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PARISPERDU

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Les Photographes Humanistes (2/13) : Sabine Weiss

22 Septembre 2017, 09:01am

Publié par barreteau

Les Photographes Humanistes (2/13) : Sabine Weiss

  L'homme qui court, Paris, 1953. © Sabine Weiss

 

(Billet dédié à Sarah, elle se reconnaîtra)

 

C'est sans doute la dernière grande représentante encore vivante de l’école humaniste de la photographie française d'après-guerre. Sabine Weiss, née en 1924, a aujourd'hui 93 ans … et 80 ans de prises de vue "derrière elle".
Et il faut croire que la photo humaniste assure, à qui la pratique, une belle longévité : Ronis a vécu jusqu'à 99 ans …

Sabine Weiss démarre la photographie très jeune, parce que la manipulation chimique du développement l'intéresse ; son père est ingénieur chimiste.

Genevoise d'origine, une peine de cœur la fait fuir à Paris en 1946. Elle y débarque au petit matin sans point de chute mais rapidement devient l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Trois ans plus tard, elle rencontre son mari – le peintre américain Hugh Weiss – et se lance comme photographe indépendante. Elle fait alors de tout : de la publicité, de la mode, du reportage et des portraits d’artistes.

En 1950, elle fait le portrait de Miro, ce qui lui vaut un rendez-vous avec le directeur de Vogue. Elle dira : " Je suis arrivée avec mes photos de clochards et de morveux. Un monsieur assis à côté de moi, hochait la tête en disant : « Bien, bien ». C’était Robert Doisneau. Je ne connaissais même pas son nom à l’époque. Tout de suite, il m’a proposé de rejoindre l’agence Rapho".

Le fondateur de Rapho, Charles Rado, exporte alors le travail de Sabine Weiss aux Etats-Unis, où elle devient plus connue qu’en France.

Sabine Weiss photographie beaucoup pour Vogue mais ce sont ses clichés en noir et blanc, des instantanés captés dans les rues de Paris, qui marqueront l’histoire de la photographie du XXe siècle.
Sens de la composition, maîtrise de la lumière et de l'instant décisif, elle s’inscrit dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Willy Ronis, les géants de la fameuse "école humaniste française de l’après-guerre".  Plus tard, elle déclarera : "Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres ". 

Photographes humanistes… Pourquoi a-t-on inventé ce terme ?
Parce que ces photographes sont sensibles aux gens qui les environnent et produisent des images pouvant paraitre simples, dépouillées, mais qui montrent la joie, le malheur, la vie de tous les jours d’un individu. Et, certaines de ces images, sans importance à l’époque, deviennent aujourd'hui capitales car la vie a changé.
Sabine a photographié surtout les gamins et les clochards des rues de Paris, les passants, les amoureux et les musiciens, avec une sensibilité et un talent de la composition formidable.

Dans les années 1980, Sabine Weiss multiplie les voyages et se penche notamment sur la thématique des religions.
Elle a arrêté la prise de vue il y a 2-3 ans car avec une épaule cassée, elle dit ne plus pouvoir tenir convenablement l’appareil….

C’est désormais la gestion de ses archives qui l'occupe car elle vient d'en faire le don au Musée de l’Elysée, à Lausanne : 200 000 négatifs, 7000 planches-contacts, quelques 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail et encore 2000 diapositives… eh oui, 80 années de déclic ! Merci Madame !

 

>> Sabine Weiss, en juin 2016 (photo © Jacques Maugars)

>> Sabine Weiss, site officiel

>> 
Photographes Humanistes (1/13) : Marcel Bovis

 

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Les Photographes Humanistes (1/13) : Marcel Bovis.

