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PARISPERDU

Willy Ronis et Edgar Degas : une certaine parenté.

24 Novembre 2022, 12:12pm

Publié par barreteau

A gauche :

"Le Tub", Pastel d'Edgar Degas, (1886), © Paris, Musée d'Orsay                             

Au centre :        

"Après le bain femme s'essuyant",    
Photographie d'Edgar Degas, (1884).

A droite :

"Le Nu Provençal, Gordes",
 © Willy Ronis, (1949)                                               

     

Certaines photos de Ronis ont-elles une parenté avec des toiles de Degas ?
A priori cette parenté n'est pas évidente car quand on dit : "Degas", on pense petits rats de l’Opéra, tutus vaporeux et ballerines haut lacées. Il faut dire que pour Edgar Degas, la danse est la grande affaire de sa vie : il lui a consacré pas moins de 1 500 œuvres !

Pourtant Degas a exploré beaucoup d'autres sujets : les courses de chevaux, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne… Il s'intéresse à la photographie, aussi en 1895 il fait l’acquisition de matériel photographique. Fasciné par les possibilités offertes par ce nouvel outil, il abandonne ses pinceaux et son ciseau pendant deux ans : entre 1895 et 1896. L’appareil lui permet alors de figer l’instant pour le reproduire sur la toile mais aussi d’expérimenter la lumière comme jamais auparavant, tout en explorant un nouvel univers esthétique.

À l’aide de gestes interrompus, il parvient à créer dans l’esprit du spectateur une succession de photogrammes où la suite prévisible est immanquablement imaginée. L’exemple le plus poignant est celui de l’enjambement du rebord de la baignoire par des femmes nues : le pied suspendu dans le vide appelle inéluctablement le moment où il se posera au sol, puis celui où l’autre jambe fera de même.

Il a beaucoup été dit combien l’œuvre de Degas devait à la photographie, lui-même s’en étant abondamment servi pour réaliser certaines de ses œuvres : décentrage, compositions obliques, contre-jour… Ses cadrages ont une liberté de plongée et de contre-plongée qui les rendent contemporains des premiers clichés de la photographie. Ils témoignent aussi d’une vraie fascination pour le noir et blanc, Degas disait : "Mes noirs sont trop noirs, mes blancs pas assez blancs". Il est vrai qu’à l’époque les tirages ne sont pas noirs et blancs mais sépia… !

Sur les photographies de Degas, on retrouve les mêmes gestes, les mêmes postures, les mêmes visages rêveurs qui peuvent être rencontrés sur ses toiles ; on ne se défait pas d’un style d’une vie aussi facilement… Ainsi sur "Le Tub", un pastel de format : 63 × 80 cm, il est aisé de voir que le cadrage serré, la vue en plongée, l'étagère en premier plan révèlent l'influence de ses premiers clichés photographiques.

 

>> Voir aussi :

> Willy Ronis et Pierre Bonnard : quand des images se rencontrent. (2/2)

> Willy Ronis et Paul Cézanne jouent aux cartes !

>
Willy Ronis et les peintres flamands. (3/3)

 

 

 

 

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"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

13 Novembre 2022, 18:37pm

Publié par barreteau

"Chez Victor", un dimanche à la campagne.

Bistrot-Guinguette "Chez Victor", Impasse Compans Paris 19e (1956) © Photo Willy Ronis

 

En partant de la place des Fêtes j'arrive au point le plus haut de la rue Compans. Était-ce là, le lieu ? Était-ce là l'impasse où Willy Ronis a photographié en 1955-56 le bistrot guinguette "Chez Victor" ?
Cette impasse aujourd'hui disparue, engloutie sous cinq énormes gratte-ciels, prenait-elle le tracé de la rue Eugénie Cotton qui justement contourne ces monstrueuses barres de béton surnommées dans le quartier : "Les Paquebots" ? Ou bien alors est-ce le monstre lui-même qui a tout englouti dans ses entrailles : l'impasse, la guinguette avec son zinc, ses jeux de boules et ses tables sous la tonnelle… ?

Willy nous dit que "de chez Victor, on avait une vision à 180 degrés : du canal Saint-Denis aux pistes du Bourget...". Par chance, il m'est aujourd'hui possible de grimper sur l'immense dalle sur laquelle reposent les barres tentaculaires du monstre froid de béton. Ainsi pourrais-je peut-être retrouver le point de vue de la guinguette ?

Et effectivement, le bistrot-guinguette devait bien se situer là, car sous mes pieds, s'étale le quartier de la Mouzaïa avec ses villas en impasse, puis à l'horizon, de l'ouest à l'est : la butte Montmartre, le canal Saint-Denis, les immeubles du Pré Saint Gervais... et, en me retournant, peut-être même verrais-je les pistes du Bourget ? Mais non car de nouveau, il est encore là..., mon regard butte sur l'énorme store vénitien que constituent les barres de béton... et je ne suis plus autorisé à accéder à la ligne d'horizon.

Les instants de grâce et d'insouciance que Ronis a connus ici, en haut de la rue Compans, sont désormais bien loin... Heureusement, il nous reste les clichés du maître : en noir et blanc et aussi en couleur. Ils nous permettent aisément d'imaginer ce lieu d'une quiétude alors toute campagnarde, dominant une ville qui n'en n'était pas encore vraiment une...

 


>> Le même lieu photographié en noir et blanc par Willy Ronis en 1955.

>> Ronis aime retourner sur les lieux de ses plus fortes émotions photographiques :
"Rue Eugénie Cotton, entre les immeubles neufs du haut de Belleville, Paris (1980) © Willy Ronis

>> "Chez Victor" déjà sur Parisperdu.

>> On a retrouvé Victor !

 

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