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PARISPERDU

demolition

Squat utopique.

1 Novembre 2009, 10:16am

Publié par barreteau

13  rue Robineau Paris 20ème – juin 1997

 

 

L'arrivée a été discrète. Les jeunes squatters, quatre garçons et quatre filles, ont posé leurs bagages sans bruit, dans cet immeuble inoccupé de la rue Robineau.

 

Puis, ils sont "sortis du bois", sans esbroufe ni tapage. Ils ont "toqué" aux portes des voisins pour se présenter. Les riverains absents ont eu droit à un petit mot dans leur boîte à lettres. "Si vous avez des interrogations, n'hésitez pas à venir nous en parler", précise la missive, invitant chacun "à un goûter festif " !

 

Beaucoup de voisins ne se sont pas offusqués de la situation. "Franchement, il n'y a rien eu à redire", note une quadragénaire. Ils étaient hyper gentils et tout doux. Ils nous ont dit qu'ils étaient étudiants et qu'ils n'avaient pas de logement. Et aussi, qu'ils ne trouvaient pas normal qu'un tel immeuble reste vide et fermé". L'idée de ce squat, dit-elle, ne l'a "pas dérangée" car de toute façon, cet immeuble abandonné depuis près de cinq ans, semblait voué à la démolition.

 

Puis les jeunes ont cherché les coordonnées du propriétaire pour discuter avec lui et l'informer de leur présence. L'initiative était originale, quelque peu utopique sans doute. On peut aussi comprendre l'inquiétude du propriétaire...  Alerté par un proche, le "maître des lieux" a effectivement vu rouge. La police a été dépêchée sur place.

 

Entre-temps, les squatters avaient appelé des amis pour faire nombre. "Là, ça a commencé à choquer certains voisins", note-t-on dans la rue. Les policiers sont intervenus tôt le matin, dès potron-minet. Onze jeunes ont été placés en garde à vue, soupçonnés d'avoir causé des dégradations pour entrer dans l'immeuble. Ils ont tous été remis en liberté dans l'après-midi, après qu'un simple rappel à la loi leur ait été notifié; car la police, sans jugement, ne peut les forcer à quitter les lieux. Seul un juge civil peut prononcer une ordonnance d'expulsion, et c'est seulement alors que les policiers peuvent procéder à l'évacuation de l'immeuble.

 

Mais ce séjour au poste n'a pas brisé leur rêve : ces squatters revendiquent le droit d'occuper un immeuble vide. Et, sitôt sortis du commissariat, les squatters ont repris leur quartier au 13 rue Robineau. Ils disent n'être "ni militants du DAL (Droit au logement), ni anarchistes" et ne revendiquent aucune appartenance à aucun parti.
"On a besoin d'un logement, c'est tout. Quand on est jeune, les cautions, l'argent pour le loyer, tout ça … n'est pas toujours possible".
Les voilà sans doute installés là pour quelques temps …

 

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Village perdu.

12 Juin 2009, 10:01am

Publié par barreteau

Rue Gasnier-Guy, 1997

 

Le secteur de la rue Gasnier-Guy et de la rue des Partants est un territoire en bout de piste, loin de tout, comme égaré dans la cité.

Désormais tout est immobile, déchiré, encombré de détritus, pillé de tout ce qui n'est pas pierre ou minéral.
C'est comme un  village perdu qui dresse encore ses oripeaux au-dessus des pavés usés de la rue en dos d'âne.

Ici, seul un pan de mur témoigne. Ailleurs, on croise un homme solitaire, rescapé de l'exode et du lent abandon qu'a connu le quartier. Le temps n'est plus le même dans ce coin du 20ème arrondissement  et ce qui était hier un village s'est aujourd'hui endormi et semble doucement s'enfoncer dans un linceul de pierres.
Chaque village perdu porte les ruines de notre mémoire.


Mais il suffit d'un regard, un jour de promenade lorsque s'estompent les bruits du quotidien, pour retrouver les images de ces vies oubliées. Un rien, une poupée, une assiette en porcelaine, abandonnés dans un  rayon de soleil, et les souvenirs se redressent …



>> Voir aussi sur Parisperdu: "Vers l'infini et même au delà" 

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies"

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Murs abattus et baignoires rémanentes"

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Chaos debout !"

