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PARISPERDU

poetes & ecrivains

Mélancolie d'un chinois à Paris.

20 Octobre 2009, 12:10pm

Publié par barreteau

 

Parisperdu a inspiré un lecteur chinois, … de surcroît poète.
Celui-ci reprend sur son blog ces quatre photos,

 

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et nous livre quelques pages de son journal intime, sous une rubrique intitulée "Mélancolie à Paris".

 En voici une version française, avec les approximations linguistiques dues à l'automatisation de la traduction …
 

" Matin de printemps dans le Paris perdu".

La nuit est passée et le vent d'ouest a défraîchi l'arbre bleu.
Seul un grand bâtiment regarde la route à l'horizon.

Le matin tôt,
Lentement je marche sur cette route près de Paris.
Le cœur semble se réveiller, il doit se réveiller,
Sombre et agile rêveur.


La route se prolonge.
Le jour est comme écrasé par la peine,
Et pour la première fois, la pluie soyeuse se disperse soudainement.
Le ciment des blocs de maisons alignées
Est d'un blanc grisâtre qui brille sur l'émigré.
Un sourire sur mon visage couvre l'Histoire.
Pathétique.


La route se prolonge.
Des étudiants passent par ici,
Leur jeunesse s'exprime gaiement.
Et ma condition d'étranger, disparaît dans
Les coins insouciants de leurs yeux.


La route se prolonge.
Par dessus un mur,
La tache jaune d'une fleur jette un coup d'œil
Pour accueillir
La bruine fraîche qui recouvre le piéton.
Le temps passé a disparu au loin
Mon humeur est comme une maladie d'amour.


Le matin tôt,
Je me promène
sur la route qui sort de Paris.
Le scintillement de mes pensées tient le premier rôle,
Mon humeur va se calmer maintenant.
Le vent a soufflé, la fleur s'est envolée,


La route se prolonge,
Imprévue, perdue .........


 

 

 

 

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Le lecteur du square.

28 Août 2009, 08:36am

Publié par barreteau

Square Jean Leclaire, Paris 17ème

 

 

"J'aime le Paris dépeuplé des jours d'Août.
Au matin, s'assoient sur les bancs perlés de rosée, … ces gens … que le seul hasard fait vivre dans les capitales. On les découvre souvent par hasard, ils font leur apparition derrière les frondaisons des impasses et des squares."

 

Extrait du  "Paris" de Jean Follain.



>> Le "Paris" de Jean Follain éveille la mémoire, il en perpétue le désir ...

>> Voir aussi sur Parisperdu: "La traversée de Paris".



 

 

 

 

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Walter Benjamin, à la recherche d'un Paris perdu.

24 Août 2009, 10:02am

Publié par barreteau

"Passatges" - Port-Bou,  Juillet 2009



En 1935, le philosophe allemand Walter Benjamin entreprend un ouvrage qu'il intitule: "Le Livre des passages" et où il tente d'analyser l'entrée dans la modernité à travers les vestiges du Paris du 19e siècle. Resté inachevé, l'ouvrage constitue la matrice intellectuelle des derniers écrits du philosophe allemand et inscrit sa pensée aux confluents de l’esthétique, de l’histoire, des études urbaines et de la sociologie de la culture.

 

Dans cet ouvrage, l’apport principal de Walter Benjamin est sans doute d’avoir conçu la ville comme l’espace d’intelligibilité de la modernité. "Le Livre des passages" représente, en effet, une tentative sans précédent pour déchiffrer dans l’architecture parisienne du 19e siècle la préhistoire de la modernité. Walter Benjamin y développe une conception sémiotique de la ville. Celle-ci se donne à lire, un peu comme un livre. On trouve un héritage direct de cette approche dans l’ouvrage de Karlheinz Stierle, "La Capitale des signes", qui place la question de la lisibilité au cœur de l’expérience moderne de Paris.

