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PARISPERDU

photographes

André Kertész ... enfin chez lui !

8 Novembre 2010, 09:41am

Publié par barreteau

André Kertész, Place de la Concorde, Paris, 1928


"Nous devons tous quelque chose à Kertész", disait Henri Cartier-Bresson.
A voir l'impressionnante rétrospective du photographe hongrois organisée au Jeu de Paume, on ne peut qu'être d'accord avec l'hommage d'HCB.

André Kertész (1894-1985) prétendait être un éternel amateur. Il a pratiqué tous les genres, n'a obéi à aucun dogme et ne s'est laissé enfermer dans aucune case.

Devenu citoyen américain, il vivra à New-York près de cinquante ans en éternel exilé car  Kertész, Hongrois d'origine ayant vécu en France et aux États-Unis, ne maîtrisait ni le français, ni l'anglais. Mais André Kertész est resté parisien de cœur, et c'est à la France qu'il lègue ses négatifs et ses archives, en 1984.

L'exposition qui suit un parcours chronologique avec les trois grandes étapes de sa vie et de sa carrière: la Hongrie, Paris et New York, veut donner, pour la première fois, une vision extensive et équilibrée de l'œuvre de Kertész, en apportant des éléments nouveaux et en rassemblant, pour la première fois aussi, un nombre important de tirages d'époque (les deux tiers des 300 photos présentées).

C'est à Paris, qu'il devint, presque à son insu, l'initiateur du reportage photographique à partir de 1928. Il s'y distingue par une attitude photographique plus émotive qu'objective, préférant à l'enquête sociale une prospection visuelle dont la motivation est d'abord affaire de sentiment.

C'est à propos de Kertész que Roland Barthes évoque la possibilité d'une "photographie pensive", une catégorie de photographie qui donne à penser, tout en s'appuyant sur une réalité détectée par le photographe. C'est cette faculté d'évocation de l'inconnu, et de renouvellement de la sensation intérieure produite par une image qui fait, pour une part, l'originalité de Kertész qui précisait : "On a dit que mes photos semblent plutôt sortir d'un rêve que de la réalité. Il y a une association inexplicable entre moi et ce que je vois".
Pour André Kertész, tout est là.

Kertész est aujourd'hui, 25 ans après sa disparition, un photographe reconnu internationalement, dont chacun a en tête quelques images marquantes, mais il n'a pas encore trouvé la place qu'il mérite si l'on considère ses apports personnels au langage photographique du vingtième siècle.
L'exposition présentée jusqu'au 6 février 2011 au Jeu de Paume, vise à réparer cette injustice.

André Kertész est enfin chez lui ... à Paris.



>> André Kertész à l'affiche.

 

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Doisneau à Ménilmontant !

16 Septembre 2010, 09:27am

Publié par barreteau

 

Lorsque j'ai appris qu'il y avait un collège "Robert Doisneau" dans le 20ème arrondissement, je suis monté voir à quoi il ressemblait.

La rue des Panoyaux n'est pas très large à cet endroit, et la façade du collège est défraîchie malgré ses 20 ans. Mais, vu la référence au photographe du célèbre "Baiser de l'Hôtel de Ville", je m'attendais à un bâtiment beaucoup plus vieillot ...

A cheval sur plusieurs arrondissements, les élèves du "Robert Doisneau" arrivent surtout des quartiers " Ménilmontant Amandiers" et "Est 20ème" qui comptent parmi les derniers secteurs populaires de Paris. Là, les habitants sont majoritairement au bas de l'échelle socioprofessionnelle ; le taux de chômage est fort, les revenus faibles et, une grande partie des habitants sont étrangers ou issus de l'immigration "postcoloniale" ... Une avalanche d'handicaps va-t-elle s'abattre sur "Robert Doisneau" ?

Pas si sûr, car Ménilmontant et de la rue des Amandiers sont des lieux de grande circulation, très fréquentés, très animés. Aussi "Robert Doisneau" est un collège bouillant de vie, d'activités, où entre les cours, les jeunes s'adonnent à des répétitions pour les concerts de rap ou d'autres musiques, qu'ils donnent ici les week-ends.  