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Une rage de destruction"

 

 

 

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Ce n'est vraiment pas la fête ... !

2 Mai 2009, 12:01pm

Publié par barreteau

Place des Fêtes Paris 19ème - Juin 2005


En sortant du métro "Place des Fêtes", on débouche sur cette fameuse place, et là, ce n’est vraiment pas la fête … !
Quelque soit l'endroit où vous portez le regard, vous vous sentez littéralement écrasé par toutes ces tours … qui vous entourent.
Franchement, cette grande place sans âme est laide, sinistre, sur-bétonnée … et de surcroît l’atmosphère n'y est pas des plus légères, tant les incidents de voisinage ou inter-bandes y sont nombreux.

Construite en 1836 pour les réjouissances des Bellevillois, nombreux sont ceux, aujourd'hui, qui estiment que la place des Fêtes a été assassinée par de pseudo-urbanistes.
Dans les années 70, la place sera en effet, défigurée par le courant de "rénovation" qui déferle sur certains quartiers de Paris. On assiste alors à la  destruction des immeubles modestes et des ilots caractéristiques de l'habitat populaire, les espaces verts disparaissent sous une marée de béton, de tours, de barres et de parkings … Cet urbanisme forcené va définitivement défigurer la place des Fêtes, et la multiplication des  tours de 18 à 24 étages, va lui donner un aspect architectural pas très flatteur.


La place sera réaménagée en 1995.  L'aménagement final résultera d'un compromis bancal, entre certains commerçants qui ne voulaient pas de bancs (pour éviter les indésirables), le maire qui voulait des arbres, les riverains qui ne voulaient pas des gradins de l'architecte qui les avaient conçu comme une agora pour organiser des … fêtes ! On y ajoutera une fontaine en forme de labyrinthe (encore du béton …) et un pseudo-obélisque translucide et illuminé la nuit … Bref, là encore, rien de très … festif.

 

Le charme résiduel de la place des Fêtes réside dans le marché qui s'y tient trois matinées par semaine, et par quelques immeubles anciens qui évoquent encore, au sud-ouest de la place, la physionomie disparue d'un coin de Paris, très populeux et populaire.


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Place des Fêtes"

 

 

 

 

 

 

 

 

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Heurts et malheurs de " la Moskowa ".

28 Avril 2009, 09:21am

Publié par barreteau

Rue Jean Dolfus -  Paris 18ème / Démolition de l'ilôt : Rue Bonnet / Cité Durel – Juin 1997.


A Paris, entre la porte de Saint-Ouen et la porte de Montmartre, "la Moskowa" désigne un secteur qui a connu une longue et difficile restructuration. Les urbanistes ont puisé cette appellation de "Moskowa" dans la biographie du maréchal Ney, héros de la Grande Armée, "prince de la Moskowa", dont le boulevard éponyme est tout proche.

 

Le quartier de la Moskowa a été, des années durant, ce qu'il est convenu d'appeler un "territoire à requalifier". Et, comme dans beaucoup de quartiers en mutation, peu aménagés et habités par une population modeste ou défavorisée, la prostitution y a longtemps été tolérée. Dans ce "domaine d'activité", on trouve alors de tout à la Moskowa : des travestis maghrébins, des filles de l’Est, principalement des roumaines, des africaines … Mais à la Moskowa, il n’est pas seulement question de prostitution, on y rencontre aussi la petite criminalité et la toxicomanie de rue. Des passes, des bagarres et des agressions s'y déroulent quasi-quotidiennement.

 

La Mairie du 18éme arrondissement est saisie du problème. Plusieurs réunions sont alors organisées entre les locataires, les bailleurs et les architectes coordonnant l’opération future de rénovation du quartier. Des parades sont alors mises en place: des rondes de maîtres-chiens vont surveiller quotidiennement le quartier dès la fin de la journée et toute la nuit et des grilles sont installées à chaque entrée des îlots, … autant d'essais pour reconquérir un territoire de vie.

Les dealers répondent par différents tests, qui vont de la tentative de négociation à l’intimidation des maîtres-chiens. Les petites vengeances ne tardent pas. Dealers, toxicomanes et prostituées réagissent aux installations de sécurité par des actes de vandalisme.
 

