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PARISPERDU

demolition

Trop tard !

31 Mai 2011, 09:22am

Publié par barreteau

Rue de la Cloche -Paris 20ème (1994)
 

1948, Willy Ronis, en chasse photographique, parcourt ce secteur de Ménilmontant, rue de la Cloche. Il y surprend une jeune femme, en peignoir, qui entre dans son immeuble.

1994, sur les pas du Maître, je déambule dans ces mêmes petites rues. Les pavés disjoints, et les immeubles lépreux, bien malades sont toujours là  … point de femme en peignoir mais une africaine en boubou regagne, elle aussi, son domicile.

2010, de retour sur les lieux, je ne reconnais plus rien … tout est bouleversé …
La butte dénudée qui est là, était pourtant autrefois occupée par des rues, des immeubles …
A leurs places, seuls se dressent quelques arbres chétifs et des allées dessinent l'ébauche d'un jardin récemment créé …

Une plaque indique: "Square du Docteur Grancher". La rue de La Cloche n'existe plus …

Je suis arrivé trop tard au chevet du malade.


>> "Rue de la Cloche, Ménilmontant, Paris, 1948" - Photo : ©Willy Ronis.
 

>> La rue de la Cloche en 1994.

>> Le Square du Docteur Joseph Grancher en 2010  -  (nouveau secteur Cloche-Bidassoa).

>> La rue de la Cloche, déjà sur Parisperdu.

 

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Est-ce encore la rue Watt ?

14 Mars 2011, 09:10am

Publié par barreteau

 


En 1986, l'érection, dans la cour d’honneur du Palais Royal, des "colonnes de Buren" provoque une levée de boucliers. En sera-t-il de même aujourd'hui pour les nouvelles "colonnes de la rue Watt" ?

Avec leurs "sculptures lumières", les architectes, designers et autres éclairagistes ont, disent-ils: "chercher à restituer l'esprit du lieu". Esprit, es-tu là ?

Hélas, il semble bien que non, car à la vue de ces pseudo-œuvres d'art, on comprend que la rue Watt n'est plus que le fantôme d'elle-même.

L'atmosphère si particulière de la rue Watt serait donc sensée être recréée par ces colonnes en inox, ajourées pour laisser passer la lumière de lampes à la vapeur de mercure et dessiner des entrelacs sur le sol …

Mais enfin, est-ce  bien encore la rue Watt… ?

 

Car il faut rappeler ce qu'était la rue, avant que les tonnes de béton de l'opération "Paris Rive Gauche" se déversent sur elle.

Jadis, la lumière naturelle filtrait au travers des poutrelles à claire-voie et le bruit des rames chantait au dessus de nos têtes … créant une atmosphère unique, hélas maintenant totalement disparue.

Aujourd'hui, dans le silence de son sarcophage de béton, isolée des voies en surplomb,  … la rue Watt de Tardi, de Léo Mallet, de Jean-Pierre Melville et de Boris Vian … est définitivement morte.

Pourtant, comme un infime signe d'espoir, les graffitis commencent à faire leur réapparition dans la nouvelle rue toilettée, aseptisée. Et pour le moment, les services de la Ville de Paris n'ont pas réagi … comme s'ils n'avaient pas encore décidé si la rue Watt devait rester "impeccable" où alors si elle pouvait retrouver un peu de sa noirceur étrange et de sa vie d'antant ?



>> C'était comment avant … ?

>> L'enterrement en couleurs de la rue Watt (mai 1993)

>> La rue Watt sur YouTube.


 

 

 

 

 

 

 

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La violence des démolitions forcées.

10 Mars 2011, 09:22am

Publié par barreteau

"Maison clou" à Chongqing en 2007.


Parisperdu regrette souvent les démolitions sauvages qu'ont connu et que connaissent encore les quartiers Est de la capitale.
Pourtant ces faits peuvent paraître relativement secondaires si l'on compare la situation parisienne avec celle que vivent des chinois de Pékin et d'un peu partout en Chine.

Dans l'empire du milieu, la violence des démolitions forcées a conduit un internaute chinois à dresser "une carte du sang" de l'immobilier chinois ... !
Cette carte répertorie les incidents violents auxquels ont donné lieu des expulsions en Chine.