Oui, la vie est là, telle que l'espiègle Robert aurait aimé la surprendre à travers l'objectif de son appareil photo ...

 

>> Le site du collège "Robert Doisneau".

 

 

 

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La démarche d'Atget.

8 Septembre 2010, 10:01am

Publié par barreteau

Belleville,  ancien regard (dit du Marais) - 41 rue des Solitaires, Paris 19ème.
© Eugène Atget - 1901- Musée Carnavalet / Roger-Viollet

 

Chez Atget, d'emblée se confrontent les logiques de la déambulation, de l'errance chère aux surréalistes ou celles de la documentation du lieu, du quartier.
Atget porte, dans son œuvre, une attention fine au(x) sens et aux dates, plus encore à l'intransigeance de l'identification précise du lieu photographié.

A la charnière du XIXème et du XXème siècle, c'est un Paris ancien qui se déroule alors sous nos yeux, dans sa quasi-entièreté, comme dans un catalogue raisonné, où la photographie en donne soudain une lecture sensible.

Bien avant Google Maps et la géolocalisation GPS, plus de quatre mille lieux de Paris sont précisément répertoriés par autant de photographies. Sans avoir accès à Flickr ou à Picasa, Atget organise et structure son œuvre par regroupements en séries. A l'intérieur des séries, Atget construit des albums, souvent dans une perspective éditoriale ou commerciale.

Qui peut le mieux nous parler d'Atget que celle qui a découvert son œuvre : Bérénice Abbott, l'assistante de Man Ray. Elle écrira au sujet d'Atget :" On se souviendra de lui comme d'un historien de l'urbanisme, d'un véritable romantique, d'un amoureux de Paris, d'un Balzac de la caméra"
L'œuvre photographique d'Atget a également particulièrement intéressé le philosophe et critique Walter Benjamin. Dans son opuscule Ecrits français, il nous dit: " Le fait d'avoir photographié les rues de Paris désertes, constitue toute l'importance des clichés d'Atget. Avec raison, on a dit qu'il les photographiait comme le lieu d'un crime. (...) Dans le procès de l'histoire, les photographies d'Atget prennent la valeur de pièces à conviction".

Décidemment, l'œuvre colossale d'Eugène Atget n'a pas fini de faire parler d'elle ...



>> " Sur les pas d'Eugène Atget ".

 

 

 

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Rue de la Procession.

12 Juillet 2010, 09:36am

Publié par barreteau

 


Ce lieu était, il y a bien longtemps, le
 
passage ordinaire des processions de la paroisse de Vaugirard.
 De nos jours,  si les processionnaires revenaient, ils devraient s'engouffrer à plusieurs reprises sous le faisceau des voies ferrées de la gare Montparnasse, toute proche. Une fois, deux fois, trois fois … autant de passages sous-terrains qui donnent à cette rue un petit air de rue Watt.

Pas étonnant alors que, de tout temps,  le secteur ait intéressé les photographes et en premier chef, Marcel Bovis qui régulièrement, arpentait le quartier en rayonnant à partir de  la place Falguière.
 
Tout comme Brassaï, Bovis excellait dans les clichés de nuit. Il en fit beaucoup dans ce coin du 15ème arrondissement, et dans des conditions sans doute plus tranquilles que celles d'aujourd'hui. 
En effet, actuellement, je déconseillerais à quiconque les prises de vues nocturnes dans les parties sous-terraines de la rue de la Procession, où défile alors tout un petit monde qui ne souhaite pas être dérangé dans son "business". 

Décidemment, les processions ont retrouvé une certaine actualité …

 

 

>> Marcel Bovis, "Rue de la Procession" 1931.

>>
Voir aussi sur Parisperdu: "Paris dans l'œil des maîtres. (3/3)".

 

 



 

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La rue Laurence Savart, si chère à Willy.

26 Juin 2010, 09:01am

Publié par barreteau

 

La rue Laurence Savart- Paris 20ème - Juin 2004


Maintes fois Willy Ronis m'a parlé de la rue Laurence Savart, l'une de ses favorites dans le secteur de Belleville-Ménilmontant.

