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PARISPERDU

logement

Mouss, 21 ans, hitiste ordinaire ...

11 Septembre 2011, 09:43am

Publié par barreteau

Hall de l'immeuble 5C, dans l'un des quartiers Nord de la capitale.
Mouss est au centre de l'image.


On les appelle les "hitistes", littéralement les "teneurs de murs". Leur  nom est dérivé du mot “hit” qui en algérois signifie “mur”.
Est hitiste, un jeune de sexe masculin, chômeur, adossé toute la  journée à un mur parce qu’il n'a pas plus d’espace personnel au domicile familial que d’espérance d’évolution dans la société. Le hitiste revient toujours squatter le mur nourricier qui l'a vu grandir, lui et ses congénères.

En ce matin d'hiver, je pars dans les quartiers Nord de la capitale, à la rencontre de jeunes en galère, collectionneurs au mieux de petits boulots et tous marqués par l’échec scolaire.

Je finis par croiser Mouss, 21 ans, qui cherche la voie qui lui permettrait de couper le cordon ombilical avec "les murs de chez lui" …

Mouss est là, depuis des années, du matin jusqu'au soir, avec ses potes hitistes. Collés au mur toute la journée, ils regardent passer la vie …

Mouss n'a jamais travaillé, n'a connu que l'ennui, le chômage, la petite délinquance aussi un peu… et les problèmes de logements: ils sont 8 dans le petit 3 pièces familial, … alors il est tout le temps dehors. Et il ne peut même pas déménager, "j'habite dans mes vêtements" dit-il, un brin désabusé.

Alors Mouss n'en peut plus, depuis des années et des années il veut partir … ailleurs, n'importe où, mais ailleurs, … là  où il y aurait des activités et des occupations autrement plus épanouissantes …
Mais il est où, cet ailleurs ?


>> "C'est déjà ça …"

 

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L'envers de la ville, la ville à l'envers.

23 Mai 2011, 08:45am

Publié par barreteau

Campement de Roms, Bidonville (2002- 2006) -  Boulevard Mac Donald - Paris 19ème

Photo © Eric Garault /Picturetank.

 

 

Le point de départ ne peut être plus concret : une carte IGN de Paris et de sa région. Sur la carte, des zones restent étrangement blanches, sont-ce des terrains à construire, des terrains  militaires … ?
Lorsque vous allez sur place explorer les lieux, les "vides" de la carte n°2314 OT de l'IGN, vous comprenez alors que les cartes n'entretiennent que des rapports très lointains avec le réel !

Souvent, derrière ces occultations suspectes, vous allez découvrir ce que nos villes modernes refoulent vers l'extérieur : une misère odieuse et anachronique, des bidonvilles cachés aux portes de la capitale, des espaces réservés aux sans domicile fixe et aux gens du voyage.
Et, dans le Paris citadin, boulevard Mac Donald, ou Porte d'Aubervilliers, c'est l'envers de la ville, la ville à l'envers : tout ce que nos responsables politiques nous cachent.

 

Ayant vu ce que dissimulait la carte de la région parisienne, on comprend comment, à Washington ou au Cap, on a pu mettre en vente des plans de la ville où, tout simplement, les quartiers pauvres ne sont pas représentés. Des plans de la ville où ne figure qu'un tiers de la ville…

 

A l'heure où les métropoles voient leurs townships et leurs favelas broyés par l'abandon, à l'heure où Paris devient une ville-musée inaccessible; les campements du boulevard Mac Donald ou de la Porte d'Aubervilliers montrent le paradoxe de nos mégapoles : à l'époque du GPS et des caméras de surveillance, nous ne connaissons rien du monde ...



>> Aller plus loin avec le "Livre blanc" de Philippe Vasset.

>> Bidonvilles/Seine, par Eric Garault




 

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A la limite de l'irréel.

18 Mars 2011, 10:01am

Publié par barreteau


Nous sommes en plein cœur de Paris, dans le haut du 11ème arrondissement, juste à coté de "Boboland".

La rue est étroite, sale et peu engageante. Et là, après m'être aventuré dans plusieurs arrière-cours, j'atteins la limite de l'irréel.

Donnant directement sur la courette mal pavée, une porte basse est restée entrouverte. Il s'en échappe le son nasillard d'une radio.

Je m'approche et un gamin vient à ma rencontre.