C'est l'enfer pour tout le monde, le quartier devient rapidement invivable, dans la perception constante d’un danger potentiel où se confondent pêle-mêle prostitution, proxénétisme, toxicomanie, pervers sexuels ou violeurs. La fermeture des jardins, conseillée par la police, s’avère peu efficace et les barbelés, installés ça et là, restent diversement appréciés des résidents, comme si les problèmes de toxicomanie et de prostitution finissaient par se matérialiser dans leur paysage quotidien.
 

Dans ce contexte, le démarrage des travaux de démolition des îlots, en 2000, sera vécu par beaucoup comme une délivrance. La valeur immobilière du secteur avait soudain permis de générer un vaste projet de rénovation total du quartier.
 

On allait enfin pouvoir respirer un air nouveau à la Moskowa ...


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Le quartier de la Moskowa"

 

 

 

 

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"Dans votre Paris idéal …"

16 Avril 2009, 09:05am

Publié par barreteau


Le "Figaro" nous propose, ces jours-ci, un drôle de sondage. La question posée, par ce journal, est la suivante :
"Dans votre Paris idéal, quel monument souhaiteriez-vous voir disparaître ?"

Pourquoi faudrait-il choisir qu'un monument disparaisse pour que Paris soit idéal ? L'idée de ce sondage est décidément bien étrange...
En effet comment peut-on associer un idéal à une destruction de l'une des composantes architecturales de la capitale ?

Je conseille aux membres de la rédaction du Figaro de réfléchir à deux fois avant de poser une telle question et de s'informer afin de mieux appréhender le sujet du patrimoine et de l'histoire architecturale de Paris.
Rien qu'en Europe, ce n'est pas à Berlin, à Barcelone ou à Prague que l'on se poserait de telles questions. Visiblement, il y a encore du travail à faire du côté du boulevard Haussmann ...

Pourquoi ne pas, plus judicieusement, demander à ses lecteurs quels seraient leurs besoins à satisfaire pour trouver la capitale plus attrayante ?
Les différents projets du Grand Paris vont - eux - dans ce sens et sans jamais envisager de telles extrémités ...



>> Le sondage du Figaro.

 

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Vers l'infini et même au-delà ...

14 Décembre 2008, 09:41am

Publié par barreteau

Entrée du 18, rue des Partants - Paris 20ème

Nous voilà à nouveau rue des Partants, une rue symbole de Parisperdu, tant elle a vécu, ces dernières années de profonds bouleversements.
Dans la rue, presque toutes les maisons sont murées, leurs habitants ont déserté les lieux.
Seule, au n° 18, une porte reste ouverte, grande ouverte, ... sans doute un locataire récalcitrant qui a refusé de partir !

Au fond de l'entrée, la lumière venue du jardin, irradie l'espace et incite irrésistiblement à pénétrer plus avant. C'est comme un appel vers l'inconnu, vers un souffle de vie dans ce quartier moribond.

Dans la lumière dense de cette fin d'après-midi de juillet, ce couloir désolé apparaissait alors comme un chemin abstrait, comme le départ vers l'infini et même au-delà, comme un passage aboutissant à d'improbables paradis ...


>>
Escalier intérieur du 18, rue des Partants: "Vers l'infini et même au-delà ... "


 

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Jean Nouvel conservera l'ancien.

2 Décembre 2008, 09:15am

Publié par barreteau


A l'âge de 62 ans, Jean Nouvel, l'architecte star déjà bardé de nombreuses distinctions a reçu, cette année, le Pritzker Price, considéré comme le prix Nobel de l'architecture. Depuis quelque temps, il réfléchi sur le Grand Paris, et lorsqu'on l'écoute, on se rend compte qu'il est l'un des rares architectes qui réfute la politique de la table rase.
C'est sûr, si demain, il se voit confier ce grand projet consistant à repenser la capitale, Jean Nouvel conservera l'ancien, beaucoup du bâti ancien ...