L'auteur, qui a pris le pseudonyme de Xuefangditu, ou "carte de sang de l'immobilier" , incite les internautes à "refuser d'acheter les logements où le sang a coulé".
Sur Google Map, son
site , consacré "à toutes les existences qui ont pâti de l'ultra-rapide processus d'urbanisation chinoise" (sic), reçoit chaque jour, depuis sa création en octobre dernier, un nombre croissant de visiteurs ...


En cliquant sur chacun des évènements répertoriés, on peut
lire les détails de l'affaire, et des liens renvoient à d'autres sources.

Ainsi, la date du 8 avril 2010, renvoie à la mort du directeur de la commission de construction, au sein d'un district de la ville Fushun, dans le Liaoning. Le fonctionnaire, chargé de la démolition, a été assassiné à l'arme blanche par Yang Yi, le propriétaire d'une "maison clou", appelée ainsi car il refusait de bouger.
Quatre ans auparavant, les démolisseurs avaient battu à mort le fils du voisin de Yang Yi, âgé de 24 ans.

Le 20 août 2010, à Kunming, dans le Yunnan, He Yuqiong, une femme qui résistait aux démolisseurs, avec mère et enfants, dans leur "maison clou" de Kunming, une résidence de 6 étages que la famille avait construite, a fait exploser une bouteille de gaz. Une dizaine de personnes ont été blessés. He Yuqiong est décédée des suites de ses blessures. La famille avait accroché aux fenêtres une grande banderole, sur laquelle était écrit : "nous vivrons avec notre maison, ou nous mourrons avec elle" !

Bien souvent désormais, la politique et l'économie procèdent d'une même logique où l'humain n'existe plus.
Ici comme ailleurs, les puissants décident avec pour conséquence : du sang et des larmes …




>> Le site de Xuefangditu, ou "carte de sang de l'immobilier".

>> Lire aussi sur Parisperdu : "Démolition des murs ... démolition des vies"

 



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Au cimetière des ambitions.

2 Mars 2011, 10:40am

Publié par barreteau

 

6 - 10,  Rue Watt, 75013-  Paris (juillet  1996)

 

C'était au temps où la rue Watt avait encore une certaine aura auprès de ceux qui venaient respirer ici un peu de poésie urbaine, mais aussi auprès de ceux qui quotidiennement venaient y travailler.

Dès le début des années 70, un grossiste asiatique de l'alimentaire avait implanté ici un entrepôt où il stockait des produits importés, en groupage, de Chine et du Vietnam.
Il s'agissait de produits de premières nécessités comme des vermicelles ou des galettes de riz, de la sauce de poisson ... autant de denrées destinées à approvisionner la communauté asiatique de Paris.

Avec l'arrivée des premiers réfugiés de l'Asie du Sud-est en 1975, la société se développe vite, et la petite entreprise familiale, qui à l'origine ne disposait que d'un minuscule magasin à la place Maubert, va rapidement s’agrandir et ouvrir plusieurs boutiques de détail dans Paris, puis elle passera aux supérettes et à la vente en gros.


Un tel succès fera forcement des envieux, des jaloux non dénués parfois d'un certain relent de racisme. Pas étonnant alors que, rue Watt, sous l'enseigne de la société, un tag rageur proclamait : "la France aux français" !

Depuis cette époque, tout a bien changé rue Watt où la poésie urbaine est désormais au cimetière des ambitions …



>> Ne cherchez plus la société THANH BINH, rue Watt ….

>> La rue Watt sur Parisperdu.

 

 

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" Des fenêtres semblables à des yeux sans pensée ".

22 Décembre 2010, 11:48am

Publié par barreteau

7 rue Robineau - Paris 20ème

 

" Un jour, … c'est la maison entière qui disparaîtra, c'est la rue et le quartier entier qui mourront. Cela prendra du temps. Au début cela aura l'air d'une légende, d'une rumeur à peine plausible : on aura entendu parler d'une extension possible du parc …, où d'un projet de grand hôtel … Puis les bruits se préciseront; on apprendra le nom des promoteurs et la nature exacte de leurs ambitions que de luxueux dépliants en quadrichromie viendront illustrer.