 

Loin de Paris, c'est dans la petite ville catalane de Port-Bou, là où Walter Benjamin, tentant d’échapper au nazisme, s’est donné la mort le 26 septembre 1940, que s’élève, depuis 1994, une œuvre spatiale de Dani Karavan, en mémoire du grand penseur juif allemand. Cet hommage à Walter Benjamin, nommé du nom catalan "Passatges", fait directement référence à son ouvrage inachevé, "Le Livre des passages".

Si vous le visitez, il ne faudra surtout pas vous arrêter au premier aspect, plutôt abrupt, du monument, car ce mémorial est avant tout une formidable machine à émouvoir et à penser.

Tout comme l'est aussi l'œuvre littéraire de Walter Benjamin.


>> Karlheinz Stierle, "La Capitale des signes".



 

 

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Paris, de Paul Valéry à Patrick Modiano.

18 Mai 2009, 09:52am

Publié par barreteau

Entrée du cimetière Montmartre, rue de Caulaincourt Paris 18ème


En 1937, Paul Valéry écrivait ceci: "…PARIS [c’est lui qui met ce nom en majuscules…] est bien autre chose qu’une capitale politique et un centre industriel, qu’un port de première importance et un marché de toutes valeurs, qu’un paradis artificiel et un sanctuaire de la culture. Sa singularité consiste d’abord en ceci que toutes les caractéristiques s’y combinent, ne demeurent pas étrangères les unes aux autres."

Que faire, que conclure, alors, de cette "singularité" ?
"Penser PARIS" ? Plus on y songe, plus se sent-on, tout au contraire, "pensé par Paris." Tous les amateurs, les amoureux et autres piétons de Paris ne feront pas de cette remarque une énigme.

Les plus récentes mutations de la capitale donnent une tonalité particulière à la prose et à la poésie des écrivains. La mémoire, comme hier chez Georges Perec ou comme aujourd'hui chez Patrick Modiano, joue un rôle essentiel, ainsi qu’une volonté d’inscrire dans les phrases ce que la réalité est entrain d’annihiler.
Leurs écrits contournent ou transcendent cette nostalgie fatalement attachée au pas de l’arpenteur des rues et des boulevards, constatant avec dépit ce que coûte, jour après jour, la modernisation galopante et la spéculation …


>> Qui est Patrick Modiano ?

>> Modiano ou les Intermittences de la mémoire.

>> Voir aussi: Georges Perec, sur Parisperdu.

>> Voir aussi, sur Parisperdu: "Paris, de Beaudelaire à Allen Ginsberg …"


  

 

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" Digicode, tu n'es pas mon ami "

10 Mai 2009, 10:21am

Publié par barreteau



La découverte des cours et des arrière-cours des immeubles Bellevillois a longtemps été l'un de mes "sports" favoris. Quitter la foule et les vrombissements de la rue pour pénétrer dans ces espaces paisibles et hors du temps, a toujours été pour moi l'une des expériences les plus gratifiantes que l'on puisse s'offrir dans Paris. A chaque fois, vous allez à la découverte d'un territoire inconnu, d'un monde invisible, inimaginable.

Jusqu'au jour où il n'a plus été possible de pousser la moindre porte, d'ouvrir le plus petit des portails. Les digicodes s'étaient généralisés… Maintenant, ils vous interdissent à jamais tout accès vers la "terra incognita", et vous laisse pantois dans la rue, face à d'hermétiques façades …


Bien sûr, la sécurité des biens et des personnes justifie sans doute cet équipement, mais il déshumanise profondément l'approche d'un quartier… On en vient à regretter la disparition des concierges et des gardiens d'immeubles dont la conversation était bien plus vivante que celle d'un clavier en acier brossé … Non, décidemment, digicode, tu n'est pas mon ami !

Aussi, je reprends volontiers à mon compte ce couplet de MC Solar :

" Naguère, les concierges étaient en vogue.

Désormais, on les a remplacées par des digicodes…

Dans ma ville, il n'y avait pas de parcmètres.

Je voyais des ouvriers manger des sandwiches à l'omelette...

