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PARISPERDU

poetes & ecrivains

Les librairies Gibert sont en grandes difficultés.

10 Juillet 2026, 08:02am

Publié par Pierre Barreteau

Librairie Gibert Jeune Paris, 1952 © Roger-Viollet

Le secteur de la librairie est en difficulté. En effet, le marché du livre neuf est en fort recul. Une chute due à la concurrence des tablettes ou des liseuses numériques, aux ventes des livres en ligne mais aussi à un désamour généralisé pour la lecture, notamment chez les jeunes.

A Paris, les librairies Gibert, une enseigne historique, mythique du "Quartier Latin", une institution du livre depuis plus d’un siècle, sont en grandes difficultés. Fondées en 1888, les librairies Gibert, surtout la grande librairie du boulevard Saint-Michel, ont été un repère pour plusieurs générations d'étudiants. On peut l'affirmer : Gibert fait partie des monuments de Paris.

Mais en 2021 déjà, Gibert avait fermé quatre de ses librairies parisiennes. Aujourd'hui le groupe veut désormais miser sur le marché des livres d'occasion, un secteur en progression, contrairement aux livres neufs dont les ventes baissent. En avril de cette année Gibert a été placé en redressement judiciaire et une faillite du groupe serait un coup de tonnerre dans le monde du livre.

 

>> Gibert Jeune et Gibert Joseph.

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Paris échappe au ravage.

23 Février 2026, 15:47pm

Publié par Pierre Barreteau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ravage est un roman de science-fiction post-apocalyptique écrit par René Barjavel et paru en 1943. Cet ouvrage fait état du pessimisme de l'auteur à l'égard de l'utilisation du progrès scientifique et technique.

Dans Ravage la description du "Paris nouveau" avec ses "cités tours" qui ont remplacé les anciens quartiers froidement rasés est très proche du Plan Voisin, une vision urbanistique futuriste impulsée par Gabriel Voisin, avionneur et constructeur automobile d'avant-garde, qui prévoyait de raser intégralement le nord de la rive droite pour y disposer un quartier de tours avec deux immenses avenues (Nord-Sud et Est-Ouest) pouvant servir de pistes d'aviation! À l'époque de Barjavel, ce plan - appuyé par Le Corbusier - faisait l'objet de furieuses polémiques avec les défenseurs du patrimoine historique parisien.

Le plan Voisin dessinait le Paris de 2052 dans le "monde de l'avenir" selon Le Corbusier, avec ses gratte-ciels, ses villes tentaculaires, ses autostrades, ses avions à décollage vertical sillonnant le ciel de Paris. Cette vision de l'urbanisme futur, faisant "table rase" du passé, eut cours jusque dans les années 1960.

Cependant de nos jours à Paris, les arguments des promoteurs actuels des tours de grande hauteur (TGH) sont encore proches de ces idées d'il y a presque un siècle : jouer avec la densité pour épargner l'espace au sol, séparation des voies de circulation et des habitations, urbanisme concerté, mégalomanie du "silhouettage", ingénierie sociale, et j'en passe .... À nouveau un ravage !

>> Le Plan Voisin dans Parisperdu.

 

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Paris l'été.

15 Juin 2021, 09:38am

Publié par barreteau

Paris l'été.

 Square Jean Leclaire, Paris 17e

 

Paris, l'été semble se lever plus tard que de coutume.

Les odeurs, les bruits, la lumière qui change : tout annonce que la ville se prépare à prendre des vacances.

Pendant des heures le téléphone se refuse à sonner, dans la rue pas d'autos gênantes … des merveilles se proposent à chaque mètre. Le vide des gares est immense, mêmes les commerces des arrondissements lointains se vident ….