Mais avant que ne surgissent du sol ces cubes de verre, d'acier et de béton, il y aura la longue palabre des ventes et des reprises, des indemnisations, des échanges, des relogements, des expulsions. Un à un les magasins fermeront et ne seront plus remplacés, une à une les fenêtres des appartements devenus vacants seront murées et les planchers défoncés pour décourager les squatters et les clochards. La rue ne sera plus qu'une suite de façades aveugles – fenêtres semblables à des yeux sans pensée – alternant avec des palissades maculées d'affiches en lambeaux et de graffiti nostalgiques.

 

Qui, en face d'un immeuble parisien, n'a jamais pensé qu'il était indestructible ? Une bombe, un incendie, un tremblement de terre peuvent certes l'abattre, mais sinon ? Au regard d'un individu, d'une famille ou même d'une dynastie, une ville, une rue, une maison, semblent inaltérables, inaccessibles au temps, aux accidents de la vie humaine, à tel point que l'on croit pouvoir confronter et opposer la fragilité de notre condition à l'invulnérabilité de la pierre. Mais la même fièvre qui, vers mille huit cent cinquante, aux Batignolles comme à Clichy, à Ménilmontant comme à la Butte-aux-Cailles, à Balard comme au Pré-Saint-Gervais, a fait surgir de terre ces immeubles, s'acharnera désormais à les détruire.

 

Les démolisseurs viendront et leurs masses feront éclater les crépis et les carrelages, défonceront les cloisons, tordront les ferrures, disloqueront les poutres et les chevrons, arracheront les moellons et les pierres : images grotesques d'un immeuble jeté à bas, ramené à ses matières premières dont des ferrailleurs à gros gants viendront se disputer les tas : le plomb des tuyauteries, le marbre des cheminées, le bois des charpentes et des parquets, des portes et des plinthes, le cuivre et le laiton des poignées et des robinets, les grands miroirs et les ors de leurs cadres, les pierres d'évier, les baignoires, le fer forgé des rampes d'escalier …

 

Les bulldozers infatigables des niveleurs viendront charrier le reste : des tonnes de gravats et de poussière."

 

Georges Perec: "La vie mode d'emploi" Chapitre XXVIII "Dans l'escalier, 3"

 

 

 
 

>> Souvenir de la rue Vilin, par Georges Perec.

>> Parisperdu et les démolitions urbaines.


 

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Un arrondissement à part.

14 Décembre 2010, 11:23am

Publié par barreteau

Angle de la place Martin Nadeau et de la rue Robineau - Paris 20ème.


Le 20ème est un arrondissement à part. Terre d'asile, depuis deux siècles, de générations d'ouvriers, souvent immigrés, il est représentatif de l'Est parisien: populaire et cosmopolite. Il offre encore parfois l'illusion de la campagne à Paris et son passé communard lui prête une certaine aura révolutionnaire, qui attire à lui une nouvelle classe moyenne éprise d'anticonformisme.

Pour son arrondissement, son maire formulera une maxime : "La mixité sociale est son génie et son avenir".
Pourtant, les problèmes de l'arrondissement restent ceux des quartiers ouvriers. La cité Saint-Blaise - la plus forte densité démographique d'Europe - en offre un concentré: 15% de ses occupants vivent au-dessous du seuil de pauvreté, 18% sont chômeurs et 25% sont des travailleurs précaires.
Ici, les médecins réfléchissent à deux fois avant de poser leur plaque, ce qui explique la peu glorieuse 20ème place de l'arrondissement pour l'offre de soins à Paris.

Au coeur de l'arrondissement, Ménilmontant, le quartier populaire-type, est malheureusement de plus en plus défiguré par le modernisme ambiant et ces façades sont les derniers et fragiles témoignages d'une civilisation emportée par le vent du changement ... qui pointe le nez là-bas, juste en haut de la rue Gasnier-Guy.

 

 

>> Voir aussi : "A la recherche du Parisperdu, celui des jeunes filles en fleurs"


>> "Le vent du changement pointe son nez, en haut de la rue Gasnier-Guy ..."




 

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La Bellevilleuse veille sur Belleville.

12 Novembre 2010, 09:58am

Publié par barreteau

4-6 rue Dénoyez Paris 20ème (Juin 1996)

 

Situé au carrefour de quatre arrondissements, Belleville est réputé pour être une terre d'accueil de toutes les cultures.

