fantaisie : des moments intimes, des moments de tendresse, des situations cocasses, décalées ou absurdes mais toujours avec un regard plein d'humour et d'humanité.

Pilier de la prestigieuse agence Magnum où il est entré en 1954 sous la houlette de Robert Capa, Erwitt a l’œil pour repérer le comique de situation, il sait également provoquer la drôlerie. En témoignent ses autoportraits, tous plus désopilants les uns que les autres – avec perruques ou dans des situations loufoques -, confirmant que l’homme a aussi le goût de l’auto-dérision chevillée au corps.

L’une de ses plus célèbres thématiques est celle consacrée aux chiens où ces derniers sont saisis avec un naturel et une drôlerie inégalée.

Soit il fait des chiens l’égal des humains – un chien dressé sur ses pattes arrière, soit il cadre à hauteur de canidé, au ras du sol, offrant un point de vue décalé sur l’humanité.

Pour photographier ces charmantes créatures, Elliott Erwitt a une botte secrète : il aboie, créant un effet de surprise. Souvent, l’animal sursaute et cela lui vaut une bonne photo. Autre ruse : les klaxons, dont il possède plusieurs exemplaires, qui fonctionnent aussi pour attirer l’attention des humains et détendre l’atmosphère, ils sont imparables pour faire dresser les oreilles des cabots. Ces derniers sont à ses yeux des modèles remarquables. "Les chiens sont des personnes incroyables. Ils sont charmants et surtout ils ne réclament pas de tirages", dira-t- il.

Elliott Erwitt a une autre particularité : il refuse d’expliquer son travail. "Je veux que les gens réagissent émotionnellement à mes photos, pas avec le cerveau", dit-il. Certes, ses photos parlent d'elles-mêmes. Cependant, dans l'album de ce farceur, le flou règne souvent entre instantanés et mises en scène, ainsi certaine photo qu’on jurerait sortie d’une pellicule de Cartier-Bresson ou de Willy Ronis, sont parfois le fruit d’une mise en scène soignée.

 

>> Elliott Erwitt déjà sur Parisperdu.

>> Des autoportraits désopilants.

 

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Sabine Weiss : ses photos transmettent ses émotions.

26 Septembre 2023, 17:50pm

Publié par barreteau

Sabine Weiss : ses photos transmettent ses émotions.

Jardin du Luxembourg Paris, 1950 ©Sabine Weiss

 

Elle a été sans doute la dernière grande représentante de l’école humaniste de la photographie française d'après-guerre. Sabine Weiss, née Sabine Weber en 1924, nous a quittés à la fin de l'année 2021, elle avait 97 ans… et 80 ans de prises de vue "derrière elle".

Sabine Weiss démarre la photographie très jeune, parce que la manipulation chimique du développement l'intéresse ; son père est ingénieur chimiste.

Genevoise d'origine, une peine de cœur la fait fuir à Paris en 1946. Elle y débarque au petit matin sans point de chute mais rapidement devient l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Trois ans plus tard, elle rencontre son mari – le peintre américain Hugh Weiss – et se lance comme photographe indépendante. Elle fait alors de tout : de la publicité, de la mode, du reportage et des portraits d’artistes.

En 1950, elle fait le portrait de Miro, ce qui lui vaut un rendez-vous avec le directeur de Vogue. Elle dira : « Je suis arrivée avec mes photos de clochards et de morveux. Un monsieur assis à côté de moi, hochait la tête en disant : "Bien, bien". C’était Robert Doisneau. Je ne connaissais même pas son nom à l’époque. Tout de suite, il m’a proposé de rejoindre l’Agence Rapho. »

Le fondateur de Rapho, Charles Rado, exporte alors le travail de Sabine Weiss aux Etats-Unis, où elle devient alors plus connue qu’en France.

Sabine Weiss photographie beaucoup pour Vogue mais ce sont ses clichés en noir et blanc, des instantanés captés dans les rues de Paris, qui marqueront l’histoire de la photographie du XXe siècle.
Sens de la composition, maîtrise de la lumière et de l'instant décisif, elle s’inscrit dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Willy Ronis, les géants de la photographie française de l’après-guerre.  Plus tard, elle déclarera : « Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres. » 

Sabine a photographié surtout les gamins et les clochards des rues de Paris, les passants, les amoureux et les musiciens… avec une sensibilité et un talent formidable pour la composition.

Sabine Weiss photographie pour transmettre des émotions et le revendique encore et toujours : "Je suis encore émue par tous ces visages, ces attitudes, ces atmosphères, ces solitudes, ces regards, ces baisers".

Dans les années 1980, Sabine Weiss multiplie les voyages et se penche notamment sur la thématique des religions.
Elle arrête la prise de vue à la fin des années 90 car, avec une épaule cassée, elle dit ne plus pouvoir tenir convenablement l’appareil… Elle se consacre alors à la gestion de ses archives.

Bien que naturalisée française en 1995, c'est au Musée de l’Elysée, à Lausanne qu'elle fera don de son œuvre photographique : 200 000 négatifs, 7000 planches-contacts, quelque 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail et encore 2000 diapositives… eh oui, 80 années de déclics !

Merci Madame !

 

>> Sabine Weiss, page officielle.

>>"Sabine Weiss : Un regard sur le temps", un film de Lily et Jean Pierre Franey 

 

 

 

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