Il nous livre ce qu'il convient de faire aujourd'hui pour ce Grand-Paris et nous explique qu'il faut travailler « à partir du chaos urbain... à partir des incohérences. C'est dans ce sens qu'il faut acter aujourd'hui ce qu'est Paris, dans tous ses hasards... il y a des petites choses de différentes époques, des petits nids avec des petits œufs en meulière qui portent les charges émotionnelles des personnes qui ont vécu là, des éléments modernistes qui peuvent encore fonctionner malgré leur idéologie. Se dire « on n'aurait pas fait comme cela », mais ce n'est pas mal aujourd'hui à regarder. Cette analyse a posteriori, c'est le point de départ : le futur de la ville se fait à partir d'hier, ne créons pas de table rase. Il faut parfois démolir, mais de façon très précise, pour rééquilibrer un territoire, car il y a des injustices flagrantes. »

Parisperdu qui dénonce souvent ici, les démolitions aveugles de pans entiers de la capitale, approuve pleinement l'approche de Jean Nouvel ... et rien que pour cela nous lui aurions décerné le Pritzker ..., d'ailleurs Thomas Pritzker, président de la fondation Hyatt, n'a-t-il pas salué en Nouvel "sa quête inlassable d'idées neuves et son acharnement à repousser les limites de la discipline".
Enfin un génial bâtisseur pour Paris, alors que beaucoup d'autres architectes ne sont bien souvent que de dangereux démolisseurs ...

 

>> Le site des Ateliers Jean Nouvel.  

>> Le site du Prix Pritzker.

>> Voir aussi: Jean Nouvel, Interview vidéo.

>> Sur Parisperdu: "Mieux avant ou ... mieux après" ?  

>> Sur Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies"  

>> Le "Grand Paris" ou comment changer ... d'aire ?

 

 

 

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Belleville : de la déliquescence à la délinquance.

28 Novembre 2008, 09:24am

Publié par barreteau

Photo © Philippe Hiraga

Nous sommes en 1971, et désormais, Belleville est désertée par ses habitants, les boutiques ferment les unes après les autres et partout, on mure portes et fenêtres. Belleville tombe peu à peu en déliquescence ...


Au début du siècle précédent, Belleville était une sorte de campagne avec des pavillons aux jardins peuplés de poulets ou de canards et, aujourd'hui encore, il subsiste quelques traces de ce passé.
Pendant plus de 30 ans, les habitations sont restées vétustes, sans chauffage ni électricité, vouées à être détruites, ... mais il existait une forme de solidarité entre les habitants car la misère et les épreuves, supportées en commun, soudaient les habitants entre eux ....

Maintenant que les démolitions débutent, les habitants regrettent, non pas leurs habitations vétustes mais, l'ambiance si particulière de ce quartier.

Désormais, certains quittent Belleville, d'autres sont relogés dans de nouvelles habitations. Mais, pour tous, il n'est pas simple de briser les liens tissés par le temps et d'accepter que l'histoire de ce quartier s'arrête là.

Depuis le milieu des années 90, le quartier a changé, beaucoup changé et, si l'habitat a beaucoup gagné en salubrité, on ne peu en dire autant sur la solidarité et la sécurité des Bellevillois.

On va encore me dire que j'idéalise trop le passé, mais il est patent que le climat n'est plus le même à Belleville où un large périmètre a été classé en ZUS (Zone Urbaine Sensible), c'est dire si les pouvoir publics reconnaissent les difficultés que vivent, au quotidien, les habitants de ce territoire. Dans La cité "Piat-Faucheur-Envierges", des ados tiennent les murs, bloqués "dans le rien". Le soir, dans le parc de Belleville, il n'est pas toujours très sûr de se promener seul(e) dans les allées périphériques ou de s'approcher des porches des villas où l'on traficote et où parfois, des bagarres éclatent ...
Il n'y a, bien souvent, qu'un pas de la déliquescence à la délinquance  ...


>> Belleville : "C'est déjà ça ..."

>> Voir aussi dans Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Jours tranquilles à Belleville"

 

 

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C'était comment avant ?

20 Novembre 2008, 08:37am

Publié par barreteau

La rue Watt en cours de démontage, Mars 2000.

Le quartier Tolbiac, dans le 13ème, a vécu une opération d'urbanisme considérable, où le maintien de la gare d'Austerlitz a obligé à construire au-dessus des voies pour rentabiliser au maximum l'opération Paris Rive Gauche.
Dans ce contexte, la question de la conservation d'éléments forts du quartier aurait dû faire l'objet d'une approche globale, mais le problème n'a même pas été vu et rien n'a été fait pour la prise en compte de ce patrimoine qui aurait permis d'ancrer le secteur dans son passé.
Mais au fait, c'était comment avant ... ?