Depuis très longtemps, ce quartier vit au rythme de vagues successives d'immigration.
Au 19ème siècle, il a d'abord connu l'arrivée des provinciaux qui "montaient" à Paris. Au siècle suivant, Belleville a vu affluer dans un premier temps des immigrés européens puis d'autres venus de plus loin, d'Afrique et d'Asie principalement. Encore de nos jours, ce quartier continue d'accueillir de nouveaux immigrés, en provenance en particulier des pays de l'Europe de l'Est.


Les habitants de Belleville prennent cette diversité culturelle de leur quartier plutôt pour une richesse. Et, grâce à un tissu associatif attentif, le quartier se transforme progressivement, sans renier son histoire.

Pourtant, en 1989, une partie de Belleville a failli être profondément transformé.

La Ville de Paris a alors un projet de rénovation du Bas-Belleville relativement simple : raser au moins quatre îlots sur le secteur Ramponneau-Belleville et y construire un quartier tout neuf.

Dès le mois d'avril de la même année, quelques habitants créent une association: La Bellevilleuse, qui va s'opposer à ce projet complètement fou. Après 7 années de luttes acharnées, la Mairie de Paris décide finalement, en octobre 1996, de repenser l'opération et d'associer La Bellevilleuse à la réflexion. Mais il faudra encore dix-huit mois supplémentaires pour qu'en juin 1998, le Conseil de Paris vote à l'unanimité un nouveau projet dans lequel 80% des immeubles seront conservés et réhabilités. Quant aux constructions neuves, uniquement des logements sociaux, elles seront édifiées en harmonie avec le bâti existant.

Cet engagement citoyen pour sauver un quartier populaire de Paris a valeur d'exemple. D'ailleurs,
la Bellevilleuse continue son activité et, aujourd'hui encore, reste vigilante à toutes les évolutions du quartier.

 

 

>> En savoir plus sur La Bellevilleuse.

 

 

 

 

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50 ans d'habitat à Paris.

30 Octobre 2010, 09:10am

Publié par barreteau

Ancien atelier en cours de transformation en loft,  Paris 20ème. Octobre 2000.

 

A Ménilmontant dans les années 60, on dénombrait un seul WC pour 196 habitants, et il était courant de vivre à 6 ou 7 dans 9 m2. Il y a alors un afflux massif de population : les campagnes se vident, ... toutes les 4 minutes, un provincial arrive à Paris et les rapatriés d'Algérie débarquent dans les banlieues.

L'Etat décide donc la construction de "grands ensembles", inspirés des théories urbanistiques du Corbusier. Ils rencontrent au départ un grand succès. Mais on est loin de l'original, car on rogne sur les prix et donc sur la qualité. On construit en préfabriqué, à la va-vite: un logement de 3 pièces est livré toute les heures ! Et rapidement, ce type d'habitat soulève des problèmes: les barres trop vite construites vieillissent mal, la répétition des mêmes modules crée la monotonie, ces grands ensembles virent à l'univers concentrationnaire, leurs habitants s'y ennuient, tombent dans une sorte de dépression à laquelle on donnera même un nom : c'est la sarcellite !

Dès 1969, on voit l'apparition des premières "bandes de jeunes", en réponse au manque de loisirs, viendra ensuite le rap et ses codes: vestimentaire avec la casquette et la capuche et aussi le code des mots, de la façon de parler. Dans les cités, en 40 ans, le chômage sera multiplié par 10, la drogue devient très présente et certains quartiers virent aux zones de non-droit, où la police n'ose plus entrer ...

Habiter au centre des villes devient aussi de plus en plus difficile. En 1960, vivre à Paris n'était pas un luxe car beaucoup de quartiers étaient plus ou moins insalubres.
Mais désormais, l'espace étant compté, le moindre mètre carré prend de la valeur, le dernier étage autrefois réservé aux domestiques devient très recherché, tout comme les lofts, une mode venue des USA, avec de grands volumes, une absence de cloisons, un espace atypique ...

Parallèlement, Paris va connaître beaucoup, beaucoup trop de destructions ... alors qu'on aurait pu transformer en douceur des quartiers entiers.
Un immeuble que l'on détruit, c'est 40 ans de vie qui partent en poussière en quelques heures ... tous les souvenirs de jeunesse qui s'évaporent brutalement ...