- "Vous voulez parler à maman me dit-il ?"

Un peu interloqué, je bafouille :

- "Non, enfin … oui … si vous voulez …"

Une grande femme africaine apparaît alors dans l'embrassure de la porte, elle se tient voutée tant sa taille est disproportionnée par rapport à cette toute petite ouverture …

- "Je ne voulais pas vous déranger" lui dis-je.

- "Vous ne me dérangez pas", me rétorque-t-elle.
- "Mais je vois que vous êtes photographe, c'est que vous trouvez le quartier si joli que ça … ?", ironise-t-elle …

Là, je suis un peu gêné mais je le serai encore plus lorsqu'elle me dira :

-"Voyez dans quoi j'habite, moi et mes trois enfants …"
Et là, d'un geste, elle ouvre largement la porte de son "appartement".


En fait d'appartement, il s'agit d'une pièce unique où chacun des quatre murs a sa fonction : à droite lavabo et toilettes, en face gazinière et cuisine, à gauche: des matelas empilés font penser qu'il s'agit … de la (ou des) chambre(s) à coucher et enfin, sur le dernier mur un monceau de vêtements accrochés: le dressing !

Ces personnes vivent dans un taudis, une pièce insalubre, un habitat indigne.

Ils connaissent en permanence l'humidité, les fuites et les infiltrations d'eau, le sol déformé, le système électrique et les sanitaires hors normes, l'absence de chauffage, l'unique et minuscule fenêtre qui ne ferme pas, etc...

Tout cela parait incroyable … en plein Paris, au 21ème siècle !

En France, on évoque sans cesse la crise du logement, mais quand la situation devient aussi dramatique, que font nos responsables politiques ?

Les municipalités de droite ne veulent pas d'HLM chez elles, celles de gauche non plus mais elle l'avoue moins (en même temps on le comprend quand on voit ce que sont devenues les cités) et puis de toute façon, les votes des plus déshérités leur sont déjà acquis, donc pourquoi faire des efforts …

Alors, les mal-logés sont le dernier des soucis de nos politiques, sauf s'ils font trop de bruit ou s'ils sont victimes d'un fait divers tragique qui nuirait à l'image de la ville...

Embellir la ville avec des sculptures, mettre des vélos à disposition des administrés, (l'environnement, par contre, c'est vachement tendance), sponsoriser de l'évènementiel … voilà des façons autrement plus sympa de dépenser les deniers publics.

Là aussi, on atteint les limites de l'irréel !



>> Les marchands de sommeil sur Parisperdu.

>> Voir aussi : "Garnis et meublés ..."

>> Voir aussi : "Une chambre en ville"
 

 

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Fragile témoignage.

18 Février 2011, 09:02am

Publié par barreteau

 

 

La rue de Belleville est l’une des rues les plus animées de Paris. Et pourtant, dans beaucoup de ses cours intérieures, règne un calme surprenant.

Ainsi, au 140 de la rue, vous pénétrez dans cette ancienne cité ouvrière construite en forme de U. Les murs de cette cité sont les derniers et fragiles témoignages d'une civilisation emportée par le vent du changement, car plus bas, rue de Belleville, les modernes façades, lisses et monotones, partout règnent en maître …

Souvent je me surprends à observer le renouveau de ce quartier comme Monsieur Hulot contemple la Modernité : d'un œil amusé … mais circonspect.


>> Voir aussi sur Parisperdu : "Habitat populaire à Ménilmontant".

 

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Habitat populaire à Ménilmontant.

14 Février 2011, 09:23am

Publié par barreteau

Rue Westermann  Paris 20ème – (1996)

Que reste-t-il de l'habitat populaire de Ménilmontant ?
Dépassé, archaïque, moribond, l'habitat populaire de Ménilmontant vit depuis des décennies, la chronique d’une mort annoncée.
Le jeu de go continu, c'est la tactique de l'encerclement qui prévaut ici …

L'Est parisien a déjà bien changé mais va encore beaucoup évoluer.
Pour autant, va-t-on y vivre mieux ? Tout dépend pour qui !

Paris devient une ville plus petite-bourgeoise, moins populaire. L’arrivée de nouvelles populations dans le Nord et l’Est a modifié la physionomie urbaine. Ces nouveaux résidents, qui travaillent dans la pub, la mode, les médias ou le design, ont assez d’impact sur leur environnement pour l’ajuster à leur mode de vie. Aussi, inéluctablement, on va vers une homogénéisation des habitats et des habitants.