Il y avait là très peu d'habitants mais quelques grands bâtiments industriels, en béton, en brique - magnifiques - et aussi quelques morceaux de paysage "à la Tardi", des villas, des escaliers en meulière, et la fameuse rue Watt...

Tout cela sur des terrains appartenant en majeure partie à la Sncf, qui n'a eu aucune perception de ces richesses du passé, elle qui n'a pas l'habitude de regarder en arrière. Et aujourd'hui, nous nous apercevons que ce qui aurait pu devenir un patrimoine a beaucoup souffert : on a, par exemple, couvert la rue Watt de dalles-caissons, on l'a écrêtée, aseptisée, ... il n'en reste rien. Le charme de cette rue, si particulière, chanté par les poètes, mis en lumière par les photographes, a totalement disparu.

Pour réaliser le grand projet
Paris Rive Gauche, on a donc beaucoup détruit ... De trop rares édifices, préservés à grand-peine -  tels les Grands Moulins de Paris, les Frigos, et la Sudac, cette ancienne usine d'air comprimée -  jouent encore un rôle de repères, de passeurs de mémoire. Mais au final, le quartier est devenu une sorte de zone étrange, un désert peu engageant où la Seine, pourtant toute proche, est bizarrement absente et où l'environnement de la Bibliothèque Nationale de France est pour le moins glacial.
Au fait, c'était comment avant ... ?


>> La rue Watt, dans Parisperdu (1)

>> La rue Watt, dans Parisperdu (2)

>> La rue Watt, dans Parisperdu (3)

>> La rue Watt, dans Parisperdu (4)

>> Voir aussi "Rue Watt, lieux retrouvés N°15".



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Souvenir de la rue Vilin.

27 Octobre 2008, 09:06am

Publié par barreteau


Photo ©Philippe Hiraga


Georges Perec nous parle de la rue Vilin : "Nous vivions à Paris, dans le 20ème arrondissement, rue Vilin; c'est une petite rue qui part de la rue des Couronnes, et qui monte, en esquissant vaguement la forme d'un S, jusqu'à des escaliers abrupts qui mènent à la rue du Transvaal et à la rue Olivier Métra.
La rue Vilin est aujourd'hui aux trois quarts détruite. Plus de la moitié des maisons ont été abattues, laissant place à des terrains vagues où s'entassent des détritus, de vieilles cuisinières et des carcasses de voitures; la plupart des maisons encore debout n'offrent que des façades aveugles.
Il y a un an, la maison de mes parents, au numéro 24, (...) était encore a peu près intacte. On y voyait même, donnant sur la rue, une porte en bois condamnée au-dessus de laquelle l'inscription COIFFURE DAMES était encore à peu près lisible.

L'immeuble du numéro 24 est constitué par une série de petites bâtisses, à un ou deux étages, encadrant une courette plutôt sordide. Je ne sais pas laquelle j'ai habité. Je n'ai pas cherché à entrer à l'intérieur des logements, aujourd'hui généralement occupés par des travailleurs immigrés portugais ou africains, persuadé du reste que cela ne raviverait pas davantage mes souvenirs".

(Extrait de "W ou le souvenir d'Enfance de Georges Perec"- 1975)


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Vilin, Couronnes et Pali-Kao..."

>> Voir aussi sur la destruction de la rue Vilin: "Elles tombent, l'une après l'autre"

>> Perec et "Lire la ville"


 

 

 

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La mémoire de la nouveauté.

10 Octobre 2008, 10:38am

Publié par barreteau


Avenue de France, novembre 2003.


Paul Valéry affirmait que "la mémoire est l'avenir du passé".
Pour prolonger la réflexion du poète-écrivain, on pourrait prétendre que lors de l'édification d'un nouveau quartier sur les ruines d'un ancien secteur, il y a, pour nos architectes et urbanistes, un certain "Devoir de mémoire". Ne conviendrait-il pas de conserver des  traces du passé, traces qui seraient comme la "mémoire de la nouveauté"

Dans le 13e arrondissement de Paris, lors de la création de l'avenue de France, il faut bien constater qu'une telle approche a été totalement bafouée.