 

Extraits de "Refuge" un ouvrage de Léon-Paul Fargue (Chapitre "Sauver Paris" Page 155)

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L’Esprit de Paris

24 Octobre 2020, 18:35pm

Publié par barreteau

L’Esprit de Paris

 Léon-Paul Fargue, Le Piéton de Paris, par © Brassaï, 1933

 

Léon-Paul Fargue se qualifiait lui-même de "Piéton de Paris". C'était, il y a bien longtemps, dans un temps où Paris se nommait encore la Ville-Lumière. C'était dans une époque allant de 1934 à 1947.  

Et aujourd'hui, les Éditions du Sandre publient le tome I de ses œuvres complètes : "L’Esprit de Paris", une immense somme rassemblant l’intégrale de ses chroniques parisiennes : 700 pages de descriptions légères ou détaillées du Paris de cette époque.

"Je parle, je marche, je me souviens, c’est un tout." disait-il.
 
Dans Paris, avec son regard furtif, son verbe étincelant mêlé à un jargon précis, Fargue voit tout, et devine le reste..."Il n’est bon spleen que de Paris" ajoutait encore Fargue, paraphrasant Baudelaire et Villon.
Ce premier volume de l'œuvre de Léon-Paul Fargue est un outil puissant et poétique pour arpenter un Paris disparu. Aussi si, comme moi, vous aimez vous lamenter sur Paris défiguré, Paris pollué, Paris déserté, cet ouvrage monumental va vous régaler.

 

>> Léon-Paul Fargue : "L'Esprit de Paris", Édition intégrale des chroniques parisiennes.

>> Léon-Paul Fargue déjà sur Parisperdu.

 

 

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Décidément le 13ème arrondissement est bien celui de la BD.

5 Février 2019, 11:16am

Publié par barreteau

Décidément le 13ème arrondissement est bien celui de la BD.

Angle de la rue des Frigos et de la rue René Goscinny Paris 13ème (octobre 2017)

 

Assez peu touristique, le 13e arrondissement est un ancien quartier ouvrier. Aujourd'hui, il est surtout connu pour son quartier asiatique ainsi que pour l'implantation dans les années 1990 de la Bibliothèque Nationale de France. Tout près de cette dernière, le quartier de la Gare avec ces célèbres "Frigos", la joue modeste mais il faut bien reconnaître qu'après Tardi qui adapta en Bande dessinée le roman de Léo Mallet : "Brouillard au pont de Tolbiac", l'arrivée en 2001 d'une rue René Goscinny a fait de ce secteur le point central de la BD à Paris.

Pour conforter cette situation, des bulles avec des citations des séries vedettes de Goscinny : Astérix, Lucky Luke et Iznogoud sont disposées sur le trottoir ou accrochées aux poteaux d'éclairage de cette nouvelle rue.
Une initiative insolite mais tout à fait pertinente !

 

>> Ils sont fous ces Romains …

>> Léo Malet aimait-il le 13e arrondissement ?


>> C'était comment avant ... ?

>> Blake & Mortimer à Ménilmontant ...

>> Quizz : Connaissez-vous le Paris de la bande dessinée ?
 

 

 

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La couleur de Paris.

27 Septembre 2017, 09:58am

Publié par barreteau

 

La couleur de Paris.

 

"De ma lucarne, j'ai vue sur Paris et je regarde les dômes, les flèches, les coupoles, les tours, les cheminées d'usines, les toits, les siècles, le gris du zinc, de l'ardoise et des fumées ou des brouillards. Le gris est la teinte dominante, mais un gris nuancé, différencié à l'extrême."

Extrait de "Tout sur le tout" d'Henri Calet

 

 

>> Quand Henri Calet traînait dans les quartiers pourris de Paris.

 

 

 

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Finkielkraut et "La merveille de la promenade".

2 Juin 2017, 14:01pm

Publié par barreteau

Finkielkraut et "La merveille de la promenade".

Promeneuse, près du canal Saint-Martin_ Paris 10ème

 

Finkielkraut nous dit: "L'Occident - dans ce qu'il a de beau - est né de la promenade. Aristote se promenait, les chemins qui ne mènent nulle part de Heidegger. Rimbaud vagabondait. La promenade est une expérience sensible, spirituelle".