L’amélioration du cadre de vie rend Paris plus attrayant et c'est tant mieux. Mais cela entraîne une augmentation forte de la demande de logements (due aussi aux difficultés de transports "centre-banlieue") avec son corollaire automatique : des prix de l’immobilier en très fortes hausses dans les quartiers autrefois les moins prisés.

Oui, la qualité de vie à Paris est bonne… à condition d’y travailler, et d’avoir les moyens de s'y loger...

 

>> Voir aussi "Parc zoologique de Ménilmontant". Pour que l'habitat populaire de Ménilmontant ne devienne pas le dodo de l’île Maurice.


>> Pour aller plus loin, lire : "Sociologie de Paris", de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, éditions La Découverte.

 

 

 

 

 

 

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Hôtellerie familiale.

2 Février 2011, 09:22am

Publié par barreteau



Au 21 de la rue Victor Chevreuil s'ouvre une porte discrète avec cette inscription sur l’imposte : "Family Hôtel ". C'est un "meublé" qui accueille, comme son nom semble l'indiquer, des familles. Vu la vétusté des lieux, on a compris qu'il s'agit de familles déshéritées, souvent des immigrés en situation plus ou moins régulière et qui n'ont d'autres choix pour se loger.


Elles doivent s'acquitter d'un loyer prohibitif au regard du confort qui leur est proposé, près de 1000 euros par mois ! Aussi ces familles, pour la plupart arrivées du Sierra Leone ou de Mauritanie, s'entassent-elles à 5, 6, 7 voire plus dans les petites chambres du  "Family Hôtel ".

Déclaré immeuble insalubre en 1999, l'hôtel fermera l'année suivante.
Le bâtiment n'a pas été rasé. Il fût restauré et aménagé en appartements.


La rue a toutefois conservé sa vocation d'accueil et d'hébergement de parisiens à faibles revenus, car en face du feu "Family Hôtel,  au 16 de la rue, se tient la Résidence Etudiante Victor Chevreuil.



>> Le 21 rue Victor Chevreuil, aujourd'hui.

>> Déjà dans Parisperdu : "Garnis et meublés, une chambre en ville"


 

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Ici règne l'austérité.

10 Octobre 2010, 09:42am

Publié par barreteau

6 rue des Muriers - Paris 20ème.

 

Dans cette petite rue d'un quartier populaire de l'Est parisien, l'austérité règne ...

Nous sommes en 1995 et c'est déjà un monde ancien qui ressurgit en un visuel "noir et blanc", ... aussi superbe que glaçant.

Derrière cet univers urbain, s'annoncent les prémices d'un monde qui conduira à la crise de 2008-2009.
Quatre-vingt ans après celle de 1929 ...

Sommes-nous à l'apogée d'un temps qui ne cesse de nous montrer les conséquences dramatiques d'une société névrotique ?



 

>> " A Paris, des hommes vivent et meurent derrières leurs fenêtres grises. "

 

 

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La ruée vers l'Est.

12 Septembre 2010, 10:35am

Publié par barreteau

Villa de L'Ermitage  - Cité Leroy Paris 20ème (1997)
 

A force d'accueillir les jeunes couples chassés des quartiers du centre de Paris, les trois arrondissements de l'Est, les plus populaires de la capitale (18, 19 et 20ème) ont vu les prix de l'immobilier atteindre des sommets inimaginables voilà à peine cinq ans. Aujourd'hui, le rattrapage est terminé, et, désormais, si le rythme de la hausse s'est nettement ralenti, c'est que la crise est aussi passée par les quartiers Est de la capitale.


Depuis que les bobos s'y sont installés, le 18ème est devenu très tendance. Notamment autour du boulevard Barbès, où les prix peuvent facilement atteindre 6 000 à 7000 € le mètre carré, voire 10 000 € le mètre carré et au-delà aux Abbesses où sur la butte Montmartre. D'autres secteurs comme celui autour de la rue Caulaincourt se sont embourgeoisés et les prix ont suivi.


