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PARISPERDU

Les Maisons closes… rouvrent. (7/7) : Le Sphinx

25 Novembre 2025, 08:29am

Publié par pierre barreteau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le Sphynx, 31 boulevard Edgar Quinet Paris 14ème ©Roger Viollet (1938)


Le Sphinx ouvre ses portes sur le Boulevard Edgar-Quinet en avril 1931. C'est alors l’un des plus luxueux bordels parisiens, faisant partie des établissements les plus chers et les plus connus de Paris, avec "Le Chabanais" et le "One-Two-Two". Il se distingue de ces derniers par une architecture et des décors d'inspiration néo-égyptienne.

L’établissement appartient alors à quatre associés, dont Charles Martel (rien à voir avec celui de la bataille de Poitiers !), et deux gangsters Marseillais qui exploitent déjà de nombreux bordels sur la Côte d’Azur.
Martel confie la gérance du Sphinx à Georges Le Mestre et à sa femme Marthe Marguerite, dite « Martoune » qui en sera la tenancière.

Pour la conception de sa "Maison", Martoune s'inspire d'un voyage aux États-Unis où elle a découvert des maisons closes plus "festives" que les bordels français de l'époque. Car, à contrario des autres établissements de prostitution, "Le Sphinx" se veut plus ouvert et plus élégant, avec des filles qui peuvent circuler librement et des clients qui ne sont pas obligés de « monter » mais peuvent simplement profiter des services de restauration et de divertissement de son établissement qu'elle définit comme un "American Bar". Le Sphinx introduit donc une rupture dans la tradition des maisons closes à la française, ainsi le lieu est même fréquenté par des couples.


La "Maison" comporte vingt chambres et trois salons répartis sur quatre étages et emploie cinq sous-maîtresses et 65 pensionnaires en tenue fantaisie. On trouve également une pièce équipée en cabinet médical pour contrôler la parfaite hygiène des filles. La maison de tolérance est ouverte de 15 heures à 5 heures du matin, avec seulement trois passes par femme et par jour en semaine, deux le dimanche, pour un tarif unique de 30 francs hors pourboire et cadeau de la clientèle. Il faut rappeler qu'à cette époque les Maisons closes "d'abattage", de la Place Clichy par exemple, avoisinaient les cents passes par femme et par jour !

En 1940, dès le début de l'Occupation allemande, les autorités d'occupation, soucieuses d'assurer le « ravitaillement » sexuel de ses officiers décident de réquisitionner les maisons closes de Paris. Le Sphinx, n'échappera évidemment pas à cette réquisition.

L'après-guerre va signer la fin du Sphinx qui sera fermé en 1946, tombant sous le coup de la Loi Marthe Richard, la "Veuve qui clôt".
Dès le début des années 50, l'établissement est transformé en club de strip-tease et de rencontre : "Le Sphinx Club". Puis la Fondation de France reprend le bâtiment pour y loger des étudiants. Enfin racheté par des promoteurs en 1962, l'immeuble du Sphinx sera rasé, détruisant ainsi de magnifiques fresques de Kees Van Dongen et les décors égyptiens. Dans l'immeuble moderne qui est construit à sa place s'implante alors la Banque Populaire Rives de Paris. Cet établissement bancaire est aujourd'hui encore en activité au 31 boulevard Edgar Quinet.

 

>> Les pensionnaires du Sphinx dans un bluffant décor néo-égyptien (vers 1931).

>> Carte de visite du Sphinx :

 

 

 

 

 

 

 

>>Le Sphinx Club : photographies du de Frank Horvat en 1956

 

>> Aujourd'hui au 31 boulevard Edgar Quinet Paris 14ème

 

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"Paris Photo 2025" : Diane Arbus.

18 Novembre 2025, 08:43am

Publié par pierre barreteau

 

A l'heure où la "Foire Internationale Paris Photo 2025" ferme ses portes, avec ses stands qui montrent des facettes si différentes du monde de la photographie : des daguerréotypes d'hier aux clichés d'aujourd'hui et de demain produits grâce à l'Intelligence artificielle, je voudrais m'arrêter un instant sur l'un des stands qui a mis en valeur le travail de la photographe américaine Diane Arbus.