12 Septembre 2017, 10:56am

Publié par barreteau

Photographes Humanistes (1/13) : Marcel Bovis

Marcel Bovis, Boulevard Beaumarchais, Paris, 1954

 

Il y a une dizaine d'années, j'écrivais : "on ne se lassera jamais de regarder les images de ces photographes humanistes : celles des célébrissimes Ronis, Doisneau, Boubat, Izis, Brassaï et celles d'auteurs moins connus -mais tout aussi représentatifs de ce courant- que sont : Marcel Bovis, René-Jacques, Jean Dieuzaide, Janine Niepce, Sabine Weiss, Jean Marquis, Jean-Philippe Charbonnier, Édith Gérin, Ina Bandy, André Papillon, Léon Herschtritt, Jean-Louis Swiners ou encore Eric Schwab ..."
 

Et bien à partir d'aujourd'hui, je vais vous faire découvrir ou mieux connaître ces photographes humanistes peut-être moins célèbres mais tout aussi représentatifs de ce courant.

Ils sont donc 13 et le premier d'entre-eux, qui d'ailleurs est sans doute le plus connu, est Marcel Bovis.

Bovis est un photographe au tempérament discret, un travailleur acharné, un manuel et un homme curieux que tout intriguait.
Né à Nice en 1904, donc avant Willy Ronis (1910), Izis (1911) et Robert Doisneau (1912), Marcel Bovis découvre la photographie au service militaire, à Briançon. Premiers sujets : les paysages enneigés et ses copains de régiment, des photos qu'il développe dit-il : "dans l'écurie du colonel, le seul endroit où il y avait de l'eau".

C'est un hobby certes, mais il le pratique avec sérieux, patience et précision car, par exemple, n'ayant pas de cellule, il devait intuitivement deviner le temps exact de pose.

Tout en gagnant sa vie comme décorateur, Bovis continue à apprendre et, sur un coup d'audace, rejoint l'équipe de la revue Arts et Métiers graphiques. De cette époque des années trente, datent ses beaux reportages sur Paris la nuit, puis, plus tard, ses clichés sur les fêtes foraines, dont il saura préserver la densité poétique.

En 1941, désormais rattaché au monde de l'image, Marcel Bovis devient un photographe-illustrateur pour des éditeurs, ou même des auteurs. Chartres et ses vitraux, Bourges, Nîmes, Avignon, la France l'accueille à bras ouverts, comme naguère le fakir Motto Louis avec sa femme volante.
S'il est plutôt resté en coulisses, témoin modeste loin des stars et des sunlights, on lui doit toutefois un somptueux portrait de Duke Ellington. Marcel Bovis a aussi expérimenté les solarisations, tenté quelques collages, osé quelques nus et beaucoup étudié l'histoire de la photographie : ­ il était fou d'Eugène Atget et de son esprit indépendant, "fidèle à la ligne qu'il s'était tracée".
 
En 1991, Marcel Bovis fait don à l’État français de tout son trésor, plus de vingt mille négatifs et contacts originaux, réalisés entre 1927 et 1977.
"J'ai essayé de faire au mieux", confiera-t-il lors de sa rétrospective au Palais de Tokyo (1992), heureux de cet hommage qui lui donnait l'occasion d'évoquer Paris.
Il nous a quittés en 1997, il avait 93 ans …

 

 

>> Marcel Bovis au Grand Palais.

>> Les Humanistes sur Parisperdu

>> La photo humaniste a-t-elle un avenir ?

>> Voir aussi : Paris dans l'œil des maîtres. (3/3)

 

 

 

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Bye, bye Louis Stettner.

19 Octobre 2016, 11:44am

Publié par barreteau

 

Aubervilliers, 1947_Photo © Louis Stettner

 

Le photographe de légende Louis Stettner est mort le 13 octobre, il venait d'avoir 93 ans. C'était un monument de la photographie. Une légende telle que le métier de photographe sait en façonner. Un voyageur de l'âme et du regard, un capteur d'émotions sensuelles et fabuleuses, un esthète dont l'écriture photographique savait rendre évident aux yeux de tous ce que lui seul voyait.