L'air y était plus pur, Paris était plus beau "


>> Voir aussi le sketch de l'humoriste Marc Jolivet qui met en scène un homme ivre souhaitant rentrer chez lui au milieu de la nuit en ayant oublié le code d'entrée.

 

 

 



 

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Paris, de Beaudelaire à Allen Ginsberg ...

20 Avril 2009, 09:21am

Publié par barreteau

39 rue de Belleville Paris 20ème.


Paris change-t-il au fil du temps ?
Baudelaire avouait que Paris change "Plus vite que le cœur d’un mortel", et précisait alors:
"Paris change! Mais rien dans ma mélancolie

N’a bougé! Palais neufs, échafaudages, blocs,

Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,

Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs."

Mieux qu’un long discours, ces quelques vers nous montrent comment une cité vivante évolue sans cesse, par proliférations successives. Et la légende se superpose aux faits car une ville comme Paris a toujours laissé la part belle à l’imagination.

Paris muséifié, Paris embaumé, … déserté, dépeuplé, embourgeoisé : le refrain a été maintes fois repris depuis quelques années. Pourtant, il suffit d’être un observateur un peu attentif pour voir évoluer - parfois très vite - le paysage parisien.

La démarche buissonnière de Parisperdu, guidée par le hasard à travers les quartiers Est de la ville, nous donne souvent à voir ces évolutions, tout en refusant la pure nostalgie car, comme nous le dit le poète américain Allen Ginsberg: "Vous ne pouvez échapper au passé de Paris, et ce qui est le plus extraordinaire à ce sujet, c’est que le passé et le présent s’entremêlent de façon si impalpable que ce n’est pas du tout un poids."

Aussi, ne faut-il pas hésiter à s’aventurer dans notre Paris contemporain, pour voir, pour être sensible à cette ville qui bouge et qui se modifie sans cesse sous nos yeux … comme un être vivant !


>> Qui est Allen Ginsberg ?



 

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Filles du calvaire.

14 Janvier 2009, 09:42am

Publié par barreteau


L'image un peu leste et racoleuse de cette publicité, au métro Filles du Calvaire, semblerait-elle vouloir nous donner une indication sur les moeurs de ce quartier du 11ème arrondissement ?
Les "filles du calvaire" ne seraient-elles pas des filles de joie qui, autrefois, écumaient le quartier ?

 

 Le prix Goncourt 1991, un roman de Pierre Combescot, intitulé "Les Filles-du-Calvaire" pourrait confirmer cette hypothèse. L'auteur nous narre - en effet - la vie de Madame Maud, derrière son comptoir du bistrot des Trapézistes, aux Filles-du-Calvaire. Autour d'elle, un petit monde interlope et coloré où se côtoient artistes du Cirque d'Hiver tout proche, souteneurs, prostitués des deux sexes ... Mille et une destinées emplissent ce livre baroque, dans le Paris de la première moitié du siècle dernier.

Coluche, enfonce le clou avec un de ses mots d'esprit, dont il avait le secret : "On parle souvent du boulevard des Filles-du-Calvaire mais on ne  parle pas souvent du calvaire des filles du boulevard".

Pourtant, la réalité est beaucoup moins romantique. Ici, rien à voir avec les filles de joie, et même bien au contraire ...
Ce quartier, hébergeait le couvent de la congrégation des Filles du Calvaire qui lui donnera son nom ...



>> La congrégation des Filles-du-Calvaire a son site web...

>> Au métro "Filles du Calvaire"...

 

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Un monde loin du monde.

31 Octobre 2008, 08:38am

Publié par barreteau

Rue du Volga, Paris 20ème

La rue du Volga est une petite voie calme du 20e arrondissement, coincée entre la rue d'Avron et le boulevard Davout. Dans cette partie, près du pont du chemin de fer de la Petite Ceinture, la rue est encore plus paisible, et avec ses immeubles d'un âge indéfini, aucun commerce, peu de circulation ... c'est un monde loin du monde ...