A l'instar de Julien Green, qui rêvait d'écrire "un livre sur Paris qui fût comme une grande promenade sans but, où l'on ne trouve rien de ce qu'on cherche, mais bien des choses qu'on ne cherchait pas"; mes déambulations de "boulevardier de Paris" sont un continuel enrichissement.

Le boulevardier est un rêveur, il préfère les images aux concepts, car pour prendre forme, ces derniers exigent du travail. Il est seulement occupé à arpenter rues et boulevards, selon un ancien code culturel du parisianisme qui tend à disparaître tout comme le paseo espagnol, la passeggiata italienne ou les promenades en soirées sur les corniches marocaines ou égyptiennes …

Mais, "Parisperdu" est avant tout une invitation à la flânerie, un apprentissage à porter un certain regard sur la ville. Et, regarder la ville, n'est-ce pas aussi, d'abord, apprendre à regarder ses habitants,... au hasard des rencontres et dans les coins les plus reculés de la capitale.

Alors, tout comme Finkielkraut qui s'émerveille de la promenade, je vous souhaite de merveilleuses promenades et surtout d'agréables rencontres dans ce Paris dont on devient forcement amoureux ... pour peu qu'on apprenne à le regarder vraiment.


>> Qu'est-ce qu'un boulevardier ?

>> Errance dans un Paris intemporel.

 

 

 

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Quartier perdu.

28 Mai 2017, 08:48am

Publié par barreteau

Quartier perdu.

En voiture à Paris (janvier 2017)

 

Aujourd'hui, je ne résiste pas à vous livrer un extrait de "Quartier perdu", un roman de Patrick Modiano, grand amoureux de Paris:

"En ce temps-là, Paris était une ville qui correspondait à mes battements de cœur. Ma vie ne pouvait s'inscrire autre part que dans ses rues. Il me suffisait de me promener tout seul, au hasard, dans Paris et j'étais heureux.

Il était neuf heures du matin. J'ai baissé la vitre. Une bouffée d'air doux au parfum de feuillage et de poussière a pénétré dans la voiture.

Le chauffeur conduisait d'une manière nonchalante, en tenant le volant d’une seule main. L'autre chauffeur nous suivait de si près que souvent les deux automobiles étaient pare-chocs contre pare-chocs.

Nous avions pris les quais et longions les grilles du jardin des Plantes. A quelques centaines de mètres, vers l'intérieur, s'élevait le dôme de l'hôpital du Val de Grâce, où, cet automne, on m'avait gardé trois mois avant de me délivrer pour toujours de mes obligations militaires. Sept ans de collèges, six mois de caserne et trois mois de Val de Grâce. Maintenant, personne ne pourrait plus jamais m'enfermer quelque part. Personne. La vie commençait pour moi. J'ai baissé complètement la vitre de la portière et j'ai appuyé mon coude, au rebord. Les platanes étaient déjà verts le long du quai, et nous passions sous la voute de leurs feuillages.

La circulation était fluide et l'automobile glissait sans que j’entende le bruit du moteur. La radio marchait en sourdine et je me souviens qu'au moment ou nous arrivions au pont de la Concorde, un orchestre jouait la musique d'Avril au Portugal. J'avais envie de siffler l'air. Paris, sous ce soleil de printemps, me semblait une ville neuve où je pénétrais pour la première fois, et le quai d’Orsay, après les Invalides, avait, ce matin-là, un charme de Méditerranée et de vacances. Oui, nous suivions la Croisette ou la Promenade des Anglais".


>> Quartier perdu, de Patrick Modiano chez Gallimard.

 

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Paris sera toujours une fête.

21 Janvier 2017, 09:27am

Publié par barreteau

Paris sera toujours une fête.

Robert Delaunay, Tour Eiffel, 1928 (détail)

 

Hemingway a écrit : "Paris est une fête" et Jules Renard a dit qu'il suffit d'ajouter deux lettres à Paris pour faire PARADIS.