Cet humaniste américain a immortalisé le pont de Brooklyn, les rues de Paris, les modes de vie des années 70… Il adorait la France, qu'il avait découverte après la guerre. Brassaï et Boubat étaient ses amis.

Ses célèbres photographies des banlieues parisiennes étaient empreintes de douceur et d'humour. Et, pour sa dernière exposition: "Louis Stettner. Ici ailleurs", au centre Georges Pompidou cet été, il avait révélé ses derniers travaux réalisés dans les Alpilles car la France était vraiment son pays de cœur.

Aux États-Unis, il descendait photographier les gens dans le métro, arpentait la Ve Avenue pour saisir les postures des passants, enregistrait les signes des changements sociaux.
En 1990, il s'installe définitivement en France avec son épouse, à Saint-Ouen dans la banlieue parisienne où il continuera à prendre des photographies. Récemment il disait: "Avoir dû rester dans les frontières du réalisme a constitué une limitation, que j'ai ressentie comme une contribution à la puissance de mes images. La nature même de la photographie vous force à produire quelque chose de bien plus expressif que la peinture ou la sculpture ne pourraient le faire. Vous devez travailler en prise avec la vie réelle".

Nous garderons de lui ses images, celles d'un certain regard. D'une certaine compréhension du monde. Celles d'un certain bonheur aussi …


>> Louis Stettner, site officiel.

>> "Louis Stettner, Ici ailleurs", Exposition Centre Pompidou, Paris Galerie de photographies, septembre 2016.

>> La photo humaniste sur Parisperdu.

 

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Sur le quai de la gare d'Austerlitz, la naissance d'une idylle.

30 Août 2014, 09:55am

Publié par barreteau


Elle a l'air d'une jeune fille à qui on donnerait le bon Dieu sans confession; cela tient sans doute à sa blondeur diaphane. Seules les sandales de saison corrigent cette impression de trop grande sagesse. Lui ressemble à ces hipsters qu'on a vu éclore ces derniers temps : lunettes à grosse monture noire, barbe fournie, sweat à capuche, bermuda en Jean et chaussures montantes. Ils appartiennent à deux mondes qui n'ont presque rien en commun, mais l'été, parfois, favorise les rencontres improbables. Car les gestes de tendresse parlent pour eux : ces deux-là sont "ensemble" comme on dit, quand on n'ose pas dire "amoureux".

Ce qui frappe, c'est leur léger tremblement, comme s'ils se sentaient menacés. L'explication arrive au bout de quelques minutes: elle doit le quitter, elle a un train à prendre.

Il voudrait la retenir. La kidnapper peut-être, dans un élan romantique. Lui proposer de ne pas se quitter, pas déjà; ils ont l'âge pour ce genre de "folie". Elle repousse tristement sa tentative : "Tu sais bien que ce n'est pas possible". Elle va rejoindre ses parents, elle n'a que 17 ans. On est très sérieux quand on a 17 ans.

Alors il l'accompagne sur le quai pour l'étreindre une dernière fois. Ils échangent à l'oreille une promesse qu'on n'entend pas, mais qu'on devine. Et puis elle monte, il la salue d'un baiser depuis le quai. Le train part. Quelques secondes plus tard, un SMS arrive. Je ne peux pas lire par-dessus l'épaule du jeune homme, mais là encore on devine l'échange : "Tu me manques déjà". II répondra : "Toi aussi".

 

>> Voir aussi sur Parisperdu : "La photo humaniste a-t-elle un avenir? "

 

 

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L'Imparfait du présent.

4 Novembre 2011, 08:59am

Publié par barreteau


Il y a tout juste 10 ans, Alain Finkielkraut publiait "L'imparfait du présent ".  
Se retournant alors sur l'année 2001, c'est aussi sur le vingtième siècle qu'il jette un regard.