Tout près, le square de la Gare de Charonne, un havre de quiétude, ajoute encore à la sensation d'avoir atteint, ici, un des lieux les plus reculés de Paris.

Mais au fait, si la rue doit son nom au fleuve russe "la Volga", pourquoi cette appellation "du Volga" ? Par ce qu'il s'agit de la forme masculinisée de ce fleuve, forme que l'on retrouve, par exemple, dans le roman "Michel Strogoff" de Jules Verne. On peut ainsi constater qu'au XIXe siècle, la forme masculine de Volga était assez usitée, voire prédominante.

Encore une touche supplémentaire qui s'ajoute au côté suranné de ce coin perdu du quartier de Charonne.


>>  Voir aussi, sur Parisperdu: "Détente ou détention ?"

 

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Souvenir de la rue Vilin.

27 Octobre 2008, 09:06am

Publié par barreteau


Photo ©Philippe Hiraga


Georges Perec nous parle de la rue Vilin : "Nous vivions à Paris, dans le 20ème arrondissement, rue Vilin; c'est une petite rue qui part de la rue des Couronnes, et qui monte, en esquissant vaguement la forme d'un S, jusqu'à des escaliers abrupts qui mènent à la rue du Transvaal et à la rue Olivier Métra.
La rue Vilin est aujourd'hui aux trois quarts détruite. Plus de la moitié des maisons ont été abattues, laissant place à des terrains vagues où s'entassent des détritus, de vieilles cuisinières et des carcasses de voitures; la plupart des maisons encore debout n'offrent que des façades aveugles.
Il y a un an, la maison de mes parents, au numéro 24, (...) était encore a peu près intacte. On y voyait même, donnant sur la rue, une porte en bois condamnée au-dessus de laquelle l'inscription COIFFURE DAMES était encore à peu près lisible.

L'immeuble du numéro 24 est constitué par une série de petites bâtisses, à un ou deux étages, encadrant une courette plutôt sordide. Je ne sais pas laquelle j'ai habité. Je n'ai pas cherché à entrer à l'intérieur des logements, aujourd'hui généralement occupés par des travailleurs immigrés portugais ou africains, persuadé du reste que cela ne raviverait pas davantage mes souvenirs".

(Extrait de "W ou le souvenir d'Enfance de Georges Perec"- 1975)


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Vilin, Couronnes et Pali-Kao..."

>> Voir aussi sur la destruction de la rue Vilin: "Elles tombent, l'une après l'autre"

>> Perec et "Lire la ville"


 

 

 

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United Colors of Paris-Canal.

23 Octobre 2008, 09:30am

Publié par barreteau

Quai de Valmy. 75010 Paris

 

 

Le canal Saint-Martin a le côté policé des canaux de villes. Laissant à la Seine les beaux quartiers, il relie les arrondissements populaires et turbulents de l 'Est de la capitale.
Avec ses courbes majestueuses, le canal qui va de République au bas de la place du Colonel Fabien, offre l'opportunité de promenades quasi-bucoliques, au cours desquelles vous pourrez, à loisir, changer de quai en empruntant de charmants petits ponts ...

Le long de ses quais, vous allez croiser des bars festifs, des boutiques à la mode, un centre culturel ... Nous sommes loin d'Eugène Dabit, l'auteur du fameux ouvrage "Hôtel du Nord", qui aimait le canal pour son côté populaire, gouailleur et artisanal. Témoin de son temps, il a décrit avec réalisme la vie ordinaire d'un canal qui lui ne l'est pas ... Un canal tragique et laborieux, marqué par la poésie de Carné, de Prévert, de Doisneau, de Simenon, de Barbara... une poésie toujours un peu noir. Et avec eux, le canal s'est bâti une légende ...

Mais nous ne sommes plus dans un film de Marcel Carné, et il y a maintenant de la couleur dans ce décor-là ! Elle est bien palpable sur le quai de Valmy, qui arbore des façades de boutiques "dans l'air du temps", dans un style "United Colors of ...".