Tout en demeurant l'arrondissement le moins cher de Paris, le 19ème a lui aussi bien flambé ... surtout autour  des Buttes-Chaumont. Dans le Belleville du 19ème, on peut encore s'offrir des logements autour de 5 000 € le mètre carré, mais pour combien  de temps encore ? Des prix que l'on retrouve à la Villette, un quartier qui commence juste à décoller. Pour trouver moins cher, il faut aller porte de Pantin, où un 30 m2 sera cédé pour 140 000 €.

Le 20ème est de loin l'arrondissement le plus bobo de Paris, surtout du côté de Ménilmontant où les prix se sont envolés. Saint-Fargeau et Pelleport restent, quant à eux, accessibles à ceux qui ne peuvent plus s'offrir Gambetta ou Jourdain.

Désormais à Paris, les sommets de l'immobilier s'abordent aussi par la face Est ...

 

>> Voir aussi sur Parisperdu:

>> La cité Leroy est maintenant ... dans un jardin.

 

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Le chalet du 103, rue de Meaux sera-t-il réduit en petit bois ?

13 Mars 2010, 10:24am

Publié par barreteau

Angle de la rue de Meaux et du passage de la Moselle – Paris 19ème.

 

 

Ce Chalet n'a rien de très joli. Mais son charme, son intérêt, c'est l'incongruité de son emplacement. Car cette curieuse habitation, banale dans un paysage alpin est réellement insolite ici, en plein cœur de Paris.

 

Le chalet est menacé de destruction car, suite au décès du propriétaire, il va être mis en vente. Un promoteur est prêt à racheter la bâtisse pour élever à sa place un immeuble de 18 mètres de haut. Une fois de plus, la spéculation immobilière va détruire une maison qui marque de son originalité la rue de Meaux. Les locataires devront aller voir ailleurs … mais ils résistent, font signer des pétitions "pour la sauvegarde du chalet", alertent la mairie de l'arrondissement, le maire de Paris, …

Finalement, in extremis, le 29 septembre dernier, le Conseil de Paris vote une modification du PLU qui devrait sauver le chalet de la démolition.

 

Le chalet du 103, rue de Meaux ne sera donc sans doute pas réduit en petit bois, et c'est tant mieux car il est partie intégrante du 19e que nous aimons, celui de la diversité et d'un habitat humain.

 

 

>> La pétition "Sauvez le chalet".

 

>> "Le chalet du 103", est sur YouTube.

 

 

 

 

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La villa Faucheur.

30 Septembre 2009, 09:26am

Publié par barreteau

Une impasse sécurisée de la villa Faucheur – Paris 20ème – octobre 2005

 

C'est un lieu un peu spécial, car ici, de tout temps, une certaine agitation a toujours régné.


Historiquement, la villa Faucheur était une villa de petits artisans, avec son atelier-vedette, celui du céramiste Le Tallec. Créé en 1905, il y resta jusqu'en 1978. Il y avait également là beaucoup de logements modestes, comme dans tous les quartiers ouvriers de l’est parisien.

En 1978, la villa Faucheur est restructurée et réaménagée afin d'implanter des foyers de la Sonacotra pour les travailleurs migrants. Une école primaire y sera également ouverte.


Dans les années 80, plusieurs squats, d’une trentaine d’habitants chacun, s'établissent Villa Faucheur. Tous sont "gérés" par le Mouvement Autonome qui se définit comme un organe en lutte pour l’autonomie du prolétariat, un mouvement classé à gauche de l'extrême gauche. On assiste alors, quotidiennement, à de violents affrontements entre résidents et squatters. Finalement, les squats seront purgés et les Autonomes quitteront le quartier.


Le secteur va par la suite abriter une population immigrée de plus en plus importante, surtout d'origine africaine, ainsi qu'une forte proportion de ménages en situation précaire. Les conditions de logements dans la Villa restent inégales : une moitié du bâti est relativement récent alors que l’autre moitié, datant d’avant 1948, est souvent fortement dégradé.

Un esprit de cité, de territoire s'installe ici, comme dans les banlieues. La cité "Piat-Faucheur-Envierges" est ce qu'on appelle "un quartier difficile". Elle héberge environ 3000 habitants et l'essentiel des 82 nationalités recensées sur le quartier de Belleville. La cité a même été pendant quelque temps classée en zone urbaine sensible (ZUS). Elle n'a pas bonne réputation dans le "quart Est" de Paris. On déconseille aux nouveaux arrivants de s'y installer. C'est une cité stigmatisée et "stigmatisante". Des trafics en tous genres se déroulent, en permanence, sous le haut porche de la Villa, ils sont souvent suivis de bagarres et de règlements de comptes.