Bien sûr pour moi, Paris est la plus belle ville du monde, même si j'en ai vu d'admirables dans de nombreux pays. Mais ici, je n'ai pas besoin d'être de bonne foi.

J'aime Paris la nuit avec sa tour Eiffel qui pétille comme le champagne. J'aime Paris le jour parce lorsque je m'y promène longuement, il y a toujours une station de métro avant la fatigue.

Paris est une fête et je me dis qu'il en sera toujours ainsi, quoiqu'il arrive...
Et ce "quoiqu'il arrive" est récemment arrivé, particulièrement dans les XIème et Xème arrondissements. Mais, malgré les terrasses de café et le Bataclan martyrs, dans ces arrondissements on a recommencé à faire la fête …
Oui Paris sera toujours une fête.

 

 

>>  "Fluctuat nec mergitur", billet du 24 Novembre 2015

 

 

 

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Paris du temps perdu.

14 Février 2016, 10:11am

Publié par barreteau

Paris du temps perdu.

Marcel Proust et Eugène Atget bien que contemporains ne se connaissaient pas.

Leurs œuvres monumentales témoignent de cette même volonté patiente et méticuleuse de restituer la vie de leur temps, ce Paris légendaire de la Belle époque. 

Tandis que Proust s'attachait à décrire la complexité de l'âme humaine, Atget, lui, photographiait les rues, les places, les jardins, les échoppes qui servaient alors de décor au peuple parisien.

Dans l'ouvrage "Paris du temps perdu" que les Editions Hoëbeke viennent de publier, les photographies de l'un font subtilement écho aux mots de l'autre. Et c'est Odette ou encore Albertine que l'on croit reconnaître derrière de furtives passantes, et c’est l'hôtel de la duchesse de Guermantes que dissimulent les lourdes portes cochères photographiées par Atget.
Ces deux regards croisés sur un Paris irrémédiablement perdu suscitent une vive émotion teintée d'une douce mélancolie.

 

 

>> Atget sur Parisperdu

 

 

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Quand Henri Calet traînait dans les quartiers pourris de Paris.

6 Janvier 2016, 15:18pm

Publié par barreteau

Quand Henri Calet traînait dans les quartiers pourris de Paris.

 

Avec Huit quartiers de roture, Henri Calet nous  propose une longue flânerie dans les rues, ruelles, impasses et cours… de ces quartiers populaires de Paris que sont : La Villette, Pont-de-Flandre, Amérique et Combat pour le 19ème arrondissement; et Saint-Fargeau, Belleville, Père-Lachaise et Charonne pour le 20ème arrondissement. Des quartiers sans noblesse, d'où le mot de "roture" qu'il utilise pour ces quartiers tout juste roturiers.

Calet nous entraine dans un voyage dans le Paris populaire d’autrefois, au lendemain de la seconde guerre mondiale, une vingtaine d’années avant la destruction de l’Est parisien. C'est aussi à un jeu de piste sans trésor et un pèlerinage aux sources de sa mémoire parisienne qu'il nous convie :  Ville à part sans Seine ni rivière, que les étrangers ne vont pas voir, où il n’y a rien à voir, ville sans palais ni cathédrales, sans monuments et presque sans souvenirs, ville sans parure, ville usinière, populacière, où l’on peut tout juste exister, dans le sens de ne pas mourir. Des faubourgs où il lit la banalité douce-amère de lieux qui n’ont rien pour plaire et qui, justement nous plaisent à cause de cela …

Alors Calet nous emmène là où sont ses racines : Mon père y est né, mon grand-père y est mort. J’y ai vécu. Et je viens d’en faire le tour. J’ai respiré son air et son parfum ; ses couleurs sont les miennes. Avec lui, on s’égare dans des rues infortunées, on pousse des portes sans lendemain, on fouille la mémoire des façades, on monte et on descend l’échelle du temps pour décrocher des souvenirs où comme il l'écrit: " rien ne porte à la joie ni au lyrisme. L’Histoire, elle-même, ne parle que de défaites, de saccages, de capitulations". Mais on sent dans son texte une réelle nostalgie pour ces quartiers et pour leurs habitants, une certaine tendresse à leur endroit …