Et il fut un temps récent, où les lieux étaient encore bien plus colorés ...  par des  tentes rouges, ... celles de SDF, plantées là, de chaque côté de la rive, jusqu'à l'Hôtel du Nord: le vrai, pas celui reconstitué en studio, pour la légende en noir et blanc.

La médiatisation de cette action a abouti au vote de la loi sur le droit au logement opposable. Mais finalement, dans un avenir proche, il est assez probable que la situation des "Sans Domicile Fixe" ne changera pas fondamentalement, et ... que le canal Saint-Martin restera un endroit de fête, un lieu branché, ... trop branché peut-être...


>> "Black & White Channel", la version "noir et blanc" du canal.


>> Déjà sur Parisperdu: "Carné nocturne"  

>> Le quartier vu par Tardi.

 

 

 

 

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Paris ... à dimension humaine.

15 Juin 2008, 09:14am

Publié par barreteau


Passage des Deux portes - Paris 20ème.

Paris peut paraître écrasant ... mais il existe tout un pan de la capitale plus léger, moins solennel ...
Il s'agit de toute la partie Est, un territoire qui courre de la place de la Bastille jusqu'à la Villette. Ici, d'anciens quartiers populaires sont devenus des quartiers jeunes, conviviaux ... où maintenant, gens branchés et néo-bourgeois résident ...


Il faut s'essayer à se perdre dans ses rues, dans ses ruelles ... et ne pas craindre de tenter cette expérience toujours enrichissante : prendre le métro, en sortir au hasard et retrouver son chemin parmi les zones piétonnes, les petits cafés, les jardins collectifs où poussent tomates et patates... ici, effet, on est bien loin des quartiers de prestige, on est souvent loin de tout ...

Vous allez alors parcourir un Paris à dimension humaine, et vous serez un peu comme dans une ville tranquille de province. Vous pourrez aussi découvrir le plus grand espace vert de Paris, un "site touristique" original : le cimetière du Père Lachaise .... Puis, près du canal St Martin ou près du bassin de la Villette, vous pourrez vous asseoir, un verre à la main, et même y pique-niquer aux beaux jours ...

C'est là un Paris très vivant, beaucoup plus accessible que celui des "beaux quartiers" des bords de Seine; plus romantique aussi, et trop souvent ignoré des touristes ... et là, tout le monde peut trouver sa place.


>>  La dimension humaine : Humanité, conscience, et complexité de la société. Deux journées avec Edgar Morin.

 

 

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Le regard sur la ville.

3 Mars 2008, 09:06am

Publié par barreteau


Charonne, Paris 20ème : L'église et son cimetière.
 

Le regard de Parisperdu sur la ville est fait de déambulations, de flânerie et d'arrêts, de mouvement et de fixité, et surtout d'attention aux détails et aux changements.

La photo de ville dit que quelque chose, que quelque part "a été".  Car la photographie a à voir avec la mémoire, avec la perte, avec la disparition.
Photographier la ville, en étant contraint par les possibilités de recul en fonction de l'architecture, de l'urbanisme et des circulations, c'est d'abord choisir la "bonne distance" pour obtenir le cadrage souhaité mais aussi, le point de vue désiré.


Espaces à découvrir, espaces à conquérir, à construire aussi, lieux de l'évidence et du doute, lieux fragiles qu'évoque Georges Perec avec une pertinence rare dans les dernières pages d'Espèces d'espaces ou quand il aborde la notion de mémoire avec ses "Lieux stables".


Certains textes ouvrent une correspondance entre photographie et littérature. Des pages de Georges Perec bien sûr, mais aussi de Marcel Proust, et de bien d'autres auteurs ... dialoguent pleinement avec elle.
Des auteurs contemporains comme Annie Ernaux, Anne-Marie Garat, ou François Maspero, à la suite d'André Breton, composent certaines de leurs œuvres comme un dialogue entre la photographie et le texte.