Nouveaux migrants des années 2000, les "bobos" investissent à leur tour ce quartier du 20ème arrondissement. Aussi, retrouve-t-on aujourd'hui nombre de bourgeois-bohèmes, dans ce labyrinthe de rues tortueuses qu'est la Villa Faucheur. Là, enfermés à l'abri des regards, barricadés derrière des grilles, les bobos goutent au charme "un peu spécial" de ce quartier "ultra-tendance" …



>> L'Atelier du céramiste Le Tallec.

>> Le Mouvement Autonome.

>> Némo à la Villa Faucheur.


Voir aussi sur Parisperdu :

>> "Malaise à Belleville".

>> "Belleville : de la déliquescence à la délinquance ... "

>> "C'est déjà ça …"

 

 

 

 

 

 

 

 

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"Italie 13" : La politique de la table rase.

8 Juin 2009, 08:42am

Publié par barreteau

 

Les tours des Olympiades. Au premier plan, le seul bâtiment restant des usines Panhard et quelques rares maisons rescapées.

 

L'opération Italie 13 est la réponse-type au diagnostic souvent formulé, dans les années 50, par les architectes et les politiques pour l'aménagement des arrondissements périphériques de Paris.


Ce diagnostic est le suivant: ces arrondissements comprennent de nombreux îlots jugés insalubres ou simplement "mal construits". Comment améliorer cet existant "bancal" ?
La réponse sera celle-ci: la rénovation de ces îlots doit se faire non par un simple assainissement des immeubles mais par une réorganisation d'ensemble de ces quartiers dans l'esprit de la Charte d'Athènes de Le Corbusier, à savoir: construction en hauteur afin de libérer des espaces au sol et ainsi assurer aux appartements une meilleure luminosité, mais aussi: séparation des voies destinées à la circulation automobile de celles consacrées à la desserte locale et aux trajets piétonniers.
L'opération Italie 13 illustre à merveille ce programme. Mais nombre de principes pourtant essentiels pour Le Corbusier ont été oubliés pour ce quartier, comme celui de vastes parcs entourant les tours ...

 
Autour de l'avenue d'Italie, on pratiqua donc la politique de la table rase afin de pouvoir construire - sur 87 hectares - une cinquantaine de tours. Finalement seulement 34 d'entre elles, seront érigées.
Les tours doivent toutes avoir à peu près la même hauteur : une trentaine d'étages. Les architectes en charge du projet estiment en effet que l'urbanisme de tours, loin d'opérer une rupture traumatique avec le passé, prolonge la vieille tradition parisienne de l'unité de hauteur des bâtiments !?!

Le résultat de l'opération ne sera pas vraiment un succès. A l'origine, dans les années 70, l'opération Italie 13 visait à séduire une population de jeunes cadres, en tablant sur le modernisme du quartier et la présence de nombreux équipements scolaires et sportifs. Or les tours, éloignées du centre de Paris, trop standardisées dans leur architecture, n'ont pas séduit les Parisiens.
Loin de la structure traditionnelle du tissu urbain, le quartier a dérouté les futurs acquéreurs, car certaines rues où vous aurez votre adresse - comme les rues du Javelot et du Disque - sont totalement invisibles, enfouies sous la dalle, elles sont inaccessibles aux piétons et quasiment introuvables.

Les tours sont alors restées inoccupées pendant plusieurs années et l'opération aurait sans doute été un échec cinglant sans l'arrivée des premiers réfugiés vietnamiens vers 1975. Ils vont rapidement occuper les lieux, vivant à plusieurs familles par appartement afin de payer les loyers élevés. Ils seront suivis par d'autres vagues de réfugiés et d'immigrés cambodgiens, laotiens, puis chinois. Beaucoup ont ouvert ou repris de petits commerces faisant ainsi le quartier asiatique que l'on connaît.

De nos jours, le quartier Italie 13, dont la maintenance est complexe et coûteuse, fait l'objet de projets de rénovations lourdes …
Mais cette fois, la politique de la table rase n'est plus à l'ordre du jour … et pourtant … ! 