En soixante-dix courts textes qui prélèvent des fragments de l'actualité de notre monde chaotique, l'auteur nous invite à nous adonner à ce difficile et salutaire exercice : penser par soi-même.

"L'imparfait du présent" est une méditation sur notre temps, pour nous dire le monde moderne comme il le voit, c'est-à-dire soumis à quelques alternatives sommaires et dégradé par un certain nombre d'avilissements.

Dix ans plus tard, rien ne semble avoir changé, nous vivons toujours dans ce même monde impitoyable où l'Argent l'emporte sur l'Humain.
Car, en ce moment, si le monde fabrique de plus en plus de profit, de moins en moins de gens en profite !

 

>> Lire aussi sur Parisperdu: "Carré des biffins".

 

 

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La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (3/3)

27 Décembre 2009, 18:12pm

Publié par barreteau

 

Les amoureux de la rue Etienne Marcel – 75001 Paris – Juin 2005  

 

On peut effectivement se poser la question : la photo humaniste ne serait-elle pas déjà morte ? D'ailleurs, aucun nom de photographe humaniste de moins de 50 ans ne me vient spontanément à l'esprit ...  Aujourd'hui, la photographie ne serait-elle pas déjà passée à un stade plus conceptuel ?

 

Sans doute, … mais si les Doisneau, Ronis, Izis, Boubat … sont morts, la photo humaniste elle, se doit de vivre car elle est, selon moi, l'un des vecteurs principal d'émotions en photographie ! Mais peut-être faut-il pour cela que les deux "camps" précités (le photographe et le photographié) arrêtent de se voir en ennemis et de s'incriminer...

 

Respect et confiance, voilà ce qui est nécessaire.

Il faut que le photographe respecte le sujet (il ne serait rien sans lui après tout), respecte le contexte de l'image, sans essayer de la détourner et conserve une certaine éthique.

Il faut en même temps que le sujet fasse confiance au photographe quant à l'utilisation de son image et à sa diffusion.

 

Dans un "monde idéal", les deux "camps" doivent arriver à s'abstraire de la notion d'argent. Le photographe doit agir dans une démarche purement artistique et le sujet ne doit pas redouter qu'on fasse de l'argent sur son dos pendant que lui n'en retire rien.

Alors, ... dans ce "monde idéal", la photographie humanisme vivrait !


Oui... sauf que dans le "monde réel": respect, confiance et désintérêt pécuniaire sont en perte de vitesse, ce qui peut nous rendre assez pessimiste sur l'avenir de la photo humaniste...



>> Voir aussi sur Paris perdu : "La photographie humaniste a-t-elle encore un avenir ... ?"


>> Voir aussi : "La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (2/3)"

 

 

 

 

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La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (2/3)

23 Décembre 2009, 09:35am

Publié par barreteau

Animation, rue Mouffetard Paris 5ème -  Mai 2004

 

Dans notre société actuelle où protection et sécurité occupent tant les esprits, le droit à l'image est devenu un exemple typique de toutes les dérives possibles, bien que cette loi soit parfaitement compréhensible en soi. Alors peut-on encore aujourd'hui photographier impunément un "sujet humain" dans la rue ?

 

Le droit de l'image est très précis sur ce qu'il est possible ou non de faire, et pour les photographes amateurs comme pour les professionnels, il est devenu obligatoire de se "protéger" en demandant l'accord écrit de la personne photographiée (idem dans un cas d'une photo de "groupe"). Bien sûr cela est très contraignant, mais heureusement, il y a aussi ce que l'on appelle l'accord "tacite" : la présomption d'autorisation se justifie par la "satisfaction d'un besoin légitime du public à être informé par l'image".