Sans nécessairement publier de photographies dans le texte, d'autres auteurs lui donnent une place importante. C'est le cas pour plusieurs textes de Georges Perec - à nouveau. Car pour Perec, le texte et l'image se nourrissent réciproquement l'un de l'autre. Il construit des récits ou des protocoles à plusieurs voix qui se croisent, se mêlent, s'opposent pour produire du sens constamment renouvelé. On peut  sur ce thème, lire les extraits de "Je me souviens" et de "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien" qui montrent, qu'à quelques décennies de distance, les textes de Perec font pleinement écho aux photographies d'Eugène Atget.

De tous temps, des philosophes, des peintres, des auteurs, des cinéastes et des photographes, bien sûr, ont fait de l'image de Paris, de la promenade, de l'errance, de l'itinéraire urbain, de la curiosité pour les rues parisiennes et les endroits insolites, du souvenir pour des lieux disparus ou appelés à disparaître, la matrice de leur œuvre.


Parisperdu veut se reconnaître de cette filiation.


>> Même endroit, vu par Eugène Atget...

>> "Tentative d'épuisement d'un lieu parisien" un film de
Jean-Christian Riff, d'après le texte de Georges Perec.


>> Démolition, reconstruction, la ville en chantier ...

 

 

 

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La parole à ... Clément Lépidis.

7 Février 2008, 09:43am

Publié par barreteau

5 et 7 rue Clavel Paris 20ème

"Belleville de l'an 2000 sera celui des tours, des résidences et des grands ensembles. Un Belleville de béton qui pousse déjà comme de la mauvaise herbe. Très vite. Chaque jour des promoteurs mal intentionnés assassinent un peu plus le quartier de mon enfance où il faisait bon vivre.

Oui, par la grâce des technocrates de l'urbanisation à outrance, la démolition de Belleville est en route. Gagné par la gangrène du ciment armé, Belleville n'a pas fini de payer son tribut à la rage des hommes, toute une population de petites gens se retrouvant la proie de la répression économique d'un pouvoir sans âme. C'est inhumain. Je m'insurge. Je dénonce et j'accuse les destructeurs de mon quartier.

Je veux mes vieux pavés usés, patinés, roux et brillants au soleil d'été. Je veux mes amis, vieux copains du bitume qui n'étaient pas cultivés comme aujourd'hui chacun le prétend, mais ... généreux et le cœur intelligent.

Et si Belleville coule ainsi dans mes veines c'est qu'il est le Paris que j'aime; oui, comme une femme. Je l'ai dit cent fois et le rabâche : Paris, je t'ai dans la peau.
Paris d'avant bien-sûr, pas le Paris de maintenant que des décisions scélérates du plus haut niveau ont enlaidi." © Clément Lépidis. "Belleville au cœur", éditions Vermet (1997)

 

>> Clément Lépidis, l'enfant de Belleville devenu écrivain.

>> Voir aussi sur Parisperdu: Portrait d'un monde disparu ...  

 

 

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Sur la butte Bergeyre.

26 Janvier 2008, 10:39am

Publié par barreteau



Dans le 19ème arrondissement, sur la butte Bergeyre, la vision de Paris est toute autre : la lumière est partout, on se sent hors du bruit de la ville, l'air n'est plus le même ... le privilège des hauteurs ... peut-être.

Cinq rues seulement entourent, quadrillent ce petit périmètre.
La rue Georges-Lardennois
relie la "vraie ville" au village perché sur le sommet. Elle suit un long tracé jusqu'au point culminant qu'elle atteint après avoir enlacé l'ensemble de la butte qui s'élève tel un pain de sucre.
La rue Barrelet-de
-Ricou se termine par des escaliers où Willy Ronis a saisi dans son objectif un instant magique, "sur le fil du hasard", comme il se plait à le dire.
Au cœur de la butte, on trouvera la rue Rémy-de-Gourmont et la rue Philippe-Hecht, toutes deux avec leurs petits immeubles à deux étages bien sagement alignés.