Il m'a raconté comment, un petit matin de 1948, il avait failli "louper" sa célèbre photo de cette rue. En passant dans la rue du Retrait, un bref éclat de lumière attira son attention, c'était le vitrier qui remontait la rue Laurence Savart. Sans  ce "flash" produit par les vitres de l'artisan, "j'aurais vraisemblablement continué tout droit mon chemin" me disait-il.

Quand je lui fais remarquer que la rue, encore aujourd'hui, a peu changé, qu'on y retrouve les mêmes façades, la même lumière qu'a son époque ... il fait la moue et me dit: "Oui mais cet immeuble qui barre la rue dans sa partie basse, quel dommage ...".

Il faut bien reconnaître que la perspective n'est plus la même. Et que cette trouée, qui était comme un appel vers un ailleurs incertain, fait terriblement défaut.

La rue Laurence Savart était si chère à Willy, qu'il a accepté de donner son nom à une association qui luttait pour conserver le caractère original de la rue. Je ne suis pas sûr que Willy adhérait complètement au but poursuivit par cette association, mais il n'a pas su dire non à des gens qui comme lui chérissait ce lieu. Ainsi naquit fin 2006, "L'Association Willy Ronis  - Pour le cadre de vie de la rue Laurence Savart", ... la seule association qui aujourd'hui porte le nom de l'illustre photographe.


>> "La rue Laurence Savart", Photo: ©Willy Ronis 

>>
J'ai retrouvé le Paris perdu ...


>> Association Willy Ronis "Pour le cadre de vie de la rue Laurence Savart ". 

>> Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.
 

 

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Bettina Rheims voit Paris en Rose.

18 Juin 2010, 07:41am

Publié par barreteau


"Paris diadème, 2009"-Bettina Rheim ©- Courtesy: Galerie Jérôme de Noirmont.

 

Avec l'exposition "Rose, c’est Paris" , la Bibliothèque Nationale de France (BNF) rend hommage à une grande artiste, la photographe Bettina Rheims, et à son complice, écrivain, Serge Bramly.

"Rose, c'est Paris"  nous invite  à une traversée de notre capitale qui emprunte, tour à tour, à la flânerie baudelairienne et à l'errance surréaliste. Dans un Paris fantasmé du début du XXème siècle, dans un Paris insolite ou méconnu, volontairement atemporel, l'érotisme se mêle au mystère à travers une série de photographies en noir et blanc, peuplées de figures féminines énigmatiques.Le titre du projet s’inspire du pseudonyme que s’était choisi l’artiste. "Rose Sélavy"= "Rose séparée"=  "Rose, c’est Paris".

L’intrigue est la suivante : une jeune femme, B. cherche Rose, sa sœur jumelle, qu’elle prétend disparue. Tel est le point de départ d’une quête initiatique dans un Paris intime. Une centaine d’images et un film retracent le parcours de l’héroïne au cœur de la ville, pour une rêverie moderne inspirée du Paris de l’entre-deux-guerres.

"Rose, c’est Paris" se divise en treize épisodes dont le dernier verra B. faire le deuil de son double, devenant finalement Rose, … si elle ne l’a pas toujours été.


>> Le livre de l'Expo à la BNF Richelieu.

>> Bettina Rheims présente son exposition "Rose c'est la vie".

>> Mieux connaître la photographe Bettina Rheims.

 

 

 

 

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" La nuit n'est pas le négatif du jour ... "

2 Juin 2010, 09:25am

Publié par barreteau

Place de la Bastille – Paris, mars 2005, "Hommage à Brassaï".

 

Il a fixé à jamais l'image d'un Paris nocturne. Il a utilisé comme personne l'objectif pour capter l'atmosphère fascinante des nuits parisiennes. Il nous a livré de poignants paysages nocturnes, témoignages de ses longs vagabondages dans le Paris excentrique de la nuit, loin des sites connus. La plupart du temps, il sillonnait les rues seuls, mais parfois, il était accompagné d'amis noctambules comme Henry Miller, Raymond Queneau ou Léon-Paul Fargue …

En 1932, il écrit: "C'est pour saisir la beauté des rues, dans la pluie et le brouillard, c'est pour saisir la nuit de Paris, que je suis devenu photographe."