Avec ses 40 mètres de large, l'avenue de France est la principale artère du nouveau quartier Paris-Rive Gauche. C'est une avenue triste, laide, froide et bordée d'immenses immeubles "verre-béton", des bureaux pour la plupart. Il y manque de la verdure, des commerces, des bars, des restaurants, ... de la vie quoi !
Empruntez l'avenue de France, le soir ou la nuit, ... c'est un désert et, on ne peut pas dire que l'on s'y sente particulièrement en sécurité.

Un grand pôle universitaire termine son implantation, tout près d'ici, espérons que les étudiants sauront lui apporter ce qui lui manque, c'est-à-dire ... à peu près tout.



>> Voir aussi sur Parisperdu: "Des étudiants dans la farine ... ?"
  
  

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Notre-Dame ... la médiocre.

6 Octobre 2008, 10:49am

Publié par barreteau

47 rue de la rue de la Roquette - Paris 11ème.

Rue de la Roquette, on créa en 1911, une chapelle. Celle-ci sera agrandie entre 1926 et 1928, et prendra alors le statut d'église paroissiale du quartier Bastille. Cette construction - de piètre qualité et mal entretenue - était, dès les années 60, dans un tel état de délabrement, qu'elle fut alors fermée au public.

Progressivement l'édifice tomba en ruine, mais au lieu de restaurer l'église de la rue de la Roquette, l'archevêché de Paris en ordonne sa destruction en 1992. La disparition d'un édifice religieux est toujours quelque chose de dérangeant ... C'est une partie de notre patrimoine mais aussi une partie de nos souvenirs qui disparaissent alors ...


Sur le même site, sera finalement construite la "médiocre" Notre-Dame d'Espérance. Les architectes ont voulu faire le pari que la nouvelle église donne finalement l'impression d'avoir toujours été là.
Ce pari était risqué et loin d'être gagné d'avance car en réalité, seules ... les deux cloches provenant de l'ancienne église ... ont toujours été là ...

Bernanos ne disait-il pas: "L'espérance est un risque à courir"...


>> Notre-Dame d'Espérance, vue générale.

>> Et ... Notre-Dame des Champs... Elysées.  


 

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" Mieux avant ou ... mieux après ... ? "

23 Septembre 2008, 09:11am

Publié par barreteau

Quartier Masséna, aux confins de la Seine, des voies ferrées d'Austerlitz et du boulevard périphérique Est: dans un no-man land, la dernière maison encore debout.


Dans un 13ème arrondissement autrefois sinistré, et aujourd'hui souvent sinistre, que va devenir le quartier Masséna ?
Espérons que pour une fois, les architectes feront preuve d'humilité et de modestie, au lieu de nous exposer leurs délires qui - à coup sûr - déstructurent le tissu social et maltraitent la vie locale.

En entourant leurs projets d'un écran de fumée verbeux, tels que: "îlot ouvert, bocage urbain, magie architecturale, vision contemporaine" (sic): c'est tout un langage creux et prétentieux qui est souvent mis en avant pour "vendre" le projet !
Ils se prennent pour des démiurges, et toute critique est perçue comme rétrograde et passéiste, selon un discours terroriste maintenant bien rodé. Mais jamais ils n'iront vivre ni travailler là où ils ont créé ...

Les premières esquisses du futur quartier Masséna font, en effet, craindre le pire. En faisant fi de l'esprit du lieu, du caractère spécifique de son tissu urbain, de ses infrastructures, de son rôle charnière avec le vieux 13ème (quartier Chevaleret), il n'est pas du tout sûr que "Ce sera mieux après" !

Quand on voit le désastre de la bibliothèque François Mitterrand - une architecture glaciale, où les livres sont au grenier, les lecteurs à la cave, et le jardin derrière des barreaux ... et avec tout près, la fameuse avenue de France, organisée sans queue ni tête (au propre comme au figuré) et surchargée en bureaux aux dimensions brutales ... on peut redouter que le désastre ne se répète pour le quartier Masséna.

Alors faut-il prôner un retour au modèle haussmannien de Paris ?