Le promeneur contemporain qui fait aujourd'hui la même déambulation aura du mal à reconnaître les quartiers dépeints par Henri Calet qui nous communique des chiffres concernant la population de ces deux arrondissements en précisant le nombre de résidents étrangers. Mais la couleur de ces quartiers a encore certainement beaucoup changé depuis un peu plus d'un demi-siècle … 

Tous les livres d’Henri Calet sont des trésors. Et on se demande pourquoi, dans les années 50, aucun éditeur n'a voulu des "Huit Quartiers de roture". Faute de pouvoir publier cette promenade de son vivant, Henri Calet en a tiré une série radiophonique qu’il a lue de sa belle voix, en 1952, sur le Programme parisien. On retrouve aujourd'hui cette lecture sur le CD qui est joint au livre. A découvrir absolument.

 

 >> En savoir plus : "Huit quartiers de roture", par Henri Calet (Le Dilettante, 224 p., 20 euros). (©Le Dilettante)

>> La rue des Partants à Paris (20ème) dans les années 1950.

 

 

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Au col de la Chapelle

5 Septembre 2015, 10:13am

Publié par barreteau

Au col de la Chapelle
Ateliers ferroviaires de la rue Pajol, 75018_Paris (juin 1994)

 

Géographiquement parlant, un col est un passage étroit entre deux montagnes, et il permet la communication entre deux versants.

A Paris, entre le mont Martre et les Buttes Chaumont, se trouve le col de la Chapelle. Depuis toujours, ce passage a été une voie de communication majeure entre le Nord et la capitale. Dans cette coulée, on fit passer les tranchées des trains des Gares du Nord et de l'Est, les débouchés des routes Nationales 1, 2 et 3 … et aussi le Canal St Martin.

"Au col de la Chapelle" est également le nom de l'essai que Joël Cornuault vient de publier. Il nous y relate son enfance et son adolescence dans le dix-huitième arrondissement de Paris et plus particulièrement ses errances dans ce quartier de La Chapelle.

Je ne résiste pas à vous livrer un des extraits parmi les nombreux passages qui bien souvent se trouvent en parfaite résonance avec Parisperdu :
" La vie sociale n'étant plus en mesure de se régénérer de son propre mouvement, le capital familial n'étant plus à la hauteur des investissements nécessaires, toujours plus élevés, le conseil municipal du dix-huitième se promet d'entrer en action à l'emplacement des anciennes rotondes à locomotives et des secteurs de triage. Un de ses énormes combinats culturels, dont le Centre Beaubourg a fourni la matrice et qui la voit se reproduire en divers endroits où des "restructurations" sont déclarées nécessaires, va se dresser en lieu et place des ateliers et des quais de transbordement de la rue Pajol. Cet implant sera géré par la mairie de Paris depuis ses bureaux des bords de Seine - depuis la lune, autant dire."

Avec Joël Cornuault, au-delà de l'évocation d'un Paris populaire et ouvrier, aujourd'hui disparu, nous sommes invités à la flânerie urbaine, à l'errance quotidienne, à atteindre ce qu'il appelle le "sentiment des rues". Désormais aux côtés de Follain, de Fargue, d'Hardellet, de Réda et d'Aragon … il faudra ajouter un autre piéton de Paris: Joël Cornuault.


>> "Au col de la Chapelle" de Joël Cornuault, aux Editions Isolato.

>> La ZAC Pajol, sur Parisperdu.

>> La halle Pajol aujourd'hui …

 

 

 

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Yves Martin, le promeneur tout en poésie.

6 Février 2015, 13:58pm

Publié par barreteau


On l'a souvent comparé à Léon-Paul Fargue, sans doute à cause de son côté "piéton de Paris". Avec sa carcasse imposante, ses rouflaquettes grises, ses vêtements d'un autre âge, il s'est composé une silhouette presque légendaire.