Et quel photographe ! Un homme sans cesse à la recherche d'images toujours plus insolites, plus inquiétantes, traçant des silhouettes interlopes du pavé parisien sous la lumière incertaine d'un réverbère.

Avec Brassaï, puisse que vous aviez compris que c'était de lui qu'il s'agissait, ce Paris arpenté nuitamment, devient la capitale mondiale du rêve et de la poésie. Amoureux de cette ville, on comprend qu'il veuille la protéger lorsqu'il écrit, la même année: " On est en train de tuer l'âme de Paris; sous prétexte de supprimer des îlots insalubres, on abat ce qui faisait le charme de la capitale; sous prétexte de dégager des monuments, on démolit les rues qui leur donnent un sens. A tout prendre, j'aimerais qu'on démolisse les monuments et qu'on respecte les rues. Il n'y a pas de musées pour les rues."

Presque quatre-vingt ans plus tard, ces mots restent d'une brûlante actualité, et c'est pourquoi Parisperdu veut s'associer à cette démarche, à ce regard, à cette pertinente acuité …. Merci Monsieur Brassaï !


>> Gyula Halàsz, dit Brassai : "Paris, Avenue de l'Observatoire" 1934.

>> "Paris la nuit" de Brassaï, 1932 - Préface de Paul Morand: "La nuit n'est pas le négatif du jour".

 

 

 

 

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" Photographier, c'est une façon de vivre ".

13 Mai 2010, 09:26am

Publié par barreteau

©Henri Cartier Bresson :Extrait de son carnet de croquis parisiens.

 

 

C'est  Henri Cartier-Bresson, HBC pour les intimes qui parle :

"L'appareil photographique est pour moi un carnet de croquis, l'instrument de l'intuition et de la spontanéité, le maître de l'instant qui, en termes visuels, questionne et décide à la fois.

Pour "signifier" le monde, il faut se sentir impliqué dans ce que l'on découpe à travers le viseur. Cette attitude exige de la concentration, de la sensibilité, un sens de la géométrie. C'est par une économie de moyens et surtout un oubli de soi-même que l'on arrive à la simplicité d'expression.

 

Photographier : c'est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante ; c'est alors que la saisie d'une image est une grande joie physique et intellectuelle.

 

Photographier : c'est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l'organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait.

 

C'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur.
C'est une façon de vivre."



>> L'expo Cartier-Bresson au Moma, à  New York. Jusqu'au 28 juin 2010. 

>>
Henri Cartier-Bresson en globe-trotteur insaisissable.

>> Parmi les merveilles peu vues :"Paris 1955".

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Henri Cartier-Bresson, Paris à vue d'œil."

>> Et aussi : "Doisneau chez son complice Cartier-Bresson".

 

 

 

 

 

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Arles 2009, et ce fut la dernière.

27 Avril 2010, 09:37am

Publié par barreteau

"La belle image, c'est une géométrie modulée par le cœur". (Willy Ronis)

 

En juillet 2009, Willy Ronis s'était rendu aux 40èmes Rencontres Photo d'Arles.
Il en était l'invité d'honneur. Arles lui rendait alors hommage avec une belle rétrospective à l'église Sainte-Anne, une manifestation émouvante comme un Requiem, surtout celui de Fauré qu'il aimait tant.

 

Willy, c'était un peu le grand-père de tous les photographes. Il ne se déplaçait plus alors qu'en fauteuil roulant, affaibli par son grand âge. A Arles, il fit une toute dernière apparition dans la lumière bleutée du théâtre antique. Son petit-fils, le photographe Stéphane Kovalsky, poussait le fauteuil de son cher "Villy" comme on l'a toujours appelé dans la famille, … pas de W pour les proches !