« Je crois vraiment qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas », a dit un jour Diane Arbus. Cette New-Yorkaise, née dans une famille bourgeoise, a fait de New York son terrain de chasse, parcourant les beaux quartiers et les bas-fonds de la ville dans les années 1950 et 1960.

Devant une photo de Diane Arbus, on a souvent l’impression d’être happé par une réalité tantôt crue et étrange, tantôt douce et tendre. Car si elle a commencé sa carrière dans la photographie de mode, elle a vite senti en elle le désir d’aller vers l’autre, vers son intimité, sa fragilité. 

Arbus a révolutionné le portrait photographique car elle laissait généralement à ses sujets la liberté de se présenter comme ils le souhaitaient. À partir de 1962, elle utilise des appareils moyen format qu'elle tient à hauteur de sa taille ; elle ne regarde pas dans le viseur de sorte que rien ne s'interpose entre son visage et celui de son sujet.

Diane Arbus arpente ainsi New York et plusieurs villes américaines, photographiant : un jeune homme noir et sa femme blanche enceinte sur le banc d'un parc, un couple d’adolescents aux allures de petits adultes ou encore cette célèbre image de jumelles identiques habillées de la même façon. Mais la photographe est souvent entrée dans l’intimité des gens en les photographiant chez eux, dans leur salon ou leur chambre à coucher. Parfois, elle photographie des gens célèbres, comme James Brown chez lui en bigoudis ou Marcello Mastroianni dans sa chambre d’hôtel à New York.

Diane Arbus s’est aussi beaucoup intéressée aux excentriques, à ces travestis qu’elle immortalise dans leur loge, à ces « bêtes de cirque » comme il y en avait encore à l’époque dans les foires, des nains, des femmes obèses, "le monstre de la jungle" et aussi des handicapés mentaux, dont certains ont été pris pendant une fête d’Halloween, ce qui accentue leur singularité et en même temps, leur normalité.

Au début de l'année 1971 Diane Arbus commence une fulgurante descente aux enfers : elle ne comprend pas que son travail de photographe puisse être encensé, pourquoi elle est devenue un quasi mythe; cela la met dans un état de profonde détresse psychologique. Elle est persuadée qu'elle est connue seulement comme la "photographe des monstres".
Diane Arbus se suicide à l'âge de 48 ans le 26 juillet 1971 dans son appartement, tout proche de Greenwich Village.

 

>> Les sujets de Diane Arbus pas toujours à l'aise avec leur photo.

>> Diane Arbus est à Paris !

 

 

 

 

 

 

 

 

>  >> "Photo Paris 2025" au Grand Palais.

 

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Les impasses de Paris.

12 Novembre 2025, 10:02am

Publié par pierre barreteau

Impasse Poule, Paris 20ème (2011)

À Paris, certaines rues s’arrêtent avant d’avoir commencé. Elles tournent le dos au monde, se replient sur un banc, une porte, un jardinet… un souvenir. Ce sont les impasses, ces parcelles silencieuses de la ville… entre deux murs, entre deux battements de trottoir.

Elles sont là, discrètes, derrière les murs tagués, les grilles rouillées, loin du tumulte des boulevards engorgés. Elles n’aboutissent nulle part, et c’est peut-être pour cela qu’elles mènent si loin.

Dans l’impasse Rançon un chat dort au chaud sur une pierre, et le lavoir oublié garde le murmure de l’eau.

À l’impasse des Souhaits, les murs se souviennent des voix des enfants, des cris des ouvriers, des pas des habitants partant pour l’exil en banlieue. Ah, Impasse des Souhaits : quel beau mensonge, les vœux qu’on y fit ne se sont jamais réalisés. Mais les pavés usés en gardent encore la trace. 

Rue des Vignoles, ses impasses adjacentes gardent la marque de leur passé agricole mais aujourd'hui seules quelques herbes grimpent sur les briques… et les fenêtres se penchent l'une vers l'autre comme pour partager des confidences.

Au fond de l'impasse Poule, dans le secteur des impasses de la rue des Haies, après le portail du serrurier, des petits regards en fonte au nom de la "Société du Gaz de Paris"… nous regardent et sans doute s'étonnent que nous ne soyons pas l'employé de l'administration qui ne vient plus effectuer les relevés.