Et puis, comme pour donner un relief encore plus fantastique à cette étrange butte, on découvre la rue Edgar-Poë. Avec des jardinets étroits comme des jardinières prises sur le trottoir, c'est là que nous croisons ces deux fillettes: les deux sœurs de la rue Edgard  Poë !

S'appellent-elles Eleonora et Virginia ? Oui peut-être, car sur la butte Bergeyre, nous ne serions pas étonnés de croiser .... les héroïnes de l'une de ses "Histoires extraordinaires" !
Car enfin, nous sommes bien ici dans un lieu extraordinaire, un endroit isolé et tout à la fois urbain, un quartier unique à l'environnement singulier, un espace à l'écart de la ville, tout en étant dans la ville.
Ici, nous sommes dans l'arrière-cour de Paris.

 

>> La tranquillité des sommets.

>> La rue Barrelet-de-Ricou et ses escaliers dévalant vers l'avenue Simon Bolivar (© Willy Ronis) 

>> Jean-Jacques Rousseau, un promeneur solitaire et rêveur sur la butte Bergeyre.



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Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.

14 Janvier 2008, 15:47pm

Publié par barreteau

 
Haut de La rue Laurence Savart Paris 20ème.
 

 

De Belleville, de Ménilmontant, et de Charonne, maintes représentations ont été données, mais toutes soulignent le côté typiquement "populaire" de ces hauts quartiers de l'Est parisien.

Des hommes aussi différents qu'Edgar Morin, Raoul Girardet ou Mouloudji ont vécu sur ces hauteurs ... et tous en ont en vanté l'esprit singulier. Tous ont attesté de cette personnalité radicale et indépendante qui s'exprime dans la "vue" que l'on prend ici de la capitale et de la société. Les gens de Belleville contemplent - en effet - la capitale de loin, depuis le "rebord" du plateau de la rue Piat. Edgar Morin parle même "d'une culture de la rue de Ménilmontant".

Henri Calet dans ses textes (Le tout sur le tout, Acteur et témoin, Les deux bouts) met en valeur la stabilité, la permanence des stéréotypes, des expressions employées pour caractériser l'Est parisien que l'on évoque volontiers par le panorama et par des lieux-souvenirs, comme le Mur des Fédérés.

Willy Ronis et René-Jacques contribuent par leurs images à mettre en valeur ces "traits urbains", tout comme le fait l'œuvre d'un autre photographe moins connu, Henri Guérard qui a réalisé - en cinquante ans - 24 000 photographies de Belleville !

Les années 1960 sont des années de mutation au terme desquelles se met en place la rénovation de ces quartiers. Une rénovation souvent brutale et qui introduit une rupture dans l'urbanisme. Des protestations - dans lesquelles la nostalgie n'est pas absente - s'élèvent contre la destruction de Belleville, voire même contre sa simple rénovation. Ainsi, en 1975, Christine Rochefort publie un "Requiem pour Belleville" et la même année, Georges Perec publie "W ou le souvenir d'enfance" où il évoque la mémoire douloureuse de la rue Vilin. Puis les récits, les souvenirs du passé se multiplient: ainsi, jusqu'à sa disparition en 1997, l'écrivain "local" Clément Lépidis dénoncera sans cesse la destruction du cadre de son enfance.

L'évocation du passé rebelle bellevillois, de son modèle de métissage, de la tolérance, du bien-vivre devient finalement un argument politique.
Le 20ème arrondissement est celui qui, à Paris, compte en effet la plus forte densité d'associations (600). Les projets de rénovation du bas Belleville se sont toujours heurtés à la volonté conservatrice de ces associations qui cherchent à préserver la convivialité de ce "belvédère populaire".

Oui décidément, Belleville, Ménilmontant, et Charonne, ces hauts quartiers de l'Est sont bien les "conservatoires du Paris populaire".

Mais pourront-ils le rester encore longtemps ?

 

>> Evelyne Cohen, "Jean El Gammal, Les hauts quartiers de l'est parisien, Paris, Publisud, 1998" 

 


 

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