 

Ce soir-là, après un tonnerre d'applaudissements, Willy se contentera d'un geste de la main: un "au revoir" qui sonnait comme un adieu. Ce fut un moment extrêmement touchant, chacun a bien senti qu'il se passait quelque chose de très fort, un peu comme un clap de fin …
 

Actuellement, pour retrouver cet immense photographe, courez voir, à la Monnaie de Paris, l'exposition:"Willy Ronis: Une poétique de l'engagement". Willy avait lui-même préparé cette exposition, elle devait marquer son 100ème anniversaire …

Pour cette rétrospective en 150 images, à côté des incontournables, il y a là quelques belles découvertes …


>> Voir aussi sur Parisperdu: "Au revoir et merci Monsieur Ronis".

>> Actuellement "Willy Ronis : Une poétique de l'engagement" à la Monnaie de Paris, 11, quai de Conti Paris 6ème,  jusqu'au 22 août 2010.

 

 

 

 

 

 

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J'ai retrouvé les auto-tamponneuses d'Izis.

10 Avril 2010, 08:46am

Publié par barreteau


Lorsque je les ai vues, près du métro Stalingrad, j'ai immédiatement pensé à la célèbre photo d'Izis. Les auto-tamponneuses étaient là, bien rangées dans la lumière d'un soir d'été. Leurs carrosseries en plastique, incrusté de paillettes argentées, brillaient de mille feux.

Mais seul, Jacques Prévert comme il l'a fait pour Izis dans l'ouvrage: "Grand bal du printemps" aurait su retrouver les bruits et les sons évoqués par cette photographie.

Car le "Grand bal du printemps", qui est sans doute l'un des plus beaux livres de photographies de l’après-guerre, montre d’emblée par son titre que l’ouvrage se place dans une thématique musicale et, dès le premier poème du recueil, Prévert compare Izis à un musicien des rues :

"C’est un colporteur d’images
et même sans le savoir
un musicien ambulant
qui joue à sa manière
surtout en hiver
le Sacre du Printemps."

Alors, les scènes deviennent presque sonores malgré le silence des images : c’est le cas par exemple pour cette photographie d'Izis, où un couple d’amoureux s’embrasse dans une auto-tamponneuse. Prévert évoque alors "le doux fracas du manège dans le vacarme de cette fête".

Dans le vrombissement du trafic de la place de Stalingrad, oui aujourd'hui, j'ai retrouvé les auto-tamponneuses d'Izis …


>> Les auto-tamponneuses d'Izis … ©Izis (1951)

>> Vous pouvez louer un Manège d'Auto tamponneuses !

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Izis, Paris des rêves". 

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Doisneau chez son complice Cartier-Bresson.

25 Mars 2010, 09:03am

Publié par barreteau

Robert Doisneau par Henri Cartier-Bresson, Paris, 1986 © Magnum Photos

 

A travers une sélection d'une centaine d'épreuves originales, l'exposition de la Fondation Cartier-Bresson nous montre comment Robert Doisneau a su inscrire "Paris et sa banlieue" sur la pellicule, un monde dont il voulait nous prouver l'existence.

 

Dès 1931, Doisneau arpente les rues de Paris et de la banlieue, faisant de ces lieux son studio. Tout au long de sa vie, Doisneau restera fasciné par la banlieue. Il y ressent le besoin de fixer ce qui est en train de disparaître, nous laissant ainsi le souvenir d'un petit monde qu'il aimait tant.

 

Pendant plus de 60 ans, inlassablement, il va arpenter les rues de ces villes limitrophes de Paris, captant le charme - maintenant nostalgique - d'un café de coin de rue, d'une terrasse encombrée de landaus, d'une minuscule épicerie-buvette … toute une banlieue où l'on a encore de l'espace, où l'on peut encore rêver sur des bords de Seine campagnards…

 

Doisneau avait le chic pour dénicher les perles de ces banlieues, à une époque où les prostituées remplaçaient les tagueurs et les bidonvilles les HLM. Il n’idéalise pas pour autant ce qu’on appelle alors la Zone. Le plus souvent, il prend de la hauteur et saisit un paysage fait d'un mélange de no man’s land, de taudis misérables et d’urbanisation monotone, le tout emprunt d'une gravité, d'une tonalité plutôt sombre. Mais, Doisneau, ce flâneur pétri de poésie urbaine, fait de cette gravité une œuvre rayonnante.

