Meilleurs Voeux pour 2012 ... !
"Parisperdu" porte un "autre regard" sur Paris. En arpentant la ville depuis 30 ans, il nous montre que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit... et comme tout être vivant elle fait parfois des erreurs. Ainsi va la ville, ainsi va la vie... "Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." Pier Paolo Pasolini

Il n'est plus original de parler de la prolifération des images. Partout, nous vivons dans un monde plein de photos, de vidéos... Dans les rues, dans les transports, et même de plus en plus dans nos poches, sur les écrans de nos téléphones, nous "subissons" des images qui nous parviennent à un rythme de plus en plus accéléré. Nous ne prenons plus le temps de les analyser, de les hiérarchiser. La plupart du temps, nous recevons cette masse de visuels de manière très passive.
Parisperdu est là pour prendre le contre-pied de cet état de fait, en proposant des choix assumés, revendiqués. En donnant à chaque sujet plus ou moins d'importance, en faisant comprendre l'importance d'une légende, d'un texte explicatif … en laissant à chacun la liberté de choisir entre l'image ou le texte ou encore … l'image plus le texte.
Avec "l'album des Lieux retrouvés", Parisperdu va un peu plus loin. Le mélange s'ajoute à l'accumulation.
Cet album montre en effet des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.
Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire.
En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs).
C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.
>> Les "Lieux retrouvés" de Parisperdu.

173, avenue de Flandre - Paris 19ème
La rue de Flandre, dans le 19ème arrondissement, est désormais devenue avenue, et c'est là, entre les stations de métro Riquet et Crimée, que s'élèvent les Orgues de Flandre. Un avant-gout de la banlieue nord toute proche.
C'est une architecture saillante, agressive, complètement écrasante vue du trottoir et, au milieu de ces tours, un square minuscule où règne une très forte tension. Stalingrad et sa came ne sont pas très loin.
Dans les rues alentour, le deal est partout, cent paires d'yeux vous regardent, insistent en espérant vous faire presser le pas. C'est vrai à la fin, qu'est-ce que vous foutez là, … et avec un appareil photo en plus : c'est de la provoc' ou quoi ?
L'avenue de Flandre, sorte de no man's land, reste dans sa crispation, son malaise …
Mais on peut se demander à quoi cela est dû exactement ?
A la laideur des Orgues, qui fait repoussoir ? Au fait qu'ici, il n'y ait rien à voir ? Car, avenue de Flandre, ce n'est qu'une succession de boutiques de chaussures en faux cuir, de vêtements mal coupés, d'accessoires bas de gamme … qui disent aux passants : "vous êtes pauvres, vous êtes donc forcément voués à la laideur..."
Décidément, Flandre est une bien morne plaine…
>> Les orgues de Flandres.
>> L'avenue de Flandre, déjà dans parisperdu.

Démolition des Halles de Baltard. Août 1971. Copyright : Jean-Claude Gautrand.
Jean-Claude Gautrand, passionné par notre chère capitale, nous offre avec le livre "Paris" aux éditions Taschen, une chronique photographique exceptionnelle sur Paris. Avec ses 600 pages et plus de 500 photographies, ce livre est un incroyable voyage à travers un siècle et demi d’histoire, du second empire à nos jours.
Il faut dire que Jean Claude Gautrand, né en 1932, est l’un des plus grands spécialistes français de la photographie. C'est aussi un homme véritablement passionné par cette ville, sa ville "quand je franchis le périphérique, je suis à l’étranger" dit-il en reprenant les mots de Doisneau, qu’il fait sien.
Photographe professionnel depuis 1960, il s’est également fait un nom comme historien, journaliste et critique, grâce à de nombreuses publications. Il est l’auteur, toujours aux Editions Taschen, des livres "Paris mon amour" (1999), "Brassaï" (2004) et "Ronis" (2005) et aussi de deux livres consacrés à Doisneau (2003).
Aujourd'hui, avec cette collecte de photographies tirées de dizaines d’archives et de collections privées, se rencontrent le passé et le présent, le monumental et le quotidien, les choses et les gens.
"Paris, Portrait d’une ville" qui vient de sortir en librairie, tombe donc à pic pour faire un très beau cadeau lors des fêtes de fin d’année. Car cet "album de famille", qui pourrait être celui de tout Parisien, fera le régal de tous les amoureux de Paris et de la photographie.
>> Ecouter Jean- Claude Gautrand nous présenter ce livre.
>> Le livre, au catalogue des Editions Taschen.
18 rue Véron Paris 18ème (Mai 2008)
Aujourd'hui les bistrots se meurent et, triste réalité, sont remplacés par des banques.
Mais dans le nord de Paris, certains troquets font encore de la résistance, et c'est tant mieux !
"Chez Ammad", est l'un de ceux-là et reste un "rade" parigot pur jus …
Contigu au Grand Hôtel de Clermont, dont vous ne devez pas craindre le nom pompeux, tant l'établissement est modeste, au bout de la rue Véron, n'hésitez donc pas à pousser la porte d'Ammad.
Vous pénétrez alors dans un lieu unique à Paris: un bistrot authentique qui nous vient de la fin du 19eme siècle. Un bistrot où Marcel Cerdan et Edith Piaf avaient leurs habitudes …Et le grand Bernard Dimey pensait peut-être à ce "rade" quand il écrivait:
" Quand on n'a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot."
Aujourd'hui, Chez Ammad est un bar où les bobos côtoient les classes modestes et moyennes, et où le touriste aventurier racontera, lorsqu'il sera de retour dans son pays: "qu'il est allé dans un vrai café typiquement français" …
Allez faire un tour là-bas en soirée, à l'heure où les curieux viennent se mélanger aux piliers de comptoir, vous trouverez alors une ambiance qui vous comblera, vous ne serez pas déçu !
>> Chez Ammad (page Facebook non-officielle)
>> Bernard Dimay, c'est qui… ?