A Paris, surtout dans les quartiers Est, l'on a détruit l'histoire des gens.



>> Démolition des murs, démolition des vies.

>> Démolition, reconstruction, la ville en chantier.

>> Une rage de destruction.

 

 

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Cette maison a de la mémoire !

22 Octobre 2010, 09:30am

Publié par barreteau

84 de la rue des Vignoles Paris 20ème  - juin 1996

 

Nous sommes dans le quartier de la Réunion, à une époque où le grand chambardement commence à peine, la ZAC n'a pas encore son contour définitif et les vielles maisons de la rue des Vignoles, mais aussi de tous ses passages et impasses attenants, font de la résistance.

Et ces maisons ont de la mémoire, pas seulement celle de leurs pierres, mais aussi celle de tous ceux qui ont vécu ici et qui ont laissé des traces visibles seulement par ceux qui savent voir ...

Ainsi, au 84, plusieurs générations d'occupants ont laissé des messages, plus ou moins lisibles ... On déchiffre les inscriptions : "Approvisionnement direct des vignobles - Vins fins", puis sans savoir si elle est antérieure ou postérieur, la mention : "Armoires Kerstricht".
Et finalement, une fresque d'animaux évoquant les peintures de la grotte de Lascaux, tracée par un artiste du "street-art", avec cette phrase: "Défense d'habiter". Là, il est clair qu'il s'agit d'une réponse au "ZACage" de la Réunion, d'un cri contre les murages, les démolitions, les expulsions ...


Pourtant, tout près de là, au fond de la paisible impasse Rançon, le lavoir est toujours là, même si déjà depuis longtemps sa lourde porte reste close.

On l'aura compris, le filon de la nostalgie ne semble pas prêt de s'épuiser à Paris ...




>> Visite insolite au fond de l'impasse Rançon - Juin 1996.

 

 

 

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Visite insolite.

18 Octobre 2010, 14:49pm

Publié par barreteau

Fond de l'impasse Rançon - Paris 20ème,   Juin 1996


Au 84 de la rue des Vignoles, s'ouvre l'impasse Rançon.
Lorsque j'y pénètre, je ne sais pas que je vais faire là une visite pour le moins insolite.

Il faut croire que je suis tout de suite repéré car une femme au regard interrogatif, s'avance vers moi.
Par les fenêtres ouvertes, au premier étage, des têtes apparaissent et quelqu'un m'interpelle de là-haut : "Qu'est-ce qu'il veut le Monsieur ?".
Je réponds que : " je ne veux rien de spécial, je suis un simple promeneur qui déambule dans le quartier".
Mais on ne semble pas me croire. "Vous êtes de la Mairie ?" me lance-t-on alors.

Après une discussion à plusieurs, en particulier avec mon harangueur du premier étage, le climat s'apaise. On m'explique que "des gens" de la Mairie de Paris viennent ici faire des repérages pour l'aménagement du quartier Réunion, et qu'ils ne sont pas les bienvenus.
Mais une autre personne, remarquant le point rouge de la célèbre marque de mon appareil photo, me questionne de nouveau : "Mais vous être un photographe professionnel !". Je dois à nouveau justifier qu'il n'en n'est rien, ... je ne suis qu'un simple amateur qui prend des images au gré de ses balades ...

"Alors dans cas, me dit-on, on va vous montrer le fond de l'impasse, ça devrait vous intéresser"

Sur le mur qui ferme l'impasse, il y a une porte avec une inscription: "Entrée du lavoir" ...

Le fait est peu connu, mais jusqu'au siècle dernier, dans ce quartier il y avait de nombreux lavoirs assez pittoresques d'ailleurs et ici, il en reste la toute dernière trace.

Mais le lieu est menacé, pensez donc, on envisage dans une impasse piétonne la construction d'un parking, et ce parking déboucherait aussi rue des Haies ... autant dire la fin de l'impasse, la fin de la quiétude pour ces habitants qui ont su créer un petit monde dont la tranquillité tient à l'isolement du lieu.


Finalement un nouvel immeuble sera construit au fond de l'impasse, sur l'emplacement de l'ancien lavoir, mais son accès se fera uniquement par la rue des Haie.
L'impasse Rançon restera donc "dans son jus" ... pour quelque temps encore.