Cela  relève sans doute pour certains d'un "obscurantisme grincheux" dénoncé par le fameux: "C'était mieux avant".
Acceptons l'injure et constatons simplement que les tissus urbains qui fonctionnent bien (avec des transports, des services publics, des commerces, etc.) et où l'on se sent bien (Paris, Rome, certains quartiers de Londres, Washington ...) correspondent grosso modo à ce modèle: même aspect des rues avec des immeubles de 6 à 8 étages, un COS de 3 à 4, un "mix" d'habitat et de commerces. Le rejeter, c'est refuser la réalité.

Aussi, faudra-t-il qu'un jour, les urbanistes et les sociologues prennent le pas sur les architectes et leur montrent que le développement urbain doit apporter du sens à notre société ... et qu'on ne dessine pas notre cadre vie comme une robe de haute couture !!!
On va finir par regretter le sordide 13ème d'il y a 20 ans...


>> Le projet de l'architecte Demians pour le quartier Masséna, dans le XIIIe arrondissement. (Photo: ©Mairie de Paris)


 

 

 

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Elles tombent, l'une après l'autre …

17 Septembre 2008, 10:01am

Publié par barreteau


Destruction de la rue Vilin - Photo ©Philippe Hiraga


Durant l'été 1971, Philippe apprend que le quartier de Belleville risque de disparaître. Aussitôt, il s'y rend pour prendre quelques photos.

Il faut dire qu'il n'est pas insensible aux transformations que subit alors le quartier ... "En fait, - nous dit Philippe - je suis allé sur les traces de mon père qui était artiste-peintre et avait peint, ici, plusieurs toiles entre les années 20 et les années 50 ... et où durant mon enfance, je l'ai souvent accompagné."

Mais quand Philippe arrive rue Vilin, la destruction de la rue est déjà bien avancée, et ... les maisons tombent les unes après les autres, dans le vacarme des engins mécaniques et sous une poussière qui vous pique les yeux.

Aujourd'hui, il ne reste rien de la rue Vilin ... et pourtant les yeux nous piquent encore. Ce n'est plus la poussière mais, à la vue des  clichés de Philippe, ce sont les souvenirs qui nous mouillent les yeux.



>> Voir aussi sur Parisperdu: Vilin, Couronnes, Pali-Kao.

 

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L'âme des lieux.

2 Septembre 2008, 09:33am

Publié par barreteau

4-14, rue Dénoyez - Paris 20ème.


Nous sommes en 1994 et encore tout récemment, se tenait là, rue Dénoyez, une usine ... bien vivante, et toute grouillante d'activité : ces bâtiments étaient alors la fourmilière de dizaine d'employés.
Mais le vacarme a maintenant fait place à un silence assourdissant... L'agitation s'est effacée devant une fébrile tranquillité.


De cette "vielle dame", il n'est longtemps resté qu'une friche industrielle, débarrassée de ses derniers vestiges et dépouillée de ses rouages vitaux.
Des hangars désertés, des salles désaffectées et des verrières brisées donnaient à ce lieu un esprit plutôt sinistre ... mais en même temps, il s'en dégageait un climat particulier, apaisant, presque rassurant.

L'usine de mécanique générale de la rue Dénoyez (dont la raison sociale exacte était : "Société des Petits Appareils Mécaniques pour Toutes Industries"), a donc vécu.
Même si ses machines ne tournaient plus depuis bien longtemps, ... pendant encore de longues années, l'usine a continué à respirer ... la poussière et les traces sur les murs en témoignaient alors.
Certains jours, il parait même qu'elle résonnait encore du bruit de ses machines-outils et que l'odeur de l'huile et de la graisse vous imprégnait jusqu'au dernier pore de la peau.

C'est sans doute ce qu'on appelle l'âme des lieux.

Et voilà qu'aujourd'hui, les lieux ont changé d'âme et tous ces souvenirs sont définitivement tombés à l'eau ...
A l'eau? Oui, car, est-ce dû au nom de la rue ? (prononcez "des noyés") ... je ne sais, mais c'est bel et bien une piscine que l'on vient de construire au 4-14 de la rue Dénoyez ! ...



>> Le 4-14, rue Dénoyez en septembre 2006.

>> La piscine Alfred Nakache, Rue Dénoyez.



 

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