Dans le passage des Fours-à-Chaux, une poussière blanche semble encore flotter, vestige d’un labeur disparu.

Chaque impasse semble en sursis. Dans son silence, c'est un bout de ville où le temps a plié bagage. Elles sont les culs-de-sac de la mémoire, les jardins secrets du bitume tout proche.

Car là, la ville cesse d’être un décor abstrait, elle a ici un vrai visage avec ses rides, son œil rieur.
Les impasses sont les poches de la grande veste qu'est Paris : des poches emplies de rêves.

Les impasses sont des pauses dans la respiration de la ville.
Elles ne mènent nulle part, sinon à soi-même. 



>> Les impasses parisiennes sur Parisperdu.

>> Le secret de ces petits regards.

>> Les impasses des 19ème et 20ème arrondissements de Paris  (Liste non-exhaustive)

 

 

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Les Maisons closes… rouvrent. (6/7) : Le One-Two-Two

3 Novembre 2025, 07:56am

Publié par pierre barreteau

Le 122, rue de Provence, Paris VIII e

C’est rue de Provence, à la limite des 8e et 9e arrondissements -à deux pas des Grands Magasins du Printemps- que se trouvait autrefois l’une des plus luxueuses maisons closes de la capitale.

Installée au 122 dans l’ancien hôtel du prince Murat, la "Maison" ouvre ses portes en 1924 lorsqu'un certain Marcel Jamet, un ancien julot, rachète l'immeuble grâce à une certaine somme ramenée d’un lucratif séjour en Argentine. De retour à Paris, il rencontre sa femme Fernande Alfrédine, une pensionnaire de la maison close "Le Chabanais", et qui devient alors la tenancière de la "Maison" en se faisant surnommer Doriane. Connu du Tout-Paris, l’immeuble de trois étages est finalement surélevé d’un étage en 1933, et garde ses volets blancs toujours clos pour accueillir ses clients en toute intimité.

Le couple responsable de cette nouvelle maison close décide alors de la nommer "Le One-Two-Two", une dénomination exotique faisant référence à son adresse située au numéro 122 de la rue de Provence. La maison compte alors 22 chambres, dans lesquelles travaillent, pour une clientèle fortunée, entre 40 à 65 femmes.
Ouvert de 16 heures à 4 heures du matin, elle accueille près de 300 hommes par jour, rigoureusement sélectionnés à l’entrée. L’établissement est aussi doté d’un bar, d'un réfectoire pour les filles, et d'un cabinet médical pour contrôler leur hygiène.

La particularité de cet Établissement de luxe et de luxure se trouve incontestablement dans la décoration souvent folklorique de ses chambres. En effet, chacune d’elles est aménagée selon une thématique différente. L'une d'entre-elle reproduit même une cabine de l’Orient-Express fidèlement reconstituée, animée par des bruitages de train et le surgissement d’un zélé contrôleur qui peut se mêler aux ébats ! Toutes les chambres sont aménagées avec le concours des meilleurs décorateurs de cinéma de l'époque : on trouve ainsi un tipi indien, une chambre en forme d’igloo, ou encore une chambre égyptienne… avec Cléopâtre à disposition.
Bref, tous les scénarios sont bons pour attirer la clientèle, et cela a du succès !
Et même si Doriane part avec un riche diplomate en 1939, l’établissement poursuit normalement son activité, car il est repris par une certaine Georgette Pélagie, dite Fabienne.
Le "One-Two-Two"continuera ainsi de fonctionner sous l’Occupation, jusqu’à la fermeture définitive de ses portes imposée en 1946 par la loi Marthe Richard.

Aujourd'hui le 122 de la rue de Provence est très sagement occupée par un Cabinet de conseil financier et par le très respectable Institut de Formation des élus locaux… on est loin, très loin des activités du One-Two-Two !


>> Marcel et Fabienne Jamet.

 

>> Image du film "One-Two-Two 122, rue de Provence", sortie en salles en 1978.

 

>> Animation au "One-Two-Two" : le chef Marcel Jamet et ses deux assistantes.

 

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