 

Je conçois parfaitement que certaines personnes ne souhaitent pas apparaître sur une photo, une vidéo ou une œuvre picturale … et ce, pour quelque raison que ce soit. Si le photographe a parfaitement le droit de faire son travail artistique, les personnes photographiées ont aussi parfaitement le droit de refuser d'y participer. Il y a droit, devoir et permission pour chacune des parties. Pourtant il est vrai que tant que la personne n'est pas tournée en dérision, ni mise dans une position inconfortable et qu'elle a toute son intégrité, j'ai du mal à comprendre les attaques contre les photographes…

 

Il y a une cinquantaine d'année les gens se souciaient moins de leur droit à l'image, ou tout du moins il n'y avait pas cette parano autour du contrôle de son image qui selon moi s'est développée, non pas à cause de la législation, mais bien plutôt en raison de l'évolution de notre société : les images sont aujourd'hui beaucoup plus facilement diffusées à grande échelle, retouchées, détournées... Et c'est cela qui fait peur aux gens, ils ne veulent pas que leur image leur échappe, une image qu'ils considèrent comme une part de leur personnalité (une version moderne de la croyance ancienne selon laquelle lorsque le photographe prend la photo d'un modèle, il lui vole son âme). Il est vrai que de nos jours, le culte de l'image, son utilisation, voire sa manipulation,  atteint de tels sommets qu'il ne faut pas s'étonner de voir quelques réticences quant à la diffusion de certains clichés.

 

L'importance que l'on accorde aujourd'hui à l'image, et le relais potentiel que peut jouer une simple photographie entre un sujet anonyme et son accès à la notoriété dans des conditions qu'il ne gère absolument pas; font que le contrôle de l'image , le contrôle de sa diffusion sont devenues une nécessité pour éviter certains excès ...

 

L'image étant devenu un tel marché, il est compréhensible qu'un "sujet humain" pris dans la rue veuille contrôler la diffusion de son image, au risque de tomber dans un excès de protectionnisme et ce, … au grand dam des photographes humanistes.

 

A suivre …

 

>> Voir aussi : La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (1/3)

 

 

 

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La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (1/3)

19 Décembre 2009, 10:08am

Publié par barreteau

Rue de l'Université  - Paris 7ème -  octobre 2008

 

Avant de partir, Willy RONIS nous a donné sa définition de l'école humaniste : "C'est le regard du photographe qui aime l'être humain"…
Il ajoutait aussi : "Je suis un photographe de la vie quotidienne, de ce que l'on voit en circulant dans la ville. Je regarde les gens, j'ai envie de les photographier et de creuser un peu ce qu'a été leur vie".

Circuler dans la ville, regarder les gens et les photographier … oui, bien sûr … mais est-ce encore possible aujourd'hui ?

 

Disons-le tout de suite, pour le photographe d'aujourd'hui, il est devenu difficile d'opérer librement dans la rue. Le niveau des risques encourus est en effet devenu très élevé : regards obliques, quolibets, menaces de représailles, voire violence physique pouvant aller, comme dans les films d'action … jusqu'à la tentative d'extraction de la carte numérique !
Oui, aujourd'hui, la méfiance, la violence, voire la paranoïa  font partie de la vie citadine, et si l'on veut réaliser un reportage objectif, il est nécessaire d'intégrer ces paramètres …

 

Willy Ronis disait "Une photo, ça se mérite..", et  Robert Capa ajoutait : "Si votre photo est ratée, c'est que vous étiez trop loin…". Oui bien sûr, mais ces "grands" photographes qui opéraient dans la rue avaient la chance, à leur époque, de pouvoir le faire avec une réelle liberté et une certaine insouciance. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne se préoccupaient pas d'éviter les situations "glauques", ou les images qui auraient mis leurs sujets en situation défavorable …

Mais leur avantage, leur vraie chance était de ne point avoir, en permanence, au-dessus de leur tête, l'épée de Damoclès du "droit à l'image" qui aujourd'hui oblige à beaucoup de retenue …

 

Alors la photo humaniste va-t-elle mourir ? Devrons-nous à l'avenir nous contenter de travailler en studio, en vase clos, avec des modèles stéréotypés, sans l'improvisation à assumer, sans le hasard à gérer et, finalement sans cette petite mort qui rôde tout près de vous … ?