 

Une grande complicité le liait à Henri Cartier-Bresson (HCB) ; aussi enfantins l'un que l'autre dans leurs rires, ils ne manquaient cependant pas de se consulter sérieusement dès que le métier l'exigeait. "Notre amitié se perd dans la nuit des temps et … sa bonté profonde, son amour des êtres et d'une vie modeste, sont pour toujours dans son œuvre", écrivait HCB en 1995, au lendemain de la disparition de son ami.

 

Ils n'avaient pas la même conception de la photographie, l'imparfait de l'objectif  de Doisneau se conjuguant mal avec l'imaginaire d'après nature d'un Cartier-Bresson, plutôt adepte de la rigueur, influencé par la peinture et le dessin et totalement hostile au recadrage.

 

Lorsqu'il "tire le portrait" de son copain, en 1986, HCB crée un cadre où figurent une foule de d'éléments symboliques de ce qui fait de Doisneau, un grand de la photographie. Tous deux ont grimpé sur un immeuble pour avoir Paris en toile de fond ; à perte de vue les toits de zinc d'un quartier populaire cher à Doisneau et en ligne d'horizon quelques monuments significatifs de la capitale. La tête de Robert est cadrée par un portique de fer, accentuant la rigueur graphique du portrait mais, pour ne pas donner un côté trop solennel à la pose, un chapeau de cheminée flirte avec la tête de Robert ! Ce dernier semble, d'un signe de la main, dire au cadreur : "C'est parfait !", avec au coin des lèvres ce petit sourire taquin qu'on lui connaissait bien …, un instant de belle complicité entre ces deux monuments de la photographie.


>> Extrait de l'Expo: "Le nez au carreau, 1953"  © Atelier Robert Doisneau.

>> Déjà sur Parisperdu: "Sur les pas de Robert Doisneau...", Les enfants de la place Hébert.



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N 'est pas Willy Ronis qui veut ... !

25 Février 2010, 09:03am

Publié par barreteau

" Avenue Simon Bolivar et rue Lauzin". © Willy Ronis -1950.

 

Je suis retourné sur la butte Bergeyre et, au bout de la rue Georges Lardennois, j’ai retrouvé l’escalier que je cherchais. L’escalier immortalisé par Willy Ronis dans son célèbre cliché : "Avenue Simon Bolivar et rue Lauzin".

Pour rallier cet endroit, je préfère toujours arriver par la butte Bergeyre plutôt que par l’avenue Bolivar, bruyante, brouillonne et trop animée, alors que le calme règne dans les petites rues, sur les hauteurs de la butte.

 

Willy nous décrit les instants qui ont précédé son déclic, en quelque sorte, l’histoire de cette photo :

« Cette photo, je l’ai faite en 1950. J’étais là, dans cet escalier, j’attendais quelque chose, parce que je voulais qu’il y ait un peu de monde qui passe. À un moment donné, j’entends une voix de femme derrière moi, qui parlait à son enfant, qu’elle tenait dans ses bras. J’ai attendu qu’elle me dépasse, et miracle, miracle qui arrive quelquefois dans la photographie : quand elle est arrivée en bas, est passé cet attelage étonnant - car même en 1950 il n’y avait plus tellement d’attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c’est qu’il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui est en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. Et puis le petit cordonnier qui parle avec le client. Et le petit chat noir, en bas de l’escalier. C’est une photo pleine d’histoires ! »

 

Mais nous ne sommes plus en 1950 et n’est pas Willy Ronis qui veut … car aujourd’hui, si l’escalier est toujours là, son environnement a bien changé.

Inutile, bien sûr, d'attendre l’attelage avec les chevaux, ni même de rechercher en l’arrière-plan les maisons de la rue Lauzin, voire de petits commerçants qui discuteraient sur leurs pas de porte … tout cela n’est plus de ce monde !