Le travail réalisé, au Printemps 1971, par le photographe Eustache KOSSAKOWSKI qui présentait alors la série "6 mètres avant Paris", serait désormais totalement impossible.
A cette époque, KOSSAKOWSKI a le regard attiré par les écriteaux indiquant la limite administrative de Paris. Parcourant les portes de Paris, il décide de photographier toutes, absolument toutes les pancartes en tôle ou en ciment portant le nom de la capitale.
Le reportage comptera 159 photos, dont l'objectivité repose sur la distance identique adoptée à l'égard de chaque écriteau (6 mètres), sur la neutralité générée par la prise frontale et le cadrage qui est invariable.
Refaire cet exercice aujourd'hui relève de l'utopie, car, à quelques rares exceptions près, les panneaux "PARIS" ont disparu des portes d'entrée de la capitale.
Qui plus est, à l'approche de la ville, à chacune de ses nombreuses portes, on brouille désormais le message premier par une saturation d'informations.
Une forêt de panneaux vous signale confusément que vous entrez dans une zone en vidéosurveillance, que le stationnement pour livraison est limité à 30 minutes, que les cyclistes sont les bienvenus, etc… etc … !
A telle enseigne que, noyé dans cette forêt de signaux, l'indication "PARIS" peut apparaître comme marginale ...
>> Voir aussi: "6 mètres avant Paris".

Environs de Hoi An (Viêt-Nam) - novembre 2010
L'étymologie du mot est sans ambigüité: photographier, c'est écrire avec la lumière.
Parfois, on dit aussi que photographier, c'est "capturer" ou "shooter", mais je n'aime pas trop ces termes barbares, belliqueux …
Je leur préfère le terme "apprivoiser". Apprivoiser la lumière idéale qui ne dure pas, le regard d’un sujet que vous ne connaissez pas et qui ne vous connait pas, un moment fragile qui déjà s’échappe …
J’ai besoin de la photographie parce qu’elle me permet d’exprimer ce que l’écriture ne dit pas, de dévoiler ces interstices où les mots ne peuvent aller.
Je l’aime simple, saisissant un instant … parce qu'alors, elle repousse les limites du sensible et conduit un peu plus loin, au-delà des apparences.
Saisir un regard, un geste, un mouvement qui n’attend pas … la photographie c’est avant tout une rencontre.
Mais pour cela, il faut sortir de chez soi et aussi de soi, arpenter sa rue, sa ville, le monde peut-être … le photographe est forcement voyageur car, si rester c'est exister, voyager c'est vivre !
Vivez donc votre voyage dans Paris, même si ce Paris a disparu, Parisperdu est là pour essayer de vous le restituer !
>> Voir aussi: "De l'intérêt du Noir & Blanc ..."

Vue panoramique de la place d'Aligre en mai 2008, un lundi, jour de fermeture du marché.
Entre le Faubourg St Antoine et la rue de Charenton, dans la masse résidentielle du 12ème arrondissement, lové à l'écart des grands flux, il est un quartier comme "surgi de nulle part" : c'est Aligre.
Longtemps populaire et ouvrier, ce quartier non loin de la Bastille, fut à l'origine de maints soulèvements, de divers mouvements et de beaucoup d'initiatives, comme la "Commune libre d'Aligre", une association de quartier, dont Mick Michèle fut la marraine.
Egalement avant-gardiste, le quartier sera l'un des premiers, en 1981, à créer une radio libre: "Aligre FM".
Mais le point central du quartier, c'est incontestablement son marché.
Une identité bicéphale qui comprend un bâtiment couvert et, installés à l'air libre le long de la rue d’Aligre, des étals de forains.
Ce marché reste l’un des plus animés et des plus sympathiques des marchés alimentaires parisiens, avec des allures de petit "Ventre de Paris".
Depuis maintenant un bon nombre d'années, le côté ethnique est très présent à Aligre et aujourd'hui, le quartier attire les Parisiens en recherche d'authenticité...
Bobos, Bretons ou Berbères : tous parisiens, tous immigrés !
>> Aligre FM, site officiel.
>> La place d'Aligre, un jour de marché (mai 2008)