Je voudrais que le photographe recouvre, aux yeux de la loi, à côté de son "droit à l'information", un peu de son "droit à la création" …

 

A suivre …


>> Le droit à l'image : l'art et l'information avant les "états d'âme".

>> La photo humaniste va-t-elle mourir ? 

>> Déjà sur Parisperdu : "La photographie humaniste a-t-elle encore un avenir ... ?"


>> Déjà sur Parisperdu : "Les Humanistes".


 

 

 

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La photographie humaniste a-t-elle encore un avenir ?

22 Septembre 2009, 09:17am

Publié par barreteau

Photo: © Bertrand Prévost

 


Crise internationale, crise du monde financier, crise des entreprises, mondialisation, délocalisation, crise de l'emploi …

Des milliards de pertes, mais pour qui ? : les actionnaires, les patrons, les épargnants …

Des profits, mais pourquoi ? : parachutes dorés, primes pour les traders, stock-options …

Plan de relance sur plan de relance … Des sommets où le monde politique essaie de rattraper un pouvoir économique non maîtrisé …

Au milieu de ce cataclysme international où l'on perd tous nos repères, nos valeurs, nos références, nous qui voulons comprendre les responsabilités, tirer les leçons de ces erreurs; seule une tribune ouverte à tous, plurielle, libre, nous évitera de sombrer dans l'obscurantisme, l'extrémisme et toutes ses conséquences.

 

Dans un monde médiatique, où tout va trop vite via Internet, la photographie a-t-elle encore une place, un rôle à jouer ? La force de la photographie, devenue numérique, réellement instantanée, est d'être un support majeur qui s'exprime dans notre subconscient.

Au-delà de son message, la photographie est aussi une expression culturelle, un ressenti, une atmosphère et cette qualité reste en ces temps difficiles très prisée par un public toujours plus nombreux sur les photo-blogs, les magazines ou les grandes expositions spécialisés ?
La photographie peut-elle remettre l'homme au centre du débat, le placer au-dessus de la logique économique, financière qui bien souvent l'écrase ou même tout simplement le nie … ?

 

Quelque soit l'actualité, Parisperdu, poursuit sa recherche d'une vision d'un Paris et de ses habitants faite de libre expression et de respect des valeurs essentielles de tolérance et d'humanisme.

Un grand ancien, récemment disparu nous en a clairement indiqué le chemin …

 

 

>> Willy Ronis, un grand ancien récemment disparu …

 

>> Bertrand Prévost, un photographe humaniste d'aujourd'hui ?

 

>> Bertrand Prévost, "Projet des  Parisiens du 19ème."

  

 

 

 

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Boubat, la rétrospective.

7 Mars 2008, 10:11am

Publié par barreteau


Quai de l'Hôtel de Ville, Paris, 1947. ©Edouard Boubat

Je reviens de  la Maison Européenne de la Photographie de la ville de Paris, où j'ai passé une bonne partie de la journée à voir et à revoir la rétrospective d'Edouard Boubat. Un régal !
 
Grand voyageur, Prévert le qualifiait d'ailleurs de "correspondant de paix ", Boubat a aussi beaucoup photographié Paris dans les années 50. Un Paris perdu donc, mais vu par un maître de la photo, car Boubat n'avait pas son pareil pour capter de purs moments de poésie.

Dans les salles de la M.E.P, il faut dépasser le stade de la simple contemplation. Il faut surtout observer la maîtrise du cadrage et remarquer la lumière, ... la véritable signature d'Edouard Boubat.

La photo choisie ici, illustre parfaitement le Paris vu par Boubat : une vision qui au premier abord semble proche de celles d'un Doisneau, d'un Ronis ou d'autres photographes humanistes, mais en observant le cliché avec attention, on découvre le vrai regard de Boubat : un regard passionné pour le genre humain, mêlant simplicité et onirisme.