 

Car sur l’avenue Bolivar, règne maintenant l'automobile : une incessante circulation, une cohorte de voitures en stationnement, et partout des panneaux de signalisation ou de publicité, … tout cela crée une grande anarchie visuelle, un parasitage peu propice à l’harmonie du cadrage photo …

 

Alors le photographe d’aujourd’hui est tout naturellement tenté de remonter plus haut dans l’escalier pour trouver un peu plus de quiétude. Mais là, il aura inévitablement dans le champ de son objectif l'immeuble qui surplombe le passage et en barre la vue … Vouloir se positionner plus haut que Willy Ronis est définitivement impossible !


Qu’à cela ne tienne, on a quand même dans le viseur l’échappée de l’escalier vers l’avenue et l’on peut – tout comme Willy  "attendre quelque chose" … Mais aujourd'hui, dans le champ, il ne se passera pas grand chose : quelques piétons bien trop ordinaires et surtout beaucoup, beaucoup trop de voitures …

Décidément, n’est pas Willy Ronis qui veut … !

 

 

 

>> Avenue Simon Bolivar et escalier de la rue Georges Lardennois (Essai 1 - 1999)

 

>> Avenue Simon Bolivar et escalier de la rue Georges Lardennois (Essai 2- 2009)


 

 

 

 

 

 

 

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Izis, Paris des rêves .

24 Janvier 2010, 12:09pm

Publié par barreteau

 

Sur les quais de la Seine, Petit Pont. Crédits photo : © IZIS Bidermanas


Avec cette exposition-rétrospective de l'œuvre de IZIS, un accrochage de quelques 270 photographies, la Mairie de Paris entend rendre hommage à un photographe encore trop méconnu. Pourquoi ce titre "Paris des rêves" ?  Pour moi, indiscutablement c'est parce que Izis rime avec onirisme …

 
L'exposition présente toute la palette de celui qui fut à la fois artiste et reporter, grand portraitiste et flâneur aux aguets. De son œuvre protéiforme, on retiendra surtout le volet parisien - qui fait l'éloge du rêve et de la lenteur au cœur de sa ville d'adoption, une œuvre qui révèle la diversité, l'originalité et la modernité de son travail.

Izis nous donne une image poétique du Paris populaire : les rues et les quais de la Seine, les enfants et les amoureux, les fêtes foraines et les gens du cirque, les ouvriers et les vendeurs de muguet, etc ...
On l'aura compris c'est un photographe humaniste qui nous est dévoilé à l'Hôtel de Ville, un photographe à l'égal des plus grands photographes-amoureux de Paris: Willy Ronis et Robert Doisneau.

Mais trente ans après sa disparition, en 1980, Izis demeure moins célèbre que ses compagnons d’alors.
Willy Ronis, lui-même se scandalisait de "cette mise au purgatoire" des photographies d’Izis dont il vantait la démarche esthétique.
A
voir absolument.



>> "Izis, Paris des rêves". A l'Hôtel de Ville - Paris 4ème, jusqu'au 29 Mai 2010. 

>> Déjà sur Parisperdu: "Izis, de Paris et d'ailleurs" …


>> … et aussi, "Sur les pas d'Izis".

 




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La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (3/3)

27 Décembre 2009, 18:12pm

Publié par barreteau

 

Les amoureux de la rue Etienne Marcel – 75001 Paris – Juin 2005  

 

On peut effectivement se poser la question : la photo humaniste ne serait-elle pas déjà morte ? D'ailleurs, aucun nom de photographe humaniste de moins de 50 ans ne me vient spontanément à l'esprit ...  Aujourd'hui, la photographie ne serait-elle pas déjà passée à un stade plus conceptuel ?

 

Sans doute, … mais si les Doisneau, Ronis, Izis, Boubat … sont morts, la photo humaniste elle, se doit de vivre car elle est, selon moi, l'un des vecteurs principal d'émotions en photographie ! Mais peut-être faut-il pour cela que les deux "camps" précités (le photographe et le photographié) arrêtent de se voir en ennemis et de s'incriminer...

 

Respect et confiance, voilà ce qui est nécessaire.