>> Voir aussi, sur Parisperdu : "Des tours à Paris : pour quoi faire ?"

 

 

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Belleville : de la déliquescence à la délinquance.

28 Novembre 2008, 09:24am

Publié par barreteau

Photo © Philippe Hiraga

Nous sommes en 1971, et désormais, Belleville est désertée par ses habitants, les boutiques ferment les unes après les autres et partout, on mure portes et fenêtres. Belleville tombe peu à peu en déliquescence ...


Au début du siècle précédent, Belleville était une sorte de campagne avec des pavillons aux jardins peuplés de poulets ou de canards et, aujourd'hui encore, il subsiste quelques traces de ce passé.
Pendant plus de 30 ans, les habitations sont restées vétustes, sans chauffage ni électricité, vouées à être détruites, ... mais il existait une forme de solidarité entre les habitants car la misère et les épreuves, supportées en commun, soudaient les habitants entre eux ....

Maintenant que les démolitions débutent, les habitants regrettent, non pas leurs habitations vétustes mais, l'ambiance si particulière de ce quartier.

Désormais, certains quittent Belleville, d'autres sont relogés dans de nouvelles habitations. Mais, pour tous, il n'est pas simple de briser les liens tissés par le temps et d'accepter que l'histoire de ce quartier s'arrête là.

Depuis le milieu des années 90, le quartier a changé, beaucoup changé et, si l'habitat a beaucoup gagné en salubrité, on ne peu en dire autant sur la solidarité et la sécurité des Bellevillois.

On va encore me dire que j'idéalise trop le passé, mais il est patent que le climat n'est plus le même à Belleville où un large périmètre a été classé en ZUS (Zone Urbaine Sensible), c'est dire si les pouvoir publics reconnaissent les difficultés que vivent, au quotidien, les habitants de ce territoire. Dans La cité "Piat-Faucheur-Envierges", des ados tiennent les murs, bloqués "dans le rien". Le soir, dans le parc de Belleville, il n'est pas toujours très sûr de se promener seul(e) dans les allées périphériques ou de s'approcher des porches des villas où l'on traficote et où parfois, des bagarres éclatent ...
Il n'y a, bien souvent, qu'un pas de la déliquescence à la délinquance  ...


>> Belleville : "C'est déjà ça ..."

>> Voir aussi dans Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Jours tranquilles à Belleville"

 

 

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Origines contrôlées ...

27 Septembre 2008, 09:35am

Publié par barreteau


C'est à l'angle de la rue Julien Lacroix et de la rue du Sénégal, que je fais la rencontre de Fari et d'Aduna, sa petite fille.
 

Fari est arrivée à Paris dans les années 80. Son père Mamadou, qui avait travaillé près de 20 ans à l'usine Renault de Flins, bénéficia alors des lois sur le regroupement familial et pu ainsi faire venir en France sa femme et Fari, leur fille cadette. Leurs deux autres enfants resteront chez un oncle à Dakar. Sa femme ne s'acclimatera jamais à la vie européenne. Rapidement elle tombe malade et meurt moins de 10 mois après son arrivée à Paris.

Aujourd'hui, Fari est mariée à un malien et Aduna est leur fille de 4 ans. Fari et son mari travaillent dans une entreprise de services en "entretien et propreté", tous deux sont des "immigrés réguliers".

Pourtant, souvent Fari s'interroge sur la place réelle des immigrés dans la cité ? Car si au regard du logement, du travail, de la scolarisation des enfants et aussi en matière de santé, les textes applicables sont les mêmes pour tous, ces textes ne suffisent pas toujours à éliminer nombre de pratiques discriminatoires dans l'accès au travail et au logement social.

Et là, à l'angle de la rue Julien Lacroix et de la rue du Sénégal (une rue où pourtant elle pourrait se sentir un peu chez elle !) Fari nous confie les difficultés qu'elle a eu pour trouver un emploi stable ... Mais si, elle et son mari y sont enfin parvenus, ils leur restent aujourd'hui à franchir l'obstacle du logement.
L'appartement de la rue de la Mare où loge la famille est insalubre et le loyer exorbitant. Fari a appris que ce coin de Belleville va être entièrement reconstruit et que des logements sociaux y sont prévus en grande quantité. Alors, accompagnée d'Aduna, elle vient, ici, faire le tour des bureaux de vente, juste pour voir, juste pour rêver un peu devant les cuisines toutes équipées et les salles de bain luxueuses des appartements-témoins ...