Un seul regret: le catalogue de l'exposition, un ouvrage de référence certes ... mais facturé 75 Euros.
Mais le vrai cadeau reste de pouvoir approcher toutes les composantes de l'œuvre de Boubat, de sa première photo en 1946 à ses dernières, peu avant sa disparition. C'était en 1999.

Alors, courez vite à la Maison Européenne de la Photographie ... avant le 30 mars 2008, date de clôture.

 


>> Edouard Boubat, "Révélations".

>> En savoir plus sur Edouard Boubat.

>> Boubat: première photo en 1946.

>> Boubat : portofolio.

 

 

 

 

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La parole à ... Clément Lépidis.

7 Février 2008, 09:43am

Publié par barreteau

5 et 7 rue Clavel Paris 20ème

"Belleville de l'an 2000 sera celui des tours, des résidences et des grands ensembles. Un Belleville de béton qui pousse déjà comme de la mauvaise herbe. Très vite. Chaque jour des promoteurs mal intentionnés assassinent un peu plus le quartier de mon enfance où il faisait bon vivre.

Oui, par la grâce des technocrates de l'urbanisation à outrance, la démolition de Belleville est en route. Gagné par la gangrène du ciment armé, Belleville n'a pas fini de payer son tribut à la rage des hommes, toute une population de petites gens se retrouvant la proie de la répression économique d'un pouvoir sans âme. C'est inhumain. Je m'insurge. Je dénonce et j'accuse les destructeurs de mon quartier.

Je veux mes vieux pavés usés, patinés, roux et brillants au soleil d'été. Je veux mes amis, vieux copains du bitume qui n'étaient pas cultivés comme aujourd'hui chacun le prétend, mais ... généreux et le cœur intelligent.

Et si Belleville coule ainsi dans mes veines c'est qu'il est le Paris que j'aime; oui, comme une femme. Je l'ai dit cent fois et le rabâche : Paris, je t'ai dans la peau.
Paris d'avant bien-sûr, pas le Paris de maintenant que des décisions scélérates du plus haut niveau ont enlaidi." © Clément Lépidis. "Belleville au cœur", éditions Vermet (1997)

 

>> Clément Lépidis, l'enfant de Belleville devenu écrivain.

>> Voir aussi sur Parisperdu: Portrait d'un monde disparu ...  

 

 

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Hommage à Lucien Hervé.

6 Octobre 2007, 19:41pm

Publié par barreteau

Photo © Lucien Hervé

Le photographe français Lucien Hervé nous a quittés, le 26 juin dernier, à l'âge de 96 ans. D'origine hongroise, son vrai nom était Laslo Elkan. Il avait rejoint la France en 1929 et c'est peu après la guerre qu'il adoptera définitivement son nom de résistant : Lucien Hervé.

Il est considéré comme l'un des maîtres de la photographie d'architecture moderne. Son premier travail de photographe, un reportage sur la Cité radieuse de Marseille, est remarqué par Le Corbusier qui en fera son photographe attitré de 1949 à 1962. Il couvre alors tous les chantiers de Le Corbusier et travaille également pour d'autres grands architectes du moment : Breuer, Niemeyer, Aalto, Prouvé ...

Mais, au-delà de la photographie d'architecture, Lucien Hervé porte aussi un regard sur l'homme. D'ailleurs, ses archives sont constituées uniquement de deux catégories de photos qu'il nomme "ARCHI" et "HUMAN".

Dans la veine du réalisme poétique incarné par Doisneau, Ronis et Boubat, il s'intéresse- nous dit-il - à "tous ceux qui luttent pour la vie". Lucien Hervé, toujours là où on ne l'attend pas, se revendique ainsi d'une certaine tradition humaniste.