>> L'impasse Rançon en Août 2009.

 

 

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Un squat, rue des Haies.

14 Octobre 2010, 09:31am

Publié par barreteau

18, Impasse des Souhaits - Paris 20ème (juin 1997)

 

Nous sommes tout près de la rue des Haies dans le XXème arrondissement. Dans ces maisons en déliquescence, s'entasse une dizaine de familles. C'est un squat comme un autre, parmi la quinzaine de squats que compte l'arrondissement. Le XXème partage, en effet, avec les deux autres arrondissements périphériques de l'Est parisien, le XIXème et le XVIIIème, "une structure urbaine propice aux squats", comme le dit joliment l'Hôtel de Ville.

Dans le squat de la rue des Haies, les familles vivent dans un grand dénuement. Le confort est plus que sommaire, et pourtant aucune d'entre elles ne s'est déclarée auprès de la mairie pour un éventuel relogement. Le pâté de maisons tient à peine debout, les façades lépreuses sont à la limite de la ruine. Le réseau électrique comme les circuits d'eau sont quasiment inutilisables, et seuls quelques rares points d'eau sont encore en état alors que beaucoup d'autres sont neutralisés pour cause de tout-à-l'égout défaillant...

Les peintures sont chargées de plomb, et les risques de saturnisme importants. Malheureusement, les cafards ne sont pas rebutés par les peintures au plomb: il y en a partout.

Quand on arrive à un tel état de délabrement du bâti, la démolition est la seule solution.
Ici, c'est tout un quartier qui sera reconstruit ...

 

>> Squat utopique. 

>> Freddy, squatter "pro".

 

 

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Impossible retour.

6 Juin 2010, 09:04am

Publié par barreteau


J'ai voulu retourner au 30 de l'avenue du Docteur-Arnold-Netter, dans le 12ème arrondissement. Je voulais retrouver le charme de ce long passage qui borde l'hôpital Trousseau, respirer à nouveau l'air de ce lieu caché, insolite, hors du temps …

Mais cette fois, je me suis heurté au lourd portail métallique, maintenant définitivement fermé alors qu’autrefois, il était constamment grand’ ouvert.
Pourtant ce portail ne masque plus rien car, en 2006, la ville a exercé son droit de préemption sur ce lieu, au motif de la "création d'un équipement d’intérêt général". Un nouvel accès aux extensions de l'hôpital Trousseau, a alors été créé à la place du bucolique passage qui jusqu’alors abritait de petits ateliers et de modestes logements.


Le modernisme ambiant du nouvel espace a totalement défiguré l’endroit et tout espoir de retour vers les sensations que véhiculait l'ancien passage est définitivement impossible.

Ce brutal changement fut pour moi comme un choc, et une totale surprise tant je n’avais pas prévu une telle métamorphose … et pourtant, le nom du café mitoyen aurait pu m'alerter !
Sur son enseigne, il est écrit : "L'imprévu".




>> Voir aussi : 30, Avenue du Docteur-Arnold-Netter.

>> Le passage du 30, Avenue du Docteur-Arnold-Netter, aujourd'hui.


 

 

 

 

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Le chalet du 103, rue de Meaux sera-t-il réduit en petit bois ?

13 Mars 2010, 10:24am

Publié par barreteau

Angle de la rue de Meaux et du passage de la Moselle – Paris 19ème.

 

 

Ce Chalet n'a rien de très joli. Mais son charme, son intérêt, c'est l'incongruité de son emplacement. Car cette curieuse habitation, banale dans un paysage alpin est réellement insolite ici, en plein cœur de Paris.

 

Le chalet est menacé de destruction car, suite au décès du propriétaire, il va être mis en vente. Un promoteur est prêt à racheter la bâtisse pour élever à sa place un immeuble de 18 mètres de haut. Une fois de plus, la spéculation immobilière va détruire une maison qui marque de son originalité la rue de Meaux. Les locataires devront aller voir ailleurs … mais ils résistent, font signer des pétitions "pour la sauvegarde du chalet", alertent la mairie de l'arrondissement, le maire de Paris, …

Finalement, in extremis, le 29 septembre dernier, le Conseil de Paris vote une modification du PLU qui devrait sauver le chalet de la démolition.