A partir de chez lui, rue Marcadet, Yves Martin n'en finit pas de sillonner la capitale. Rue des Martyrs, rue de Provence, le pont des Arts, le long des canaux, d'une porte à l'autre, il va partout et guette, selon les heures, le plus humble détail de la ville. Ses déambulations seront la source de ses meilleurs recueils: "Le Partisan", "Le Marcheur", "Manèges des mélancolies" …

Dans un poème du "Marcheur" dédié à Eugène Dabit, peintre et auteur de "L'Hôtel du Nord", il nous livre l'un de ses tableaux parisiens de prédilection:

"Au château tremblant, canal de l'Ourcq-Saint-Martin,
Trépignaient les mariniers sous les drapeaux de frites.
Les moules sautaient dans des cuves rouges
Avec des clins d'œil bleus".

Les "Manèges des mélancolies" sont pleins de cafés, de brasseries, de troquets et de bistrots. "Printemps 1966" renferme en un seul poème la "bougnate du Nord-Sud", les harengs de chez Lipp, des "volcans de choucroute", des "vins irascibles", et les ombres de Tinan et de Toulet, deux piliers de bar salués en passant ...

Fondateur en 1959, avec le metteur en scène Bertrand Tavernier, du Nickel-Odéon, un très haut lieu de la cinéphilie, Martin se consacre à la  réhabilitation de films crépusculaires, comme "Les Passagers de la nuit", définissant du même coup sa propre esthétique: "L'inquiétude est sœur de la poésie."

Paris reste pour lui un réservoir infini d'images et de sensations, le long des rues, à la terrasse des cafés, sur les écrans de l'après-midi, ce marcheur-voyeur regarde intensément les passantes.  "Le Marcheur" fourmille de rencontres amoureuses, vite évanouies dans ce Paris où tout semble possible …


>> Le Partisan, suivi du Marcheur, par Yves Martin. Editions La Table ronde.

>> Manèges des mélancolies. Poésies inédites (1960-1990). Edition rare.

 

 

 

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Errance dans un Paris intemporel.

10 Octobre 2014, 11:34am

Publié par barreteau

Cité Durmar, 154 rue Oberkampf, Paris 11(Juillet 2012)

Certains de mes fidèles lecteurs me demandent: "Faut-il avoir connu ce Paris perdu pour bien vous lire" ?
Certes non, mais ceux qui partagent les mêmes souvenirs et la même expérience du temps perdu retrouveront plus aisément certains itinéraires et mots de passe, même si souvent le Paris que j'évoque est devenu intemporel voire totalement imaginaire …


Mêlant passé et présent, la ville m'apparaît comme un espace horizontal où les strates temporelles se superposent. Ainsi, les références à l’Histoire sont brouillées, car elles se mélangent aux impressions que la ville exerce sur moi.

Car la ville représente en effet pour moi  un espace un peu irréel où je pars en quête de "je ne sais quoi", traversant les rues, les avenues ou les arrondissements, ou rêvant dans un parc, un square, un café. Arpentant la ville, dans ses dédales, dans ses moindres interstices, je cherche alors à dégager le passé de l’oubli.

Cette errance, cette promenade à travers la ville et dans ma mémoire est un prétexte, souvent mince, pour reconstituer un certain passé et les fragiles fragments qui le composent.

Comme Patrick Modiano, je peux dire que le Paris où j'ai vécu et que j'arpente dans ce blog n'existe plus. Et je suis en parfaite résonnance avec Modiano lorsqu'il dit: "Je n'écris que pour retrouver ce Paris. Ce n'est pas de la nostalgie, je ne regrette pas du tout ce qui était avant. C'est simplement que j'ai fait de Paris ma ville intérieure, une cité onirique, intemporelle où les époques se superposent et où s'incarne ce que Nietzsche appelait «l'éternel retour.» Il m'est très difficile maintenant de la quitter. C'est ce qui me donne si souvent l'impression, que je n'aime pas, de me répéter, de tourner en rond".