C'est dans cet esprit qu'ont été réalisés deux de ses clichés les plus émouvants. Le premier, pris à Delhi en 1955, montre un enfant esclave où une grande partie du cliché est dans l'ombre de façon à dissimuler le visage de l'enfant et à insister sur ses pieds nus. La seconde photo, prise en 1949 à la Cité radieuse de Marseille, souligne la condition de l'ouvrier, en ne montrant que l'ombre portée d'un manœuvre qui monte un escalier en tenant à bout de bras un seau de ciment.

Son regard saisit, comme nul autre, la lumière crue et les ombres fortes, aussi bien pour décrire l'architecture que les humains sur lesquels il s'attarde avec respect.

Pour tout cela, Lucien Hervé était un artiste rare.

 

>> L'enfant esclave, Delhi 1955 Photo © Lucien Hervé

>> L'ouvrier de la Cité Radieuse, Marseille 1949 Photo © Lucien Hervé

>> Lucien Hervé : Bibliographie ...

>> Lucien Hervé, devant ses archives, peu de temps avant sa disparition  ...

 

 

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Odette, quatre fois vingt ans.

23 Août 2007, 10:08am

Publié par barreteau


Odette était ouvrière dans un atelier de mécanique de précision situé rue des Savies et, depuis 1963, elle habitait dans un modeste appartement, tout près de son lieu de travail.

Des promoteurs, avec l'aide de la ville, ont préempté son immeuble et Odette a été contrainte de déménager : "On m'a foutue dehors oui. On m'a dit : "Il faut que vous partiez." "Ça s'est passé d'une façon inhumaine, sans mettre les gants."

Pourtant, Odette avait pensé, qu'on la traiterait avec un peu plus de considération eut égard à son grand âge et à une vie entière consacrée à un travail souvent pénible.

Aujourd'hui, le simple fait de se remémorer les circonstances de ce déménagement aux allures d'expulsion, l'horrifie encore. Odette aurait tant souhaité finir sa vie à Belleville, là où elle avait connu tant de peines mais aussi quelques joies.

Sur son visage de "quatre fois vingt ans", comme elle aime à le dire ... tous ces évènements peuvent facilement se lire car ... ils y sont profondément gravés.

 

 

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Hommage à Janine Niépce.

11 Août 2007, 11:53am

Publié par barreteau


©Janine NIEPCE : Deux petites filles de la région de Houdan (1949)


La photographe Janine Niépce est décédée à Paris, ce dimanche 5 août 2007. Elle avait 87 ans.
Lointaine parente de l'un des inventeurs de la photographie Nicéphore Niépce, Janine Niépce avait choisi de fixer sur la pellicule, en noir et blanc, des gens ordinaires dans leur vie quotidienne, un travail qui la rapproche de Robert Doisneau et de Willy Ronis.

 

>> 3 facettes du talent de Janine Niépce

>> Janine Niépce déjà dans Parisperdu ...

 

 

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En bas sur le ballast

4 Juillet 2007, 09:27am

Publié par barreteau


Ce sont "les gars du ballast", ils réparent, de jour comme de nuit, les voies sur toute l'emprise de la gare de l'Est. Habitent-ils Paris ? "Non, nous, on n'habite pas ici" - disent ces jeunes manœuvres - "on vit dans le 9-3".

Patrick, seul sur le quai qui surplombe les voies, est leur responsable. Il encadre cette équipe de 10 personnes. Patrick habite Le Bourget et viens ici par le RER dans lequel, il fait aussi monter son vélo ultramoderne "pour gagner du temps" dira-t-il. "Le matin, là- haut dans la gare, je croise des touristes ou des hommes d'affaires qui partent vers l'aéroport de Roissy. Sinon, tout le reste de la journée, ici, en bas sur le ballast, je ne vois que des agents d'entretien, des gardiens ou des intérimaires."

France d'en haut, France d'en bas ... à la Gare de l'Est, l'échelle sociale colle à la géographie des lieux...


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