Mais, même si Fari signifie "la reine" (en wolof), ces futurs appartements "royaux" ne seront pas pour elle ...
Heureusement, elle a la vie "devant elle", et même plus exactement "avec elle", ... puisqu'en wolof le prénom de sa fille Aduna, signifie "la vie"!


>> Egalement sur Parisperdu: "Passage Goix : une voie sordide" ou la vie à Paris d'une autre famille sénégalaise.

>> Voir aussi sur Parisperdu : "Apartheid résidentiel"

 

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Des villages dans la ville

23 Avril 2008, 10:11am

Publié par barreteau


Villa de l'Ermitage - Paris 20ème

Dans les années 20, les voies privées (dénommées villa) - souvent en impasse et bordées de petites maisons individuelles - se généralisent dans Paris ... et aujourd'hui, ces villas parisiennes sont comme des "villages dans la ville".

Bien au calme dans ces havres de paix, leurs habitants sont à la fois "dans la ville" et "hors de la ville". Loin de l'agitation d'un "monde motorisé", ils peuvent ainsi accéder à quelque chose qui n'a plus de prix dans nos métropoles modernes : le silence.

Mais ne soyons pas sont dupes, toutes les villas ne se valent pas.
Passer d'une villa du 16ème arrondissement à une villa du 19ème ou du 20ème, ce serait comme quitter un grand banquier pour aller à la rencontre d'un cadre sans fortune ...

Car, en effet, les cadres moyens et les professions intellectuelles n'ont que les moyens d'une résidence dans les quartiers populaires de Paris ... Et s'ils veulent gouter à ces fameuses villas, ils devront "faire de nécessité vertu" et trouver un charme secret à une cohabitation inévitable au sein de ces arrondissements populaires.

Pas étonnant que les bobos, grands chantres de la mixité sociale, se ruent sur les villas de l'Est parisien ...



D'autres villas parisiennes dans Parisperdu:

>> Villa Hardy - Paris 20ème

>> Villa Riberolle - Paris 20ème

>> Villa de l'Adour - Paris 19ème

>> Villa du Danube - Paris 19ème

>> Villa des Tulipes - Paris 18ème
 
 
 

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Garnis et meublés ... "Une chambre en ville" (3/3)

26 Mars 2008, 09:57am

Publié par barreteau


Grand Hôtel de Lyon, rue Jouye Rouve Paris 20e

Vu de la rue, le Grand Hôtel de Lyon fait "bien propre sur lui". A l'entrée, une plaque indique: " Chambres avec cabinet, confort moderne, prix modérés" ... De surcroît la marquise vitrée qui couronne, de son fer forgé, le hall d'entré apporte une note de bon standing.
Mais à l'intérieur, c'est une toute autre histoire ... les chambres sont dans un état déplorable, la modernité du confort laisse beaucoup à désirer et les prix n'ont rien de modérés ...

 
Finalement, une grande majorité des 889 hôtels meublés recensés dans la capitale sont dans la même situation, voire pire, que celle du Grand Hôtel de Lyon.
Alors, ces meublés douteux doivent-ils être fermés et remplacés par des résidences sociales ? Ou doivent-ils recevoir un coup de pouce financier pour se rénover ? La mairie de Paris a finalement choisi la deuxième option, en soulignant que la facilité d'accès est bien plus grande dans un hôtel privé que dans un hôtel social.

La Ville et l'Agence nationale de l'amélioration de l'habitat (Anah) vont donc subventionner (à hauteur de 1 million d'euros) quelque 80 hôteliers volontaires pour réhabiliter leurs établissements.
En contrepartie, l'hôtelier s'engage à plafonner le tarif de la moitié de ses chambres à 510 euros par mois, et à en réserver une partie pour une clientèle suivie par les services sociaux.

A Paris, "Garnis et meublés" vont-ils enfin se refaire une image honorable ?


>> Voir aussi : Garnis et meublés ... "Une chambre en ville". (2/3)

>> A lire aussi: "Une chambre en ville" par la sociologue Claire Lévy-Vroelant, éditions Créaphis.

>> Localisation des hôtels meublés parisiens. (PDF)

 

 

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