 

Le chalet du 103, rue de Meaux ne sera donc sans doute pas réduit en petit bois, et c'est tant mieux car il est partie intégrante du 19e que nous aimons, celui de la diversité et d'un habitat humain.

 

 

>> La pétition "Sauvez le chalet".

 

>> "Le chalet du 103", est sur YouTube.

 

 

 

 

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Friches et bâtis condamnés de l'Est parisien.

28 Janvier 2010, 09:48am

Publié par barreteau

Quartier du Plateau –Paris 19ème – Juin 1995

 

Dans certains quartiers de l'Est parisien, le paysage est parfois majoritairement composé de friches et de bâtis condamnés. Ces deux formes de scarification de la cité  - qui sont les causes autant que les symptômes d’un certain malaise - déstabilisent l’œil du citadin.

 

Les friches, parfois immenses, creusent alors de larges béances et mettent à mal la définition de Georges Perec, " l’alignement parallèle de deux séries d’immeubles détermine ce que l’on appelle une rue ". Les rues de Belleville, de Ménilmontant ou d'ailleurs … doivent se débrouiller autrement.

 

Ces friches résultent souvent d’immeubles d’habitation tombés les uns après les autres au cours d'un long processus s'étalant parfois sur une dizaine années, et semblent constamment menacer les immeubles plus ou moins dégradés qu’elles encadrent.

Les fenêtres aveugles, les portes condamnées, et les grilles abaissées de commerces abandonnés, sont l’exact pendant des friches. Car l’obstruction verticale de ce bâti clos répond à la béance et à l’horizontalité des terrains vagues.

 

Il est difficile de connaître ce qui, dans l’histoire de chacun de ces immeubles, a conduit à sa fermeture partielle, totale, puis à sa démolition. La question “ À qui le tour ? ” semble rebondir entre les pans des constructions demeurées debout. Ces murs mis à nu, dévoilant leurs flancs de tapisseries intimes, sont, au-delà de leur fragilité, d’une indécence criarde.

Néanmoins le paradoxe est que ces friches constituent souvent les rares zones de respiration et parfois les seuls espaces verts de la ville …

 

Dans les secteurs où il reste encore des  immeubles debout, des ménages très modestes s’y entassent. Tous sont dans des logements souvent exigus, dégradés, partiellement murés et parfois dénués du confort sanitaire le plus élémentaire. Cela n’empêche pas les loyers d’être exorbitants puisque ces appartements sont loués à des tranches de population qui n’ont concrètement aucune possibilité de se loger ailleurs …

Jusqu'au jour où ce bâti, condamné, sera finalement détruit et où il faudra bien y aller … ailleurs, … et souvent cet ailleurs est loin, très loin de la ville.

 

 

>> Parisperdu et les démolitions urbaines.

 

>> "Démolition, reconstruction, la ville en chantier ..."

 

>> "Démolition des murs ... démolition des vies."

 

>> "De l'autre côté de l'amer."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ce monde n'a pas totalement disparu.

12 Janvier 2010, 15:45pm

Publié par barreteau



Au détour d'un précédent billet, parcourant la Villa des Lyanes, dans le 20ème, je faisais ce constat : "Ce monde a disparu …!"

En effet, dans les années 80, la Villa abritait encore un nombre considérable de petits ateliers d'artisans : des serruriers, des ferronniers, … s'affairaient ici. Des métiers dont aujourd'hui notre économie mondialisée n'a plus que faire.

Et maintenant, tout cela a disparu, la Villa a été nettoyée, récurée … par les promoteurs immobiliers qui ne raisonnent qu'en volumes … proportionnels à leur rentabilité.

Pourtant, si vous pénétrez aujourd'hui dans la Villa des Lyanes, un détail subsiste …  insolite, anachronique, décalé. Un petit édifice au toit de tuiles rouges avec sa potence électrique d'un autre âge … est resté en place, inchangé, intact.

Pourquoi, par quel miracle ce "confetti immobilier", hors du temps, hors de propos dans cet espace de banale modernité, a-t-il survécu ?
Un propriétaire, réfractaire aux promotions immobilières, aurait donc réussi à conserver son bien et à garder cette infime trace du passé … ?

Finalement, non, ce monde n'a donc pas totalement disparu …



>> Voir sur Parisperdu : "Ce monde a disparu".

 

 

 

 

 

 

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