Et puis, s'échapper de son quotidien pour déambuler dans la ville comme le ferait un fugueur ne serait-elle pas la seule manière de bien connaître une ville, ses frontières et ses détails, invisibles à l'œil nu?
C'est comme ça, du moins, que j'ai découvert ce Paris perdu. Prenant sur mon temps de travail, le volant en quelque sorte à mon employeur, j'avais l'impression de dériver au fil de promenades interdites, de vivre de grandes aventures qui n'étaient pas "autorisées", d'être confronté au contexte social de certains quartiers qui m'effrayaient, c'était même parfois un choc violent.

C'est tout cela que j'exprime dans ce blog et, peut-être ne m'en suis-je jamais remis de cette errance-là et de cette aventure-là …

 

>> Patrick Modiano vient de recevoir le Prix Nobel de Littérature… une récompense pour son "art de la mémoire".

>> Paris, de Paul Valéry à Patrick Modiano.

 

 

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Robert Giraud, prince de la nuit d'un Paris disparu.

5 Octobre 2014, 15:51pm

Publié par barreteau

Dans un bistrot de la rue Mouffetard, Robert Giraud (à gauche) en  discussion avec le clochard Pierrot la lune. © Olivier Bailly.

Est-ce que Parisperdu pouvait ignorer l'homme que fut Robert Giraud: écrivain, journaliste, poète, lexicologue … et, à sa façon, expert d'un Paris disparu ?

En parcourant le formidable blog d’Olivier Bailly, la réponse fut claire et nette : je me devais d'en parler.

Robert Giraud, disparu en 1997 fut un drôle de passager de la nuit, fréquentant assidûment les meilleurs bistrots de la capitale, pas forcément les plus rutilants, mais sûrement les plus chaleureux. Des enseignes aujourd'hui disparues ou pire, dévoyées par la "branchitude" …
Seul le bar "le Vin des rues", baptisé ainsi en hommage à son livre le plus fameux, est encore là pour entretenir sa mémoire.

Robert (Bob) Giraud a toujours vécu librement parmi le peuple parisien. Il arpentait ce Paris d'hier, un Paris "fragile", un monde en train de mourir dont il poursuivait les fantômes : clochards, filles de joie ou petites gens au grand cœur… mais il entrainait aussi avec lui les "monuments" que sont Jacques Prévert et Robert Doisneau pour lesquels il a été un peu comme les "traffichini" de Naples, ceux qui vous ouvrent les portes... Il les conduisait auprès du petit peuple des nuits de Paris qu'il connaissait, mieux que quiconque et qu'il comprenait mieux que beaucoup car Robert Giraud avait, lui aussi, connu la misère.

Dans ce Paris méconnu, ce Paris à la marge, il mène des enquêtes pour "Détective" ou "L’Intransigeant". Il en sortira aussi un livre, "Le Peuple des berges", qui prend aujourd’hui une valeur particulière tant il raconte un monde qui n'existe plus. Un monde que l’on qualifiait alors de pittoresque, que l’on photographiait comme si la misère pouvait être décorative. Les portraits qu’il en ramène sont ceux d’un autre temps et d’une autre société, celle des bas-fonds où règnent les verres de gros rouge … le vin, sérum de vérité, qui délie bien des langues.
Il nous raconte alors les histoires d’un Paris perdu, d’un Paris insolite sur le ton d’une simple conversation et avec le langage des rues mal éclairées.

Merci Monsieur Bob et merci aussi à Olivier Bailly de nous faire revivre ces tableaux uniques de la Grande comédie humaine.


>> Pour en savoir plus, voir l'ouvrage d’Olivier Bailly consacré à Robert Giraud, alias l'ami Bob, alias le copain de Doisneau, alias le camarade de Prévert …

>> Le bistrot "Au vin des rues" 21, rue Boulard _75014 Paris.

 

 

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