Il faut que le photographe respecte le sujet (il ne serait rien sans lui après tout), respecte le contexte de l'image, sans essayer de la détourner et conserve une certaine éthique.

Il faut en même temps que le sujet fasse confiance au photographe quant à l'utilisation de son image et à sa diffusion.

 

Dans un "monde idéal", les deux "camps" doivent arriver à s'abstraire de la notion d'argent. Le photographe doit agir dans une démarche purement artistique et le sujet ne doit pas redouter qu'on fasse de l'argent sur son dos pendant que lui n'en retire rien.

Alors, ... dans ce "monde idéal", la photographie humanisme vivrait !


Oui... sauf que dans le "monde réel": respect, confiance et désintérêt pécuniaire sont en perte de vitesse, ce qui peut nous rendre assez pessimiste sur l'avenir de la photo humaniste...



>> Voir aussi sur Paris perdu : "La photographie humaniste a-t-elle encore un avenir ... ?"


>> Voir aussi : "La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (2/3)"

 

 

 

 

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La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (2/3)

23 Décembre 2009, 09:35am

Publié par barreteau

Animation, rue Mouffetard Paris 5ème -  Mai 2004

 

Dans notre société actuelle où protection et sécurité occupent tant les esprits, le droit à l'image est devenu un exemple typique de toutes les dérives possibles, bien que cette loi soit parfaitement compréhensible en soi. Alors peut-on encore aujourd'hui photographier impunément un "sujet humain" dans la rue ?

 

Le droit de l'image est très précis sur ce qu'il est possible ou non de faire, et pour les photographes amateurs comme pour les professionnels, il est devenu obligatoire de se "protéger" en demandant l'accord écrit de la personne photographiée (idem dans un cas d'une photo de "groupe"). Bien sûr cela est très contraignant, mais heureusement, il y a aussi ce que l'on appelle l'accord "tacite" : la présomption d'autorisation se justifie par la "satisfaction d'un besoin légitime du public à être informé par l'image".

 

Je conçois parfaitement que certaines personnes ne souhaitent pas apparaître sur une photo, une vidéo ou une œuvre picturale … et ce, pour quelque raison que ce soit. Si le photographe a parfaitement le droit de faire son travail artistique, les personnes photographiées ont aussi parfaitement le droit de refuser d'y participer. Il y a droit, devoir et permission pour chacune des parties. Pourtant il est vrai que tant que la personne n'est pas tournée en dérision, ni mise dans une position inconfortable et qu'elle a toute son intégrité, j'ai du mal à comprendre les attaques contre les photographes…

 

Il y a une cinquantaine d'année les gens se souciaient moins de leur droit à l'image, ou tout du moins il n'y avait pas cette parano autour du contrôle de son image qui selon moi s'est développée, non pas à cause de la législation, mais bien plutôt en raison de l'évolution de notre société : les images sont aujourd'hui beaucoup plus facilement diffusées à grande échelle, retouchées, détournées... Et c'est cela qui fait peur aux gens, ils ne veulent pas que leur image leur échappe, une image qu'ils considèrent comme une part de leur personnalité (une version moderne de la croyance ancienne selon laquelle lorsque le photographe prend la photo d'un modèle, il lui vole son âme). Il est vrai que de nos jours, le culte de l'image, son utilisation, voire sa manipulation,  atteint de tels sommets qu'il ne faut pas s'étonner de voir quelques réticences quant à la diffusion de certains clichés.

 

L'importance que l'on accorde aujourd'hui à l'image, et le relais potentiel que peut jouer une simple photographie entre un sujet anonyme et son accès à la notoriété dans des conditions qu'il ne gère absolument pas; font que le contrôle de l'image , le contrôle de sa diffusion sont devenues une nécessité pour éviter certains excès ...

 

L'image étant devenu un tel marché, il est compréhensible qu'un "sujet humain" pris dans la rue veuille contrôler la diffusion de son image, au risque de tomber dans un excès de protectionnisme et ce, … au grand dam des photographes humanistes.

 

A suivre …

 

>> Voir aussi : La photo humaniste a-t-elle un avenir ? (1/3)

 

 

 

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